Note : Entre le travail et mes engagements personnels, je me suis retrouvé subooké comme jamais, donc je me sens quand même obligé de m'excuser pour cette longue absence. Je terminerai cette fiction, il n'y a pas d'inquiétude à avoir là-dessus. D'ailleurs, je travaille déjà sur les trois derniers chapitres. Je vais profiter des prochaines vacances d'octobre pour m'y plonger à fond. Par contre, il est important que je me définisse un agenda précis.

C'est pourquoi, la suite de cette série n'arrivera que l'été prochain.

J'ai commencé cette fiction en plein milieu des vacances d'été, voire même à la fin, donc c'est normal que le reste des chapitres est finit par être publiés en septembre. Mais à présent, ce genre de chose est terminé.

Zoku Touken Ranbu ne commencera à être écrit et ne sera publié qu'en Été 2019, et Katsugeki/Touken Ranbu suivra l'Été 2020. Exactement, comme les animes. Je me réserve les autres mois de l'année pour mon roman et mon job personnel.

Il n'est pas dit que je n'écrirais pas d'autre fiction dans le même temps, mais en tout cas, la série Touken Ranbu sera désormais publié de cette manière. Et cela vaut aussi pour la suite du Passé du Cerisier en Fleurs (courant 2021 ou avant si jamais j'ai un sursaut d'inspiration soudain).

Voilà, voilà ! Bonne Lecture à tous ! ;)

Chapitre Huit : Août - Hazuki (葉 月): Unité spéciale des Exterminateur de fantômes, rassemblement !


En l'an 2205,

Afin d'anéantir l'Armée de l'Histoire Inversée, qui essaie de changer l'histoire,

Eux, qui sont nés d'épées,

S'engage dans un combat mortel aujourd'hui encore !

Hahaha... Maintenant, vraiment ? Je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur moment, Nihongō-san.

Xxxxxxxxxx

« Mais qu'est-ce que vous fichez ici ?! Je vous cherche partout depuis une heure ! »

Se retournant à demi sur lui-même le Sage gloussa légèrement face au kitsune qui se tenait devant lui, l'air agacé. Plissant les yeux de malice, il reprit son observation du paysage, depuis le toit de la citadelle, et répondit, rieur :

« Justement. C'est l'endroit parfait pour t'échapper. »

Konnosuke grogna faiblement à la remarque tout en rejoignant le garçon près du rebord, et s'installant, déclara d'une voix blasée :

« Très amusant. Vous avez du travail ! »

Soupirant, le Saniwa passa une main sur le pelage de l'animal, se contentant simplement d'ignorer la créature. Il n'y avait rien de mal à prendre un jour de repos, non ? Quoique, à bien y réfléchir, ce n'était sûrement pas quelque chose que devaient souvent faire les Rétrogrades. Non, en fait, quelque chose qu'ils ne devaient jamais faire.

Se relevant de manière lasse, il épousseta ses vêtements et commença à marcher vers l'arrière du bâtiment, veillant à ne pas glisser sur les tuiles tandis qu'il redescendait sur la terre ferme.

« Est-ce que je dois m'attendre à ce que toi, tu restes là ? » s'écria-t-il depuis l'engawa en direction du renard toujours assit, immobile, sur le toit.

« Étant donné que j'ai parcouru le domaine de long en large pour vous trouver, j'estime que je mérite une pause. » lui lança en retour ce dernier, le museau levé en l'air.

« Bien sûr… » murmura le Saniwa avec un petit rire, prenant tranquillement le chemin menant à son bureau.

Un soleil éclatant bercé le ciel bleu infini de ce début d'après-midi, et comme le vent soufflait doucement entre les branches des arbres multicolores de ce mois d'août, il avançait avec lenteur, savourant la fraîcheur de cette journée qui s'annonçait sous de bons augures. Un calme sans pareil régnait dans le domaine, comme les attaques des Révisionnistes avaient étonnamment diminuées depuis quelques semaines, et qu'un flot continuel de nouveau Touken Danshi faisait leurs apparitions dans la citadelle. La veille au soir, les trois grandes lances avaient enfin été réunies pour leur plus grand plaisir, apportant avec leurs arrivées, un sourire empli de joie qui n'avait pas quitté leurs visages depuis.

