Chapitre Six : Juin - Minazuki (水無月): Une citadelle particulièrement bénie.


En l'an 2205,

Afin d'anéantir l'Armée de l'Histoire Inversée, qui essaie de changer l'histoire,

Eux, qui sont nés d'épées,

S'engage dans un combat mortel aujourd'hui encore !

Tu ne tireras rien d'eux, Hakata. Ils n'écoutent jamais…

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« Aa-aa… atchoum ! »

« Aaah… ça n'a pas l'air d'aller mieux. »

« Tu crois… ? »

Dardant un regard noir à l'animal se tenant près de la fenêtre entrouverte, le Saniwa se retourna pour la énième fois dans son futon, grelottant de froid malgré l'épais kimono et haori qu'il portait sous ses deux couvertures.

« Je vous avais prévenu, pourtant. »

« Eisuke… »

« Il y a un mois, quand vous m'avez informé que même vos cauchemars ne vous empêchaient pas de profondément dormir, je vous ai dit que c'était de la fatigue et que si vous ne vous reposiez pas, vous alliez tomber malade. »

« Je suis désolé, d'accord ?! »

« Je l'avais dit, vous allez attraper un rhume ! Mais est-ce qu'on m'écoute seulement, ici ?! Non, pas une seule fois ! »

« Je suis presque sûr que j'avais moins mal au crâne lorsque tu ne disais rien, kitsune ! »

« Que… ! »

Surprit par le ton réprobateur du Sage, le petit renard à lunettes s'arrêta immédiatement de parler, bouche bée. Soupirant en constatant finalement le silence, ce dernier referma les yeux, tentant de trouver le sommeil malgré le bruit infernal et imaginaire qui lui vrillait les tympans, l'horrible étau qui semblait enserrer son cerveau, et son nez bouché qui l'empêchait de respirer correctement.

« C'est perdu d'avance… »

Avançant prudemment jusqu'à la couchette, comme ayant peur d'être infecté à son tour, le kitsune se rapprocha sous le regard suspicieux du garçon, posant délicatement une patte sur son front avant de rapidement la retirer, affolé.

« Vous avez de la fièvre ! Je vais prévenir de suite Hasebe-san ! »

Incapable de répondre, la pièce se mettant étrangement à tourner autour de lui, le Saniwa grogna quelque chose qui ressemblait vaguement à « ne fais pas ça », avant de brusquement sombrer dans l'inconscience, des milliers d'images défilant dans son esprit.

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Un. Deux. Trois pétales de cerisiers tombant avec douceur sur l'eau, créant une oscillation qui résonna tel un écho. Un haori bleu et blanc frappé du symbole Persévérance flottant légèrement à la surface, inhabité de toute présence. Une vie s'étant éteinte pour qu'une autre renaisse. Et le prix du sang… chaque fois versé, chaque fois perdue… pour pardonner un péché plus grand encore que celui de tuer.

Un voyage à travers les siècles, dans un futur ressemblant au passé. Un univers où l'ancien et le nouveau se croisent, s'entrelacent, et jamais ne se défait. Comme une promesse, qui, avec le temps, semble toujours plus dure à tenir, plus difficile à atteindre.

Un être. Deux êtres. Reliés par un fil rouge sans fin. Se rencontrant, se perdant, et se rejoignant sans cesse. Deux âmes, que tout sépare, si ce n'est une chose. Un code d'honneur. Un nom, prononcé dans un soupir, douloureux à dire, douloureux à se souvenir. Et des mémoires, qui jamais ne se tarissent, comme étant infinies.

Un pétale. Deux pétales. Trois pétales de cerisiers s'envolant dans le vent, survolant la plaine, au-dessus d'un domaine. Une citadelle. Bénie des Dieux. Et comme la nuit noire vient s'étendre dans le ciel, recouvrant les nuages, faisant fuir le soleil, et accueillant avec joie la lune. Blanche, tel l'espoir qui renaît de ses cendres. Une promesse, toujours plus facile à faire, toujours plus facile à tenir.

« Aruji ? Aruji ! Aruji ?! »

« Hmm… »

Il ouvrit les yeux avec difficulté, la réalité venant se confondre avec ses rêves. Prenant enfin conscience de ce qui se trouvait autour de lui, il cligna plusieurs fois des paupières, et tenta péniblement de se relever, une main, accueillie avec plaisir, se posant dans son dos pour l'aider à se soutenir.

« Ishikirimaru ? » souffla-t-il après une bonne seconde à observer l'Ōtachi, mettant finalement un nom sur ce visage qu'il reconnaissait sans comprendre comment il avait pu l'oublier.

