Chapitre Neuf: Septembre - Nagatsuki (長 月): Parce que tu as ce passé...
En l'an 2205,
Afin d'anéantir l'Armée de l'Histoire Inversée, qui essaie de changer l'histoire,
Eux, qui sont nés d'épées,
S'engage dans un combat mortel aujourd'hui encore !
Iwatooshi... Tu vas leur faire peur, tu sais ?
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C'était un après-midi comme tant d'autres. Le genre de ceux où rien de bien intéressant ne se passe à moins qu'on ne provoque quelques catastrophes pour embellir sa journée. Partager entre la paresse de vouloir passer le reste du jour à ne rien faire, et son sens du devoir accompli, le Saniwa, assit à son chabudai dans sa chambre, restait obstinément immobile face aux dizaines de rouleaux qu'il avait devant lui, une moue ennuyée tordant les traits fins de son visage d'enfant. Le soleil brillait fort au-dehors malgré la saison automnale qui faisait son apparition, et dans ces moments-là, la pensée d'une petite sieste allonger sur l'engawa, languissant sous les rayons semblait bien plus attirante que celle de lire plusieurs rapports tous plus longs et abrutissants.
Un soupir s'échappa d'entre ses lèvres à cette idée, et alors qu'il fermait les yeux de dépit, prêt à plonger dans l'enfer administratif que représentait son rôle en tant que Sage officielle du Gouvernement du Temps, les shōji derrière lui s'ouvrirent avec fracas, le faisant sursauter et laissant entrer le perturbateur qui fut accueilli avec bien plus de ravissement qu'il n'était bien prêt à l'avouer.
« C'est terrible ! »
Se retournant lentement à l'annonce, un sourire étirant gentiment sa bouche, le garçon pencha la tête sur le côté, pas le moins du monde alarmé, et demanda d'une douce voix :
« Qu'est-ce qui passe, Shishiou ? »
« Je suis devenu inutile ! » s'écria le dit nommé de manière tragique.
Plissant les yeux d'incompréhension, le Sage tendit une main vers sa table de travail, invitant le Touken Danshi à s'y asseoir pour tenter d'y voir un peu plus claire.
« Expliques-toi. » dit-il en souriant à nouveau avec affection.
« Mikazuki ! Tout le monde s'occupe de lui sauf moi ! Je veux dire, j'étais l'épée de Minamoto no Yorimasa ! S'occuper des anciens, c'est ce que je sais faire de mieux ! Mais Mikazuki n'a pas besoin de moi… » déclara Shishiou en un murmure, troublé et peiné à la fois.
Si tu compares Mikazuki à un vieillard, je me demande comment tu verras Kogarasumaru le jour où je l'invoquerai… pensa le garçon avec intérêt.
« Et tu te crois devenu inutile parce que tout ce que tu pouvais faire pour lui est déjà accompli par d'autres ? »
« Exactement ! »
Mordant l'intérieur de sa joue avec gène, le Saniwa s'excusa intérieurement de se servir ainsi d'une de ses épées bien-aimées pour avorter son ennui et pinçant ses lèvres dans une dernière tentative de s'empêcher de parler, répondit finalement d'un ton de défi :
« Et si tu surprenais Mikazuki de telle sorte qu'il sache qu'il n'y a pas meilleur que toi pour s'occuper de quelqu'un comme lui ? »
« Le surprendre ? » répéta le Tachi, interrogateur.
« Mm-hmm, et toi et moi connaissons la personne parfaite pour t'aider dans cette tâche… » souffla le Sage avec malice, faisant un clin d'œil complice à son Toudan.
« Tsurumaru ! » s'exclamèrent d'une même voix le maître et la lame, rieurs.
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Refermant la revue avec lassitude, Kashuu, allongé de tout son long sur le sol de la chambre qu'il occupait avec Yasusada, se retourna sur le dos dans un soupir. Cette journée n'en finissait pas, et s'il avait bien à plusieurs reprises tenté de tromper sa monotonie avec différentes activités qu'il prenait habituellement plaisir à faire; peindre ses ongles, lire des « conseils de mode » dans des magazines et changer régulièrement de tenue ne suffisaient plus à le distraire.