L'excursion sur laquelle il les avait envoyés ce matin avait rapidement confirmé ce qu'il soupçonné depuis longtemps, ensembles, les trois Yari se battaient avec une synchronicité qu'il n'avait jamais vu auparavant. Enfin, depuis leur retour, les liens commençaient doucement à se nouer entres chacune de ses épées. Un mince sourire se forma sur ses lèvres comme il approchait de son office, passant devant ses Toudan, Tonbokiri lisant une histoire à Gokotai tandis que Hakata observait l'horizon percher sur les épaules d'Otegine, et que Nihongō, allonger sur l'engawa, rêvassait.

Le reste de la journée s'annonçait excellente si elle continuait sur cette même voie.

Ouvrant la porte de son bureau, il fut surpris d'y découvrir Kashuu, assit contre la fenêtre fermée, plongé dans les pages d'un livre quelconque.

« Je peux savoir ce que tu fais là ? » dit-il, pas le moins du monde dérangé par sa présence inopportune.

« J'emprunte les livres du maître quand il n'est pas là. » lança Kiyomitsu de manière sarcastique.

« Oh, et j'imagine que ce sont des livres que tu n'as pas le droit de toucher, si tu profites de mon absence pour les consulter. » indiqua le Sage avec un léger rire.

« Évidemment. »

Refermant l'ouvrage d'un geste sec, Kiyomitsu prit place sur le canapé faisant face à celui dans lequel le Saniwa s'était installé, une pile de paperasse posée devant lui sur la petite table basse.

« Où est Konnosuke ? » demanda l'Uchigatana intrigué, l'animal n'étant jamais très loin quand il s'agissait de travailler sur des rapports du Gouvernement du Temps.

« Il fait la tête sur le toit. »

« Certaines choses ne changeront jamais… »

Attrapant une feuille au hasard sur la pile, Kashuu se mit à légèrement lire entre les lignes alors que le garçon le questionnait à son tour, toujours penché sur ses dossiers.

« Où est Yasusada ? »

« Hmm… je ne l'ai pas vu depuis qu'il est rentré d'excursion. »

« Dis plutôt que tu cherches à l'éviter depuis qu'il est rentré. » déclara le Saniwa, scrutant du coin de l'œil son épée.

« Je ne vois pas pourquoi je ferais ça. » répondit Kiyomitsu d'une petite voix, embarrassé.

« Peut-être parce que vous êtes tous les deux de corvée aux écuries, et que je sais que tu as horreur de ça, presque autant que de travailler aux champs. » relata le Sage, souriant d'un air moqueur.

« …. ».

Le silence gêné de son Toudan le fit encore plus sourire, et relevant la tête, il se mit à croiser les bras sur sa poitrine, haussant un sourcil pour faire comprendre à ce dernier que sa tentative d'échapper à la tâche qui lui incomber ne fonctionnait pas.

« Je dois y aller, c'est ça ? » souffla l'Uchigatana, faisant la moue.

« Tout à fait. »

Soupirant de manière dramatique, et arrachant un nouveau rire à son maître, Kashuu se leva, non sans râler, et rebroussa chemin jusqu'à la porte, ajoutant une dernière fois :

« Après tout ce temps, je pourrais au moins avoir droit à un traitement de faveur… »

Xxxxxxxxxx

Les minutes passées sans qu'il n'arrive à se concentrer, le silence à l'extérieur l'oppressant étrangement. C'était illogique et il le savait, mais il avait appris à se méfier de ces longues périodes de calme dans la citadelle qui ne se terminaient jamais très bien.

Soupirant en se frottant les yeux de fatigue, il se releva et, sortant de son bureau, marcha à travers le domaine dans une tentative stupide de se rassurer. Chacun vaqué à une occupation bien particulière, et outres les Toudan absents dus à une expédition, tout le monde semblait parfaitement bien se tenir. Il se mit à rire nerveusement sous la pression qui retombait, ses épaules, en alerte depuis le début de son inspection, s'affaissant lentement.

Je deviens paranoïaque. pensa-t-il avec amusement, se sentant totalement ridicule.

Décidant de vérifier toutefois les écuries en dernière mesure, il quitta les champs, traversant la cour avant de se faire brusquement et soudainement barré la route par une large silhouette armée d'une barre d'étendage et recouverte d'un grand drap blanc.

« Qu'est-ce que… ?! » eut-il juste le temps de dire avant de se faire violemment bousculer par celle-ci.

