Chapitre Quatre: Avril - Uzuki (卯月): Parce que tu es notre camarade dans cette citadelle.
En l'an 2205,
Afin d'anéantir l'Armée de l'Histoire Inversée, qui essaie de changer l'histoire,
Eux, qui sont nés d'épées,
S'engage dans un combat mortel aujourd'hui encore !
Tsurumaru, est-ce que c'est... ?
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Soleil éblouissant au-dessus d'un ciel blanc-bleuté empli de nuages de barbe à papa et accompagné par le chant des oiseaux, un matin resplendissant venait tout juste de se terminer et, les bras chargés de provisions, le Saniwa et un certain Toushirou aux cheveux couleur lavande marchaient en rythme le long du chemin les ramenant lentement à la citadelle.
« Je n'ai aucune affinité avec les magasins. » lança soudainement Honebami, posant un regard vers les sacs en plastique qu'il transportait.
« Et pourtant, tu as choisi toutes les choses que tes frères aiment le plus. » répondit le Sage avec un sourire, pointant de son menton tous les paquets de sucreries.
« Je suppose… que je me suis un peu emporté. » murmura son épée, gênée.
« Ce n'est pas si mal parfois, tu sais. » déclara le garçon en riant légèrement avant de demander avec curiosité. « Mais et toi ? As-tu choisi quelque chose que tu aimes ? Tu pourrais le partager avec les autres aussi. »
« Ceci. » indiqua le Wakizashi en sortant un paquet de biscuits de l'un des sacs. « Ces gâteaux sont plutôt bons. J'aimerais que mon frère les essaie. »
« Bien. Je suis sûr qu'il les aimera beaucoup. »
« Voulez-vous en goûter un peu aussi ? » se renseigna l'Awataguchi, faisant face à son maître.
« Hmm ? Moi ? C'est gentil de ta part. Pourquoi pas plus tard ? » affirma le Saniwa avant de froncer les sourcils avec regret. « Cependant, je vais être terriblement occupé aujourd'hui, je ne serais peut-être pas en mesure de vous rejoindre, vous et les autres pour les partager. »
« Alors, je vous en garderais quelques-uns et vous les apporterai directement. » se contenta de dire le Toushirou nonchalamment.
« Merci. C'est très prévenant de ta part. » ajouta le Sage, touché.
Et alors qu'ils franchissaient enfin les portes du domaine, un hakama rouge et noir apparut brutalement devant eux, l'épée le portant semblant particulièrement agacé.
« Comment avez-vous pu faire ça ?! Comment avez-vous pu aller faire les magasins sans moi !? »
« Je vais prendre ça. » annonça Honebami comme si de rien n'était, prenant les provisions des mains du garçon aux cheveux cerisier avec les siennes, et retournant à l'intérieur.
Soupirant, le Sage haussa les sourcils, pas le moins du monde perturbé par le caprice de son Uchigatana et commença à se diriger vers son bureau, supposant correctement que celui-ci le suivrait.
« Eh bien, Kiyomitsu, est-ce une sorte de règle ? Dois-je toujours t'emmener avec moi quand je vais faire du shopping ? »
« Mais c'est du shopping ! Vous me connaissais ! » s'écria Kashuu, les yeux écarquillés sous le choc.
« Exactement, je te connais. Combien de vernis à ongles et d'accessoires dois-je encore acheter avant que tu ne sois satisfait ? » rétorqua le Saniwa avec un autre soupir.
« Ce n'est pas de ma faute si mes réserves s'épuisent rapidement ! » répliqua l'Uchigatana en écartant les bras tout en faisant la moue.
« La dernière fois que j'ai vérifié, tu achetais des couleurs que tu n'aimes même pas porter. » sermonna le garçon bien qu'il ne semblait pas véritablement en colère contre son Toudan, plutôt simplement ennuyé par son comportement.
« Elles étaient si jolies, et en soldes ! Et si une occasion m'obligeait à les porter ?! » révéla le Touken Danshi comme si c'était une évidence.
« Kiyomitsu... tu réagis de manière excessive... » souffla le Saniwa avec agacement, habitué à cette comédie.
« Ce n'est pas juste à propos de ça... » murmura Kiyomitsu, les yeux obstinément tournés vers le sol.
Entrant dans son office, le Saniwa s'assit à son bureau et, inclinant la tête, interrogea avec curiosité :
« Alors de quoi s'agit-il ? »
« Je… » balbutia l'épée avec hésitation.
