Chapitre Onze: Novembre - Shimotsuki (霜月): Coup Spécial d'Okita-kun !
En l'an 2205,
Afin d'anéantir l'Armée de l'Histoire Inversée, qui essaie de changer l'histoire,
Eux, qui sont nés d'épées,
S'engage dans un combat mortel aujourd'hui encore !
Passons une bonne journée aujourd'hui aussi, Mikazuki !
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Une lumière blanche presque divine illuminée le ciel de novembre en ce début d'après-midi, le soleil translucide de l'hiver resplendissant tel un dernier au revoir aux beaux jours. L'eau de la rivière gelait lentement sous le froid qui commençait à se faire de plus en plus ressentir, et la nature perdait rapidement de son éclat comme l'automne ne serait bientôt plus qu'un souvenir.
Les cris d'une dispute qu'il savait inévitable retentissaient depuis la salle d'entraînement vers laquelle il se dirigeait sans empressement, et il sourit avec douceur alors qu'il approchait de Shokudaikiri et Tsurumaru qui se tenaient nonchalamment devant l'entrée.
« Ils ne s'entendent pas bien ces deux-là ? Ou alors c'est le contraire ? » interrogea le Tachi aux cheveux blancs de manière presque rhétorique, ne sachant pas s'il y avait vraiment une réponse à sa question.
« Ils s'entendent bien parce qu'ils ne s'entendent pas bien. » répondit automatiquement Mitsutada avec amusement.
« Je vois. C'est compliqué. » souffla Tsurumaru, embêtée.
« Ça, c'est un comble. » lança le Sage en se calant entre les deux épées, leur offrant chacune un regard avant de le reporter sur les deux Uchigatana toujours en compétition.
« Kondou ! »
« Sakamoto ! »
« Hahaha… oui, on dirait bien. » gloussa Tsurumaru en hochant la tête.
« Peut-être devrions-nous faire quelque chose à ce sujet ? » énonça le Saniwa, une idée lui traversant déjà l'esprit.
« Hmm… Comme une fête « Entendez-vous bien à partir de maintenant » ? » demanda le Tachi au cache-oeil, penchant la tête sur le côté alors qu'il réfléchissait.
« Je pensais à quelque chose d'un peu plus radicale, Shokudaikiri. » indiqua le garçon avec un petit sourire d'excuse, la vision d'une nouvelle fête créant le carnage dans la citadelle le faisant déjà paniquer.
« Un peu plus radicale… ? » répéta Kuninaga, intéressé. « Oh, comme c'est surprenant ! Le maître est assez sournois ! »
« Oui… je crois que je vais surprendre tout le monde ! » émit le Sage, un sourire complice se dessinant sur ses lèvres.
« Aruji, Yamanbagiri m'a dit que vous me cherchiez ? »
Il se retourna à cet appel, plissant subitement les sourcils, un air sérieux tirant à présent les traits de son visage tandis que son Toudan avançait vers lui.
« Hasebe, oui. L'Armée de l'Histoire Inversée a encore frappé. » déclara-t-il en se dirigeant directement vers sa chambre.
« Quoi ?! Où ça ?! » s'écria l'Uchigatana aux cheveux bruns clairs, toujours immobile dans la cour.
« Suis-moi. »
Le maître et le serviteur marchèrent en silence l'un à côté de l'autre, traversant la citadelle jusqu'à arriver devant l'escalier menant à l'étage supérieur. La vision, depuis la fenêtre du hall, du cerisier aux dix-mille feuilles en floraison alors même que l'hiver faisait son apparition le conforta d'autant plus sur la situation à venir, et il entra dans la pièce le pas léger, ouvrant sans hésiter le tiroir de son bureau alors qu'il expliquait :
« Les Rétrogrades s'en prennent à nouveau à l'incident de l'auberge Ikedaya. »
« Aruji, ils sont réapparus là-bas ? » s'exclama Hasebe, l'air désespéré. « Les Guerriers Épées envoyées sont- » demanda-t-il immédiatement.