Tombant avec force en arrière, il s'écroula à terre, complètement hébété et ne réussit à reprendre ses esprits que lorsqu'un cri de panique résonna au-dessus de lui. Soulevant la tête, il écarquilla un peu plus les yeux lorsque sa première épée vint s'écraser d'un coup à quelques mètres de lui, un nuage de poussière s'élevant dans les airs tandis que son corps venait buter contre le sol.

« Kiyomitsu ! »

L'Uchigatana se mit à gémir à l'entente de son nom, sonné. Se mettant à genoux, il se massa le crâne, douloureux, et finit par se lever en chancelant légèrement. Le Sage souffla en voyant qu'il allait bien et, se levant aussi, avança vers son Touken Danshi, posant une main réconfortante sur son épaule.

« Aruji ? »

« Qu'est-ce que c'était que ça ?! » demanda le garçon avec un nouveau soupir tout en fermant les yeux de dépit.

« Aucune idée. J'ai cru qu'il s'agissait de Nihongō perché sur les épaules de Tonbokiri et Otegine, mais… c'est impossible, pas vrai ? »

Je l'aurais parié…

Se secouant pour tenter de faire le vide dans son esprit embrumé, le Saniwa inspira avec insistance, essayant de se dire qu'il n'était décidément pas en train de perdre la tête.

« Ah ! Yasusada ! »

Se réveillant subitement, comme se rappelant de quelque chose d'important, Kashuu s'élança rapidement vers les écuries, son maître juste derrière lui. Se stoppant, ils observèrent avec une certaine inquiétude comme l'ancien sabre d'Okita Souji était étendu à terre, inconscient.

« Que lui est-il arrivé ? » s'écria le Sage en s'accroupissant à ses côtés, ses doigts effleurant avec tendresse son visage.

« Il s'est assommé avec la… fourche… » déclara Kiyomitsu, ahuri.

« Comment est-ce qu'il… » commença à questionner le Saniwa, curieux, s'interrompant subitement en voyant le fameux objet reposant au pied de son Toudan.

« Ils sont arrivés en furie et ça effrayé Hanatarou et… enfin… je ne sais même comment s'est arrivé ! »

Criant ses mots, de toute évidence complètement perdu, Kashuu se passa une main dans les cheveux, ses pupilles dilatées sous l'abrutissement. Tournant un regard vers le cheval récemment nommé, il fit un pas dans sa direction, tendant le bras pour le rassurer d'une caresse alors que Yamatonokami reprenait doucement conscience sous les soins de leur maître.

« Hmm… que s'est-il passé… ? » murmura celui-ci en clignant des paupières plusieurs fois, se relevant avec l'aide du garçon.

« C'est ce que j'aimerais bien savoir ! » lança ce dernier en fronçant les sourcils, vraisemblablement mécontent.

Et alors qu'ils se rebroussaient ensemble chemin, suivant les traces des trois Yari, ils purent admirer avec un certain effarement le résultat de leurs acrobaties surréalistes. Retraversant à nouveau les champs, à présent dévastés, ils rencontrèrent Ōkurikara qui se contenta d'indiquer droit devant lui d'un seul doigt, avant de croiser Hasebe, une branche d'arbre entre les mains, les traits de son visage tordu en une grimace de pure irritation.

« Ne me dis pas qu'ils ont réussi à faire ça ?! »

Se retournant au son de cette voix, le serviteur ouvrit grand les yeux de surprise, se mettant à s'agiter dans tous les sens, paniqué, cherchant à cacher la branche par tous les moyens, en vain.

« Aruji ! » émit-il lorsque le Sage se retrouva face à lui, attendant des explications. « Non, c'est moi… enfin, évidemment c'est de leur faute, mais je… »

« Peu importe. » riposta le Saniwa, ne laissant pas son épée finir sa phrase. « Ils ont intérêt à avoir une bonne raison à toute cette pagaille ! »

Continuant sur leur lancée, laissant l'Uchigatana aux cheveux brun clair derrière eux, ils réussirent à faire le tour complet de la citadelle avant trouver les trois responsables, finalement debout sur leurs propres pieds et accompagné d'Uguisumaru, Mikazuki, Hakata et Gokotai.

« Vous pensez que vous pouvez les refaire ? »

« Pas du tout ! »

« Ah, il y a de l'eau partout… » murmura Yasusada, surprit, interrompant par la même les rires des autres.

« Aruji ! » lança Otegine avec épouvante.