Frottant ses yeux fatigués, sous lesquels se distingués quelques cernes vaguement camouflés par du fond de teint inutile, il bâilla bruyamment. Une fois encore, ce matin, il avait été réveillé par les cauchemars incessants de son compagnon d'armes, et les inquiétudes du Saniwa à son égard faisaient lentement leur chemin dans son propre esprit. Si, avec le temps, l'Uchigatana au hakama bleu s'était accommodé à sa nouvelle vie et à son nouveau maître, l'ombre désagréable d'Okita Souji continuait d'obscurcir son jugement et ses choix.
Se relevant en une position assise et prenant appui sur ses mains, Kiyomitsu fronça les sourcils tout en cherchant désespérément quelque chose qui pourrait l'occuper le reste de la journée. La porte à sa droite coulissa alors, le coupant dans ses réflexions, et son visage s'illumina en une seconde à la vue de la personne qui entra dans ses appartements.
« Aruji ! »
S'esclaffant à la réaction de sa première épée, le Saniwa s'approcha, s'asseyant aux côtés de la lame avec ravissement.
« Tu t'embêtes autant que moi, je me trompe ? » demanda-t-il tout en connaissant déjà la réponse à sa question.
« Aaah, vous n'avez pas idée… Même partir en expédition pendant plusieurs semaines d'affilées me paraît plus attrayant que d'être ici. » lança Kashuu, semblant mourir d'ennui.
« Attention Kiyomitsu, je pourrais te prendre aux mots. » prévint le Sage avec un sourire espiègle.
« Héhé, alors on va dire que vous n'avez rien entendu. » souffla l'Uchigatana, embêté.
« C'est bien ce que je pensais… Qu'est-ce que tu dirais de t'amuser un peu ? »
« Hmm… Comment ? »
« Shishiou a un petit souci et j'ai dans l'idée qu'il pourrait te demander ton aide. » expliqua le garçon sans vraiment entrer dans les détails.
« Ah oui ? Quel genre de souci ? » s'inquiéta légèrement Kashuu.
« Rien de grave, juste un petit problème d'ego, ça te connaît, non ? » ajouta d'un ton moqueur le Saniwa.
« Hé ! » s'offusqua Kiyomitsu, une moue déformant les traits de son visage.
Gloussant ouvertement, le Sage joignit les mains en signe d'excuse, indiquant simplement :
« Je plaisante. Mais tu verras, ça risque d'être très amusant. »
« D'accord, d'accord… Je ferais de mon mieux. » répliqua son Toudan, balayant l'air de la main.
Souriant tendrement, le garçon se leva, se dirigeant lentement vers le shōji, ajoutant toutefois :
« Je te remercie, j'ai une excursion à Atsukashiyama à préparer. »
Tournant brusquement la tête à ces mots, Kashuu se pencha en avant tout en questionnant :
« Yasusada est envoyé ? »
« Pourquoi demander ? » se renseigna le Saniwa, intrigué.
« Parce que s'il s'agit de Atsukashiyama, alors Imanotsurugi fera forcément partie de l'équipe, et vous avez la fâcheuse tendance à vouloir faire la leçon à Yasusada sans jamais rien lui dire directement. » expliqua l'Uchigatana en fermant les yeux de manière embarrassée, comme ayant peur d'aller trop loin.
« Tu crois que ça réglerai les choses ? Que je lui parle directement de son problème. Tu penses sincèrement qu'il se sentira mieux de cette façon, que sa mort ne le touchera plus ? » interrogea le Sage en se rapprochant, posant les mains sur ses hanches et fronçant les sourcils.
« Bien sûr que non… mais ce rappel constant n'a pas plus l'air de faire effet… » soupira Kashuu, révélant ainsi ses véritables sentiments.
« Tu as toujours cruellement manqué de patience, Kiyomitsu. » objecta le Saniwa avec un sourire amer.