« Je savais qu'ils réapparaîtraient, et c'est une chance que tous ceux que je voulais dans la prochaine équipe qui serait envoyée en excursion à cet endroit, aient déjà été tous invoqués. » révéla le garçon, interrompant le Touken Danshi. « Quoi qu'il en soit, j'ai déjà fait mon choix. » relata-t-il en sortant finalement une feuille de papier marquée de son sceau du compartiment, la dépliant pour inscrire un autre nom à la dernière seconde.
Heshikiri se pencha par-dessus l'épaule du Saniwa assit à son chabudai, jetant un coup d'œil aux membres de l'équipe choisit, fronçant les sourcils à son tour avant de se détendre un peu.
« Oui, ces six-là ? »
« J'espère régler un certain conflit en ajoutant celui-ci, alors dis-leurs de bien se tenir, d'accord ? » chuchota le garçon en souriant, faisant un clin d'œil à son Toudan qui sourit également en prenant le feuillet entre les mains.
« Très bien. Mais… »
« À propos Yasusada, tu veux dire ? » dévoila le Sage, connaissant les doutes de l'Uchigatana en ce qui concernait son camarade au hakama bleu.
« Oui… »
« Libre à toi de lui parler, si tu crois que cela est nécessaire. Mais je pense sincèrement que tu ne vas réussir qu'à l'effrayer. » débita le Sage en faisant la moue alors qu'il se remettait debout, une main tendue vers les shōji pour presser à son épée vers la sortie.
« Hmm… sûrement. Dans ce cas, est-ce que je peux vous emprunter ceci, un instant ? » questionna Hasebe en s'emparant d'une boite violette posée sur la commode avant de passer les portes.
« Le diable à ressort que Tsurumaru m'a offert ? » lança le garçon en écarquillant les yeux, un rictus apparaissant sur sa bouche lorsqu'il comprit ce que l'Uchigatana comptait en faire. « Comme tu voudras. N'oublie surtout pas ça. » dit-il en s'approchant de ce dernier, un petit sachet bleu pendant entre les doigts de sa main surélevée face à lui.
« Ils devraient être capables d'accomplir leur devoir. » ajouta Heshikiri, semblant toutefois moins confiant qu'il n'en avait l'air.
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Le Saniwa s'adossa au chambranle du mur du couloir, les paupières closes, les bras croisés contre sa poitrine, respirant aussi discrètement que possible. Tendant l'oreille, il pinça ses lèvres entre l'une contre l'autre tandis que son serviteur et sa première épée conversaient.
« Le maître a de grands espoirs pour Yamatonokami. » déclara Hasebe dans un murmure, ajoutant : « Mais je suis sincèrement inquiet. Il adore vraiment Okita Souji- »
« C'est… » l'interrompit Kiyomitsu en s'avançant d'un pas avant de reculer brusquement : « du passé maintenant. »
« Vraiment ? »
« Ce n'est plus Okita Souji qui nous brandit maintenant. C'est notre maître. » lança Kashuu avec confiance, resserrant son emprise sur le feuillet portant la marque du Sage : « Yasusada le sait aussi. »
« Il ne se force pas trop, si ? » rétorqua Heshikiri, plongeant son regard lavande dans celui carmin de son camarade.
« Il est devenu plus fort aussi mentalement. Fais-lui confiance. » affirma l'Uchigatana au hakama rouge en se retournant, observant de manière absente la cour.
« Kashuu, je compte sur toi. »
« Je sais. »
Les pas de son Toudan repartant vers la grande salle le poussèrent à se redresser contre le mur alors qu'il se décidait à signaler sa présence à son autre Touken Danshi.
« Je ne pensais pas que tu irais aussi loin au point de faire la leçon à Kiyomitsu également. »
« Aruji ! Vous étiez donc là… » s'exclama Hasebe, appréhendant la réaction du garçon.
« Mm-hmm… j'étais un peu curieux, je l'avoue. »
« Je ne sais pas qui je tente de rassurer le plus, vous ou moi. » divulgua Heshikiri en soupirant, fermant un moment les yeux avant de les rouvrir sur la silhouette de son maître qui se tenait à présent devant lui.