Fronçant un peu plus les sourcils, le Saniwa se mit à croiser les bras sur sa poitrine, une colère sourde le faisant trembler de tout son long.

« Je peux savoir ce qui vous a pris !? » s'agaça-t-il, n'ayant pas la moindre envie de paraître plus doux dans le choix de ses mots.

« Ah… »

Incapable de répondre, embêtés et embarrassés à la fois, les trois grandes lances restaient obstinément silencieuses, ne sachant pas quoi dire.

« Non seulement, vous avez mis le domaine sens dessous dessus, mais vous avez aussi blessé plusieurs de vos camarades ! »

« Nous sommes désolés, Aruji, nous n'avions pas l'intention de… »

« Vous n'avez absolument aucune bonne explication à me donner !? »

Faisant un pas en avant, la tête baissée, honteux, Nihongō s'éclaircit la gorge, et se grattant l'arrière du crâne, relata :

« C'est ma faute. Entièrement. Je voulais m'excuser auprès de Gokotai en attrapant un oiseau bleu comme celui décrit dans l'histoire que vous lui avez donnée, et j'ai… enfin, les choses ont dégénéré… »

« Non ! C'est moi qui suis monstrueusement maladroit ! » riposta Otegine avec affolement.

« Nous sommes tous responsable… » dit avec douceur Tonbokiri, un petit sourire d'excuse sur les lèvres.

« L'oiseau bleu… ? »

Soufflant ces mots en penchant la tête, curieux, le Saniwa se tourna à demi vers Kashuu alors que ce dernier lui tendait un livre à la couverture blanche qu'il avait préalablement récupéré sur l'engawa.

« L'oiseau bleu du bonheur. » sourit-il, compréhensif et déjà enclin à pardonner les trois Touken Danshi.

Soupirant de fatigue et d'exaspération, le garçon se laissa retomber sur l'engawa, un rire nerveux s'emparant de lui, secouant son corps de spasmes tandis que des larmes perlaient aux coins de ses yeux.

« A-Aruji ? » s'inquiéta Gokotai, s'approchant du Saniwa en même temps que les autres.

« Je n'en… je n'en peux plus… ! » arriva difficilement à prononcer ce dernier, continuant encore et encore à rire.

« Tout va bien ? » interrogea Yasusada, ne sachant pas comment réagir.

« Ou… Oui… »

Arrivant finalement à se calmer, et portant une main à sa poitrine douloureuse, le garçon essuya les larmes du bout de son index replié, souriant à ses Touken Danshi qui l'observaient tous avec perplexité.

« J'ai bien peur d'avoir plus été maudit que réellement béni. » déclara-t-il mystérieusement, intriguant un peu plus ses épées.

« Hahaha ! Eh bien, je ne peux pas dire que vous ayez tort. » rétorqua Mikazuki, semblant être le seul à avoir compris les mots du Sage.

« Est-ce que ça veut dire que vous n'êtes plus fâché ? » demanda Hakata de son adorable voix emplie d'inquiétude.

« Non, plus du tout. Mais vous ne serez totalement pardonnés que sous peine de réparer tous les dégâts que vous avez causés. »

« Bien sûr ! » répondirent ensemble les trois Yari, hochant la tête.

« Aaah ! » s'écria Kiyomitsu avec panique.

« Quoi ? » questionna Yasusada, se tournant vers lui.

« Mes ongles ! Je me suis cassé un ongle ! »

Se pinçant les lèvres, le Sage regarda comme le visage de Kashuu passa du blanc au rouge en quelques secondes alors que ce dernier se retournait vers les trois lances, complètement crispé, comme si ses membres étaient piégés dans la pierre, et joignant les mains ensembles, le garçon plissa les yeux en souriant de manière désolée.

« VOUS ! » cria d'un coup l'Uchigatana, furieux, effrayant les trois grands Toudan qui se figèrent de peur.

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Il ouvrit les yeux dans un sursaut de conscience, son esprit toujours embrumé par les limbes du sommeil, se demandant pendant combien de temps il s'était assoupi. Posant un regard fatigué sur les rapports étalés sur son bureau, il bâilla à s'en décrocher la mâchoire avant de se lever de sa chaise, s'étirant tel un chat tandis qu'il prenait la direction de la sortie.

