Chapitre Deux : Février - Kisaragi (如月): Il n'y a rien que je veuille dire...
En l'an 2205,
Afin d'anéantir l'Armée de l'histoire Inversée, qui essaie de changer l'histoire,
Eux, qui sont nés d'épées,
S'engage dans un combat mortel aujourd'hui encore !
Tsurumaru-san, je suis désolé qu'ils ne soient pas attentifs...
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Un léger son étouffé résonnait dans la nuit noire, deux éléments s'entrechoquant de manière répété, métal contre pierre. Le bruit cessa une minute, puis reprit à un rythme effréné pendant encore quelques secondes avant de s'arrêter une nouvelle fois. La porte de la forge s'ouvrit doucement, laissant entrer un jeune homme aux cheveux noirs, habillé d'un fin kimono rouge sur lequel reposait un haori aux couleurs du Shinsengumi.
« Aruji… »
« Kiyomitsu ? »
Le Sage se retourna à cette voix, n'ayant pas entendu l'Uchigatana entrer. Ce dernier s'avança un peu, posant un regard dans la fournaise brûlante avant de le reporter sur le garçon aux yeux dorés qui lui-même l'observait la tête penchée sur le côté en signe d'interrogation.
« Outre le fait que personne ne risque de bien dormir si vous continuez comme ça, vous allez vous épuiser à la tâche. Pourquoi ne pas laisser cela et retourner dans votre chambre vous couchez ? » lança Kashuu en plissant les yeux, l'inquiétude se lisant sur son visage.
« Je ne peux pas arrêter de travailler tant que le métal est chaud, tu le sais bien. Et puis, j'ai presque terminé. » répondit le Saniwa en souriant légèrement, faisant tourner le sabre à moitié forgé entre ses mains.
« Hmm… »
Le Sage haussa les épaules à la réaction de sa première épée, et retourna près du four pour y reposer la lame ressemblant de plus en plus à un Tachi. Un kitsune blanc, à la queue orange réapprovisionna celui-ci en charbon de bois, avant de se poster tout près pour surveiller la température.
« Et à propos de ça… » demanda Kiyomitsu en désignant du menton un Uchigatana poser sur un établi au loin.
« Ah, Doudanuki ? Dès que j'en ai fini ici, je m'occupe de lui. » dit le Saniwa sans lâcher le métal en fusion des yeux.
« Doudanuki ? Il n'y a rien de mignon, là-dedans. »
« Doudanuki Masakuni. Et tu ne devrais pas beaucoup l'embêter à ce sujet. C'est le genre à trancher dans le vif (*1), si tu vois ce que je veux dire… »
« Hmm, très bien. »
« Saniwa-sama, le baquet d'eau est prêt. »
« Merci, Yūsuke. »
Le Sage se saisit du sabre brûlant à l'aide de pinces et le sortit du feu, le plongeant directement dans un bassin d'eau glacée tout proche. La vapeur se dispersa rapidement dans toute la forge, enveloppant d'un nuage blanc les personnes présentes. Posant l'épée finalement refroidie sur l'enclume derrière lui, il retira la pâte d'argile du côté non-tranchant de cette dernière et commença à la polir délicatement. (*2)
« Retourne te coucher, Kiyomitsu. Ça va aller. » déclara-t-il en se tournant à demi vers l'Uchigatana pour le réconforter d'un sourire.
« Mais… ! » objecta Kashuu en faisant un pas avant de se reculer, la tête baissée vers le sol. « Vous comptez invoquer Doudanuki, tout de suite ? »
« Oui. Je lui montrerai sa chambre directement, et demain, il découvrira le domaine avec lui. » révéla le garçon en soulevant le Tachi pour indiquer de qui il parlait.
« Celui-là aussi ?! » s'écria Kiyomitsu en écarquillant les yeux.
« Quoi ? Ce n'est pas la première fois que deux Touken Danshi sont invoqués en même temps dans cette citadelle. » s'étonna le Saniwa en se stoppant brusquement pour faire face à son Toudan.
« Mais… vous avez travaillé toute la nuit… » souffla Kiyomitsu si faiblement que le Sage faillit ne pas l'entendre.
