Note : Pour récapituler un peu, dans cette série nous avons parlé jusqu'ici d'un temple à l'extérieur de la citadelle, d'un temple au sein de la citadelle et dont l'usage est strictement réservé au Saniwa, d'un sanctuaire d'où partent les Touken Danshi en expéditions, et d'une salle de soin où les kitsune examinent les Touken Danshi à l'aide d'une technologie futuriste. Aujourd'hui, nous allons parler de la salle où sont traités Tonbokiri et Izuminokami. J'ai déjà fait référence à cette salle dans Zoku sans toutefois la nommer, ce que je vais faire ici. Bien qu'elle ressemble beaucoup à l'intérieur d'un temple shintoïste, j'ai décidé, pour éviter toute confusion, de la décrire comme le Pavillon de Traitement. Voilà, vous êtes prévenus. :)
Veuillez noter que cet épisode sera légèrement différent de d'habitude. En effet, la scène présentant Mikazuki Munechika au sein de l'anime et qui se produit normalement à la fin de l'épisode sera ici traitée au début. Bien que cela puisse être déroutant, c'est dans le but de maintenir le fil de suspense entre les épisodes 5 et 6. Dans cet esprit, toute l'action de ce double épisode sera écrite comme s'il s'agissait d'un seul épisode, et donc la scène avec Mikazuki doit être mise de côté afin de ne pas rompre ce fil. Merci beaucoup pour votre compréhension.
Bonne Lecture !
Chapitre Cinq: Sen-ka - (戦火): Les Feux de la Guerre.
Clair de lune aux reflets argenté, baignant de sa douce lumière les cieux nocturnes, seule lueur permettant de distinguer quoique ce soit dans son bureau plongé dans la pénombre. La carte holographique brillait devant ses yeux de ses nuances bleu et vert, l'île de Honshū parcourut de cercles dorés concentrés et de points rouges-sang, signe indéniable de la présence des Rétrogrades.
Concentré sur sa tâche, les informations défilant sur l'écran à toute allure, il n'entendit les coups frappés à la porte qu'au bout de la seconde fois, et réalisant son manque d'attention, donna rapidement la permission d'entrer à son visiteur, lui offrant un léger sourire en guise d'excuse. Sans s'embarrasser de formalités inutiles, celui-ci s'installa de suite sur l'un canapé tout en veillant toutefois à ne pas froisser son habit et tourna immédiatement la tête vers l'écran, l'air calme.
« En 1565, des instabilités historiques apparaissent. Je vais bientôt devoir vous y envoyer, la Première Troupe. Organise les préparatifs. » commença à expliquer le Saniwa sans se formaliser de ce comportement, habitué à l'individu.
« Hmm. »
« Cette fois, je pense désigner un autre commandant. Je te demanderai de le soutenir. » indiqua-t-il après une seconde de silence avant de prendre un ton plus bas, presque désolé : « Désolé de toujours te déranger, mais tu es leur aîné. »
« Ce n'est rien. » déclara simplement le Touken Danshi avec un sourire malicieux, observant maintenant le Sage.
« Je te donnerai les détails de la mission plus tard, Mikazuki Munechika. »
« Bien compris. »
Le garçon laissa finalement échapper un soupir en s'adossant vulgairement contre le bord de son bureau, passant une main fatiguée entre ses mèches cerisier.
« Quelque chose ne va pas ? » demanda le Tachi en fronçant les sourcils, la tension dans la pièce augmentant brusquement.
« J'ai un horrible pressentiment. » répondit le Saniwa, agrippant son côté gauche avec une grimace d'inconfort.
« Vous avez envoyé Tsurumaru pour les aider un plus tôt. Certainement, il sera un ajout utile au groupe. » tenta de le rassurer Mikazuki, se levant pour faire face à son maître.
« Et pourtant… » souffla le Sage, incertain. « Pourtant, cela ne peut être évité, j'en ai peur… »
Xxxxxxxxxx
Dans les ténèbres les plus sombres, le calme de la nuit n'était perturbé que par le bruissement des feuilles accueillant les oiseaux de proie chassant. Et dans tout le domaine endormi, lui seul restait debout, attentif aux moindres changements, attendant anxieusement que sonne le glas. L'air était chaud, presque sec, le mois de mai se terminant lentement pour laisser place à juin. Le soleil brillait plus fort et plus longtemps dans le ciel, le vent se faisait de plus en plus rare, et les fleurs resplendissaient de milliers de couleurs.
Mais en ce moment précis, alors que sa gorge se nouer à mesure que les heures défilaient et que son cœur se contracter dans sa poitrine, il aurait aimé que le tonnerre gronde, que de violents orages éclatent et que la pluie se déverse sans fin.
Tout plutôt que ce maudit silence qui ne rendait son attente que plus ardue.
