Note: Petit oubli: Je n'ai pas très bien compris la passation de pouvoir entre Konnosuke et Konnosuke 2. Du reste, elle ne me semble pas très importante, et à mon grand avis ne cherche qu'à symboliser l'apparition d'un kitsune qui jusque-là n'était introduit dans l'anime que par les dialogues des personnages, et quelques cameo rapides dans les scènes de paysages.
Aussi, j'ai décidé de complètement ignorer ce détail de l'épisode, n'en voyant franchement pas l'utilité. Ainsi donc, le Konnosuke de la saison 2 restera celui de la saison 1 et tous les dialogues et apparitions de celui de la saison 2 deviendront les siens. Je ne pense pas que cela fasse une grande différence même au niveau du caractère. Tous les kitsune sont aussi tarés de tofu frit que le Konnosuke de Zoku ! XD
Bonne Lecture!
Chapitre Deux: Février - Kisaragi (如月): Je souhaite que demain soit une bonne journée aussi.
En l'an 2205,
Afin d'anéantir l'Armée de l'Histoire Inversée, qui essaie de changer l'histoire,
Eux, qui sont nés d'épées,
S'engage dans un combat mortel aujourd'hui encore !
Ah, Uguisumaru ! Dans ce cas, buvons-le ensembles !
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Ses yeux s'ouvrirent dans un sursaut de surprise, ses pupilles d'ors s'agitant dans tous les sens comme il se relevait avec précipitation, le souffle court et le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine.
Ne les laisser pas brûler !
Inspirant plusieurs fois de suite avec force, il soupira de soulagement en reconnaissant les murs distinctifs de son office et se laissa retomber sans ménagement sur le canapé derrière lui, posant une main contre son front avec fatigue. Peut-être était-ce dû à la mission qu'il voulait assigner aujourd'hui aux Awataguchi, mais dernièrement, il s'était senti particulièrement préoccupé. L'idée de les envoyer à l'endroit même où trois d'entre eux avaient péri ne lui plaisait guère, toutefois, qui mieux que ceux qui avaient vécu dans le château d'Osaka pouvait en découvrir le trésor caché… Quand bien même, cette réflexion ne l'aider pas à se sentir moins coupable.
Faisant dériver son regard vers la fenêtre entrouverte, il observa les arbres aux feuilles verte émeraude ondulaient sous la brise légère du vent de février, l'air plus chaud de ce mois-ci venant le réchauffer aussi intensément que les flammes de son rêve après les sueurs froides qu'il venait de vivre.
Soupirant une nouvelle fois, il secoua énergiquement la tête de droite à gauche pour clarifier ses pensées et, s'appuyant sur l'accoudoir du canapé, se leva avec lenteur pour se diriger vers la porte d'entrée, la refermant d'un coup sec derrière lui.
Marchant à travers les allées de la citadelle, il sourit avec bienveillance en remarquant la présence d'Uguisumaru et Hirano, installé confortablement sur l'engawa, une tasse de thé entre les mains, Hasebe discutant de manière étrangement paniquée à leurs côtés.
« Un problème ? » demanda-t-il en s'approchant, intrigué.
« Yamabushi est parti s'entrainer dans les montagnes, et il a embarqué pas mal de monde avec lui ! » s'écria Heshikiri, affolé.
Relevant un sourcil, le Saniwa croisa les bras en s'adossant contre un pilier, perplexe.
« Quand tu dis, pas mal de monde, tu veux dire Doudanuki et Tonbokiri ? Parce que je ne doute pas que, les connaissant, ils arrivent très bien à survivre aux exercices les plus excessifs que pourrait proposer Yamabushi… »
« Doudanuki fait partie du groupe, mais, apparemment, c'est Kashuu-san, Nikkari-san et Juzumaru-san qui l'accompagnent. » indiqua le Toushirou avec une moue inquiète.
« Hein ? »
Écarquillant soudainement les yeux, le Sage se redressa d'un mouvement vif sur lui-même, digérant lentement l'information.