D'une couleur violet-sombre et envahit par une brume glacée, le ciel nocturne paraissait s'étendre sur la citadelle tel une ombre menaçante, comme si le voile entre le monde des vivants et celui des morts venait tout juste de s'entrouvrir. Marchant d'une démarche lente, l'épuisement le faisant presque dormir debout, il ferma les paupières une seconde, juste le temps pour lui de buter contre une surface dure, le faisant reculer de quelques pas alors qu'une main lui agripper le poignet gauche pour l'empêcher de s'écrouler à terre, le réveillant pour de bon.

« Aruji ! Désolé, désolé, je ne vous avais pas vu. »

« Tsurumaru ? »

Secouant la tête, le Saniwa releva les pupilles sur son Toudan, un fin sourire sur les lèvres.

« Mm-hmm… C'est moi qui ne regardais pas où j'allais. Que fais-tu encore debout à cette heure ? »

« Ce n'est rien. Kitsune s'est endormi dans ma chambre par erreur, je suis allé le rendre à son propriétaire. »

« Je vois. »

Offrant une moue inquiète à son maître, le Tachi souffla, peu convaincu, avant de se décider à finalement poser la question qui tournait en boucle dans son esprit.

« Vous travailliez encore, n'est-ce pas ? » questionna-t-il, sachant très bien de quoi il en retournait.

« Oui, il y a toujours quelque chose à faire ici. » répondit le garçon avec un nouveau sourire.

« Tachez de vous reposer aussi, il ne faudrait pas que vous retombiez malade. » lança Kuninaga, les sourcils froncés, n'ayant jamais eu l'air aussi sérieux.

« Promis. » murmura le Sage, hochant la tête pour montrer qu'il avait retenu la leçon.

Saluant d'un geste de la main son épée, il continua son chemin le long du couloir, se faisant la note mentale de faire un rapide rappel des attributions des chambres le matin suivant. Il s'arrêta toutefois à une intersection lorsque des chuchotements étranges lui parvinrent depuis le bout de l'engawa, comme si quelqu'un comptait à rebours. Décidant d'aller voir de quoi il s'agissait, il se stoppa net à la vision de l'un de ses Touken Danshi suspendu à une poutre, faisant des pompes. Se soulevant à rythme régulier, Doudanuki Masakuni dénombrait chacune de ses flexions, semblant ne pas remarquer sa présence.

« Dix-sept, dix-huit, dix-neuf, vingt, vingt-et-un, vingt-deux, vingt-trois… »

« Doudanuki. » appela-t-il d'une voix neutre, à la fois ahuris et complètement blasé.

« Yo Aruji. » lança l'Uchigatana monotone, sautant au sol pour faire face au Saniwa.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

« Je ne pouvais pas dormir, alors j'ai pensé que je pourrais m'entraîner. »

Soupirant avec flegme, le garçon se contenta de regarder autour de lui un moment avant de rétorquer sans possibilité d'objecter :

« Retourne te coucher. »

Doudanuki ne chercha même pas à comprendre, n'étant probablement pas du genre à remettre en question un ordre direct donné par son Général, et sans répondre, s'en retourna vers sa chambre, arpentant le long hall sombre de son pas lourd. Soufflant, le Sage rebroussa également chemin, s'arrêtant une nouvelle fois lorsqu'il aperçut une faible lumière provenant des cuisines, et curieux, prit la direction de cette dernière.

« Haaa… je ne devrais pas nettoyer quand je suis bourré… »

« Jiroutachi ! »

Sursautant malgré lui, l'Ōtachi aux airs efféminés se tourna d'un mouvement brusque, laissant échapper le torchon souillé de rouge d'entre ses mains.

« Aruji ! Vous prendrez bien un verre avec moi ! »

« Je crois que c'est assez pour aujourd'hui. »

Posant un regard suspect sur le linge devenu carmin, il souffla de soulagement en remarquant les tomates à moitié découpés sur le plan de travail, et secouant encore une fois la tête, attrapa le bras de son Toudan, le guidant à travers les allées jusqu'à arriver à une haute porte coulissante. Le shōji s'ouvrit par lui-même avant même qu'il n'ait eu le temps de le toucher, laissant apparaître une large silhouette vêtue d'un grand kimono blanc.

« Aruji-sama. Merci de l'avoir ramené. J'allais justement partir à sa recherche. » déclara Taroutachi en hochant la tête, les yeux clos, reconnaissant.

