Chapitre Onze: Novembre - Shimotsuki (霜月): Je compte sur vous.


En l'an 2205,

Afin d'anéantir l'Armée de l'Histoire Inversée, qui essaie de changer l'histoire,

Eux, qui sont nés d'épées,

S'engage dans un combat mortel aujourd'hui encore !

Vous aussi, Kogitsunemaru, Mikazuki... Passez une bonne nuit.

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Hiver glaçant, s'asseyant sur le trône des saisons, glorifiant son nom d'un vent cinglant refroidissant d'un coup la région. Et si seul le ciel se peignait pour l'instant de blanc, et si les feuilles s'accrochaient encore désespérément aux branches, bientôt son règne sombre et menaçant commencerait, ordonnant à la nature de mourir et aux êtres humains de souffrir. Bientôt, des neiges sans fin recouvriraient les plaines, transformant ce monde en un tableau monochrome terne.

Resserrant son haori contre lui tout en frissonnant, il referma le livre posé sur ses genoux et se laissa tomber contre le mur derrière lui en soupirant.

« Quel est le problème, Aruji ? »

Relevant la tête, le Saniwa l'inclina sur le côté et plissa les yeux tout en observant son Toudan, se demandant mentalement s'il devait lui dire ou non ce qui lui passait par la tête.

« Je suis un peu préoccupé. » énonça-t-il, ses doigts caressant distraitement la couverture du livre, ses yeux fixés sur l'extérieur visibles depuis la fenêtre ouverte de la pièce. « Dernièrement, les Rétrogrades ont tendance à agir de manière inhabituelle à des endroits inhabituels. »

« Qu'est-ce que cela implique exactement ? » s'enquit Hasebe, se tenant immobile face à son maître, inquiet.

« Eh bien, par exemple... récemment, ils sont pas mal apparus durant la période d'Edo, ce qui est assez étrange puisqu'ils ne l'ont pas fait, ou du moins, ils ne l'ont presque jamais fait auparavant. » expliqua le Sage en observant à nouveau son épée.

« Qu'est-ce que vous venez de dire ? » s'écria celle-ci, abasourdie.

« Bien que ce soit inquiétant, ce n'est pas si surprenant. À force de battre en retraite comme ils l'ont fait depuis tout ce temps, ils commencent à s'impatienter. Et de cette impatience naît des agissements qui ne leurs ressemble pas. »

« Je vois. Est-ce que nous en savons plus sur leurs prochains mouvements ? »

« Pas vraiment. D'après ce que je comprends, ils ont simplement décidé d'être un peu plus audacieux. Et je suis à peu près sûr que cela n'est pas près de se calmer. »

Hochant la tête, l'Uchigatana croisa les bras sur sa poitrine, réfléchissant un moment avant de lever son regard vers le garçon, interrogeant avec hésitation :

« Devrions-nous le dire aux autres ? »

« Pour le moment, nous ne pouvons être sûrs de rien. Je n'ai rien contre le fait de le dire aux plus anciens, mais il est inutile d'avertir tout le monde. Cela ne ferait que créer une vague de panique. » répondit calmement le garçon aux cheveux cerisier en rouvrant son livre, parcourant les lignes nonchalamment.

« Oui, je comprends... » déclara son serviteur, se dirigeant vers les shōji. « Veuillez m'excuser. »

Les portes se refermèrent dans un bruit étouffé et il laissa de nouveau retomber sa lecture , son visage marqué par l'inquiétude et l'ennui. Il pouvait faire bonne figure devant ses Touken Danshi, mais la vérité était tout autre. Il savait bien évidemment ce qui lui restait à faire, mais cela ne l'empêchait pas d'être soucieux. Quelle que ce soit la prochaine attaque qui allait survenir, il avait intérêt à faire les bons choix, car celle-ci se révélerait être bien différente que toutes celles auxquelles ils avaient face jusqu'à aujourd'hui.

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Novembre sombre, envahi par les températures glaciales de l'hiver prochain, une journée s'était presque écoulée, l'après-midi touchant à la moitié de son temps. L'engawa qu'il longeait en se dirigeant vers son bureau glissait presque sous l'intense humidité de l'air, le forçant à marcher avec lenteur et prudence.

À ses côtés, un certain Uchigatana aux ongles maculés de rouge se plaignait haut et fort, ne s'embarrassant ni d'être entendu par les autres membres de la citadelle, ni du fait qu'il pouvait ennuyer son maître. Mais loin de tout cela, celui-ci s'amusait au contraire des piques que lançait son épée à l'égard d'un de ses camarades, la voix haut perchée, ses joues rougissant un peu plus à chaque remarque, bien qu'il ne saurait dire si c'était à cause de son propre embarra ou du froid ambiant.

