Plop bonsoir !

Un recueil, encore un, pour un de mes couples préférés de Bungo Stray dogs : Le Chuya x Atsushi !

J'espère que ce texte et ceux à venir vous plairont !

Dédicace spéciale à La Pomme Verte, qui me file des idées de plots pour eux comme elle respire ^^

Disclaimer : L'univers et les personnages appartiennent à Kafka Asagiri


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1# Fleur écarlate

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— Tout va bien se passer.

Atsushi ment. Il ne pensait pas pouvoir un jour mentir aussi bien, un sourire sur ses lèvres.

Mais peut-être bien que les larmes à ses yeux le trahissent.

Ou le tremblement de ses mains sur la plaie de Chûya.

Rouge. Du rouge partout, imbibant la chemise compressée contre la blessure du mafieux. Rouge, comme les cheveux délivrés de leur couvre-chef, qui éclosent sur le bitume tels les pétales d'une fleur. Rouge, comme la vie qui s'échappe pour venir danser entre ses mains.

Atsushi ne sait même plus comment il en est arrivé là, à tenter d'arracher à la mort le blessé. Il aurait dû le laisser agoniser dans cette ruelle, ce n'est pas son problème après tout, mais il n'a pas pu. Cela ne lui ressemble pas. Il a appelé Dazai et il prit pour que son mentor arrive vite avec Yosano et qu'elle sauve la vie fragile qu'il tient entre ses doigts.

Il ne veut pas penser au temps qui file et qui emmène avec lui un peu plus du souffle de Chûya.

— Vous allez vous en sortir, hein ?

—Tss. J'ai vu pire. J'ai pas… J'veux pas ton aide, le tigre.

Chûya est un menteur aussi pathétique que lui.

Il a sa main serrée sur la sienne, comme pour l'empêcher de partir. Il a ses yeux accrochés aux siens et Atsushi ne connaît que trop bien la lueur dans les iris pourpre. Il ne veut pas mourir. Personne ne le veut, après tout.

Atsushi a une boule dans la gorge.

Il ne devrait pas être terrifié à l'idée que l'homme meurt dans ses bras. C'est un membre de la Mafia, aux mains aussi sanglantes que les siennes actuellement. C'est un criminel dangereux, qui un autre jour n'aurait sans doute pas hésité à le tuer.

C'est l'ami de Dazai.

C'est un être humain.

C'est l'homme qui le fascine.

Atsushi a plus qu'une boule dans la gorge à l'idée de le voir mourir sans pouvoir rien faire.

— Je ne vais pas partir.

— Pourquoi ?

— Je… Je ne sais pas.

Le regard de Chûya semble crier « Menteur ». Ou est-ce lui qui culpabilise de lui cacher la vérité ? Peut-être devrait-il lui dire. C'est peut-être sa dernière chance. Il se doit d'être réaliste, sans soins rapides, Chûya… Atsushi n'arrive même plus à penser à cette fatalité. Il la refuse. Chûya ne peut pas mourir comme ça, comme un chien. Il ne peut pas mourir. Il n'a pas le droit !

La fleur écarlate sur son flanc s'étend encore, étouffant les espoirs du jeune homme.

— T'pourrais n'pas mentir à un mourant.

— Vous allez vous en sortir.

— J'viens dire quoi, l'tigrou ?

— Je t'interdis de mourir !

Les mots échappent à Atsushi sans qu'il ne le veuille. Il se mord la lèvre et détourne les yeux, avant de sentir la main sur la sienne tressaillir. Il hésite un bref instant, puis pose de nouveau son regard sur le mafieux. Il est choqué et ç'aurait pu être drôle, dans d'autres circonstances. Actuellement, le jeune homme a surtout un goût de cendres dans sa bouche, alors que la vie de Chûya tache de plus en plus ses doigts.

— C'pas vraiment c'que j'ai dit.

— Je sais. Je sais, s'étrangle Atsushi, la vue noyée par ses larmes.

Un rire douloureux s'échappe de la gorge de Chûya, qui resserre ses doigts sur ceux d'Atsushi.

— C'est pas comme ça que j'imaginais ma fin. Pas 'vec toi en tout cas.

— Je peux toujours te laisser crever seul.

Atsushi ment, de nouveau. Il ne peut pas le laisser mourir. Il ne peut pas partir. Ses jambes semblent se fondre dans le béton qui a absorbé la chaleur de la journée et ses doigts dans la chaire à vif. Si seulement il pouvait partager sa régénération avec lui ! Si seulement…

Si seulement il ne devait pas avoir à le voir s'éteindre sous ses yeux, comme une bougie qui finit de se consumer.

— Tu le feras pas. Hein, tu le feras pas ?

Il y a une pointe de panique dans la voix de Chûya. Ses doigts se serrent encore plus sur les siens, presque à lui en faire mal et Atsushi s'étonne de la force qu'il lui reste malgré tout. Comment même a-t-il pu se faire blesser ? Le jeune homme n'est pas certain de vouloir connaître la réponse. Si celui qui a blessé ainsi Chûya est encore dans les parages, même toute sa force ne pourrait sans doute pas l'arrêter.