« Bonjour. » répondit celui-ci avec un sourire, pressant une serviette trempé sur son front avant d'essuyer la sueur un peu partout sur son visage et sa nuque.

« Je… » hoqueta le garçon en soupirant de bien-être, le froid du tissus venant s'opposer à son corps brûlant, comme des flammes s'atténuant sous un jet d'eau.

« Ne parlez pas. Vous êtes toujours fiévreux. Mais je vous le promets, ça ira mieux dans quelques heures. »

« L'expédition… » murmura toutefois le Saniwa, le sol semblant s'éloigner de plus en plus en de lui, à moins qu'il ne s'agisse simplement que d'un vertige.

« Aruji ! » s'écria son Toudan avec frayeur, le rattrapant rapidement entre ses bras tandis qu'il penchait dangereusement en avant.

« Aaah, ma tête. »

« Je vous en prie, rester tranquille. L'expédition est partie, il y a quelques minutes. Tout le monde fait de son mieux pour ne pas vous décevoir, alors s'il vous plaît, faîtes, vous aussi, en sorte d'aller mieux. »

« Hmm… »

Se sentant être délicatement recouché dans son futon, le Sage ferma à nouveau les yeux, et bercer par les paroles répétitives de son Touken Danshi, s'endormit à nouveau, un coucher de soleil se dévoilant en lieux et place des ténèbres.

« Purifier et nettoyer. Purifier et nettoyer. Purifier et nettoyer. »

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Une falaise pas plus haute qu'une colline. Une lumière douce et orange recouvrant le ciel. Et deux samurais se tenant face à un ours à l'aspect dangereux. Pourtant, toutes épées rengainées, ils avancent à sa rencontre, cherchant à se frayer un passage sans verser la moindre goutte de sang. Un respect mutuel habitant les trois créatures vivantes qui coexistent en ce lieu et en cette heure.

Une inquiétude sourde résonne dans leurs cœurs, comme un souhait, un désir qui ne se réalisera que si leur mission se passe au mieux. Un objectif, à atteindre à n'importe quel prix, pour le succès d'un but duquel dépendra leur survie.

Et l'horloge qui tourne désespérément. Les heures défilant toujours plus vite sans que, pour autant, leurs déterminations ne faiblissent. Et un être, parmis eux, qui arrive à une révélation qu'il n'avait pas compris jusque-là.

Rouge. Rouge-sang. Rouge-cerise. Rouge-fraise, comme la couleur de ces fruits, récompense à leurs durs labeurs. Un espoir. Un soulagement, qui étreint leurs poitrines, efface le déchirement qu'ils ressentaient depuis leurs premiers pas dans cette époque dont ils repartiront, des souvenirs pleins l'esprit.

Encore ce son. De clochette. Un rappel. Et celui-ci, comme un bruissement de feuille. Une demande. Revenir. D'entre les morts, les vivants, de cet entre-monde où il se trouve en ce moment. Une frontière, spirituelle, mortelle. Lui qui est à la fois, un homme et un Dieu. Protégeant les premiers, servant les seconds.

Revenir. Encore et toujours. Pourquoi ? Pour quelles raisons ? Eux, qui prient sans cesse, pour son retour. Un rétablissement. Et une larme invisible. Unique. S'échappant de son œil, glissant le long de sa joue, parcourant ses lèvres avant de tomber à terre, comme une éclaboussure, souillant le sol de sa tristesse.

« Hmm… vous êtes sûr qu'il ne vaut pas mieux le réveiller ? »

« Évidemment, imbécile ! Il faut qu'il se repose ! »

« Mais on dirait qu'il fait un cauchemar… »

« Peu importe ! »

« Chuuut ! »

« Trop tard… »

Ouvrant les paupières, un rictus moqueur étirant légèrement sa bouche, le Saniwa se releva à moitié dans sa couchette, offrant un regard amusé aux kitsune regroupés tout autour de lui, couchés en boule contre lui.

« Ah ! Saniwa-sama ! »

« Vous êtes définitivement trop bruyants pour que je puisse dormir en paix. » gloussa-t-il en passant une main dans le pelage d'un renard au hasard.

« Désolé… » s'exclamèrent en chœur ces derniers, la tête baissée.

« Vous vous sentez mieux ? » demanda Ryonosuke en s'approchant.

« Pas vraiment, pour être tout à fait honnête. Mais au moins, je n'ai plus les oreilles qui bourdonnent. »

« C'est bien. » déclara Konnosuke en plissant les yeux de joie.