« Eh, bien, je me reposerai demain matin. Ce n'est rien. » ajouta ce dernier en souriant, amusé de voir l'Uchigatana s'inspecter les ongles pour faire comme s'il ne s'inquiétait pas. « Kiyomitsu… ? »
« Oui… ? »
« Tu n'as pas besoin de rester juste parce que je reste moi-même, tu sais ? »
« Ce n'est pas le cas ! »
Marmonnant ces mots d'une voix rageuse, quoiqu'embarrassée, Kashuu prit sans tarder le chemin de la sortie, refermant avec force la porte derrière lui. Le Saniwa soupira et, pendant un moment, observa le Tachi qu'il tenait entre les mains, murmurant de manière fatigué :
« Ne lui rends pas la tâche facile demain, d'accord ? »
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Ses pas faisaient un bruit sourd en frappant l'escalier. Grimpant en courant, il ne se préoccupa pas du cri de son compagnon d'armes qui l'appelait depuis l'entrée. Tout ce qu'il voulait, c'était atteindre le seconde étage, atteindre l'endroit où Il…
Sa vision devint floue, un ennemi surgissant de nulle part pour lui porter un coup qu'il évita de justesse, y laissant quelques cheveux au passage. Perdant l'équilibre, il trébucha, dévalant les marches aussi vite qu'il les avait montés.
« Yasusada ! Ça va ?! »
Il ne répondit pas, étourdi. Ses paupières se fermèrent une seconde, le temps pour lui de reprendre ses esprits. Il sentit un choc dans son dos lorsqu'il buta contre un mur, mais ne réagit toujours pas. Qui donc avait pu le… Le son d'un sabre qu'on déloge de son fourreau lui parvint, et la minute suivante, il pouvait voir l'Uchigatana aux ongles maculés de rouge le regarder d'un air désappointé.
« Kiyo... mitsu… »
« Qu'est-ce que tu faisais ? » lui dit ce dernier en l'inspectant du regard.
« Désolé. » répondit-il, honteux.
« Bon sang, mes vêtements sont sales maintenant. » s'écria Kashuu, à la fois agacé et rieur.
« Aruji ! Réveillez-vous, c'est le matin ! »
La fenêtre coulissante s'ouvrit brusquement, laissant une vive lumière entrer dans la pièce qui le fit grogner et se retourner dans son futon.
« Aruji ! »
Il souffla, non-content de la courte nuit qu'il venait de passer. Mais, à qui pouvait-il s'en prendre à part à lui-même ? Il se releva à moitié dans sa couchette, et se frottant les yeux, regarda d'un œil hagard Hasebe se mettre à ranger autour de lui.
Touken Danshi ou domestique ? J'ai du mal à faire la différence…
« Mais à quel heure vous êtes-vous encore coucher, hein ? » sermonna l'épée-guerrier en ramassant des vêtements qui traîner ici et là.
« Hmm… je ne sais plus. »
« Aaaah… chaque fois, c'est la même chose ! Vous vous endormez au milieu de la nuit, et du coup, vous fichez un bazar monstre ! » s'écria Hasebe plus ennuyé que vraiment en colère.
« Désolé… ? » souffla le Sage avec scepticisme, certain que même si la pièce était d'une propreté impeccable, l'Uchigatana trouverait, quand même, le moyen de se plaindre.
Ce faisant, il se leva et, contournant un paravent, ouvrit la porte d'une seconde pièce, dans le fond, menant à une salle de bain. Se lavant le visage après s'être changé, il vit du coin de l'œil plusieurs kitsune entrer dans la chambre, s'installant autour d'une large table basse.
« Le petit-déjeuner est servi. Shokudaikiri a dit qu'il s'agissait d'une nouvelle recette, et que si vous l'appréciez, il en referait avec plaisirs. » lança Hasebe en se saisissant du futon pour le replier et l'entreposer dans un placard.
« D'accord. » répondit le Saniwa en rejoignant les sept kitsune pour les saluer chacun d'une caresse tandis qu'ils dévoraient un plat d'agedashi dofu.
Il s'installa lui-même à son chabudai et sourit en voyant un kaiseki composé d'un bol de soupe miso, d'une assiette d'onigiri ainsi qu'une autre de dashimaki accompagné de maquereau grillé, et d'une petite théière de thé vert.
« Tu lui diras merci, ça à l'air délicieux. »
Hasebe rit doucement à l'annonce. Il s'assit lui-même à la petite table, et faisant face au Saniwa, se mit à écrire sur une ardoise en demandant :
« Pour la répartition des tâches, aujourd'hui ? »
« Hmm, oui. » s'interrompit le garçon en reposant sa tasse de thé.
