Chapter Eight: Août - Hazuki (葉月): Donc, gardons cela secret, d'accord ?


En l'an 2205,

Afin d'anéantir l'Armée de l'Histoire Inversée, qui essaie de changer l'histoire,

Eux, qui sont nés d'épées,

S'engagedans un combat mortel aujourd'hui encore !

Ookurikara, du moment que l'on est ensemble, c'est suffisant.

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Un bâillement étouffé provenant du fond de la pièce atteignit ses oreilles et il partagea un sourire affectueux avec son serviteur tandis qu'ils se tournaient tous deux vers le son, observant avec amusement un kitsune à lunettes se redressait sur le futon, toujours légèrement endormi.

« Tu as passé une bonne nuit, Eisuke ? » le taquina le Sage, gloussant quelque peu alors que l'animal les rejoignait autour du chabudai.

« Je n'arrive pas à croire que je me suis à nouveau endormi. » s'exprima-t-il, sincèrement surpris, tout en remettant ses lunettes en place sur son museau.

« Tu as dû travailler jusqu'à tard hier, ce n'est pas étonnant. » relata Hasebe en tendant quelques papiers au Saniwa qui poursuivit :

« Je t'ai déjà dit de continuer à dormir le matin lorsque ce genre de chose arrive. Et pourtant, tu t'obstines à te lever à l'aube. »

« Et qui va faire mon travail pendant que je dors innocemment ?! » clama le petit renard, agacé.

« Yūsuke ne s'est-il pas proposé plus d'une fois ? »

« Je ne lui fais pas confiance pour le faire aussi parfaitement que je le fais. »

« Eh bien, si tu as des standards si élevés aussi… »

Laissant un petit rire lui échappé, Heshikiri se releva lentement et se dirigea vers le shōji après avoir échangé un signe de tête avec le Saniwa, la boule de poils prenant sa place autour de la petite table.

« Bien, veuillez m'excuser. » dit-il simplement en ouvrant les portes avant de sortir.

« Vous n'entendez pas comme des conversations bruyantes ? » signala soudain le kitsune après un moment de silence.

« Et te voilà déjà à faire des remarques… » répliqua le garçon aux cheveux cerisier avec un soupir.

« Je ne comprends pas comment vous pouvez continuer à faire comme si de rien n'était. »

« L'habitude… »

Un coup à peine audible résonna depuis l'extérieur de la pièce et il releva la tête juste à temps pour voir les portes s'ouvrir brusquement, la silhouette de son nouvel Uchigatana, Kikkou Sadamune apparaissant derrière celles-ci, ce dernier souriant avec plaisir à la vue de son maître.

« Goshujin-sama, comment avance votre travail ? » demanda nonchalamment la lame aux cheveux rose, sa phrase suivante n'étant interrompue que par le regard étonné de son serviteur qui s'exclama, pris de court.

« Hé, toi ! Qu'est-ce que tu crois faire sans permission ?! »

« Excusez-moi. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à m'ordonner de le faire. »

« Dépêche-toi de- »

« Comme je le disais, des gens bruyants… » déclara simplement l'animal, sans même prêter attention aux deux épées qui commençaient à se quereller.

« Oui... je vois ce que tu veux dire... » énonça le Saniwa, faisant de même.

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Le soleil se couchait lentement à l'ouest, ses derniers rayons recouvrant la plaine d'une douce lumière ambrée. La disparition de l'astre solaire apportait avec lui la fin de la journée elle-même, celle-ci se terminant avec pour seul objectif de recommencer le lendemain.

Ayant profité d'un goûter tardif sur l'engawa en compagnie de Mikazuki et Kogitsunemaru, il faisait à présent le chemin inverse en direction de sa chambre, les deux Sanjou marchant à ses côtés.

« C'était plutôt agréable. »

« Si je pouvais profiter de plus de journées comme celles-ci, je m'estimerais heureux. »

« Hahaha ! Le maître est si souvent occupé. Je comprends, je comprends. »

Tournant au détour d'un couloir, Munechika fut le premier à s'engager dans l'allée, posant avec confiance le pied sur les planches de bois. Sans s'en rendre compte, il dérapa d'un coup vers l'arrière, ayant juste le temps de s'exclamer d'une voix étonnée :

« Oya… »

« Mikazuki ?! »

« Mikazuki-dono !? »

Écarquillant les yeux sous le choc, le Sage et le second Tachi observèrent avec horreur comme le majestueux Tenka Goken s'écroula subitement au sol, dévalant rapidement sur son dos le long couloir, avant de s'écraser contre le mur du fond dans un grand bruit assourdissant.