« Je veux juste que le maître arrête de souffrir… Parce que c'est le cas, n'est-ce pas ? Chaque fois que l'un d'entre nous mentionne son ancien maître pour autre chose que nos talents d'épéiste, chaque fois que l'un d'entre eux manifeste le désir de changer le passé au lieu de se sentir heureux d'être ici et d'aimer passionnément notre maître actuel. »
Le garçon plissa les yeux à la façon dont son Touken Danshi s'était clairement distancé de ses camarades. « L'un d'entre eux », comme si cela ne le concernait pas, ou tout du moins, plus. Car, malgré les deux années écoulées à ses côtés, il pouvait facilement se souvenir des nuits tourmentées qu'avait passé sa première lame quelque temps à peine après son arrivée dans la citadelle. Il pouvait se rappeler, dans les moindres détails, les supplications qui avaient troublé les rêves de Kiyomitsu, les cris de souffrances, les pleurs à ne plus avoir de larme dans les yeux, qui avaient secoués son sommeil plus de fois que sa raison ne pouvait le supporter.
Soufflant, un éclat de tristesse faisant briller ses iris dorés, le Sage s'accroupit en face de son Toudan, affirmant comme si cela était une évidence :
« À nouveau, tout le monde n'a pas ton dégrée de loyauté à mon égard. »
« … ».
Le silence obstiné de l'Uchigatana lui fit secouer la tête avec tristesse, et offrant un dernier sourire à ce dernier, il se releva prestement, sortant de la pièce sans plus de cérémonie.
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L'office était parcouru d'une agréable fraîcheur provenant de la petite brise qui glissait au travers de la fenêtre entrouverte. Rédigeant les derniers détails de la mission sur la petite feuille blanche qui allait servir de support à son secrétaire, il leva un regard vers celui-ci qui attendait patiemment sur l'un des canapés devant lui, et sourit en appelant :
« Horikawa. »
« Oui ?! »
Se redressant d'un bond qui amusa légèrement le Saniwa, le Wakizashi s'élança vers le bureau, la main déjà tendue vers l'avant.
« Je veillerais à ce qu'ils ne prennent pas de retard sur l'horaire. » annonça-t-il de son ton professionnel en attrapant le feuillet.
« Merci. »
« Mes frères font partie de l'équipe, n'est-ce pas ? » énonça-t-il après un moment de silence qu'il avait passé à regarder la page blanche.
-« En effet. » répondit le Sage en battant des paupières, relatant pour un souci de précision : « Je n'ai pas l'habitude d'envoyer Yamanbagiri sur des missions qui ne révèlent pas de sa force actuelle, mais j'aimerais qu'il serve d'observateur pour celle-ci. »
« D'observateur ? »
« Yamabushi est le capitaine pour cette excursion, j'aimerais savoir comment il gère ce rôle, avoir un aîné qui l'observe et me donne son point de vue sera le meilleur moyen de l'évaluer. »
« Je suis sûr qu'il s'en sortira très bien ! » s'exclama Kunihiro avec un large sourire, cherchant presque à rassurer le Saniwa.
« J'en suis persuadé aussi, Horikawa. C'est simplement une mission assez sensible, et je voudrais que tout se passe pour le mieux. » tenta de le tranquilliser le garçon avec un nouveau sourire.
« Oui… » souffla le Wakizashi, ravi.
« La force de l'ennemi à cet endroit est plutôt importante, alors il faut faire attention à ce qu'ils ne se dispersent pas. »
Le petit kitsune, jusqu'alors silencieux, se fit soudainement entendre par ces mots, se dégageant d'antre les oreillers placés sur le canapé pour se frayer un chemin vers le bureau, sautant sur ce dernier avec agilité. Fronçant les sourcils, et de sa voix sérieuse et autoritaire, il continua sur le même ton :
« Je n'aime pas la stratégie employé par le Saniwa pour cette mission, mais puisqu'il est le maître, je ne peux que lui faire confiance sur la marche à suivre. »
Le Sage secoua la tête avec affligement, et passant une main sur le pelage délicat de l'animal qui avait pris place sur ses genoux, sourit à Horikawa dont le visage révélait sans difficulté l'inquiétude sourde qui l'habitait.