« Qui s'occupera des étables ? »
« Laissons cela à Ishikirimaru. Il sait y faire avec les chevaux. Et je suis sûr qu'Akita sera ravie de participer aussi. » indiqua-t-il en attrapant ses baguettes, et enfournant un morceau d'omelette dans sa bouche, articula doucement : « Aizen et Nakigitsune aux cultures. »
« Très bien. Salle d'entraînement ? Yamatonokami y est pour l'instant, mais je pense qu'il s'agit plus de méditation qu'autre chose… »
Le Sage s'interrompit dans sa dégustation à la mention de l'ancienne épée d'Okita Souji, le rêve de la veille lui revenant en tête. Il ferma les yeux, l'air frais du matin glissant avec délicatesse sur son visage, et le plongeant dans ses pensées.
« Qu'est-ce que tu faisais ? »
« Désolé. »
« Aruji ? »
Il rouvrit brusquement les yeux à l'appel, et se souvenant d'un coup de l'endroit où il se trouvait, bafouilla, encore embrumé dans ses souvenirs :
« Excuse-moi. Heu, oui, l'entraînement… Eh, bien, Maeda et Gokotai ne sont pas souvent à l'extérieur, donc… »
Le regard d'Hasebe le fit s'arrêter dans ses explications douteuses et il soupira, certain que son Toudan allait, à présent, se poser des questions.
« Ils ont besoin de s'entraîner pour devenir plus fort, non ? »
« Oui… » affirma l'Uchigatana sans vraiment s'en soucier, plus préoccuper par l'état de son maître qu'autre chose. « Tout va bien ? »
« Oui, ça va. C'est juste que… la Force Rétrograde n'hésite plus à s'attaquer à des évènements majeurs de l'histoire. Cela m'inquiète un peu… » fit semblant d'admettre le Sage en observant les kitsune qui, eux-mêmes, s'étaient arrêter de manger, inquiets.
« Nous sommes là pour les empêcher d'agir à leurs guises ! Moi, Hasebe, je serai le loyal servant de mon maître, et terrasserai un millier d'ennemis si vous me le demandez ! » débita Heshikiri en posant une main à la droite de sa poitrine, fièrement redresser.
« À toi, tout seul ?! Non, merci… » gloussa le garçon, riant sans gêne devant le Touken Danshi qui se renfrogna immédiatement. Puis, il ajouta pour le conforter : « Même si je sais à quel point, tu es puissant, je doute que tu puisses tenir seul devant une armée de mille soldats Rétrogrades ! Et je ne tiens pas à te retrouver en morceaux, ou pire… »
« Aruji… » murmura Hasebe, s'empourprant. Puis, se raclant la gorge, il reprit plus sérieusement : « Lessive ? »
« Kasen, évidemment. Et Yamanbagiri. » répliqua le Saniwa en reprenant son petit-déjeuner.
« Ils vont encore se disputer à propos de la cape… »
« Ça ira. Je pense que Hachisuka ne se plaindra pas de faire un peu de ménage, non plus. »
« Midare a dit, hier, qu'il voulait être de corvée. »
« Alors qu'il lui donne un coup de main. »
« Cuisine ? Shokudaikiri, comme d'habitude. Qui l'aidera ? »
« Hum… Pourquoi pas Nikkari ? Il douée dans l'exercice aussi, non ? »
Il reposa ses baguettes sur leur support en disant cela, et termina son thé d'une traite. Et tandis qu'Hasebe empilé les plateaux-repas les uns sur les autres après avoir fini d'inscrire les noms, il se souvint brusquement d'une chose, et rétorqua en se tournant vers ce dernier :
« Au fait ! J'oubliais presque… »
Il se leva, se dirigeant d'un pas lent vers sa table de travail pour ouvrir un petit coffret duquel il sortit un bonhomme de papier marqué de son symbole qu'il tendit à l'Uchigatana, tout sourire.
« L'épée est déjà entreposée dans la salle d'invocation. »
« C'est… » hoqueta celui-ci en prenant la feuille entre ses doigts, relevant un regard vers le garçon aux cheveux cerisier.
« Tsurumaru Kuninaga. Doudanuki a été appelé hier, mais il était trop tard pour lui faire découvrir la citadelle. » répondit-il en s'approchant de la fenêtre pour la refermer, fronçant les sourcils à la vue des bassins gelés.