« Mooh, Aniki, ce que tu peux être rabat-joie ! J'étais juste allé me prendre un petit verre. » ne se priva pas de se plaindre Jiroutachi avec une certaine pointe d'amusement, distrayant d'une certaine manière le Saniwa comme il regardait avec malice le regard tendre que s'échangeaient les deux frères.

« Je ne pense pas qu'il s'enfuira à nouveau cette nuit, alors ça ira. » relata le Sage, espiègle, saluant les deux Ōtachi avant de reprendre sa route à travers les couloirs de la citadelle.

Pourquoi y a-t-il autant de personne debout à cette heure ?

Se faisant cette réflexion mentale, le garçon se stoppa encore une fois lorsqu'il aperçut un autre de ses Toudan éveillé, se faufilant discrètement hors d'une des chambres individuelles, et en outre, non celle lui appartenant.

« Kasen ? »

« Aruji ! »

Sursautant et se figeant sur place sur le palier de la porte à moitié refermée, l'Uchigatana de la seconde génération des Kanesada se retourna avec lenteur, comme prit sur le fait. Offrant un sourire crispé, l'épée se mit à glousser avec embarras, et refermant complètement le shōji tout en s'en éloignant, tenta de s'expliquer avant de se faire brusquement interrompre.

« Lessive nocturne ? » questionna le Saniwa avec amusement, s'empêchant de rire sous la manie maladive de sa lame avec la blancheur des vêtements.

« Ah, vous aviez deviné ? » souffla Kasen en faisant la moue, continuant d'avancer dans l'allée jusqu'à ses propres appartements qu'il partageait avec Izuminokami.

« Depuis le temps, oui, ça commence à être routinier. » expliqua le Sage en balayant l'air de sa main. « Il risque de s'en rendre compte un jour, tu sais ? »

« En attendant, je vais continuer de cette manière. »

Arrivant finalement à destination, l'Uchigatana fit coulisser la porte le plus discrètement possible, et sans faire de bruit, salua le garçon d'un hochement de tête tout en surveillant du regard le sommeil régulier de son frère.

« Au fait, j'ai croisé Nikkari et les frères Tōshirō. Ils semblent m'avoir confondu avec un… fantôme qu'ils pourchassaient, si cela vous intéresse. » ajouta Nosada, les yeux levés vers le ciel, un doigt tapotant machinalement son menton.

« Un fantôme ? » répéta le Saniwa, incrédule.

« Mm-hmm. Je ne suis pas sûr d'avoir compris tous les détails de l'histoire, toutefois. »

« Ce n'est pas grave. Je vais voir de quoi il en retourne. »

Saluant une dernier fois l'épée, le Sage reprit sa marche, décidant de couper court par l'extérieure, se faisant happer par une sorte de filet de pêche tandis qu'il avançait sans vraiment regarder où il allait.

« Hmm… Aruji-sama… ? »

« Kousetsu. Que fais-tu là-dedans ? »

« J'ai été attrapé. »

« Je vois ça. Toi et Sayo, d'ailleurs. » acquiesça le garçon avec flegme, cette nuit semblant ne pas vouloir prendre fin. « Comment est-ce arriver ? »

« Osayo et moi nous sommes perdus en revenant des toilettes, et j'ai causé pas mal de remue-ménage en parcourant les couloirs pour trouver notre chambre. » expliqua Samonji le plus calmement du monde, comme si toute cette situation était plus que normale.

« Le fantôme ? » devina facilement le Saniwa, posant un regard au loin pour tenter de d'apercevoir la présence des Awataguchi ou du Wakizashi aux longs cheveux verts.

« J'ai cru comprendre. »

« Je vois… J'imagine qu'il vaut mieux que tu restes ici pour ne pas le réveiller, pas vrai ? » énonça avec douceur le Sage, un fin sourire sur les lèvres.

« Je… Oui... » souffla Kousetsu, légèrement surprit que le garçon est si facilement comprit ses sentiments.

« J'espère que ce n'est pas trop inconfortable, au moins. » demanda le Sage dans un rire ressemblant presque à un murmure.

« Non, c'est très bien ainsi. Merci de votre considération. »

« Nikkari ? »

« Il est retourné coucher les Awataguchi. »

« Merci. »

Arborant un petit signe de la main en guise d'au-revoir, le Saniwa prit la direction des chambres, déambulant d'un pas las. Mais malgré l'heure tardive, et la surprise que se révéla être pour lui cette nuit, une certitude illuminée à présent les traits de son visage, comme ayant finalement mis le doigt sur une vérité qui lui avait jusqu'alors échappée. Croisant enfin Nikkari Aoe au détour d'une allée, il s'élança à sa rencontre, soupirant lentement avant de prendre la parole.