« Dis-moi. Tu sais que tu peux tout me dire, pas vrai ? »
« B-Bien sûr… »
Fronçant les sourcils avec inquiétude, le garçon commença à se lever, mais fut arrêté dans son geste lorsque Kashuu affirma enfin, les joues rouges et de manière presque inaudible :
« Ce sont des moments entre le maître et moi… Récemment, vous étiez si occupé à envoyer des rapports au Gouvernement du Temps et à invoquer de nouveaux Touken Danshi… Depuis le départ de Yasusada, je suis complètement seul ! »
« Qu'est-ce que tu racontes ? »
« Hein ? »
Souriant doucement, le Saniwa se releva, contournant son bureau pour faire face à son Toudan, et posa une main réconfortante sur sa joue.
« Comment oses-tu dire que tu es seul quand tant de personnes t'entourent ? Non seulement tes anciens camarades du Shinsengumi, mais tous les Touken Danshi de cette citadelle aussi. »
« Ce n'est… pas la même chose. » confessa Kiyomitsu en regardant distraitement le tapis.
« Est-ce que c'est vrai ? Je pensais que nous avions déjà surmonté tous ces vieux sentiments... » se renseigna le Sage, le dos appuyé contre le bureau.
« Je… ne suis plus sûr de rien… » bégaya l'Uchigatana, perdu dans ses pensées.
« Je suppose que c'est de ma faute pour t'avoir tellement négligé ces derniers temps. Je suis profondément désolé. » indiqua le Saniwa avec regret.
« Non ! Aruji, vous n'êtes pas responsable du tout ! » s'empressa de répondre Kashuu, paniqué. « Je voudrais juste que nous puissions passer plus de temps ensemble, comme dans le passé, quand nous étions simplement tous les deux. »
« Est-ce que tu doutes de toi à nouveau, Kiyomitsu ? » demanda le Sage, soucieux.
« N-Non… Bien sûr que non… » précisa sa première lame, sa voix de plus en plus basse, une certaine déception voilant ses pupilles grenat.
« Si tu le dis. S'il y a quoique ce soit, n'hésite à me déranger dans mon travail, viens directement ici, d'accord ? » annonça le garçon aux cheveux cerisier, toujours inquiet.
« Pas besoin. Mais merci quand même ! » s'exclama subitement son Toudan, la tête relevée, son sourire étrangement crispé.
« Bien... Si tu es sûr... »
« J'en suis sûr ! »
« Dans ce cas, nous avons tous les deux du travail qui nous attend. » déclara le Saniwa en reprenant sa place.
« Une nouvelle épée à prendre en charge ? »
« Voilà. »
Faisant glisser un bonhomme de papier blanc sur la table en bois, le Sage pinça ses lèvres avec hésitation, puis finit par le donner à son épée alors que ce dernier s'avançait pour le prendre. "
« Celui-ci pourrait être assez difficile à gérer au début, il est plutôt obstiné et… légèrement poussé dans l'alcool dépressif… »
« Quoi ?! » s'écria l'Uchigatana, surpris.
« Mais ! Il va s'habituer à cette citadelle très vite, j'en suis persuadé ! » intervint le garçon, étant maintenant celui avec un sourire crispé.
« Vous en êtes persuadé ? Ou vous espérez... ? » questionna Kiyomitsu en lançant un regard douteux, pas dupe pour un sou.
« E-Eh bien... tu sais... Peut-être que tu pourrais demander l'aide de Yagen ou de Souza. » indiqua le Sage, embarrassé à son tour.
« Souza ? » répéta le Toudan, curieux.
« C'est un ancien sabre d'Oda Nobunaga. » relata le Saniwa, les coudes appuyés sur la table, les doigts croisés.
« Ce qui explique la partie dépressif. »
« Pas tout à fait. En fait, c'est même plutôt le contraire. »
« Vraiment ? Il ne fait pas partie du club "je n'aime pas parler de mon ancien maître" ? »
« Définitivement pas. Mais Souza en saura plus, il t'aidera avec sa... personnalité complexe. »
« Je vois. Eh bien, je suis parti alors. » lança Kashuu avec un signe de tête, se dirigeant vers la porte.
« Kiyomitsu... » appela le Sage, troublé.
« Je vais bien, Aruji ! Comme vous l'avez dit, j'ai du travail. À tout à l'heure ! »
Agitant une main en l'air, l'Uchigatana ne se retourna pas et partit sans rien dire de plus, laissant le garçon seul dans la pièce, complètement silencieux.