« De quoi ?! » lança-t-il avec effroi, ses membres se glaçant alors qu'il imaginait déjà dans quel état il allait retrouver ses Toudan lorsqu'ils rentreraient. « Mais depuis combien de temps sont-ils partis ?! »
« Ça doit bien faire vingt bonnes minutes maintenant. » répondit le Tachi aux cheveux vert, cette fois réellement préoccupé.
« Et est-ce qu'on sait exactement où ? » se renseigna le garçon en posant ses pupilles sur les sommets rocheux au loin.
« Yamabushi-san ne l'a pas précisé. » relata Hirano en baissant la tête. « Est-ce que c'est si grave que ça ? »
« Pire que ça ! » s'exclamèrent d'une même voix l'Uchigatana et son maître avec effarement.
« Alors, il faut espérer que tout ira bien pour Kashuu-san et les autres… » décréta Uguisumaru en levant lui aussi un regard vers les montagnes.
Oui, c'est ça… Prions les Dieux qu'ils ne finissent pas tous au fond d'un ravin… ou pire, qu'ils ne se perdent en route… pensa le Saniwa en se mordant la lèvre, inquiet.
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Brillant à travers les nuages de coton blancs, l'astre du jour resplendissait dans l'immensité du ciel de ce début d'après-midi, éblouissant le domaine de ses rayons jaune impérial et baignant la pièce toute entière à coup de petits cercles de lumière vaporeux qui se reflétait à travers le papier de riz des shōji.
Reposant son pinceau de manière lasse, le Sage prit appui sur ses mains et bascula légèrement en arrière tout en fixant le plafond avec intérêt. Il avait eu beau se plonger d'arrache-pied dans ses rapports, il n'arrivait pas se sortir la session d'entraînement de Yamabushi, ni même l'excursion des Awataguchi de l'esprit ; les deux le préoccupant plus qu'autre chose.
« Aruji ? »
« Hmm ? »
Baissant les yeux vers le Touken Danshi qui venait de l'appeler, il s'efforça de sourire avec douceur et, se remettant au travail, se renseigna avec indifférence :
« Qu'y a-t-il, Yamanbagiri ? »
« Est-ce que ça va ? » interrogea l'Uchigatana en s'arrêtant de trier les papiers qu'il avait devant lui pour se concentrer sur le garçon aux cheveux cerisier.
« Oui, j'espère juste que l'excursion se passe bien. »
Et que ton frère n'y va pas trop fort avec les autres…
« Ce sera peut-être difficile pour certain, mais je suis sûr qu'Ichigo pourra prendre soin d'eux. »
Relevant un regard interdit vers son Toudan, le garçon s'immobilisa brusquement dans sa tâche, les souvenirs de la discussion qu'il avait eue avec le Tachi la nuit de son invocation lui revenant en mémoire.
«
« C'est un allié… » décréta le garçon en fermant les paupières quelques instants avant de calmement les rouvrir sur le cerisier aux dix-mille feuilles.
« Comment ça ? »
« Le temps. Même si cela ne paraît pas évident aux premiers abords, le temps permet d'affronter n'importe quoi, et panse les blessures même les plus profondes. Il faut juste être patient. » continua-t-il à raconter, offrant un doux regard à son Toudan. « Un jour, peut-être, même les flammes de cette nuit ne signifieront plus rien pour toi… »
»
Il était vrai qu'il avait placé sa confiance en Ichigo, sans aucune crainte qu'il pourrait un jour le trahir. D'ailleurs, il n'y avait aucune raison pour qu'aucun d'entre eux le fasse. Il fallait juste qu'il laisse les choses aller à leur rythme. Oui, avec le temps, toutes ces souffrances n'auraient plus aucune importance.
C'était avec ce raisonnement en tête qu'il avait laissé partir Yasusada, et c'était avec celui-ci qu'il comptait sur les frères Toushirou pour réussir leur mission et revenir sans encombre à la citadelle.