« Je vois. Dans ce cas, faisons un pari. » énonça le Saniwa en regardant au loin.
« Un pari ? » répéta Hasebe, surprit.
« Oui. Je parie sur Yasusada et Kiyomitsu, et évidemment, sur le bon déroulement de la mission. Si jamais, il se trouve que j'avais raison, tu laisseras ta place de serviteur à Gokotai pendant une semaine ! » déclara le Sage avec un sourire exagéré, tournant la tête vers son épée.
« De-De quoi ?! Mais enfin, c'est déraisonnable ! Il n'a aucune expérience ! » s'écria Heshikiri en écartant les bras, son visage blanchissant soudainement à l'idée de perdre son précieux poste de serviteur personnel du Saniwa.
« Oui, je sais. Mais il en a exprimé le désir tellement de fois que je ne peux plus le lui refuser sans me sentir coupable. » indiqua le garçon en joignant les mains ensembles comme s'excusant d'avance, souriant maintenant de façon embrassée tandis qu'il précisait : « C'est une bonne occasion. Et puis, comment veux-tu qu'il gagne de l'expérience s'il n'assume pas ce rôle au moins une fois. »
« Aruji… Vous êtes beaucoup trop gentil. » soupira l'Uchigatana aux cheveux clairs, balayant l'air de sa main.
« Peut-être bien. » souffla le garçon en gloussant légèrement.
« Et si je gagne ? » demanda subitement la seconde lame, se souvenant d'un coup qu'il pouvait être celui qui avait raison depuis le début.
« Hmm… Eh bien, je me résoudrais à prendre des mesures drastiques. » annonça le Sage en fronçant une nouvelle fois les sourcils, de nouveau sérieux.
« C'est-à-dire ? » objecta Hasebe, soucieux.
« Tu comprendras si tu gagnes. »
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Refermant les shōji derrière lui, il bâilla lentement tout en commençant à se changer, troquant son hakama vert et gris, pour un fin kimono beige, et s'installant sur le zaisu placé devant le kotatsu. Se détendant sous la chaleur que diffuser l'objet, il attrapa le livre posée sur la table de ce dernier, et essaya de se perdre dans sa lecture.
Il lui suffisait de fermer les yeux pour imaginer Kyoto baignant dans l'obscurité brumeuse. Les lumières de la ville étant juste assez nombreuses pour la rendre visible au loin, la surface claire de la rivière Kamo, longée de saules pleureurs, reflétant avec netteté le croissant de lune de cette nuit. Et au-delà des nuages et des montagnes verdoyantes se dressait l'auberge Ikedaya, habillée de ses rideaux violet-pourpre, une douce lueur miel filtrant au travers.
Les Rétrogrades attendraient juste derrière la porte, d'un nombre si important que Kiyomitsu ne pourrait certainement pas s'empêcher de faire un commentaire. Les corps virevoltants dans la pièce, les épées se balançant d'un côté à l'autre, une nuée de particules rouge et noire recouvrant le premier étage. Et les esprits combatifs de ses Touken Danshi se réveillant sous l'adrénaline de la bataille, dansant sans relâche entre les ennemis, un sourire triomphant étirant leurs lèvres.
Le garçon secoua énergiquement la tête pour chasser cette image de ses pensées, reposant l'ouvrage. Il lui fallait faire quelque chose pour occuper son esprit. Soupirant, il observa autour de lui, l'œil hagard, cherchant désespérément une nouvelle activité. C'est dans ces moments-là qu'il aimerait être noyé sous le travail administratif.
« Où est Konnosuke quand j'ai besoin de lui… ? » souffla-t-il à voix haute, s'avachissant dans son siège.
« Aruji ? »
Le Saniwa releva prestement la tête au son de cette voix, esquissant un doux sourire lorsque la personne entra après un moment d'attente, laissant les panneaux entrouverts tandis qu'elle s'asseyait à ses côtés sous le kotatsu.