« Konnosuke à raison, tu leur diras bien de travailler spécialement avec Yamatonokami Yasusada et Imanotsurugi qui sont tous les deux habitués aux champs de bataille. » indiqua-t-il sans chercher à rassurer la jeune lame, sachant très bien que les actes ont plus de valeur que les mots. Une fois la victoire remportée, Horikawa Kunihiro se sentirait bien mieux.
Lorsque son Toudan fut parti, le Saniwa se permit de souffler sans ménagement et attrapant le renard entre ses mains pour le soulever jusqu'à son visage afin qu'ils soient face à face, exprima finalement son mécontentement.
« Je n'apprécie que peu que tu doutes de moi devant mes Touken Danshi. Je ne t'interdis jamais de donner ton avis, mais je refuse que les autres l'entendent. »
« Pardonnez-moi. Mais cette équipe… »
« Est parfaite ainsi. Konnosuke, ton manque de confiance est désobligeant, je vais finir par être vexé… »
Souriant avec malice, le garçon observa, amusé, comme le kitsune sembla se mettre à paniquer à ces mots, probablement effrayé que l'on pense de lui quelque chose qui se trouvait ne pas être vrai. Se rapprochant étroitement du Sage, la petite créature se frotta contre son ventre en gémissant tels un animal attristé, et il ne put s'empêcher de rire, passant une nouvelle main dans son pelage pour le réconforter du mieux qu'il pouvait.
Décidément, il déteste vraiment l'idée que je puisse lui en vouloir.
Quelques coups à la porte résonnèrent d'un coup et il lâcha le petit renard qui reprit place sur ses genoux tandis qu'il permettait au visiteur d'entrer.
« Pardonnez le dérangement. » décréta Hasebe tout s'avançant, saluant le Saniwa d'un hochement de tête, les yeux clos.
« Il y a quelque chose dont tu as besoin ? » demanda le garçon tout en se levant, le kitsune entre les bras.
« Vous allez quelque part ? »
« Juste une petite distraction que j'ai mis en place, il faut absolument que j'aille voir comment cela se passe. »
« Une distrac- ? » Heshikiri se stoppa subitement dans sa question, et décidant de laisser tomber, se contenta d'indiquer : « J'ai croisé Horikawa sur le chemin, la composition de cette équipe pour cette mission… »
« Je sais, c'est assez risqué, tu n'es pas le premier à me le faire remarquer. » répondit le Saniwa en sachant très bien ce qu'allait dire son serviteur sans même qu'il n'ait besoin de finir sa phrase.
Konnosuke se rembrunit à la notion de son intervention, et s'enfonçant un peu plus entre les bras du Sage, grogna gentiment pour montrer son irritation.
« Je pense qu'entre Imanotsurugi et Yamatonokami, il y a des chances pour que tout cela dégénère. »
« Et tu ne crois pas les autres membres capable de les empêcher de commettre l'irréparable ? Qui plus est, je pense qu'au contraire, c'est un bon exercice. »
« Pour maîtriser nos émotions ou pour faire fi du passé ? »
« Aucun des deux, Hasebe. C'est un bon exercice de combattre avec des personnes avec lesquelles on n'est pas habitué, tout simplement. »
« Je… »
« Tu ne savais pas, je sais. La raison qui motive la formation de telles équipes, comme celle qu'il y a eu avec toi et Souza à Honnō-ji, est assez peu évidente, je te l'accorde, mais cette décision repose sur la confiance que j'ai en vous. Si je pensais, une seule seconde, que vous n'étiez pas capable d'affronter votre passé, alors je serais le premier à choisir de vous laissez rester à la citadelle. » expliqua après un instant le garçon, essayant du mieux qu'il pouvait de faire passer ses sentiments à travers ses mots.
« Je comprends. » déclara l'Uchigatana lentement, tentant de réorganiser au mieux ses pensées.
« Si tu es tellement inquiet à ce propos, je ne t'empêche pas de faire ce que tu considéreras comme nécessaire pour veiller au bon déroulement de la mission. » indiqua le Saniwa avec un léger sourire, marchant d'un pas décidé vers la sortie.
