Chapitre Neuf: Septembre - Nagatsuki (長月): Parfois, il est bien de…
En l'an 2205,
Afin d'anéantir l'Armée de l'Histoire Inversée, qui essaie de changer l'histoire,
Eux, qui sont nés d'épées,
S'engage dans un combat mortel aujourd'hui encore !
Sengo-san, ne te déshabille pas, s'il te plaît… Kikkou-san, essaie de ne pas trop t'excité, veux-tu…
Xxxxxxxxxx
« Et voilà ce qui s'est passé. »
Penchant la tête d'un côté, le Saniwa offrit un regard compatissant à ses deux épées, ne sachant pas vraiment quoi dire.
« Et j'ai entendu Jiroutachi dire qu'il se frappait pas mal contre les linteaux ces derniers temps ! » ajouta soudainement Imanotsurugi, tandis qu'Iwatooshi continuait à son tour :
« Fudou-dono a également parlé du fait d'avoir sali ses draps ainsi que son kimono de nuit, et qu'il a donc dû lui prêter les siens à la place. »
Gloussant légèrement, le Sage releva la manche de son hakama contre sa bouche, cachant un sourire malicieux, visiblement amusé par l'avalanche de malchances qui avait frappé son Toudan.
« Est-ce que le sort ne s'acharnerait pas un peu trop contre lui ces derniers temps ? » clama-t-il, incapable de cacher un léger rire dans sa voix.
Partageant le sourire invisible de leur maître, les frères Sanjou se retournèrent vers lui, Iwatooshi énonçant :
« En tout cas, cela semble beaucoup le peiner. »
« Eh bien, il n'y a pas grand-chose que l'on puisse y faire. C'est un Ootachi après tout. » annonça le garçon avec un soupir, impuissant.
« Quoique puisse dire Taroutachi-san, moi, pour ce que ça vaut, j'aimerais parfois en être un aussi ! » s'écria subitement le Tantou, surprenant à la fois la Naginata et le Sage.
« Imanotsurugi ? »
« Vous êtes si grands ! J'en suis jaloux. Je parie que parfois, vous pouvez même voir au-delà des montagnes ! »
« Hahaha ! Des collines peut-être, mais même les montagnes sont trop hautes pour nous ! » déclara la lame rouquine, ébouriffant la tête de son plus jeune frère.
« Hmm… ce n'est pas une mauvaise idée… » pensa à voix haute le Saniwa, le regard vague.
« Aruji ? À quoi pensez-vous ? »
« Si Imanotsurugi désire tellement être grand, ne serait-ce que pour un petit moment, il est possible de réaliser ce souhait. »
« Hein ? » hoquetèrent les deux épées, Imanotsurugi intervenant une seconde fois.
« Vraiment ?! »
« L'un de vous deux a-t-il déjà entendu parler d'échasses... ? » demanda le Sage, un sourire mystérieux sur les lèvres.
Et ainsi passèrent-ils le reste de leur après-midi, la conception d'échasses en bambou, à défaut de pouvoir en acheter de véritables, n'étant pas bien difficile, même si rester debout sur celles-ci se révélait être un défi pour ceux qui n'en avait jamais utilisé auparavant.
Les rires résonnaient à travers toute la cour tandis que ses Touken Danshi échangeaient avec excitation leur place sur les deux paires d'échasses.
« Je suis le suivant ! Laissez-moi essayer aussi ! »
« Sayo, viens essayer aussi. Allez. »
« E-Euh… »
« Voyons voir. Ce père aussi. »
« Tu es doué- »
Souriant avec douceur, le garçon se dégagea du mur contre lequel il s'était appuyé pour observer ses Toudan et se dirigea vers l'Ootachi, énonçant d'une voix faussement vexée :
« Oser dire de telles choses comme quoi personne ne peut te manier à cause de ta taille. Je crois pourtant me souvenir de quelques anciens maîtres qui étaient assez forts le faire. Qui plus est, je ne pense pas que tu prennes la poussière ici comme une vulgaire œuvre d'art, non ? Ne viens-tu pas de rentrer d'une excursion, à l'instant ? N'es-tu pas brandi par un maître, en ce moment ? »
« Aruji-dono... » exprima l'épée avec surprise, un peu gênée.
« Franchement… » soupira le Sage, un sourire étirant les recoins de ses lèvres alors qu'il faisait face à sa lame. « Je ne veux plus entendre parler de pensées stupides comme celles-là, d'accord ? »
« Vous avez raison... Toutes mes excuses. » répondit Taroutachi dans un souffle, souriant à son tour.
« Du moment que tu as compris… »
Xxxxxxxxxx
Crépuscule tardif tombant sur le cerisier aux dix-milles feuilles, des nuances d'orange et rose le peignant de manière éclatante tandis qu'une douce brise soufflait entre les branches, faisant danser ses pétales fragiles.
Comme la lune s'élevait déjà de manière parfaitement visible dans le ciel sombre, il se tenait au beau milieu de l'engawa qui faisait face à l'entrée et au torii.