« Comment s'est passé la chasse aux esprits, ce soir ? »

« Très infructueuse. Est-ce que nous vous avons réveillé, par hasard ? »

« Toi et les dizaines d'autres personnes encore debout à cette heure, tu veux dire ? Non, pas du tout. Soit dit en passant, il faudra peut-être que j'instaure un couvre-feu si toutes les nuits sont aussi actives… »

« Je ne crois pas que cela soit le cas, rassurez-vous. »

Plissant les yeux, le Sage observa son Toudan avec intérêt, comme cherchant à lire en lui. Puis, réalisant que le silence semblait embarrasser ce dernier, il secoua la tête avec amusement, questionnant encore une fois l'épée qui se retenait tout juste de bâiller sous la fatigue qui le rattrapait rapidement.

« Donc, pas de fantôme, hein ? »

« Non… bien que… » hésita un moment Nikkari, incertain.

« Oui ? » l'encouragea le garçon avec un sourire.

« J'ai compté tout le monde lorsqu'ils sont rentrés dans leur chambre, et il y a un détail qui me chiffonne un peu. »

Croisant les bras contre sa poitrine, le Wakizashi réfléchit un instant, cherchant ses mots, et baissant le regard vers son maître, raconta avec inquiétude :

« Ils étaient onze. Pas dix, mais onze ! Je veux dire, ils m'ont tous souhaités bonne nuit, et ils sont tous passé devant moi en entrant dans la chambre, donc ça ne peut pas être une erreur de ma part. Il y en avait un onzième ! Je l'ai clairement entendu ! »

Se mordant l'intérieur de la joue, le Saniwa releva une main se voulant réconfortante sur la joue de son Touken Danshi, chuchotant affectueusement :

« Je te crois. Mais il est définitivement trop tard pour s'occuper d'une telle chose maintenant. Va dormir. Un peu de repos te fera le plus grand bien. »

Hochant la tête à l'affirmative, Nikkari offrit un petit sourire au garçon avant de le dépasser, marchant avec empressement vers ses appartements tout en tenant avec fermeté son épée entre ses doigts.

Soufflant, le Saniwa ferma les yeux quelques secondes, puis, observant les alentours avec suspicion, se mit à avancer d'un pas ferme vers la cour, s'arrêtant brusquement sur le rebord de l'engawa, et croisant les bras à son tour, fronça les sourcils tout en s'écriant :

« J'espère que tu t'es bien amusé ! »

Une étrange lueur blanche se métamorphosa soudainement en face de lui à ces mots, se mettant à briller de plus en plus en fort alors que la couleur changeait pour un bleu céleste tout en prenant l'étrange forme d'un écolier semblant à peine plus grand qu'Atsushi.

« Désolé… je m'ennuyais. »

« C'est la deuxième fois que tu nous joues un tour pareil. Effrayer Kiyomitsu il y a deux ans ne t'a-t-il donc pas suffit ? »

« Il n'y a plus grand-chose que je puisse faire… »

« C'est vrai. Mais l'éternité n'est pas faîtes pour chercher désespérément un souffle de vie, non plus. Il est temps pour toi de découvrir l'autre-monde. »

« J'ai peur… »

« Je suis là, je ne te laisserai pas tant que tu ne seras pas sûr de vouloir t'en aller. D'accord ? »

« Hmm. »

Prenant la main que lui tendait le Sage, le jeune garçon la serra avec force tandis qu'ils s'éloignaient lentement, prenant le chemin menant vers le cerisier sacré. Ce dernier s'illumina d'une tendre et chaude lumière or, enveloppant les deux garçons jusqu'à ce qu'une brise discrète, mais puissante ne fasse détourner les yeux du Saniwa qui, lorsqu'il les rouvrit, découvrit avec tristesse qu'il était de nouveau seul.

Lui qui avait l'habitude de donner vie et corps aux âmes d'objets inanimés, renvoyer l'une d'entre elles, humaine qui plus est, lui déchirait le cœur d'une manière qu'il n'avait jamais ressenti auparavant. Au moins il savait, mieux que n'importe qui, que le reste du voyage qui attendait l'enfant se ferait auprès des Dieux les plus bienveillants qui soient…