L'ire de la guerre ne pardonnait pas. Et si sacrifice, il devait y avoir afin que la paix soit restaurée, alors sacrifice, il y aurait. Si l'ennemi se trouvait acculé, il ne pouvait que frapper. Même si cela paraissait injuste et déloyal, au cœur de la bataille, il n'existait aucune règle. Il serait bien hypocrite de sa part de s'en plaindre. Il était le premier à utiliser des chemins détournés pour s'en prendre à l'adversaire. Aujourd'hui, il était devenu la bête piégé, incapable de reculer ou d'avancer, forcé d'assister à son propre échec.
Fermant les yeux, il laissa un soupir lui échapper et s'avachit un peu plus dans son fauteuil, son menton venant se poser dans sa main.
« Vous devriez me rejoindre. Cela vous occuperait l'esprit. »
« Je n'ai pas la tête à réfléchir pour l'instant. »
« Et pourtant, vous vous triturez les méninges. Et moi, pendant ce temps, je m'ennuie ferme. »
Un sourire fleurissant enfin sur ses lèvres, le Saniwa se décida à se relever et se dirigea vers la petite table, s'installant sur le sofa faisant face à celui où se trouvait assis son interlocuteur.
« Alors ? » questionna-t-il en posant un regard circonspect sur le plateau de thé et de petits gâteaux disposé sur la table basse.
« Et si vous me parliez de la prochaine mission ? » relata la présence, nonchalante.
« Que veux-tu que je te dise de plus que ce que j'ai dit à Mikazuki et qu'il vous a, à tous, déjà répétés ? » exprima le Sage en levant un sourcil interrogateur.
« Il en dit moins que ce que vous croyez. »
« Il sait tenir sa langue, c'est différent. »
« Ce n'est qu'un petit précieux avide de cachotteries. Je le connais depuis assez longtemps pour l'affirmer. »
« Oodenta ! »
Haussant les épaules, le Tachi aux yeux couleur prune ne se départit pas de sa critique, semblant même presque amusé, et s'adossa contre le canapé en faisant reposer ses bras au-dessus de sa tête sur le dossier.
« Ça l'amuse beaucoup de laisser les gens dans le flou jusqu'à ce qu'ils découvrent par eux-mêmes la solution. Ne me dites qu'il n'a jamais joué à ce jeu avec vous… ? »
« Bien sûr que si… » révéla le garçon, ennuyé. « Un Toudan aussi expérimenté que lui, ça ne peut que vouloir s'amuser au détriment des autres. Tout comme le fait Kogarasumaru. »
« D'un côté, j'y suis habitué alors ça ne me dérange pas plus que ça. Mais il vaut mieux être prudent. Il n'est pas infaillible non plus. » indiqua Mitsuyo en plissant les yeux, soudain plus sérieux.
« Il est loin de le prétendre. » souffla le Saniwa en faisant la moue.
« Malgré cela, beaucoup se reposent sur lui. Pas étonnant qu'il fasse la sourde oreille quand on lui demande conseil maintenant. »
C'est une qualité plus qu'un défaut en réalité. se mit à penser le Sage avec un fin sourire, comprenant le cheminement de son épée.
« De toute manière, il ne sera pas celui en charge pour votre expédition. » confessa-t-il en se penchant en avant, ses coudes appuyés sur ses genoux.
« Tss ! » tiqua son Touken Danshi en se redressant, l'agacement se lisant facilement sur ses traits. « Ça, c'est un détail qu'il aurait dû mentionner ! »
« Je compte également nommer un nouveau membre, alors j'imagine que ça n'a pas grande importance pour l'instant. »
« Quel imbécile ! » continua à s'emporter Oodenta en serrant les dents. S'il avait bien une chose qu'il aimait maîtriser, c'était le changement, et Mikazuki semblait avoir pris un malin plaisir à s'amuser à ses dépens.
« Avec un peu de chance, cette mission ne devrait pas prendre plus de quelques jours. » déclara subitement le garçon aux cheveux cerisier, revenant au point de départ de la conversation.
« Une mission sans surprises, hein ? Je ne vais pas m'en plaindre. »
« Je ne peux que te donner raison. J'ai bien trop à faire pour l'instant. »
« Et l'aube est sur le point de se lever. » fit remarquer l'épée avec un léger sourire, l'expression de surprise de son maître élargissant un peu plus celui-ci.
Finalement, il avait réussi à lui changer les idées.
Xxxxxxxxxx
Petit à petit, le jour s'installait, le soleil s'élevant haut dans le ciel bleu sans nuages tandis qu'une brise fraîche parcourait la citadelle. Ne cessant de faire des allers-retours entre sa chambre et le pavillon de traitement depuis qu'il avait quitté son bureau, emportant avec lui toujours plus d'objets en tout genre, le Saniwa se stoppa subitement dans son élan, son regard s'attardant avec attention sur la table de pierre près de l'autel.