« Je m'en occupe- » commença à dire Heshikiri avant d'être interrompu.
« Non, je préfère que Kiyomitsu s'en charge, d'accord ? »
« À vos ordres. »
« Et, n'oublie pas de dire aux autres de faire attention dans la cour, surtout si vous voulez vous amuser dans la neige comme la dernière fois. » conseilla le Saniwa en posant un regard soucieux sur son Toudan qui hocha la tête avant de sortir de la pièce.
« Bien. » s'exprima-t-il en se tournant vers les kitsune. « Si on parlait de vos tâches à vous ?! »
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« Aruji ! Tsurumaru est arrivé ! »
La voix de son secrétaire résonna depuis la cour principale et il soupira en s'asseyant à terre. Maintenant que le Tachi était là, un certain nombre d'épées appartenant au seigneur de guerre Nobunaga se retrouvaient dans la citadelle, et il se demandait comment les choses allaient se passer… Si Hasebe, Souza ou même Yagen avaient soigneusement évité d'en parler jusqu'à présent, chacun pour ses propres raisons, le court séjour de Tsurumaru chez le daimyo risquerait de changer la donne (*3). Et pourtant, la rancœur cachée dans le cœur de ses Toudan était en vérité, il le savait, le signe d'une profonde tristesse, et peut-être même de grands regrets.
J'imagine qu'il va falloir faire quelque chose à ce propos.
Les portes coulissantes s'ouvrirent sans même qu'il ne s'en rende compte, l'Uchigatana, auquel justement il pensait, faisant son entrée. Ce dernier se mit à nouveau à ranger les derniers vestiges du désordre de ce matin, haussant un peu plus le ton chaque fois que quelque chose attirait son attention.
« Comment se passe l'intégration des nouvelles épées ? » questionna-t-il, tentant une approche pour distraire le serviteur un tantinet trop maniaque.
« Kashuu et Yamatonokami leurs font faire le tour. » énonça ce dernier en continuant de trier les papiers qu'il y avait sur son chabudai. Puis, s'arrêtant, il ajouta : « Vous ne m'aviez pas dit que Tsurumaru serait si… »
« Oui ? » encouragea le Saniwa en relevant la tête, un livre sur les genoux, la main sur le point de tourner une page.
« Enthousiaste… » rétorqua d'une petite voix Heshikiri en reprenant son travail.
« C'est un problème ? » argua le garçon en retournant à sa lecture, un léger rictus sur les lèvres.
« Non… enfin… peut-être en fait-il un peu trop. » lança l'Uchigatana, faisant face à son maître.
Le Sage referma doucement l'ouvrage, le serrant entre ses bras, et ancra son regard dans celui de son Toudan. Il l'observa un instant sans rien dire, comme cherchant ses mots, avant de finalement fermer les yeux en affirmant :
« Et peut-être est-ce sa façon à lui de voir le monde. Tu sais, les perceptions des autres se fondent sur la manière dont ils désirent aborder l'expérience qu'est leur passé. Si certains préfèrent ne pas y penser, au risque d'avoir des regrets, d'autres veulent simplement n'y voir que le positif qui en est ressortit. »
« Je… vois. J'imagine que vu sous cet angle… » déclara Hasebe dans un souffle, un peu troublé.
« C'est plutôt rafraîchissant, si tu veux mon avis. » relata le Saniwa en posant le livre sur le côté pour en attraper un second sur l'étagère de la petite bibliothèque près de laquelle il était assis.
Il se tourna subitement vers les shōji, sentant une présence qu'il reconnaîtrait entre mille.
Kiyomitsu.
Mais déjà, son serviteur se remit à se plaindre sans s'arrêter, le détournant de ses pensées tandis qu'il soupirait sans ménagement.
« Aruji ! Pourquoi vous ne remettez pas les livres que vous avez lus sur l'étagère ? Bon sang, sans moi, Hasebe, vous ne pourriez rien faire. »
« Tu exagères, il n'y a qu'un livre sur le sol. » émit-il en levant les yeux au ciel.
« Rangez les choses sur votre bureau ! Vous ne savez pas où ça se range, hein ? » continua à s'écrier l'Uchigatana, ne remarquant pas ce qu'on lui disait.
A quoi bon…? débita le Sage mentalement, reprenant sa lecture sans se préoccuper du Touken Danshi.