« Je ne peux pas croire qu'il soit aussi sans gêne ! Dire quelque chose comme vouloir se réchauffer dans la poitrine du maître ! Qui pense-t-il être ! »

Empêchant un rire de franchir ses lèvres, le Sage ne put toutefois empêcher un sourire malicieux de les orner, levant les yeux au ciel avec scepticisme.

« Et donc ? Qu'est-ce qui ne va pas avec ça ? »

« Qu'est-ce qui ne va pas avec ça ?! Vous n'êtes pas sérieux, pas vrai ?! Ça ne vous dérange pas qu'il dise des choses aussi effrontées !? » s'exclama Kiyomitsu, incrédule.

« Pas du tout ! Mais je me demande… pourquoi est-ce que tu es le seul à être si dérangé par cela… ? » énonça le Sage, taquin. « Se pourrait-il que… tu sois jaloux !? »

« Quoi ?! » lança Kashuu en s'étouffant presque, regardant ailleurs, le visage cette fois complètement rouge. « N'importe quoi ! Comme si je… j'avais besoin de… me faire câliner par vous… »

« Oh… vraiment ? Alors, on recherche tout le temps les compliments, mais on n'est pas intéressé par le fait de se faire câliner, c'est ce que tu dis ? » indiqua le garçon, ses yeux dorés fixés sur son Toudan, profondément amusé.

« Ce n'est pas… ! »

Pris au dépourvu, l'Uchigatana fit la moue avec agacement, non seulement embarrassé, mais aussi à court d'arguments.

Souriant doucement, le Saniwa passa la main sur les cheveux de son épée et déclara doucement :

« Est-ce que tu as oublié à qui tu parles ? Après tout ce temps, tu ne crois pas que je peux lire en toi comme dans un livre ouvert ? Tu ne peux pas me mentir, Kiyomitsu. »

« Hmm… » murmura ce dernier en mordant sa lèvre inférieure, absorbé par le sol sur lequel il marchait.

« À propos, j'ai travaillé sur quelque chose récemment, peut-être que ça va résoudre le problème de Shinano et te faire aussi plaisir... »

« Hein ? Quelle chose ? »

« Tu verras bien. »

Tombant subitement sur Hotarumaru et Kuniyuki à l'entrée du domaine, ils se joignirent à eux quand ils remarquèrent le retour du troisième membre de l'école Rai, et réjoui, s'approchèrent pour le saluer.

« Ah, Aruji ! Je suis de retour ! » exprima Aizen, remarquant également le maître et sa première épée.

« Bon retour ! » émirent ceux-ci d'une seule voix, les yeux plissés en un large sourire.

« Comment s'est passé l'entraînement ? » demanda Kiyomitsu, faisant un pas en avant tout en restant sur le pas de la porte pour éviter le froid.

« Héhé, je ne vais faire qu'une bouchée des Rétrogrades ! » débita Kunitoshi, les mains posées sur ses hanches tel un grand guerrier.

« Ah ? Ne sois pas si sûr de toi ou tu risques de le regretter. » le taquina à son tour l'Uchigatana, un sourcil relevé, sceptique.

« Plus tu te seras entraîné, et plus tu seras fort sur le champ de bataille. » clama le Sage en lançant un clin d'œil complice à son Tantou.

« Alors, je vais en surprendre plus d'un ! »

« Je suis impatient de voir ça. »

« Qu'est-ce que tu dirais de t'entraîner avec moi pour voir tes progrès ? » interrogea Hotarumaru avec son habituelle voix douce et calme.

« Euh ?! Attends, quoi ?! Pas question que je m'entraîne avec toi ! Tu es trop effrayant en combat ! » s'écria peureusement Aizen, faisant un pas en arrière, les mains levées devant lui.

Et tandis que les autres éclataient de rire à ce comportement, l'Ootachi continuant d'insister auprès de son partenaire pour le combattre, le garçon aux cheveux cerisier laissa son regard dérivé vers l'Uchigatana tout de rouge vêtu, heureux de voir que ce dernier n'était plus affecté par les progrès que ses camarades pouvaient faire comme il l'avait pu l'être auparavant.

Je suppose que je n'ai vraiment plus à m'inquiéter pour lui… pensa-t-il, soupirant mentalement avec soulagement, un sourire chaleureux étendant légèrement les recoins de sa bouche.