« Merci. » murmura son Toudan alors même que son maître ne pouvait plus l'entendre.
Heshikiri resta un long moment seul dans la pièce après que le Sage l'ait quitté, réfléchissant à ses paroles et aux propres signaux d'alarme qui ne cessaient de retentirent dans sa tête. Il ne savait pas exactement comment agir, il ne savait exactement quel avis donner aux actions de son maître. Comme d'habitude, la raison derrière ses décisions lui échappait toujours, mais il avait la certitude, tout du moins, que s'il ne prenait pas les devants, alors il le regretterait probablement. Alors, soufflant avec force, il sortit de l'office, veilla à ce que la porte soit correctement verrouiller, et s'engagea dans le couloir à la recherche de Yamatonokami.
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Il s'arrêta à l'embrasure du couloir, assez loin pour ne pas être vu, mais assez proche pour être le témoin de la surprise qui allait justement prendre place devant ses yeux.
« Oui, c'est Majirunrun Gokigenmaru, un compagnon de Kogitsunemaru et moi. » s'écria Tsurumaru avec aplomb, comme si cette histoire, inventée de toute pièce, avait une quelconque part de vérité. « C'est un super guerrier-épée qui surpasse tous les autres ! »
Les yeux plissés en un sourire amusé, le Sage s'avança un peu plus, voulant profiter au mieux du spectacle.
On dirait que j'arrive pile au bon moment.
« Un super guerrier-épée ? »
« Majirunrun Gokigenmaru ? »
La mine perplexe, les deux Tachi de Sanjou Munechika observaient Kuninaga sans vraiment le voir, leurs pensées se bousculant sous le flot de curiosité qui venait de s'emparer d'eux.
Ils n'eurent, toutefois, pas besoin de se poser de questions très longtemps comme une annonce se fit entendre depuis le bout du couloir, Hachisuka et Kiyomitsu prenant bien trop de plaisirs dans leur petite farce.
« Il arrive par ici ! »
« C'est fou ! »
Affublé de plusieurs couches de vêtements toutes plus farfelues les unes que les autres, Shishiou avançait sur l'engawa d'un pas assuré, le visage à moitié caché par sa casquette, son écharpe volant autour de son cou.
« UK ! Ne te soucie pas de la réalité. »
Le Saniwa fronça les sourcils lorsque Midare et Kashuu rejoignirent le Tachi dans sa performance insensée, répétant ses mots dans une attitude sérieuse tout en arborant une pose digne des Magical Girls dans les shōjo.
« UK ! »
« Ne te soucie pas de la réalité. »
Je n'aurais pas cru que les autres s'impliqueraient autant… Tsurumaru a une trop grande influence… et une imagination un peu trop débordante… se mit à penser le garçon en posant brusquement une main sur sa bouche pour empêcher un rire de franchir ses lèvres et ainsi se dévoiler aux yeux des autres.
« Il a même sa propre façon de parler ! » lança justement ce dernier avec un air beaucoup trop enjoué.
« Comme on pouvait s'y attendre de la part d'un super guerrier-épée. » déclara Hachisuka calmement, comme s'il s'agissait d'une évidence.
Tendant une main amicale vers Munechika, Shishiou s'abaissa vers celui-ci pour se tenir à la même hauteur, et prononça en signe de présentation :
« Kamacho. »
« Kyamacho ? » répéta Mikazuki assez faussement, interdit, l'incompréhension se lisant sans peine dans ses pupilles.
« Mm-hmm… je crois que la véritable identité de Majirunrun Gokigenmaru ne va pas tarder à être révélée. » murmura d'une petite voix le Sage, un sourire malicieux étirant les recoins sa bouche.
« C'est surprenant. Penser que le vrai vœu de Shishitou, c'était de devenir un super guerrier-épée. » dévoila Munechika, se trompant délibérément sur le prénom de son camarade pour mieux le piéger.