« Tu as raison. J'ai hâte de voir ce qu'ils vont nous ramener ! »
« Oui… »
Observant le Sage reprendre son pinceau avec une nouvelle assurance, Yamanbagiri laissa un léger sourire fleurir sur ses lèvres, et, reprenant également les papiers qu'il avait en mains, se remit à trier avec efficacité, content d'avoir réussi à rassurer son maître.
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Plusieurs fous-rires résonnèrent en harmonie avec le siens et il se pencha un peu plus par-dessus la table, s'attirant les reproches de ses Toudan comme il tentait de donner les bonnes directives au Tantou devant lui.
« Aruji, mais qu'est-ce que vous essayez de faire ?! »
« Si vous continuez comme ça, vous allez perdre ! »
« Aaaah, le maître est tellement méchant ! »
« Ne les écoute pas, Akita. » gloussa-t-il en lançant un regard faussement noir à ses épées pour leur dire de se taire. « Tu t'en sors très bien. »
« O-Oui ! » répondit le Toushirou aux cheveux rose, intimidé.
« Hein ?! Même pas vrai ! »
« Akita, le maître veut vraiment que tu perdre ! »
« Il ne raconte que des bêtises ! »
« C'est un mauvais partenaire ! »
« Mais qu'est-ce que vous faîtes ? »
Se tournant avec surprise vers la personne qui venait de prononcer ces mots, le groupe sourit avec bienveillance au Tachi qui se tenait debout à l'entrée de la pièce, imitant le Saniwa qui tapota gentiment l'épaule de l'Awataguchi à ses côtés, celui-ci retirant prestement le bandeau qu'il avait sur les yeux et signifiant ainsi la fin du jeu.
« Tsurumaru-san ! On fait une partie de Fukuwarai. » s'écria avec excitation Midare, encore galvanisé par l'atmosphère du jeu.
« O-On peut jouer ensemble, si tu veux. » ajouta un peu plus calmement Gokotai, retenant la plupart de ses tigres entre ses bras pour éviter qu'ils ne fassent des dégâts.
« Hooo, je n'avais pas entendu parler de ce jeu depuis longtemps ! » déclara Kuninaga, les yeux ronds. « Akita, ta figure est très réussie ! »
« Tout le monde voulait me faire croire que le maître me donnait de mauvais conseils, mais je sais bien que le maître est trop gentil pour faire ça. » souffla timidement le Tantou, ses lèvres étirées toutefois en un doux sourire.
« C'est le but du jeu, non ? » indiqua en riant Imanotsurugi en levant les mains en l'air de manière innocente.
Replaçant sur le côté de la table les papiers découpés sur lesquels était dessiner sourcils tordus, nez difforme, yeux de différentes couleurs et bouche disproportionnée, pour ne laisser qu'une large tête blanche de tous traits sur le milieu, le Sage se releva et tendit la main vers la place qu'il occupait une seconde auparavant.
« Joueur ou partenaire ? »
« Aruji, vous ne jouez plus ? »
« J'avais promis à Ichigo de m'occuper de ses frères en son absence. Donc, on a décidé tous ensemble de jouer à un jeu. Mais là, il semble qu'il y est un problème qui requiert mon attention. » relata le garçon en pointant un doigt vers le sol près des shōji entrouverts, poussant Tsurumaru à se retourner d'un coup, étonné.
« Ryonosuke ! »
« Désolé de vous déranger. » émit le kitsune au foulard rose. « Saniwa-sama, il y a eu… hmm… un incident. »
« J'arrive tout de suite. » dévoila le Sage en hochant la tête avant de s'arrêter sur le seuil, adressant au Tachi une dernière requête. « Tu veux bien prendre ma place jusqu'à mon retour ? »
« Bien sûr. »
S'éloignant lentement après avoir refermé après lui, il fronça les sourcils, sérieusement préoccupé, et marchant à la suite de l'animal, interrogea :
« Quelle est la situation ? »
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« Et tu dis que tu l'as trouvé évanoui en face du château ? »
« Oui… Il a dû mélanger les commandes et se tromper d'époque en tentant de nous rejoindre. »
Soufflant légèrement en relevant les yeux vers son épée, le Saniwa posa délicatement une main contre le front du Wakizashi étendu devant lui, écartant les mèches rebelles venus se coller contre celui-ci avant de se remettre debout en époussetant ses vêtements, offrant un doux sourire à l'autre Touken Danshi présent dans la pièce avec lui.