« Ah, bon sang ! Aruji ! »
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Le calme avait enfin repris sa place dans la citadelle, le déjeuner y contribuant largement. Le Saniwa se laissa retomber contre le mur derrière lui, abandonnant toute idée de travail. Il se passa une main sur le visage, encore fatigué par la courte nuit qu'il avait passée, et darda un regard sur le kitsune en embonpoint qui somnolait sur le rebord de la fenêtre entrouverte.
« Daisuke ! »
Le petit renard ne réagit pas à l'appel de son nom, se contentant de bouger sa queue dans un mouvement de balancier qui agaça un peu plus le garçon qui se releva pour soulever l'animal entre ses mains, le positionnant face à lui.
« Dis-moi. » dit-il tandis que la créature consentait finalement à ouvrir les yeux. « Tu n'étais pas censée prendre des nouvelles de la part du Gouvernement, et envoyer les derniers rapports ? »
Daisuke grommela légèrement quelque chose à propos du fait d'échanger sa place avant d'être interrompu, le son caractéristique d'une attaque des Révisionnistes s'engouffrant entre les murs de la chambre.
Il se retourna brusquement, lâchant le kitsune qui retomba mollement sur le sol, et consultant la carte du pays qui s'affichait sur le mur, laissa un large sourire ornait ses lèvres. Si modifier l'histoire faisait partie intégrante de la tâche des Rétrogrades, il arrivait qu'ils ne mettent pas autant d'effort et d'espoir sur certaines missions, une chance pour le Saniwa qui, bien que conscient du danger, s'amusa de pouvoir ainsi se servir de l'ennemi pour exécuter ses plans.
Le Sage se dirigea vers l'entrée, prêt à descendre chercher Heshikiri pour le prévenir et tomba miraculeusement sur Kasen en ouvrant le shōji.
« Aruji ? » s'étonna l'Uchigatana, une pile de linge dans les mains.
« Kasen. Parfait. Est-ce que tu pourrais me rendre un service ? » demanda-t-il en s'avançant pour soulager l'épée de son poids.
« B- bien sûr ! »
« Peux-tu trouver Hasebe pour moi, une troupe va bientôt partir en excursion. »
« Tout de suite ! Heu… et le linge ? » ajouta Nosada (*3 bis) d'un air embêté.
« Je m'en occupe. » lança le Saniwa d'un petit sourire, la tête légèrement penchée sur le côté.
« Merci. » répondit Kasen, hochant la tête avant de descendre les escaliers avec rapidité.
Heureusement qu'il s'agit du mien... souffla mentalement le garçon en fermant les yeux, retournant dans ses appartements en fermant les portes derrière lui…
Heshikiri franchit à nouveau les shōji de sa chambre à peine quelques minutes plus tard, le visage concerné. Le Saniwa fronça les sourcils en le voyant, et sans perdre un instant, l'informa de la situation.
« Les Révisionniste s'attaquent encore à un évènement majeur de l'histoire. »
« Quoi ?! » s'exclama Hasebe, s'étranglant presque.
« L'attaque d'Akechi Mitsuhide est sur le point d'être interrompu, et la fin d'Oda Nobunaga d'être évité. » poursuivit le Sage en lui désignant la carte du doigt.
« C'est Honnō-ji, cette fois-ci ? » questionna l'épée sans avoir vraiment besoin d'une confirmation, l'évènement étant inscrit dans sa mémoire.
« Il faut que vous vous rendiez en 1582 pour stopper les Rétrogrades avant que la moindre parcelle de l'histoire ne soit modifier. »
« Oui, faisons la répartition. Donc, quelle est la composition de l'équipe, cette fois ? »
« Yagen Tōshirō, Tsurumaru Kuninaga, Souza Samonji, Kashuu Kiyomitsu, Yamatonokami Yasusada, et dernier membre et capitaine, Heshikiri Hasebe. » déclara le garçon aux yeux dorés, le regard perçant.
« Ces six épées ? Je... »
« Surtout Hasebe. » rajouta-t-il alors que les shōji s'ouvraient une nouvelle fois pour laisser l'Uchigatana sortir. « Prenez votre temps, là-bas. »
Son Toudan ne répondit pas, mais il savait que son conseil serait suivi. La force que l'ennemi avait envoyée était minime, et il ne doutait pas que ses épées n'auraient aucun mal à s'en débarrasser. Le véritable enjeu dans l'envoi de cette troupe précise était surtout de donner une chance aux anciens compagnons de Nobunaga de faire face à un passé depuis trop longtemps ignoré.