Réagissant brusquement, le maître et son Toudan se penchèrent rapidement en avant dans le but d'apercevoir l'épée avachie sur l'engawa, complètement sonné.

« Mikazuki… -dono… ? »

« Mikazuki ? Est-ce que ça va ? » demanda-t-il en esquissant une grimace.

Ne recevant qu'un vague grognement de douleur, il se baissa avec précaution, passant la main sur les lattes de bois pour en examiner la structure. Il grimaça à nouveau en sentant l'épaisse couche de polissage sous ses doigts devenus gluant et se releva en soufflant, descendant de l'engawa, sans se soucier de ses pieds uniquement surmontés de chaussettes, pour contourner la "zone à risque" et se rapprocher de son Touken Danshi à moitié inconscient.

Rapidement imité par l'épée-renard, il aida le Tachi aux cheveux bleu à se remettre debout, et le confiant aux soins de son frère, se dirigea vers les cuisines pour trouver une personne qui lui donnerait une explication à cet incident.

Il fut toutefois arrêté dans sa quête de réponses quand celles-ci vinrent à lui sous la forme d'un Jiroutachi éméché se plaignant d'un même évènement à un Fudou tout aussi ivre.

Kikkou-san et Sengo-san ?

Un sourire crispé collé aux lèvres, il se fendit d'un rire jaune sous la colère qui l'envahissait et rebroussa chemin vers la grande salle.

Ces deux idiots !

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Hasebe referma le shōji avec un soupir fatigué, se plaignant mentalement du manque évident de bonne volonté dont faisaient preuve les Touken Danshi de cette citadelle.

Il sourit toutefois en se souvenant qu'il allait bientôt revoir son maître après une longue journée de mission loin de lui.

Faisant un pas en avant, il se stoppa d'un coup en voyant ce dernier arrivait au loin, et ouvrit la bouche avec une certaine pointe de fierté dans la voix.

« Ah ! Aruji, j'allais justement monter faire mon… rapport… ? » annonça-t-il de manière hésitante, le garçon passant devant lui sans même lui souhaiter un bon retour, comme s'il ne l'avait pas remarqué.

« Si tu veux bien m'excuser une seconde, Hasebe. » se contenta de dire celui-ci avant de se poster devant la porte, l'ouvrant d'un coup sec tout en s'écriant avec agacement :

« Dis donc, tous les deux ! »

« Aruji ! » s'exclamèrent avec étonnement les trois derniers Toudan restant dans la salle.

« Qui de vous deux s'est permis de faire du couloir une véritable patinoire ?! » continua de réprimander le Sage, ses doigts se crispant de manière compulsive contre le chambranle.

« Aaah… »

« C'est un peu dur à expliquer, voyez-vous… » tenta d'expliquer Sengo avant de se faire interrompre sans ménagement par le garçon.

« Peu importe la raison, vous allez me faire le plaisir d'aller nettoyer tout ça en vitesse ! »

« O-Oui… »

Soupirant avec force, le Saniwa ferma les yeux une seconde pour tenter de se calmer et les rouvrit sur le visage embêté de Kashuu, qu'il foudroya du regard tout en le sermonnant :

« Et puisque tu t'es laissé entrainer dans cette histoire, Kiyomitsu, tu vas gentiment te joindre à eux. »

« M-Mais ! » balbutia l'épée, prit de court.

« Je ne veux pas le savoir. C'est toi le responsable des nouveaux arrivants, non ? Estime-toi heureux de ne pas devoir tout nettoyer par toi-même ! »

« Heiiin ? Tellement pas juste ! »

« Et n'oubliez pas de remettre en place les réglages du sauna ! Vous avez une idée d'à quel point il y fait anormalement trop chaud ! »

« À vos ordres... »

Faisant un pas de côté pour laisser passer les trois fautifs, le Sage souffla une nouvelle fois, tiquant légèrement quand il entendit Kikkou s'exclamait avec joie à l'autre bout de l'allée :

« Aaaaah ! Se faire réprimander par Goshujin-sama ! Il n'y a rien de meilleur ! »

Il écarquilla subitement les yeux en se souvenant de son serviteur, ce dernier se tenant toujours debout derrière lui sous le choc, et se retourna d'un coup, un large sourire chaleureux ornant à présent ses lèvres.

« Tu disais ? »

« Ah ! N-Non… heu… mon rapport ? » bégaya l'Uchigatana, ne sachant pas comment réagir.