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Cher Maître,
Je suis parti en voyage dans le but de devenir plus fort, mais au final, je me suis retrouvé à l'endroit même où se trouvait mon ancien maître… Okita-kun.
Je me demande si vous êtes en colère contre moi.
Mais je vous en prie, pardonnez-moi.
Je pense que, même maintenant, je ne faisais que du surplace. Afin d'avancer dans l'avenir, je me dois de régler les oppositions qui règnent en mon cœur, à propos d'Okita-kun.
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Il faisait déjà sombre à l'extérieur. La nuit réclamant son trône sur les cieux comme les heures s'étaient écoulées plus vite qu'il ne l'aurait cru. Étoiles invisibles dans ce tableau de noirceur infinie, le ciel n'était plus qu'un immense vide continuel.
Laissant échapper un bâillement par inadvertance, le petit kitsune s'étira sur le canapé avant de sauter par-dessus le bureau, inclinant la tête avec inquiétude.
« Est-ce que vous travaillez encore ? Il est déjà si tard… »
« Il n'y a rien que je puisse y faire, regarde tous ces rapports… Je suis l'un des rares Saniwa à devoir constamment en envoyer puisque je convoque tant d'épées… »
Ne relevant pas même un regard vers l'animal, le Saniwa continua d'écrire, un parchemin après l'autre, retenant un soupir de fatigue de franchir ses lèvres.
« Mais… » objecta le renard avant d'être interrompu par son maître.
« Tout va bien, Konnosuke. Demain sera un jour de congé, enfin... après la tombée de la nuit, probablement… » indiqua le Sage en offrant un rapide sourire épuisé à la boule de poils avant de reprendre son travail.
S'arrêtant subitement, le garçon aux cheveux cerisier remarqua que son pinceau, glissant auparavant avec douceur sur le papier, était presque sec comme le pot d'encre était maintenant complètement vide. Soufflant, il ouvrit le tiroir à sa droite, prêt à le remplir à nouveau lorsque le petit kitsune sauta brusquement sur ses genoux, s'exclamant, les yeux grands ouverts :
« Qu'est-ce que c'est ?! » demanda-t-il en montrant une enveloppe décorée de fleurs bleues ressemblant à des roses.
« Une lettre. Je l'ai reçue tôt ce matin. »
« Est-ce que ça vient de lui ? »
« C'est exact. »
Observant une seconde le Saniwa, le renard reporta son attention sur la mystérieuse lettre, interrogeant avec empressement :
« Qu'est-ce que ça dit ? »
« Eh bien… pas grand-chose… » répondit le Sage en caressant doucement l'animal. « Il semble aller bien. Il s'est rendu à l'endroit exact où je pensais qu'il irait et maintenant, il apprend ce qu'il doit apprendre avant de revenir ici. »
« Donc, il va revenir ? » questionna le petit kitsune, curieux.
« Mais bien sûr ! À quoi est-ce que tu penses ! » lança le garçon avec un froncement de sourcils.
« J'ai juste... C'est toujours difficile de savoir si une épée se soucie assez de vous pour ne pas vous trahir. » déclara la boule de poils, faisant la moue.
« Néanmoins, ce n'est pas son cas. » exprima le Saniwa en refermant le tiroir.
« J'en suis heureux ! »
« Oui. »
Quelques coups résonnèrent soudain dans la pièce et la porte de style occidental s'ouvrit lentement, trois têtes se faufilant dans l'entrebâillement de manière incertaine.
« Alors, vous êtes vraiment encore debout, hein ? » argua Taikogane en entrant en compagnie de ses partenaires.
« En effet, c'est le cas. » répliqua leur maître avec un doux sourire.
« Wow ! Vous êtes vraiment débordé. » exclama le Tantou, étonné de voir tous les papiers et les parchemins qui remplissaient l'office, du bureau du garçon jusqu'à sa table basse. « Maintenant, je comprends mieux pourquoi vous n'êtes pas sorti depuis ce matin. »
« Vous devez vous reposer. » rétorqua simplement le Tachi au tatouage de dragon nonchalamment.
« Kara-chan a raison. » ajouta Shokudaikiri à son tour, légèrement inquiet. « Sinon, vous allez attraper un rhume… »
« Comme je l'ai fait remarquer à Konnosuke, je ne peux absolument pas m'arrêter avec toutes ces choses à faire. »
« Avez-vous l'intention de travailler toute la nuit ? » demanda Sadamune, plissant les yeux.