« Ichigo et le reste de l'équipe ne devrait pas tarder à revenir, en attendant, je vais prévenir les autres. Tu t'en sortiras sans moi ? »
« Oui… » murmura Namazuo, sa voix s'étranglant sous l'inquiétude.
« Ne t'inquiète pas. » divulgua le Sage en caressant les cheveux du second Wakizashi pour le rassurer. « Il a simplement perdu connaissance, probablement à cause du choc. Il se réveillera très vite. »
« D'accord… »
Penchant la tête sur le côté en attrapant le battant de la porte, il porta un dernier regard aux deux Toushirou avant de sortir, refermant le shōji derrière lui et s'y adossant en soupirant un peu plus fortement.
« Est-ce qu'il va bien ? »
Se tournant vers la boule de poil à sa droite, le garçon s'accroupit pour l'attraper entre ses bras, ses doigts se frayant un chemin dans sa fourrure tandis qu'il se relevait, marchant de nouveau en direction de la cour extérieure pour attendre, face à l'horloge temporelle, l'équipe partie en excursion.
« Je ne sais pas, Ryonosuke… Parfois, je me demande si je n'exige pas trop d'eux… » énonça-t-il en resserrant sa prise sur l'animal comme s'il craignait que quelque chose ne lui arrive.
« Je ne crois pas que ce soit le cas, et je suis sûr que je ne suis pas le seul qui pense de cette manière. » répondit tristement le kitsune en venant aplatir son museau contre le bras du Saniwa.
« Le temps nous le dira… »
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S'arrêtant au seuil du torii, le Saniwa releva ses pupilles dorés vers le ciel sombre de cette nuit. Dans cet amas noir comme l'encre que même la lumière scintillante des étoiles ne pouvait filtrer, il attendait patiemment le retour de ses épées bénies.
Quelque part, au cœur même de la métropole d'Osaka, le même tableau devait se dresser face aux Awataguchi partit récupérer l'un des leurs. Un tableau baigné par les flammes du château en ruine, s'écroulant en un milliard de morceaux sous la fumée dense et grise qui devait s'élever au-dessus des cieux dans une macabre lenteur… Et si la décision de ne prévenir personne pour laisser les Toushirou régler cela entre eux lui avait semblé à ce moment-là une meilleure idée, la soudaine apparition des Kebiishi qu'il avait ressenti plus tôt n'avait fait que susciter plus de doutes en lui.
Sans parler du groupe parti en session d'entraînement dans les montagnes qui ne revenait toujours pas. Bon sang ! Ils allaient tous finir par le rendre dingue !
Le rire plus que reconnaissable de Yamabushi résonnant au loin atteignit ses oreilles et il baissa la tête en fronçant les sourcils, croisant les bras sur sa poitrine tandis qu'il s'exclamait avec agacement une fois qu'ils furent à porter de vue :
« Vous voilà enfin ! Je me faisais un sang d'encre ! »
« Oh, Aruji ! Désolé, il semble que l'on se soit perdu sur le chemin du retour ! » débita Nikkari avec un sourire contrit alors qu'il franchissait l'entrée en compagnie des autres.
« C'est peu de le dire… haha… » ajouta de manière blasée Kiyomitsu, la fatigue se lisant clairement sur ses traits.
« Ka Ka Ka ! Ça aussi, c'est une voie pouvant mener vers Bouddha ! »
Relevant un sourcil à ces paroles, le garçon se tourna de moitié vers le Tachi aux cheveux turquoise, l'observant avec détachement.