Il soupira en tournant la tête vers sa fenêtre, légèrement inquiet.
« Espérons que Yamatonokami apprenne, lui aussi, une leçon… »
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Le crépuscule colorait le ciel de ses chaudes teintes d'oranges, et la nuit qui suivrait serait sûrement fraîche, mais le temps se prêter à l'occasion. Descendant les escaliers qui séparaient sa chambre du reste du domaine, il se dirigea lentement vers la salle principale, et ouvrant celle-ci, trouva exactement les personnes qu'il cherchait à l'intérieur.
« Aruji-sama ? » énonça d'une voix surprise Ishikirimaru, tandis que Shokudaikiri se remettait rapidement debout pour le rejoindre devant l'entrée.
« Vous avez besoin de quelque chose ? » demanda ce dernier, soucieux.
« Plus ou moins. » répondit le Sage avec un sourire mystérieux. « Est-ce que quelqu'un serait disponible pour aller faire quelques achats avec moi ? »
« Des achats de quelle sorte ? » lança Hachisuka de manière intéressée.
« Eh bien… Tsurumaru est de sortie pour l'instant, mais à son retour, j'ai pensé que nous pourrions organiser un nabe. Avec tout ce qu'il s'est passé dernièrement, nous n'avons même pas pu célébrée l'accueil des nouvelles épées, y compris la tienne Ishikirimaru… »
« Ah, non, ce n'est pas la peine, vraiment… » prononça l'Ōtachi, embarrassé.
« J'y tiens. C'est un bon moyen de faire connaissance, non ? » insista le Saniwa, toujours souriant.
« C'est une très bonne idée. Je vous accompagne. » dit Hachisuka en se relevant immédiatement.
« Je vais voir quel sont les ingrédients qu'il nous manque, mais je pense que nous avons déjà la plupart. » réplica Mitsutada, sortant sur l'engawa et commençant à marcher vers les cuisines.
« Dans ce cas, tu n'as qu'à faire une liste. Dès que ce sera fait, nous partirons. »
« Très bien. »
Et c'est ainsi que la petite fête improvisée s'organisa, chaque Touken Danshi de la citadelle offrant son aide après avoir été prévenu. Au final, il ne prit que très peu part aux festivités, se contentant de donner des directives ici et là. La première division revint alors que les préparatifs venaient tout juste de se terminer. Il balaya d'un revers de la main le rapport que s'apprêtait à lui faire Hasebe, et préféra accompagner Souza et Yagen jusqu'à la salle de réparation pour s'assurer de l'état de son Uchigatana. Lorsqu'il fut sûr que tout allait bien, il remonta jusqu'à sa chambre, épuiser par sa journée.
Toutefois, les échos des discussions de ses Toudan lui parvinrent depuis la fenêtre ouverte de la pièce, et il s'approcha, amusé. Bientôt, Yamatonokami se fraya un chemin entre tous, attirant son regard, et il se concentra sur sa voix, curieux.
« Peut-être que Nobunaga s'est échappé de Honnō-ji, a survécu en utilisant tout son pouvoir, a obtenu la capacité de vivre éternellement, et est encore en vie quelque part, même maintenant ! »
Le Saniwa se retira, fermant délicatement la fenêtre avec un soupir. Les autres pouvaient rire de ce conte fantaisiste, mais les dires de l'Uchigatana n'étaient pas moins révélateurs d'un désir profondément enfoui en ce dernier. Celui de voir son ancien maître accomplir le même exploit…
« J'avais tort… Toute cette histoire est bien plus sérieuse que je ne l'avais pensé… »
Endnote :
(*¹) : Si vous ne connaissez pas exactement l'histoire de Doudanuki, cette référence vous a sûrement échapper. Alors voilà:
Le forgeron de Doudanuki se souciait plus de la force de la lame que de son apparence - le but étant d'avoir des épées de combat, produites en série et consommables. Ainsi, la lame est souvent plus épaisse sur le dos ou dans son ensemble et présente une faible courbure. Les lames de Doudanuki étaient autrefois très prisés pour leur capacité à couper à travers l'armure.
Pendant l'ère Meiji, en utilisant un casque de haute qualité tenu devant l'empereur, une épée Doudanuki, renommée pour percer l'armure, fendit le casque en deux. (Cf. photo Wikia).