« J'en ai bien peur… »
« Eh bien... on ne vous laissera pas tomber ! Nous avons fait des zunda mochi plus tôt, nous allons vous en apporter avec une théière bien chaude ! » relata Mitsutada, enjoué, se dirigeant déjà vers la porte avec les autres après qu'ils aient acquiescés en accord.
« Merci. J'ai hâte de les goûter. » répondit le Saniwa, ravi.
Il était certainement submergé par les rapports du Gouvernement du Temps, mais son fardeau semblait s'être soudainement allégé après le passage de ses Touken Danshi.
Des sucreries et du thé chaud… Je suppose que ce sera une bonne nuit. Je pourrais même finir assez tôt pour pouvoir me reposer.
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« Et ainsi se termine mon rapport. »
« On dirait que tout s'est bien passé. »
Souriant doucement, le Saniwa allait reprendre son travail lorsque son Toudan ajouta, un peu hésitant :
« Oui, toutefois... »
« Qu'est-ce qui ne va pas, Tsurumaru ? » demanda-t-il la tête penchée d'un côté, les sourcils froncés.
« Il y a eu un léger incident... » commença à raconter Tsurumaru.
« Avec Fudou-san ? » termina le Sage nonchalamment, le regard posé sur ses papiers.
« Quelqu'un vous l'a dit ?! » se renseigna le Tachi, surpris.
« Je m'y attendais. » répondit le garçon aux cheveux cerisier, les yeux fermés, une main levée en l'air. « À vrai dire, c'est pour ça que je l'ai envoyé en mission si tôt. »
« Aruji, c'est roublard, même pour vous. » précisa Kuninaga, un sourire malicieux sur les lèvres alors qu'il s'appuyait légèrement contre l'accoudoir du canapé derrière lui, les bras croisés sur la poitrine.
« Tu crois ? » se contenta de dire le Saniwa. « Eh bien, je voulais juste voir comment il réagirait face au château et au cortège d'Oda. »
« Vous avez entendu parler de la procession ?! » s'exclama l'épée, observant à nouveau son maître d'un air ahuri.
« 1579 de la période Azuchi Momoyama. À cette époque, Oda Nobunaga revenait tout juste d'une campagne militaire, non ? J'ai pensé que c'était approprié. » indiqua le Sage en haussant les épaules.
« Comme c'est surprenant… et effrayant… Le maître peut être vraiment sournois… »
« J'aimerais ne pas avoir à l'être... » soupira le garçon, la tristesse voilant ses pupilles dorées. « Pour être tout à fait honnête, tout ce que j'ai toujours souhaité, fut que vous ne soyez pas dérangés au sein de votre Histoire. Mais en temps de guerre, nous n'avons guère le choix, n'est-ce pas ? »
« Je ne savais pas que le maître se sentait ainsi... » murmura Tsurumaru en se relevant.
« Eh bien, ce n'est pas un problème." répondit rapidement le Saniwa avec un léger sourire avant de continuer à voix basse. « J'aime vraiment être entouré de vous tous. Mais, voir des épées comme Fudou-san regretter autant leurs maîtres... je sais très bien que je ne fais pas le poids... »
« Ce n'est pas… ! » voulut intervenir Kuninaga, mais son maître l'arrêta en cours de route, secouant la tête de droite à gauche, expliquant :
« Forcer quelqu'un à accepter un autre maître, à s'adapter à une nouvelle vie, à un corps, à la capacité de parler, de respirer, de ressentir... Je sais parfaitement que c'est beaucoup à accepter. C'est pourquoi je vous laisse du temps, et que je suis aussi indulgent avec vous. D'autres pourraient croire le contraire, mais en général, les Saniwa comprennent sans difficulté le fardeau d'un Tsukumogami. Vous mettre devant le fait accompli… Je suppose qu'il existe des solutions plus agréables pour vous pousser vers l'avant, mais on dit que la manière la plus forte est toujours la meilleure. »
Baissant la tête, le garçon pinça les lèvres et attrapant son pinceau, finit de rédiger ses rapports avant d'être soudainement interrompu par la déclaration de Tsurumaru :
« Pour moi, il n'y a pas de meilleur maître que vous… »
Levant de nouveau la tête, le garçon écarquilla les yeux et murmura, abasourdi :
« Vraiment ? »
Observant avec insistance les engrenages qui parsemaient le mur à sa gauche, quelque peu embarrassé, le Tachi se mordit la lèvre inférieure et confessa :
« Comparé à mon passé… Cette citadelle, cette vie, où le seul sang que je verse est celui de mes ennemis… Aussi longtemps que je ne joue plus de malchance pour mon précieux maître, il n'y a rien de mieux en ce monde. De plus, je suis réuni ici avec des amis et… de la famille… je ne me soucie pas du reste… » (*)
Ému, le Saniwa offrit un large sourire à sa lame et hocha la tête avec un petit rire.