Bouddha est le dernier qui aurait voulu que vous vous perdiez dans la forêt au risque d'en mourir…
« Du moment que vous trouvez le moyen de rentrer, je me fiche bien du chemin que vous empruntez… » finit-il par dire en souriant, finalement rassuré.
S'écroulant sur ses genoux tout en s'appuyant de tout son poids contre son sac de voyage posé au sol, Kashuu ferma les yeux, à moitié endormi, et s'écria avec exaspération :
« Aaah… peu importe, je veux juste aller me coucher… »
Réentendre les habituelles complaintes de l'Uchigatana aux ongles maculés de rouge le soulagèrent plus qu'il ne saurait le dire et, gloussant avec amusement tout en tendant une main vers ce dernier pour l'aider à se relever, il déclara sur un ton plus calme :
« Vous avez bien travaillé aujourd'hui. Je suis fière de vous ! »
La joie venant soudainement éclairer leurs visages épuisés, les membres du groupe partagèrent un sourire comblé, les mots du Sage les touchant en plein cœur.
« Je crois que l'on devrait aller aux bains, pour éviter les courbatures… » proposa Kiyomitsu en reprenant son sac sur ses épaules.
« Oui, prendre un bain nous ferras du bien. Mes plus sincères excuses pour vous avoir tant inquiété, Aruji. »
« Tout va bien, Juzumaru-san. »
Et comme si le ciel lui-même s'était sentit soulagé du retour de ses Toudan, une à une, les étoiles vinrent percer l'encre céleste de leurs rayons d'argent, brillant avec plus de force qu'une dizaine de diamants.
Soufflant une dernière fois, le Saniwa se détourna de ce spectacle, prenant le chemin inverse de ses Touken Danshi et se dirigeant vers la forge. En attendant le retour des Toushirou, il pouvait toujours s'occuper des nouvelles épées qu'il allait prochainement invoquer.
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Les remontrances se faisaient de plus en plus entendre à travers le domaine et il pencha la tête en riant légèrement. Son serviteur veillait décidément au grain.
« Aaah, mais enfin, pourquoi ?! »
« Ça suffit comme ça, Hasebe. »
Se retournant brusquement, l'Uchigatana aux cheveux bruns fronça les sourcils en observant le garçon avançait vers lui, intrigué.
« Aruji. »
« Aruji... » murmura tel un écho la voix d'Ichigo, anxieuse.
« Heureusement, vous n'avez rien. » relata simplement le Sage en se postant devant les six frères.
« Aruji, je… » tenta d'expliquer le Wakizashi aux pupilles couleur lavande avant de se faire interrompre par son maître.
« Ce que tu peux être idiot… » débita celui-ci en s'accroupissant face à son Toudan, ses lèvres pincer sous l'agacement malgré l'air calme qu'il arborait.
« Hein ? » s'étonna Honebami, interdit.
« Je ne sais vraiment pas d'où te vient cette idée stupide que tu n'as plus de souvenirs… »
Observant son épée cligner plusieurs fois des paupières sous l'incompréhension, le Saniwa sourit doucement et, s'installant plus confortablement sur ses genoux, pointa un doigt en plein centre de la poitrine de ce dernier, divulguant avec aplomb :
« Après tout, la véritable mémoire, c'est celle que recèle ton cœur. »
« Mon cœur ? » répéta le Wakizashi, encore plus confus, ses frères, tout près, écoutant avec attention.
« Tout ce qu'il existe de plus important au sein de ta mémoire se trouve juste ici, au plus profond de ton âme. Chacun de tes souvenirs est lié à un sentiment, une émotion qui est gravé en toi à jamais. Que tu finisses brûler par les flammes ou noyer sous les eaux, ne change rien. Ces sentiments feront partis de toi quel que soit ton destin. »
« Je… »
« Il n'existe rien en ce monde qui puisse ternir les souvenirs de ton cœur. Ton âme est incapable d'oublier. Ce qui fait que tu vis, ce qui te donne vie, ce sont tes sentiments, y compris ceux que tu caches au plus profond de toi. »
Écarquillant les yeux avec surprise, les frères Awataguchi finirent par sourire avec bienveillance comme animés d'une nouvelle volonté.