« Ryonosuke, j'aurais besoin que tu vérifies le stock et que tu m'apportes plus de tokens de soins. » énonça-t-il en allumant une à une chacune des chandelles de la pièce.
« Compris. » acquiesça le kitsune au foulard rose avec hésitation, observant le garçon s'agitait de droite à gauche sans réel motif. « Est-ce vraiment nécessaire de préparer tout cela en avance ? »
« J'ignore ce qu'il convient de faire ou non… » débita le Sage de manière perdu. « Mais je ne peux plus ignorer les signaux qui m'ont été envoyer. »
« Si la mission échoue, alors l'histoire sera modifiée… Ne vaudrait-il pas mieux laisser la Seconde Troupe sur place ? S'il y a vraiment des blessés, vous pourrez toujours vous contenter de ne ramener qu'eux. »
Surprit de ces paroles, le garçon aux cheveux cerisier se tourna lentement vers le petit renard se tenant sur ses quatre pattes d'un air mal assuré, penchant sa tête d'un côté alors qu'il l'interrogeait, curieux.
« Ryonosuke, qu'arrive-t-il inévitablement aux Saniwa après des années de service ? »
« Hein ? » hoqueta l'animal avec étonnement, ne s'attendant pas à une telle question.
« Eh bien, dis-moi. » le pressa le Saniwa sans pour autant se montrer désobligeant.
« Heu… Leurs pouvoirs déclinent… Ils ne sont plus capables d'assumer leurs responsabilités et doivent être remplacés… »
« Et lors de ce remplacement, qu'arrive-t-il à la citadelle dont ils assumaient la charge ? »
« Elle est plus faible, et devient sensible aux attaques. »
« À présent, dis-moi quel est l'unique moyen pour une citadelle de se défendre si son Saniwa venait à disparaître ? » demanda le Sage en s'approchant de la boule de poil, s'accroupissant face à lui.
« C'est aux Touken Danshi de la défendre au mieux ! » s'écria ce dernier, incrédule
« Et quel est l'unique moyen pour le Saniwa de défendre sa citadelle si ses Touken Danshi venaient à disparaître ? » interrogea une dernière fois le garçon en secouant la tête avec tristesse.
« Il n'y en a aucun… »
« Tu vois où je veux en venir ? » souffla-t-il avec un léger sourire.
« Oui… » prononça la créature d'une petite voix, son museau pointant vers le sol.
« Non seulement, il est de mon devoir de les protéger et de prendre soin d'eux, mais en tant que leur maître, je ne me le pardonnerais jamais si quelque chose devait leur arriver. »
« Désolé… »
Caressant la tête du kitsune en signe de réconfort, le Saniwa finit par se relever prestement avant de faire un abrupt pas en arrière tandis que sa main venait agripper son torse avec force, une toux incontrôlable le prenant soudainement.
« Aruji-sama ? » appela le kitsune, inquiet.
La douleur le transperça comme s'il avait été à la place de sa véritable victime, le faisant encore reculer de quelques pas avant qu'il ne s'écroule brusquement contre le mur, le souffle coupé.
« Saniwa-sama ! »
« C'est déjà trop tard… » murmura-t-il le regard perdu dans le vide, les larmes s'amassant aux coins de ses yeux.
Fermant avec lenteur les paupières, il laissa l'affliction se diffuser à travers tout son corps, le goût désagréable du sang se formant déjà dans sa bouche, et patienta dans cet état jusqu'à ce qu'elle s'amenuise. Serrant alors fermement les poings, il se redressa enfin, la poitrine encore tremblante, et se remit au travail.
Quoi qu'il puisse se passer, il était prêt. Et quoi qu'il puisse arriver, il protègerait cette citadelle et ses habitants. Quoi qu'il lui en coûte.
Endnote :
Tokens : Un token est en réalité un mot provenant de l'anglais et dont la traduction est assez complxe, mais qui dans sa définition générale signifie ticket ou jeton.
L'épisode 6 français ayant été grandement censuré par un large écran noir à plusieurs reprises sauf pour la version Wakanim, malheureusement indisponible à l'heure où je publie ce chapitre, il m'a été difficile de trouver une approximation exacte, et de ce fait j'ai choisi de garder le mot tel quel. Ce choix s'est également rapidement imposé à moi quand j'ai réalisé qu'il s'agisait d'un mot que les gamers tel que moi avait l'habitude d'utiliser au quotidien et qui donc était entrer dans le language courant.
Quoiqu'il en soit, vous l'aurez deviné, les tokens désignent les talismans de papier que le Saniwa utilise pour traiter ses épées blessées.