« Je suis heureux d'entendre ces mots, Tsurumaru. Ils me rassurent beaucoup. »
« Tant mieux. »
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L'orage s'était enfin calmé, laissant derrière lui un ciel bleuté sombre illuminé par un clair de lune scintillant. Un silence sans pareil régnait dans la citadelle, et il sortit de son bureau en poussant un long soupir, la journée se terminant et avec elle, toute la paperasse qu'il avait dû gérer ces deux derniers jours. Marchant le long de l'engawa en direction de sa chambre pour prendre un repos bien mérité, il se stoppa brusquement en voyant sa seconde lame discutait avec Fudou Yukimitsu. Une discussion bien moins animée que celles qu'ils avaient eues auparavant.
Penchant légèrement la tête, il sourit avec douceur et rebroussa chemin, se dirigeant vers eux avec empressement.
« Vous étiez donc là. »
« Aruji. »
Tournant leur regard vers le Saniwa, le Tantou et l'Uchigatana le saluèrent discrètement avant retourner à leur contemplation du néant. S'asseyant à leurs côtés, le Sage fit de même, ouvrant la bouche pour annoncer à l'adresse de l'ancien sabre d'Oda Nobunaga.
« J'ai été tellement débordé aujourd'hui que je n'ai même pas pu prendre une minute pour m'occuper de toi, et puis il y a eu cette attaque des Rétrogrades et j'ai eu encore moins de temps à t'accorder. Quand j'ai appris ce qu'il t'était arrivé, j'étais vraiment inquiet, alors j'ai rapidement terminé tout ce que j'avais à faire pour pouvoir voir comment tu allais. »
Laissant ses pupilles dorées dériver vers Fudou, il sourit à nouveau tout en demandant :
« Tu veux bien me pardonner d'avoir mis autant de temps ? »
Buvant une gorgée de son sake, ce dernier souffla sans rien dire, perdu dans ses pensées. Se relevant soudainement, Heshikiri épousseta ses vêtements une seconde avant de commencer à avancer, indiquant avec un fin sourire :
« Je vais vous laisser. »
« Passe une bonne nuit, Hasebe. » lança le garçon en hochant la tête, comprenant les intentions cachées de son serviteur.
« Vous aussi, Aruji. »
« Alors, est-ce que ça va mieux ? » se renseigna-t-il après un moment, faisant face à son Tantou. « Entre te noyer dans l'alcool et te noyer tout court, je préfère encore largement l'alcool. »
« O-Oui… » balbutia celui-ci, mal à l'aise.
« La mission d'aujourd'hui a dû être particulièrement pénible pour toi, non ? » déclara le Saniwa en fermant les yeux et en s'appuyant sur ses mains.
« Je… Peut-être bien… » murmura Yukimitsu, le regard vide.
« J'avais espéré déclencher un déclic, mais étant donné que tu viens à peine d'arriver, je me demande si ce n'était pas un peu précipité de ma part. »
« Vous… vous avez fait exprès de m'assigner une mission où je pouvais rencontrer Nobunaga-sama ? » s'exclama le Toudan, écarquillant les yeux avec surprise.
« C'est exact. »
« Pourquoi ? »
« Hmm… J'ai tendance à croire que c'est seulement après avoir fait face à son passé que l'on peut avancer dans l'avenir. » expliqua le Sage, souriant gentiment tandis qu'il se redressait. « Tu n'es pas le seul dans cette citadelle qui est dû faire une rétrospective sur soi. Et tu peux me croire, pour certains, cela a dû être plus dur que ça ne l'a été pour toi. Mais jusqu'ici, je ne me suis jamais trompé en faisant ce choix. Est-ce que cette fois, j'aurais eu tort ? »
« Non… enfin, j'en suis pas encore sûr… » débita Fudou, incertain.
« N'hésite pas à venir m'en parler lorsque tu te seras décidé. Ton avis compte beaucoup pour moi ! »
« Ouai, je le ferais… Aruji… »
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Le cerisier se dressait de toute sa hauteur sur la colline, ses pétales roses pale virevoltant ici et là dans le vent, comme dansant auprès de ses Touken Danshi ; une gracieuse danse Kagura, se balançant et tournoyant de manière théâtrale.