Un bref instant, il songe à s'enfuir pour éviter les ennuis. Un bref instant. Mais les doigts qui serrent les siens ne peuvent être ignorés. Le corps contre le sien est encore trop vivant pour être ignoré.

Atsushi ne peut que prier pour que Yosano arrive à temps. Il n'a pas dit qu'il s'agissait de Chûya, de peur de se prendre un refus qui aurait condamné l'homme. Il ne comprend pas pourquoi il s'implique autant, c'est un ennemi de l'Agence, c'est son ennemi, enfin !

Mais le cœur a ses raisons que la raison ignore, n'est-ce pas ?

Atsushi est la victime de ses propres émotions, encore, comme lorsque le tigre se montrait sans qu'il ne le veuille. Il est encore ballotté par des choses qu'il n'a pas demandées. Il est encore blessé alors qu'il veut juste vivre le plus calmement possible. Pourquoi fallait-il qu'il s'éprenne d'un membre de la Mafia Portuaire ? Son cœur est-il cassé, quelque part, pour vouloir autant souffrir ?

Il se baisse soudain au-dessus du mafieux et pose ses lèvres sur les siennes, avalant un souffle de vie – peut-être le dernier, ou l'avant-dernier, qu'en sait-il – avant de se redresser. Tant de témérité ne lui ressemble pas, mais il tente tant bien que mal de garder en un seul morceau son cœur qui menace d'éclater. Alors il imprime dans sa mémoire la sensation de ce baiser, au goût de sang et de dernière fois.

Atsushi espère qu'il n'aura pas de regrets. Il en a déjà bien trop.

— Non. Je ne te laisserai pas seul. Promis.

— Tu…

— Tais-toi. Garde ton énergie. T'as pas le droit de mourir !

— Pourquoi ?

Les yeux bleus de Chûya plongent dans les siens. Ou est-ce Atsushi qui s'y perd et s'y noie ? Il ne voudrait jamais en ressortir ; Dazai lui aurait-il transmis ses envies suicidaires ? Le silence de la ruelle est seulement entrecoupé par la respiration erratique du mafieux. Le détective ne peut que s'accrocher à son souffle et à prier pour continuer à l'entendre, parce que ça signifie au moins que Chûya est encore vivant.

— Je ne veux pas. C'est tout. Ça serait trop simple pour un mafieux dans ton genre de partir comme ça.

Le mensonge glisse sur sa langue comme du lait périmé depuis longtemps. Mais Atsushi ne peut pas lui dire pourquoi il est terrifié à l'idée de perdre ce qu'il n'a pourtant jamais vraiment eu. Il est stupide. Il l'a accepté il y a longtemps. Il espère seulement que son entêtement lui permette de sauver Chûya. C'est tout ce qui lui importe.

— Partir… Comme ça ? Un trou dans l'ventre, à agoniser p'dant des heures ? Tu trouves qu'jmérite mieux ?

Un rire incrédule et un peu moqueur s'échappe des lèvres de Chûya, un rire qui perce le cœur d'Atsushi qui n'ose répondre. Il n'en a pas le temps, de toute façon ; derrière lui, des ombres menaçantes se dressent et il n'est pas surpris en sentant le contact froid d'une lame contre sa gorge.

— Le tigre de l'Agence, tiens donc. Est-ce toi qui lui as fait ça ?

Au moins, ce n'est pas Akutagawa. Atsushi n'aura peut-être pas à défendre sa peau ; après tout, les autres membres de la mafia ne se changent pas en boule d'agressivité dès qu'ils le croisent.

— Ryuro… Il enlève ses pattes, j'me vide d'mon sang, signale Chûya, comme pour le protéger de la vindicte de la Mafia Portuaire pour cette fois.

— On va le remplacer, alors. Le Tigre, éloigne-toi.

Atsushi obéit et, en moins de deux minutes, la ruelle est complètement déserte. Sans la chemise trempée de sang restée dans ses mains et le chapeau orphelin sur le béton, il croirait presque avoir cauchemardé. Mais l'odeur métallique reste dans l'air. Le jeune homme sait qu'il n'a pas rêvé et que ses espoirs vacillent, en équilibre sur un fil au-dessus d'un précipice. Il n'y a que peu de chance pour que Chûya s'en sorte. Il le sait. Ça ne rend pas les choses plus faciles à accepter pour autant.

Il s'approche du chapeau, se baisse pour le récupérer. L'odeur de Chûya est encore dessus, mêlée à celle du sang et du macadam. Ce n'est sans doute pas le seul que possède le mafieux. Il ne devrait pas lui manquer s'il survit. Dans le pire des cas, il ira lui rendre. Peut-être. S'il y arrive.

Atsushi rentre chez lui la boule au ventre et le chapeau serré dans ses bras. Le vent effleure son torse nu, sa chemise désormais inutilisable abandonnée au coin d'une rue. Le vent chuchote à son oreille qu'il est stupide de penser que Chûya peut survivre, qu'il ferait mieux d'accepter l'inévitable maintenant.