« Tout le monde dehors. Le maître à besoin de calme et de sérénité. »

Se tournant le plus lentement possible pour éviter un second vertige, il posa son regard sur le Tantou qui venait de surgir dans la pièce, poussant les kitsune à sortirent précipitamment tandis qu'il remontait les couvertures contre son visage après l'avoir forcé à se rallonger.

« Merci Yagen. »

« Remerciez-moi quand vous serez sur pieds. À présent, dormez. »

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« Je me demandais. Comment est-ce que je pourrais échapper à la corvée du champ ? »

« Comment ça, y échapper ?! »

« Non, parce que c'est vraiment salissant, et je n'aime pas faire des choses qui me salissent. »

« Désolé. C'est impossible. »

« Vraiment… ? Hmm, j'imagine que je n'ai pas le choix, alors… »

« Effectivement. »

« Une fois que j'aurais terminé cette tâche ingrate, mes ongles… les peindrez-vous ? »

« Bien sûr, si ça peut te faire plaisir. »

« Parfait. Au travail ! Au travail ! »

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« Vous saviez que les chevaux ont des yeux qui brillent ? »

« Oui, c'est assez amusant. »

« J'ai remarqué que Tsurumaru-san aussi, exactement les mêmes ! »

« Vraiment ? Bizarrement, ça ne me surprend pas tant que ça. »

« N'est-ce pas ?! C'est presque naturel chez eux ! »

« J'imagine qu'il y a un peu de ça. »

« Hahaha ! Ce n'est pas très sympa de dire ça ! »

.

« Tu n'as vraiment rien à faire, pas vrai ? »

« Hein ?! Aruji, vous êtes vraiment méchant ! Je suis actuellement en train de faire quelque chose ! »

« Quoi ? Changer de tenue pour la millième fois de la journée, je n'appelle pas ça faire quelque chose. Du moins, pas quelque chose d'utile !

« Avec ça, je pense que je suis devenu un peu plus mignon ! »

« Kiyomitsu ! »

« D'accord, décorez-moi ! »

« Kiyomitsu… »

.

« Suis-je si étrange ? »

« Je ne suis pas sûr de comprendre. »

« Vous ne vous lassez jamais de me caresser, n'est-ce pas ? »

« Yasusada ? »

« Je me demande… est-ce que vous m'aimerez ? »

« Yasusada !? »

« Ah ! Pardon, je pensais à voix haute… »

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« Aaaruuujiii… Réveillez-vous. C'est l'heure de prendre votre médicament. »

« Hmm… de quoi ? »

« Mé-di-ca-ment ! C'est un truc pour vous sentir mieux. »

« Tu joues les effrontés pour dissimuler ton inquiétude ? »

« Que… ! »

Se relevant doucement en se frottant les yeux pour effacer les dernières traces de sommeil, le Sage offrit un rictus moqueur à l'Uchigatana outré qui détourna prestement le regard sur le côté, faisant la moue.

« Sois rassuré, je me sens bien, même sans mé-di-ca-ment ! » lança le Saniwa avec un sourire, ne pouvant s'empêcher d'imiter son Toudan pour l'embêter.

« Vraiment ?! » s'exclama ce dernier en reportant les yeux sur son maître, incapable de cacher sa joie et son soulagement.

« Oui. »

« Prenez-le quand même. Par précaution. »

« D'accord. »

Attrapant la fiole au liquide rouge, il en but une gorgé, toussant un peu à cause de sa gorge sèche, avant d'en terminer le contenu d'un trait, le goût n'étant pas rebutant.

« Aaah, ça n'a pas été simple de trouver ce sanshuu ! » déclara pour lui-même Kashuu en relevant la tête, comme fière de lui.

« Mm-hmm, je sais. » murmura le garçon tout en continuant de sourire, amusé.

« Vous… savez… ? » hoqueta Kiyomitsu en écarquillant les yeux, étonné.

« Oui. D'ailleurs, comment s'est passé l'enquête à Edo ? » interrogea-t-il, conscient du piège qu'il tendait à son épée.

« Ah ! Eh bien… l'enquête… en fait… Mutsunokami vous en parlera ! » bégaya celui-ci en se relevant subitement, se dirigeant d'un mouvement vif vers la sortie.

« Prenez soin de vous ! »

Riant sans ménagement à la réaction paniquée de l'Uchigatana, le Sage laissa quelques larmes s'échapper de ses pupilles, la fatigue toujours présente malgré le temps interminable qu'il avait passé à dormir.

Baillant longuement, il sortit de sous ses couvertures, devenues trop chaudes, et rampa jusqu'à sa table de travail, attrapant le livre qui s'y trouvait avant de revenir vers son futon pour s'y installer confortablement.