La réaction du Tachi aux cheveux blonds ne tarda pas à se faire entendre, et agacé, il s'écria avec véhémence :
« C'est Shishiou, pas Shishitou ! »
Gloussant de plaisir, le Saniwa s'avança légèrement dans l'intersection, s'amusant à la fois du comportant de ses Toudan comme de l'espièglerie dont savait faire preuve Mikazuki.
« Tu as apporté tout ça pour m'amuser, non ? Ton aptitude à t'occuper des anciens est incroyable, Shishiou. » souffla ce dernier en s'approchant du blond pour lui faire face.
« C'est réussi ? » demanda avec hésitation Kuninaga.
« Très réussi. » répondit Kiyomitsu, semblant soulagé de voir cette histoire se terminer sur une note positive.
« Eh bien, je ne pensais vraiment pas que cela prendrait une telle tournure ! »
Les rires de ses Touken Danshi se stoppèrent inopinément à son intervention, et se retournant, ils observèrent comme le garçon marchait lentement jusqu'à eux, ses pupilles brillants avec malice.
« Aruji. » émit Shishiou, surprit de découvrir que le Saniwa les avait espionnés depuis le tout début.
« J'imagine que ça va mieux maintenant, n'est-ce pas ? » se renseigna le Sage en se postant aux côtés du Tachi.
« Oui ! » s'exclama celui-ci en plissant les yeux de bonheur.
Échangeant un regard complice avec sa première lame, le Saniwa sourit doucement, une pensée venant s'infiltrer subitement dans son esprit.
Après tout, ce n'était pas une journée si ennuyeuse…
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Flamboyant dans le ciel, étendant ses couleurs orange et jaune entre les nuages blancs, le soleil se couchait lentement à l'horizon, disparaissant à travers les collines verdoyantes et les montagnes aux sommets enneigés. L'office était parcouru d'une lumière ambre tamisée, et la fenêtre grande ouverte sur le mur de droite laissait une fine brise automnale refroidir la pièce.
Assit contre cette dernière, observant de profil, le cerisier aux dix-mille feuilles se dénuder petit à petit, une tasse de thé noir chaud entre les mains, il sourit en entendant la porte s'ouvrir sans le moindre avertissement au préalable, et reconnaissant immédiatement la seule personne capable d'un tel geste, il se dirigea vers la petite table basse, soulevant la théière pour verser un peu de thé dans une seconde tasse qu'il tendit au visiteur avant même qu'il n'ait pu prononcer un mot.
Prenant le verre d'une main, le Toudan vint s'asseoir sur le canapé, traînant un regard envieux vers l'assiette d'inarizushi posée devant lui tout en offrant un doux sourire à son maître.
« Je te préviens, ceux au wasabi sont beaucoup trop fort pour toi. »
« Heiiin, mais ce sont ceux que je préfère ! »
Retournant à sa position originelle, le Saniwa gloussa en prenant une gorgée de sa boisson, laissant l'Uchigatana au hakama rouge et noir se complaindre, la bouche déjà pleine d'un morceau de tofu frit à la saveur moins épicée.
« Les autres seront bientôt de retour. » indiqua Kashuu en buvant un peu, ajoutant : « Ils prennent sûrement leurs temps pour voir la bataille jusqu'au bout. »
« Je vois. Tant mieux. » souffla le garçon en fermant les paupières, se penchant un peu plus contre le rebord de la fenêtre.
« Vous croyez vraiment que ça va aller. Pour Imanotsurugi, ou Hasebe ou même… Yasusada… » demanda soudainement Kiyomitsu après que le silence qui avait rempli le bureau soit devenu pesant. « Vous pensez sincèrement que ce genre de technique marche ? »
« C'est un pari un peu osé, mais ça reste quelque chose que je devais essayer. Même si cela est douloureux, même si cela ravive des souvenirs, et même s'ils finissent par en avoir des cauchemars pendant quelques nuits, je pense que c'est nécessaire. » expliqua longuement le Sage, ne s'offusquant pas du doute que démontrer son Touken Danshi, et entrant librement dans les détails comme il ne l'avait jamais fait jusque-là. « Car à la fin, ils en tireront une leçon et se rendront compte de ce qui importent vraiment. Tout du moins, je l'espère. »
« Vous êtes seuls maître de vos pensées. » murmura-t-il assez bas pour être le seul qui puisse s'entendre.