Mais Atsushi est quelqu'un de stupide. Alors, il espère encore.

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Une ombre l'attend à la fenêtre de sa chambre.

Atsushi a l'impression de rêver.

La lune éclaire doucement la silhouette, dévoilant des bandages sous la chemise blanche.

Le jeune homme ignore s'il peut se ruer pour enlacer Chûya dans ses bras. Il est vivant et tous ses doutes depuis que la Mafia lui a ôté des mains disparaissent. Il sent encore son sang poisser ses doigts, il a encore le goût du métal sur ses lèvres. Peut-être qu'il y aurait mieux valu pour son cœur que Chûya meurt. Au moins, il aurait pu s'en remettre. Au moins, il aurait pu passer à autre chose.

Sa loyauté à l'Agence et son cœur se battent dangereusement en duel dans sa poitrine, alors qu'il lève la main pour esquisser un geste dans la direction de Chûya. Est-ce qu'il peut s'approcher ? Est-ce que le mafieux vient le remercier ou lui demander des comptes ? Pourquoi est-il là, finalement ? Il n'a aucune raison de venir le voir, non ?

Les mourants ne se souviennent pas de tout, non ? Dazai ne lui aurait pas menti à ce sujet-là, si ? C'est Kunikida qu'il aime embêter, pas lui !

— Je viens chercher mon chapeau. Gin a dit que tu l'avais ramassé.

— Je… Je m'en suis débarrassé.

Atsushi ment. Comment aurait-il pu s'en défaire ? Il lui rappelle trop Chûya, il provoque en lui des sentiments bien trop forts et contradictoires. Il ne nie pas que l'idée lui est passé par la tête, un soir où il n'arrivait pas à dormir, hanté par l'incertitude de sa survie. Il nie encore moins ne pas avoir réussi à le faire, trop attaché à ce qui n'est finalement qu'un morceau de tissu remplaçable.

— Tu mens toujours aussi mal, tu sais.

Chûya décide finalement à entrer dans la pièce, posant ses pieds au sol, avant de s'approcher de lui, sans être aussi menaçant qu'à son habitude. Peut-être est-ce parce qu'il l'a vu en position de faiblesse, peut-être est-ce parce qu'il lui est tout de même un peu reconnaissant de l'avoir maintenu en vie ? Atsushi l'ignore, mais il ne recule pas, alors même que le mafieux se rapproche tant de lui qu'il peut sentir sa respiration. De toute façon, où fuirait-il ? Il n'est pas stupide au point de penser que la Mafia Portuaire ne saurait pas le retrouver où qu'il soit.

— À vrai dire, je ne suis pas venu que chercher mon chapeau…

L'homme pose une main sur sa joue, la caressant doucement. Le temps semble se suspendre à ce simple geste et Atsushi ne sait même plus comment respirer, avant que Chûya ne pose ses lèvres sur les siennes, comme lui-même a fait dans cette ruelle pour goûter à ce qui lui paraissait alors être son dernier souffle.

— J'avais aussi des remerciements à faire.

Atsushi est écarlate. Est-ce lui ou la pièce vient de gagner quelques degrés ? Pourquoi son cœur bat si fort dans sa poitrine ? Sa main se lève pour se poser sur celle sur sa joue, les yeux rivés dans ceux du mafieux, comme hypnotisé. Il a les lèvres sèches qui veulent retrouver le contact de celles de Chûya. C'est un miracle qu'il arrive même encore à penser, dans cette situation.

— Y'a des intérêts à payer. Pour avoir gardé ton chapeau.

— Qui a dit qu'il ne l'avait pas, hum ? C'est plutôt moi qui devrais te faire payer pour tes mensonges…

La bouche de Chûya frôle la sienne, comme pour le provoquer, alors que ses yeux ne lâchent pas un seul instant les siens. Il joue avec lui, Atsushi en a bien conscience, mais il n'est plus une proie depuis bien longtemps. Il est un tigre ; ils sont deux, à pouvoir jouer. Sa main libre se referme sur la cravate du mafieux, qu'il enroule autour de son poing, avant de tirer l'homme à lui pour l'embrasser.

— Essaye donc, pour voir.

— Je n'ai encore jamais fait dans la recouvrance de dettes, mais il y a une première fois à tout.

Le rire de Chûya résonne dans la pièce et Atsushi se sent intensément vivant sous le regard clair, comme s'il ressentait mille fois plus de choses que d'habitude. Comment un seul homme peut-il le mettre dans un tel état ? Il a l'impression que le mafieux tient son cœur entre ses mains, comme lui a tenu sa vie entre ses doigts.

C'est si fragile, ces choses-là. Peut-être finiront-ils par se briser l'un l'autre. Mais ce n'est pas une question que veut se poser Atsushi cette nuit. Il a bien plus intéressant à penser.

Au petit matin, il y a une fleur écarlate éclose sur son oreiller.

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