Un coup se fit entendre sur le bois du shōji. Puis deux, avant que les portes ne coulissent pour faire entrer un Toudan particulier qu'il gratifia d'un sourire de reconnaissance.

« Ishikirimaru. »

« Je vois que vous allez bien mieux. »

« Comme prédit. Merci pour tout ce que tu as fait pour moi. »

« C'est inutile, voyons. Guérir est ma nature même. Utiliser mes compétences pour mon maître est tout ce que je peux espérer. »

« Quoiqu'il en soit, merci. »

Il pouvait entendre différentes voix résonner depuis l'extérieur de la chambre. Kiyomitsu notamment, accompagné de plusieurs autres comme celles de Midare, Akita, ou encore celle de Nikkari. Enjouées, rassurées, heureuses, soulagées… il ne saurait dire combien de sentiments différents traversaient en ce moment ses Touken Danshi, mais il se sentait bénie d'être ainsi entouré.

« Je viens terminer le rituel de purification. » expliqua l'Ōtachi en déployant son matériel, agitant devant lui son Ōnusa tout en prononçant :

« Purifions… Nettoyons. Purifions… Nettoyons. Purifions… Nettoyons. »

Soufflant doucement, le Saniwa ouvrit son livre et commença sa lecture, laissant le silence du moment l'envahir, valsant dans une certaine harmonie avec les chants religieux de son épée.

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Baigné par les rayons du soleil de fin d'après-midi, la petite chambre semblait plus active que jamais, recevant mille et une visite à la seconde. Le garçon, réjoui, ne se priva pas de sourire avec bienveillance tout en rassurant chacun des Toudan qui franchirent les shōji pour lui offrir leurs aides d'une quelconque manière.

Atsushi et Hirano lui apportèrent une dizaine de trèfles à quatre-feuilles qu'ils avaient passés la journée à ramasser, Izuminokami et Horikawa proposèrent de changer ses draps et Maeda lui apporta une lettre de bon rétablissement tout ce qu'il y avait de plus adorable.

Plissant les yeux en un sourire, le Sage reposa délicatement la feuille de papier sur son chabudai tout près, et laissa son regard dérivé vers l'Ōtachi en face de lui qui rangeait ses affaires avec délicatesse.

Vraiment… je suis réellement béni…

« J'ai terminé. » déclara son épée en se dirigeant vers la fenêtre pour la fermer, faisant perdre de sa clarté à la pièce.

« Merci, Ishikirimaru. Tu devrais aller te reposer, toi aussi. Tu en as bien assez fait. » indiqua le Saniwa, attendri par toute l'attention dont ses Touken Danshi faisaient preuve à son égard.

« Ne dites pas de bêtise, j'ai été ravi de me rendre utile. » murmura avec un sourire l'Ōtachi en prenant le chemin de la sortie, refermant à peine les portes derrière lui.

Un certain nombre de personnes s'étaient amassés dans le hall ou près de l'escalier, et à travers la fine cloison, le garçon pouvait entendre chaque conversation, chaque fil de discussion qui ne tournait autour que d'un sujet : lui-même.

Un petit rire s'échappa d'entre ses lèvres à cette pensée tandis qu'à l'extérieur, Hasebe -qui avait été étrangement absent de la journée- semblait finalement se montrer.

« En tant que serviteur du maître, moi, Hasebe, ai fait des udon pour la première fois. » lança celui-ci en entrant.

Alors c'est pour ça, hein ?

Souriant d'autant plus, le garçon remercia l'Uchigatana avant de s'installer à table.

« C'est bon ? » interrogea l'épée, des yeux empli d'espoir, et il décida qu'un tel travail méritait qu'il soit le plus honnête possible :

« Délicieux, mais, je trouve que c'est un peu salé, quand même. »

« Hein ? C'est un peu salé ? Je me demande pourquoi ? »

« Il y a pas mal d'ingrédients aussi, ça ne m'étonne pas. »

« Ah, j'imagine, oui. »

« Mais merci, je commençais littéralement à mourir de faim. »

« Ah, Aruji, ne dîtes pas ça, il va encore se faire de fausses idées… »

« Hahaha ! Je pense aussi. »

Se retournant subitement, le Sage observa comme Mikazuki et Shokudaikiri entraient à leur tour, un sourire moqueur sur les lèvres.

« De fausses idées ? » répéta-t-il, perdu, la tête penchée sur le côté en signe d'interrogation.