Les jours de travail sans fin étaient enfin derrière lui, et il était heureux d'avoir maintenant le temps de se reposer, choisissant le bon moment comme le Hanami avait lieu.
Plissant les yeux, il s'approcha de ses épées installées sur le sol, ceux-ci regardant avec distraction Shishiou et Yamanbagiri dansaient aux côtés de Kogarasumaru.
« Je t'ai dit que je n'étais pas ton suivant ! »
Souriant, il s'assit à côté de Midare et d'Atsushi, ces derniers étant ravis de voir leur maître les rejoindre.
« Est-ce que votre paperasse est terminée maintenant ? » demanda Atsushi, concerné.
« Absolument. » répondit le Saniwa en offrant un sourire au Tantou.
« Génial ! » ajouta le second Toushirou en reportant son attention sur le spectacle.
Les trois danseurs terminèrent finalement leur spectacle, saluant le public avant de regagner leurs places.
« C'était très impressionnant, Yamanbagiri. Pour quelqu'un qui s'est toujours imaginé qu'il n'avait aucun talent parce qu'il était une simple réplique. » le taquina le Sage, faisant rire la foule qui les entourait avec amusement.
« Ah ! Ce n'est pas... ! » balbutia le Tachi, embarrassé. Puis, secouant la tête, complètement rouge, il ajouta : « Quoi qu'il en soit, Kogarasumaru est enfin apparu. »
« En effet. » acquiesça le garçon tout en tournant la tête vers sa nouvelle lame.
L'observant avec un regard curieux, l'ancienne épée cligna plusieurs fois des yeux avant de sourire doucement, disant :
« Ce père doit supposer que vous êtes le Saniwa. »
« C'est exact, mais… Père ? » interrogea le Sage, étonné.
« Chichi-sama a dit qu'il était notre père à tous ! » clama Midare, souriant comme si de rien n'était.
« Votre… ! »
S'esclaffant de rire, le Saniwa essuya les légères larmes qui s'étaient formées dans le coin de ses yeux et inclina la tête sur le côté, s'adressant à l'ancien Tachi :
« Kogarasumaru-san... Tu ne penses que tu en fais trop ? »
« Eh bien, tant qu'ils s'en contentent. » déclara l'épée, faisant un clin d'œil complice à son maître, tandis que tous les autres Touken Danshi les observaient avec curiosité.
Quelle épée taquine… pensa le garçon, acceptant silencieusement de jouer le jeu de son Toudan.
Puis, voyant son premier Uchigatana regardait distraitement le cerisier, il s'installa à ses côtés, ce dernier ne remarquant pas immédiatement sa présence.
« Il a fleuri comme il faut cette année aussi, Yasusada. Tu vas bien ? »
« Quelque chose me dit que tu n'as vraiment pas à t'inquiéter pour lui. »
« Aruji ? » exprima Kiyomitsu, surpris. « Comment le savez-vous ? »
« Eh bien... Quoi qu'il arrive... je suis son maître, non ? » lança le Saniwa, jetant un regard sur les fleurs de cerisier. « Alors, si quelque chose devait lui arriver, je le saurais sûrement, tu ne penses pas ? »
« Hmm… »
« Tout, comme je sais que quelque chose te tracasse… » ajouta le Sage avec un léger sourire triste, poussant Kiyomitsu à nier farouchement.
« Ce n'est pas vrai ! »
« Tu ne devrais pas laisser ce joli visage dire d'aussi mauvais mensonges, tu vas devenir laid. » indiqua le garçon, un sourire malicieux sur les lèvres.
« Ah ! » s'écria Kashuu avec horreur, posant les mains sur ses joues avant de froncer les sourcils avec colère, s'exclamant : « Aruji ! Vous êtes méchant ! »
« Tu vas devenir un si, si monstrueux démon... Aaah, mon précieux, magnifique Uchigatana… » répliqua le Saniwa, surjouant son jeu tout en gloussant.
« Ça suffit ! » s'exclama à nouveau Kiyomitsu, de plus en plus inquiet alors qu'il commençait à croire les paroles de son maître.
« Et bien… je suppose que je n'aurais plus qu'à choisir un autre favori. »
« Certainement pas ! »
Endnote:
(*): Fait référence à l'histoire de Tsurumaru, voir sa page "trivia" sur wikia pour plus d'informations. Je rappelle qu'il s'agit d'une page en anglais, donc pour les non-anglophones, Google Traduction est votre ami. Même connaissant les lacunes de ce service, je vous assure que ça reste facilement compréhensible. ;)