Les Toudan avaient très vite disparu de la cour à l'appel du dîner et il était sur le point de les rejoindre lorsqu'il s'était arrêté pour admirer le spectacle époustouflant de l'astre solaire faisant ses adieux dans une explosion de couleurs tels les feux d'artifice en plein été.
Les temps à venir restaient incertains. Des changements s'imposeraient certainement bientôt et avec eux, de nouvelles façons d'opérer seraient à prévoir. De plus puissants ennemis voyaient le jour dans l'ombre, et il était maintenant temps de faire face à cette réalité et de s'y préparer. Si le camp adverse choisissait d'agir différemment, alors il appartenait aux Saniwa de trouver le meilleur moyen de les contrer.
Fermant les yeux en prenant une profonde inspiration, il resta immobile quelques minutes encore avant d'écarquiller subitement les yeux en entendant Kasen l'appeler depuis la salle à manger à l'autre bout de l'engawa.
Tournant la tête une dernière fois vers l'arbre sacré, il l'observa longuement puis se dirigea calmement vers l'Uchigatana.
Il avait foi ; en cette citadelle, en ses Touken Danshi... Quel que soit le prochain défi qui les attendait, ils seraient prêts.
Le vent souffla à nouveau entre les branches, telle une réponse aux pensées du Sage. Et tandis que le soleil se couchait lentement, rendant les armes face à la nuit, les étoiles se déployant une à une dans les cieux noirs, le cerisier se mit à briller d'une étrange aura couleur miel, et pendant une seconde seulement, le temps s'arrêta brusquement... avant de revenir à la normale sans que personne ne remarque quoi que ce soit.
Xxxxxxxxxx
Un autre carillonnement résonna dans la grande salle, le haïku accroché au fūrin placé au-dessus de la porte ouverte s'agitant doucement sous la brise légère.
Trop légère.
Agitant un éventail devant son visage d'une main pendant que l'autre était occupée à écrire son habituelle paperasse, le Saniwa retient un soupir de franchir ses lèvres et ferma les yeux pendant une minute.
Si cette chaleur ne s'atténuait pas bientôt, il allait faire un malaise. Même le ventilateur électrique qui se mouvait de droite à gauche au fond de la pièce ne suffisait pas à le rafraîchir. Reposant le pinceau dans son encrier, il se laissa tomber en arrière sur le tatami en soufflant, ses jambes s'étendant lentement sous le chabudai, une main venant se coller à son front tandis qu'il continuait à s'éventer de l'autre.
La simple pensée de travailler m'épuise, alors tant pis. Ce sera pour un autre jour.
« Qu'est-ce que vous croyiez faire exactement ? »
Tournant la tête vers l'entrée, il plissa ses yeux dorés à la vue de l'Uchigatana qui était là, haussant les épaules avec nonchalance alors qu'il répondait d'une voix paresseuse :
« Comme tu peux le voir, absolument rien. »
Faisant la moue un instant, le Toudan secoua la tête avec scepticisme et se dirigea directement vers le ventilateur, s'agenouillant face à lui tout en soupirant de soulagement.
« Aaaah… Tellement frais… » murmura-t-il, ses pupilles fermées.
« Hé ! Qu'en est-il de moi ?! » s'exclama le Sage avec contrariété, se redressant précipitamment pour offrir un regard noir à sa première épée.
« Oui, oui... Pourquoi ne retournez-vous pas travailler, hein ? » annonça Kiyomitsu comme distraction tout en balayant une main derrière son dos, toujours face au ventilateur.
« Même si je le voulais, tu te tiens devant la seule chose qui m'empêche de m'évanouir ! »
« Je n'étais pas ici il y a une minute et vous ne travailliez toujours pas… »
« C'est parce qu'il fait trop chaud pour ne serait-ce qu'y penser ! » s'écria le garçon aux cheveux cerisier, perplexe.
« Alors vous n'en avez pas besoin ! » énonça Kashuu comme une évidence.
« Ne pas travailler ne signifie pas avoir moins chaud ! » clama le Sage, abasourdi.
« Tss… Très bien ! » déclara l'Uchigatana avec ennui en se relevant, s'arrêtant devant la porte juste une seconde pour exprimer avec irritation avant de repartir : « Je m'en vais… Mais pendant que vous profiterez de votre journée, sachez que je vais être celui qui va mourir de chaud ! »
Éclatant de rire avec amusement, le Sage secoua de nouveau la tête et, souriant avec reconnaissance, retourna à ses papiers.
Que tu l'es fait exprès ou non, merci Kiyomitsu. Ma motivation est de retour.
Xxxxxxxxxx
Cette longue journée de septembre continuait de s'écouler, la chaleur ne faisant qu'augmentait à mesure les heures passaient. Même le vent semblait avoir abandonné toute résistance face aux rayons brûlants du soleil surpuissant, les oiseaux s'étant également envolés vers des contrées plus fraîches, laissant un calme plat régnait au sein du domaine.