Du coup, Doudanuki Masakuni ne comprends pas vraiment l'intérêt qu'ont les autres Touken Danshi à avoir une belle apparence. (Un peu comme Yamanbagiri qui ne supporte pas qu'on lui dise qu'il est beau alors qu'il n'est qu'une copie de l'original.)
Vous avez tout compris ? ;)
(*²) : Bon, je ne vais pas vous faire un cours sur la fabrication des sabres japonais, regarder le wiki si vous voulez connaître les détails, mais, en gros, voilà le truc:
La trempe est l'étape qui suit le forgeage (ou ça s'écrit bien comme ça) de la lame, essentielle pour s'assurer du tranchant sans affecter la souplesse de la lame.
Lors de cette dernière, les japonais inventèrent une technique qui leurs est propre, la trempe partielle. Le concept est simple : en recouvrant une partie de la lame d'une pâte d'argile réfractaire, de poudre de charbon de bois, de silice et d'autres éléments gardés secrets par chaque forgeron, on se retrouve à isoler du froid le dos et les flancs de la lame (soit les parties dont on veut conserver la souplesse). Ainsi donc, lorsque la lame sera trempée dans l'eau, seul le tranchant sera refroidi suffisamment rapidement pour former un acier dur, ce qui conférera au tranchant de l'arme une dureté extrême tout en conservant une résistance élevée aux chocs pour l'ensemble.
Agedashi Dofu : Tofu ferme coupé en cubes puis légèrement fariné avec de la fécule de pomme de terre ou de la farine de maïs puis frit dans un bain d'huile jusqu'à ce qu'il soit doré. Le tofu est alors servi dans un bouillon chaud, puis recouvert de negi (un type de ciboule) finement émincé.
Kaiseki : forme traditionnelle de (plateau-) repas, composé de plusieurs petits plats servis conjointement.
Soupe miso : (Pas sûr que je doive expliquer, mais bon.) pâte de haricots de soja fermentée et salée agrémenté d'algue wakame séchée, réhydratée et coupée en carrés, de tofu, de bœuf bouilli émincé en fines lamelles, de ciboule, de rondelles d'œufs cuit et de sauce soja.
Dashimaki : sorte d'omelette japonaise sucrée-salée, préparée avec une poêle rectangulaire dans un bouillon de poisson.
(*³) : Encore une fois, cette référence risque de vous avoir échapper si vous ne savez rien de l'histoire de Tsurumaru.
En effet, Tsurumaru Kuninaga à résider auprès du Daimyo (Seigneur) Oda Nobunaga, après l'extermination du clan Hojo auquel il appartenait, mais seulement pendant une très courte période puisque ce dernier l'offrit à l'un de ses vassaux, Mori Yoshinari.
Bien que Souza, Yagen et Hasebe ont également séjourné chez Nobunaga, ils y ont tous été à une période différente, ce qui fait que s'ils se sont croisés, ce ne fut que brièvement.
(*³ bis) : And again... Nosada (之 定) est l'alias du forgeron de Kasen Kanesada. C'est aussi de cette manière que l'appelle son "petit frère" Izuminokami Kanesada.
Personellement, j'utilise ce surnom pour faire la différence entre les deux. Ainsi, Kasen sera parfois nommé Nosada, et Izuminokami, Kanesada.
Petite anecdote: Kasen a été forgé par la célèbre et renommée deuxième génération des Kanesada, quand Izuminokami fut, lui, forgé par la onzième/douzième moins reconnue, ce qui fait qu'ils ne se comprennent pas toujours. Kasen revendiquant une éllégance et une force dont Izuminokami n'est pas doté.
Nabe : mets familial de l'hiver au Japon, comparable à la fondue en France. Il s'agit d'une soupe de bouillon de poisson aux algues séchées, chauffé dans un réchaud et auquel on ajoute plusieurs sortes d'ingrédient comme du chou chinois, des nouilles kuzu (transparentes), du tofu, des vermicelles blancs, des champignons, du poisson, des huîtres et de fines tranches de viande (bœuf, porc). (Et c'est DE-LI-CIOUS !)
Engawa : est un sol, généralement en bois, suspendue et se trouvant à l'extérieur devant la fenêtre ou les portes des pièces dans les maisons traditionnelles japonaise. (cf. photo wiki)