« Hmm... C'est une bonne façon de voir les choses… enfin, je crois. » énonça l'Uchigatana, une moue peu convaincue tordant les traits de son visage.
Penchant la tête sur le côté, un fin rictus s'emparant de ses lèvres alors qu'il venait s'installer auprès de sa première lame, le garçon croisa ses bras sur sa poitrine tout en se reposant contre le dossier du canapé.
« Kiyomitsu, tu te rappelles de la première mission sur laquelle je t'ai envoyé ? »
« Si je m'en souviens bien, c'était quelque part à Toba aux alentours de 1868. » relata le Toudan en levant les yeux au ciel, réfléchissant en même temps qu'il parlait. (*1)
« Et qu'est-ce que tu as retenu en allant là-bas ? » continua à interroger le Saniwa.
« Que combattre seul est difficile. » divulgua rapidement Kiyomitsu sans la moindre hésitation.
« Et quoi d'autre ? » questionna le garçon en riant.
« Que j'aurais pu mourir ! Franchement, vous devez sûrement avoir un côté sadique caché quelque part ! » s'écria Kashuu en faisant à nouveau la moue, l'air désespéré.
« Et quoi d'autre encore !? » le relança le Sage en s'esclaffant, secouant la tête de droite à gauche sous la bêtise de son Toudan.
« Que l'auberge Ikedaya n'est qu'une bataille parmi d'autres. Croire qu'il s'agissait d'un lieu maudit était stupide de ma part. J'aurais pu me briser entre les mains de cet homme à n'importe quel moment. Au début, juste après qu'il est pris possession de moi, comme à la fin, lorsqu'il n'était plus que l'ombre de lui-même. » conta l'Uchigatana, brusquement sérieux, soufflant de fatigue, comme ennuyé de devoir revenir sur un sujet qui n'était pour lui, de toute évidence, plus d'actualité. « Le temps que j'aie passé à ses côtés est l'unique chose que je dois chérir. Regretter les évènements d'un passé que l'on ne peut modifier est une perte de temps. »
« Exactement... Il n'y rien que tu puisses faire. De toute manière, chaque chose, chaque homme est destiné à prendre fin un jour. » exprima le Saniwa avec un petit sourire, se déplaçant une nouvelle fois sur le canapé pour se rapprocher de son épée, son épaule effleurant doucement la sienne.
« S'il avait un peu plus pris soin de moi, aussi, j'aurais pu rester plus longtemps avec Yasusada... » murmura Kashuu, une pointe d'amertume et de regret se mélangeant aux mots qu'il prononçait avec difficulté.
« Kiyomitsu, le temps que tu passes avec lui ici, n'est-il pas aussi bien ? » demanda posément le garçon, offrant un regard voilé de tristesse à sa première lame qui, captant celui-ci, se mit à sourire avec exagération tout s'exclamant aussitôt :
« Bien meilleur. »
Le Saniwa sourit à son tour à la réponse, s'appuyant contre le dossier à nouveau, son épaule toujours collée à celle de Kiyomitsu, ses iris se rétrécissant sous la clarté des rayons du soleil qui passés au travers de la fenêtre tandis que la lune se levait avec lenteur.
Bientôt, toute cette histoire prendrait fin, emportant avec elle douleur et regret…
Endnote:
(* 1): Je me base sur les données du Game, ici. En effet, la première mission sur laquelle Kashuu Kiyomitsu est envoyé est l'area 1-4, Toba (鳥羽), Mémoire de la Réstoration Meiji, Partie 2 de l'Histoire d'Okita (沖田の話) et Partie 14 de Kondo Versus Ryoma (近藤VS竜馬).
Toba est l'un des champs de batailles de la guerre d'Hakodate qui a mit fin au régime du Shogunat pour faire revenir l'Empereur sur le trône, et s'est déroulé en 1868.