Déplaçant un carton sur le côté, le garçon aux cheveux cerisier soupira avec force tout s'appuyant par-dessus, déjà épuisé bien qu'il n'ait commencé à ranger la pièce qu'il n'y a qu'une heure à peine, et agita son éventail d'un rapide mouvement de va-et-vient devant lui.
Vraiment… je déteste ces jours de fortes chaleurs…
Ouvrant la boîte pour voir s'il y avait quelque chose qui pourrait être utile ou non, il observa du coin de l'œil comme son Toudan continuait de parler, et ce, depuis le début de leur séance de rangement, presque semblant épargnée par la chaleur, malgré le fait que celle-ci touchait tant et tout le monde que Kikkou lui-même s'était légèrement découvert.
« Et donc, Sakamoto disait toujours… »
Le brusque silence qui emplit la pièce le surprit quelque peu et il se tourna d'un coup vers l'épée, l'appelant avec curiosité.
« Mutsunokami ? »
« Wouaaah! Aruji ! » s'exclama l'Uchigatana avec excitation, des étoiles pleins les yeux.
« Q-Quoi... ? » balbutia le Sage, quelque peu effrayé, tandis qu'il se dirigeait vers le carton que sa lame tenait face à lui.
« Qu'est-ce que c'est ?! » demanda avec impatience Yoshiyuki, incapable de cacher sa joie.
« Hein ? » se contenta de répondre le Saniwa, perplexe, jetant un coup d'œil à l'intérieur de ladite boîte. « De quoi est-ce que tu parl… »
« Oh... ça. » déclara-t-il finalement avec un soupir, plaçant ses mains sur ses hanches, sa lame essayant déjà l'un des mystérieux objets tel un enfant entouré de jouets qu'il ne pouvait s'empêcher de toucher. « Ce sont des pistolets à eau. Je pensais que les frères Awataguchi pourraient jouer avec pendant l'été. Ceci dit, je les avais complètement oubliés... »
Regardant, un sourire collé sur ses lèvres, Mutsunokami pressait la gâchette dans le vide, il ne put s'empêcher de questionner, amusé :
« Une idée en tête ? »
« Héhé... juste une petite pour rafraîchir un peu tout le monde. » énonça son Toudan avec malice.
Soufflant, il abandonna toute idée de forcer son épée à oublier tout de ces pistolets, et levant les yeux au ciel, retourna déballer ses cartons sans plus se soucier de lui.
« Qu'est-ce que tu attends ? Vas-y ! » clama-t-il en reprenant son éventail pour se rafraîchir.
« Merci, Aruji ! Je reviendrai plus tard pour vous aider, promis ! » annonça l'Uchigatana alors qu'il se précipitait vers la sortie.
Bien sûr… pensa le Sage en riant légèrement, secouant la tête avec désillusion.
Xxxxxxxxxx
Il ouvrit le shōji des bains d'un geste lent, n'y entrant que d'un pas avant de croiser les bras sur sa poitrine, à moitié amusé, alors que ses Toudan l'observaient avec curiosité.
« Zut ! Le rangement ! Aruji, désolé ! » s'exclama Mutsunokami avec regret, les mains jointes devant son visage baissé.
« Ne t'inquiète pas, j'ai géré les choses par moi-même. »
« On s'est pris au jeu et… » expliqua Yoshiyuki avec embarras.
« Oui, j'ai pu voir ça. » répondit le Sage, pointant son menton en direction d'Hasebe et des autres. « Alors, qui sont les gagnants ? »
« Officiellement, l'équipe rouge, avec Kashuu-san, mon frère, Nagasone-san et moi-même. » déclara Horikawa avec un large sourire victorieux.
« Mais officieusement, Kiyomitsu est le grand gagnant ! » poursuivi Izuminokami, donnant une forte tape dans le dos du dit Touken Danshi.
« Ouch… Héhé, j'aurais aimé que vous voyiez ça, Aruji ! » lança Kiyomitsu, les joues rouges, espérant secrètement être complimenté par son maître.
« Oh, vraiment ? » énonça le garçon aux cheveux cerisier, sincèrement impressionné. « Eh bien, avec une épée aussi expérimentée, on ne peut pas s'attendre à moins, non ? »
« Hé ! Pourquoi est-ce que ça ne sonne pas comme un compliment ?! » s'écria l'Uchigatana aux yeux grenat, offensé, poussant les autres à éclater de rire avec amusement.
« Désolé, j'ai encore beaucoup de travail. » répondit simplement le Saniwa, souriant malicieusement tout en sortant des bains.
« Hé ! Revenez ici ! Vous êtes vraiment méchant, Aruji ! »
Endnote:
Fūrin: ou carillon japonais. Ce carillon à vent est un objet traditionnel de décoration. Il est constitué le plus souvent d'une petite cloche accrochée au chambranle d'une fenêtre et qui tinte à la force du vent. On y accroche volontiers au battant un petit morceau de papier (tansatsu) sur lequel est écrit un haïku.