« Aruji ! » s'écrièrent ensembles Midare et Atsushi, leurs yeux rayonnants de bonheur.
« Je n'avais jamais vu les choses de cette façon… » murmura Honebami, perdu dans ses propres réflexions.
« Tu ne le vois peut-être pas, mais je sais mieux que quiconque que tu n'agis pas plus différemment aujourd'hui de celui que tu étais avant l'incident. »
« Vraiment ? »
« Évidemment. Tes sentiments n'ont pas changé depuis tous ces siècles. Honebami, tu es toujours le même… »
Son regard s'adoucissant un peu plus, le garçon plongea sa main dans les cheveux du second Wakizashi, les ébouriffant négligemment tandis qu'il dictait pour la forme :
« Et ce que je viens de dire vaut pour tous les deux aussi, d'accord ? »
« Oui ! » s'exclamèrent en chœur Namazuo et Ichigo, réjouit.
« À présent, il est en temps d'aller dormir, alors rejoignez les autres aux sources et retournez vite vous coucher. »
« Les autres ? » demanda Yagen, perplexe.
« Oui, vous n'êtes pas les seuls qui aient foncé droit vers l'inconnu, aujourd'hui. »
Et j'avais visé juste en pensant qu'ils allaient se perdre en rentrant…
Soupirant avec fatigue, Hasebe, resté en retrait durant tout le discours du Sage, finit par rejoindre celui-ci au milieu de la cour, s'inquiétant de son manque de réaction alors que les Toushirou prenaient d'un pas pressé la direction des bains.
« Dis, Hasebe… » interrogea subitement le Saniwa en voyant son serviteur approcher. « Tu as certainement des souvenirs que tu aimerais oublier parfois, non ? »
« J'imagine, oui… » se contenta de répondre l'Uchigatana en haussant les épaules.
« Les Touken Danshi ne sont pourtant pas les seuls, tu sais. Les êtres humains aussi voudraient oublier certains moments de leurs vies… Moi aussi… »
« Le maître également ? »
« Oui. Certains de mes souvenirs, des moments de mon passé jusqu'aux personnes que j'ai pu connaître, tout ce qui est synonyme de tristesse, de colère ou de déception dans ma mémoire… Il m'arrive de souhaiter les oublier plus que tout au monde… »
« … »
« Mais tu sais, si jamais ça arriver, alors je ne serais plus tout à fait le même non plus. »
« Hmm ? »
« Je ne serais certainement plus la personne que je suis aujourd'hui. Après tout, ce sont les expériences du passé qui nous font grandir, elles nous assagissent… Êtres humains ou Tsukumogami, ça n'a aucune espèce d'importance, nous sommes tous forgés de la même manière, tu ne crois pas ? »
« Oui… »
Souriant avec tristesse, Heshikiri hocha doucement la tête aux mots de son maître, préférant comme lui se murer dans le silence tandis qu'ils contemplaient ensemble le ciel devenir de plus en plus clair, l'aube faisant lentement son apparition après le passage éclair d'étoiles filantes réalisant les souhaits même les plus secrets…
Endnote:
Fukuwarai: est un jeu japonais généralement joué autour du Nouvel An lunaire. Le jeu est joué par les enfants, mais les adultes peuvent aussi jouer. Le jeu est similaire à celui de la queue de l'âne (en anglais, Pin the Tail on the Donkey), sauf qu'il est joué sur une table. Les joueurs du Fukuwarai doivent disposer des parties du visage (yeux, sourcils, nez et bouche) sur un visage blanc tout en ayant les yeux bandés. Ils peuvent être aidés d'un second joueur qui les guidera.