« Hahaha ! Hasebe préparait ces udon comme s'il s'agissait du dernier remède capable de vous sauver d'une maladie mortelle ! »

« Qu- ! Mikazuki ne raconte pas n'importe quoi ! »

« Pardon !? »

Abasourdi par ce qu'il entendait, le Saniwa regarda à tour de rôle le Tachi et l'Uchigatana tandis qu'ils se chamaillaient, l'incompréhension marquant les traits de son visage.

« Shokudaikiri ? » demanda-t-il dans un espoir de comprendre un minimum la situation.

« Ne faîtes pas attention. J'amène ces deux-là avec moi, régalez-vous. » débita ce dernier en levant les mains devant lui, un sourire contrit et désolé étirant sa bouche.

Posant les yeux sur son plat alors que la pièce se vidait, il grimaça, ne sachant plus s'il faisait bien de manger ou non. Derrière les shōji, Hasebe se faisait déjà un devoir de prévenir tout le monde que ses udon avait été appréciés, et il ne réfléchit pas une seconde de plus, attrapant ses baguettes pour les plonger dans le bol, dégustant sans se poser plus de questions.

Mais le silence qui avait accompagné cette annonce ne dura pas, le serviteur se mettant de nouveau à s'exclamer, agacé.

« Yamatonokami. Le maître mange actuellement. Tu peux lui dire après- »

« Je dois le faire maintenant ! »

« Heh ! Écoute, Yamatonokami ! Le maître a de la fièvre ! Tu lui parleras une fois qu'il se sentira mieux ! Eh, écoute quand je te parle ! »

Les portes coulissantes s'ouvrirent avec force, l'Uchigatana à l'hakama bleu se faisant brusquement saisir par le bras avant même de faire un pas dans la pièce.

« Hasebe, laisse-le. » lança le Saniwa, un doux sourire sur les lèvres tandis que l'ancienne épée du Shinsengumi prenait place face à lui.

« Aruji. » appela Yasusada, formel.

« On dirait que tu es arrivé à une certaine conclusion, non ? » dit-il en guise d'encouragement pour pousser son Toudan à parler.

« Hein ? » s'étonna celui-ci, surprit.

« Je me trompe ? » argua le Saniwa en haussant les sourcils de manière incertaine.

« Ah, non ! Mais je ne pensais pas… » bégaya Yamatonokami, pris de court.

« Que je le devinerais ? Disons que c'est un coup de chance. Alors, cette conclusion, de quoi s'agit-il ? » répondit le Sage, espiègle.

« J'ai décidé de devenir plus fort pour le maître, aussi ! Je veux être aussi fort qu'Okita-kun pour servir le maître comme il se doit ! » annonça l'Uchigatana, déterminé, poussant le Saniwa à plisser les yeux en demandant :

« Vraiment ? Et qu'est-ce qui t'as amené à penser de cette manière ? »

« La force d'Okita-kun ne résidait pas seulement dans son épée. Il arrivait aussi à réchauffer le cœur des autres et à réunir tout le monde ensembles. Exactement comme le maître ! » expliqua l'épée, le nom de son ancien propriétaire glissant sur ses lèvres comme une litanie.

« Mm-hmm… eh bien, dans ce cas, fais de ton mieux pour accomplir cet objectif. » souffla le garçon, un sourire contrit collé au visage.

« Oui ! »

Ce n'est pas encore tout à fait ça, mais on s'y rapproche. pensa-t-il en observant son Touken Danshi, un semblant de découragement l'habitant quelques secondes avant qu'il ne le chasse d'un soupir inaudible.

« Tu as fini ? Le maître a besoin de repos. » finis par émettre Hasebe, impatient, alors qu'il passait une tête entre les shōji entrouverts.

« Oui. » relata Yasusada en se levant, n'oubliant pas d'ajouter au passage : « Prenez soin de vous ! »

Et alors que tous prenaient congé, laissant le calme revenir dans la petite chambre, il se demanda si tout ce remue-ménage n'allait pas, en fin de compte, lui manquer un peu. L'agitation de ses Toudan était, certes, une source de profond désarroi, mais au final, il semblait qu'il s'y était plutôt bien habitué. Posant un regard sur un étrange carton rangé dans le fond, il se mordit la lèvre inférieure, et secoua la tête en reprenant son repas.

Tout ça pour une vulgaire sortie à la plage et des maillots de bain.


Endnote :

Ōnusa : (aussi appelé Gohei) est un baton de bambou agrémenter de plusieurs feuilles de papier blancs plié en zigzag et utiliser par les prêtres shinto pour les rituel de purification et ainsi chasser le mal. Ishikirimaru en agite un dans l'opening avec Nikkari en arrière-plan.