« Est-ce ça va, Kasen ? » demanda-t-il en se penchant légèrement vers l'Uchigatana, celui-ci posant un plateau de douceurs sur la table.
« J'ai pensé que vous auriez peut-être un peu faim… » répondit Kasen d'un ton solennel, évitant de croiser le regard du Sage et reportant le sien sur une série de gravures accroché au mur du fond.
« Merci. » énonça ce dernier, ne lâchant pas la lame des yeux, servant un peu de thé dans deux tasses tout en ajoutant : « Tu es inquiet ? »
Se renfrognant soudainement à la question, Nosada laissa échapper un soupir avant de prendre une gorgée du liquide vert, répliquant :
« Pas vraiment… Il est du genre trop borné pour vous trahir au nom de son ancien maître. Peut-être direz-vous qu'il est loyal, à chacun son interprétation. »
« Mais ? » rétorqua le garçon, plissant les paupières, sachant très bien qu'un « mais » suivrait cette phrase.
« Mais j'ai un mauvais pressentiment, comme si les choses n'allaient pas se passer exactement comme prévue. » expliqua Kasen avec une grimace. « Et puis, il est assez idiot pour revenir plus blesser que les autres tout ça pour prouver à quel point il est fort. »
Ne pouvant s'en empêcher, le Sage se mit à glousser bruyamment à l'entente de cette remarque, et posant une main contre sa bouche pour tenter de calmer le fou-rire qui prenait possession de lui, il lança avec amusement :
« Entre toi et Hachisuka, il n'y a vraiment qu'une époque. »
« Comment ça ? » questionna l'Uchigatana, surprit.
« Toi et Hachisuka êtes si semblables, à dénigré ainsi vos frères alors qu'en vérité, le plus dur serait qu'ils ne soient plus là. »
Nosada se surprit à faire la moue lorsque le Saniwa prononça ces paroles, une certaine vérité transparaissant dans ses pupilles à ce geste. Après tout, il n'avait pas totalement tort, et le seul qui s'était plus réjoui que lui lorsqu'Izuminokami avait mis un pied dans la citadelle, avait été Horikawa. Non… réjoui était un mot un peu fort pour traduire ce qu'il avait ressenti… peut-être avait-il s'agit d'apaisement, ou de tendresse. Oui, une tendresse fraternelle qui l'avait empêché de mettre l'ancien membre du Shinsengumi en pièces lorsqu'il avait commencé à bouger ses affaires de place pour installer les siennes lorsqu'il avait emménagé dans sa chambre.
Un rictus crispé apparut progressivement sur les recoins des lèvres de son Toudan, et il sut immédiatement que ce dernier était en train de se rappeler un mauvais souvenir, se forçant à sourire pour la forme. Soufflant une nouvelle fois, le garçon balança sa tête sur le côté et récita, complice.
« L'élégance et la force plutôt que la technique et la puissance ; un nom ou une génération plutôt qu'une apparence ou un titre ; la douceur plutôt que la rudesse, sont les caractéristiques d'un véritable Kotetsu, les charmes qui habitent un Kanesada de seconde génération. Et pourtant, malgré vos incessantes complaintes, vous êtes si prompt à accepter quelqu'un qui se trouve au-dessous de vous, simplement pour ce qu'il est… »
« Effectivement, je ne peux nier notre ressemblance. » annonça Kasen dans un souffle, fermant les paupières.
« Tout ira bien. » indiqua le Saniwa en regardant fixement l'assiette de Castella déposée devant lui. « Du moment que tu crois autant en lui que moi. »
Du moment que je crois en eux tous…
Endnote:
Zaisu : Un zaisu (座椅子) est une chaise japonaise avec un dossier normal mais sans pieds. Ils permettent de se détendre par une nuit froide sous une table kotatsu chauffée.
Kotatsu : Un kotatsu (炬燵) est un support de bois de faible hauteur recouvert d'un futon ou d'une couverture épaisse, sur lequel repose un dessus de table. Le dessous d'un kotatsu est chauffé. C'est le mode de chauffage le plus courant au Japon, le chauffage central étant peu répandu.