« Ah oui ! Et donc, comment ça s'est passé ? » questionna le garçon, toujours souriant.

C'est une personne totalement différente ! constata Hasebe avec consternation, un long frisson d'horreur lui traversant l'échine.

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Deux jours plus tard...

La pièce était plongée dans la pénombre, les lueurs de quelques bougies ne l'éclairant que faiblement. Installé sur une grande table de pierre, Ookanehira se tenait devant le Saniwa qui examinait l'évolution de la blessure qu'il avait reçu la veille lors d'une mission. Les bandages qui recouvraient sa poitrine et qui l'avaient démangé toute la nuit avaient été soigneusement retirés afin que le garçon aux cheveux cerisier puisse lui donner, il l'espérait, quelques derniers soins.

« Tu sais, c'était bien d'avoir protégé Shinano, mais tu devrais aussi davantage t'occuper de toi-même. Qu'est-ce que je ferais si quelque chose devait t'arriver ? » déclara soudain le Sage après avoir retiré une dernière compresse couverte de sang séché.

« Je ferai plus attention à l'avenir. » murmura le Tachi avec gène.

« Bien, si tu peux me promettre ça, c'est suffisant pour moi. » indiqua le Saniwa en haussant les épaules.

« Étiez-vous si inquiet que cela pour moi ? » demanda l'épée aux cheveux rouge, la tête penchée sur le côté.

« À ton avis ? » répliqua le garçon en arrêtant ce qu'il était en train de faire, les sourcils relevés de manière dubitative.

« Je suis désolé, je ne voulais pas être impoli. » débita Ookanehira, encore plus embarrassé.

« Non, la question est légitime. » lança calmement le Sage avec un soupir, retournant à ses soins. « Je suppose que je pourrais dire que le simple fait de vous envoyer en mission m'inquiète. Alors, quand l'un de vous revient blessé, ça n'aide pas… »

« Nous avons de la chance. »

« Comment cela ? »

« Nous sommes chanceux d'avoir un maître tel que vous… Nous ne pourrions pas demander mieux. »

Souriant à demie, le Saniwa pointa un doigt vers la poitrine de son Toudan, ses yeux dorés se plissant avec amusant tandis qu'il affirmait assez durement :

« Pas la peine de me flatter, je suis toujours en colère contre toi ! »

« P-Pour quelles raisons ?! » balbutia le Tachi, perplexe.

« Parce que tu n'as pas assez de considérations pour toi-même. J'ai déjà Yamanbagiri pour jouer ce rôle, s'il te plaît, essaie de te détendre un peu. » s'exclama le garçon, faisant la moue une seconde avant de clamer tout en rendant sa veste à sa lame. « Parfait ! Ta blessure semble avoir complètement guéri. »

« Suis-je libre de partir maintenant ? » questionna ce dernier en se relevant.

« Oui. Ne fais pas trop d'excès, d'accord ? »

« Très bien. » dit-il en se dirigeant vers les portes en bois ornées de l'armoirie du Saniwa, s'arrêtant brusquement devant celles-ci pour se retourner, annonçant une dernière fois : « J-Je ferais de mon mieux pour... me détendre un peu. »

« Je ne demande pas plus. » souffla le Sage, un doux sourire étirant les recoins de ses lèvres.

« Merci… pour votre intérêt… »

« Toujours. »

La matinée se termina sur ces mots, lui donnant assez de force pour affronter le reste de la journée.

S'appuyant contre la table de pierre, le Saniwa se passa la main dans les cheveux et tourna la tête vers la petite table à sa droite, observant les compresses de sang et les bandages qui reposaient dans un récipient.

Par tous les Dieux, il avait eu si peur… Était-ce un mauvais présage ? Devait-il s'inquiéter des temps à venir ? Le fait que les Kebiishi attaquent les Rétrogrades n'était pas si surprenant, mais malgré tout… Faisaient-ils plus que ce qu'ils étaient supposés faire… ? Non, plus que ce qu'ils se restreignaient à faire ?

Si c'était le cas, il devait en effet s'inquiéter. Les excursions et les expéditions seraient plus dangereuses à présent.

Les ténèbres ne sont qu'à un pas... (*)

Quel que soit l'avenir qui lui était réservé, il était préparé. Même si cela signifiait utiliser des techniques auxquelles ses Touken Danshi ne s'attendaient pas…


Endnote:

(*): 一寸先は闇 (Issun saki wa yami), l'équivalent français reviendrait à dire:

"Qui peut connaître le futur?". Autrement dit, "Attends-toi à l'inattendu".