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Dans quelques minutes, le soleil se coucherait sur le ciel, de vagues nuances d'orange le peignant de manière vaste. Dans quelques minutes, la journée se terminerait, le crépuscule l'annonçant lentement tandis que la lune apparaîtrait derrière les nuages qui s'assombrissaient. Dans quelques minutes, il n'y aurait plus qu'un milliers d'étoiles brillant dans les cieux nocturnes, parcourant l'histoire et le temps.

Entrant dans la grande salle, il ne put empêcher un sourire de fleurir sur sa bouche alors qu'il observait ses Touken Danshi se réjouir devant les vêtements qu'il leur avait fabriqués pour cet hiver.

« Alors c'était de ça dont vous parliez ! » s'exclama Kiyomitsu en souriant, sa main serrant ce qui devait être la moufle de Yasusada.

Hochant la tête, le garçon aux cheveux cerisier s'avança dans la pièce et déclara, la tête penchée sur le côté, espiègle :

« Moins jaloux maintenant, je suppose ? »

« Arrêtez avec ça ! » lança avec colère Kashuu, les joues rouges, embarrassé.

« Oya ? Quel est le problème ? » demanda soudainement Mikazuki, amusé.

« Rien ! Absolument rien ! » s'empressa de répondre l'Uchigatana au hakama rouge, d'autant plus gêné.

Laissant un rire scintillant s'échapper de ses lèvres alors que les autres épées dans la pièce se demandaient ce qui se passait, le Sage se tourna finalement vers le Toushirou à l'écharpe, ce dernier, bien enveloppé dans sa nouvelle couverture de laine, souriant avec bonheur à la chaleur que l'objet lui fournissait.

« Est-ce que ça te convient, Shinano ? »

« Oui, c'est parfait ! Merci Aruji. » indiqua le Tantou, sautillant sur place.

« Bien. » acquiesça le Saniwa tout en observant ses autres Toudan qui le remercièrent également d'un regard.

Puis, prenant entre ses mains l'autre mitaine de Yamatonokami laissée dans le carton, il murmura avec nostalgie :

« Ce serait bien s'il revenait juste à temps pour les utiliser... »

« Oui… » relata Kiyomitsu, regardant également la mitaine qu'il tenait.

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Après avoir laissé ses épées une fois les essayages et les réjouissances terminées, il s'était de nouveau dirigé vers son bureau, juste à temps pour être alerté par une nouvelle attaque de l'Armée Révisionniste.

S'asseyant à son bureau, il ouvrit la carte holographique sur le mur devant lui, Konnosuke bondissant sur l'un des canapés pour l'étudier également.

« Comme nous le pensions, ils ciblent la période Edo. » clama le petit renard, offrant un rapide regard à son maître avant de se re-concentrer à nouveau sur la carte pour en lire les détails.

« 15 août 1747. Ils ont probablement l'intention de s'immiscer dans l'incident lié à Date Munemura et Hosokawa Munetaka. » déclara le garçon aux cheveux cerisier en fronçant légèrement les sourcils.

« Donc, lors de l'assassinat d'Hosokawa Munetaka ? »

« Exactement. Comme je le vois, ils veulent certainement accélérer la chute du clan Hosokawa. »

« Cela ne va pas être facile de les arrêter. Leur force sera puissante aussi. »

« Il est temps de recourir à des méthodes différentes alors. » répondit simplement le Saniwa, posant sa tête contre ses mains croisées, pensif.

« Ce qui signifie ? » demanda le kitsune, curieux.

« Eh bien, s'ils cherchent vraiment à empêcher Date Munemura de sauver le clan Hosokawa, en envoyant une équipe la veille de l'incident, le 14 août, nous pourrons peut-être les prendre au dépourvu. »

« Hum… l'objectif principal serait donc de protéger Date Munemura de tout assaut, probablement en les combattant avant même qu'ils ne puissent l'atteindre ? » énonça l'animal à la fourrure rousse, analysant la situation.

« C'est ça. » acquiesça le Sage en prenant une feuille de papier. « Et les membres de l'équipe qui partira en excursion semblent plutôt évidents. »

« Des épées liées aux clans Date et Hosokawa ? » questionna avec rhétorique Konnosuke, connaissant déjà la réponse.

« Est-ce que tu vas finir par aller avertir Hasebe pendant que j'écris ceci ou... ? » intervint le garçon en portant son regard vers le kitsune immobile qui se tenait toujours devant lui, le surprenant un peu alors qu'il bondissait à nouveau au sol, prenant congé.

« Oh, c'est vrai ! J'y vais de suite ! »

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Feuille d'érable couleur rouille, emportée par le vent sifflant de ce soir, tournoya quelques instants dans les airs avant d'atterrir inopinément sur l'engawa sur laquelle il se tenait, silencieux.

Après des mois d'attente et de questionnement perpétuel, les Révisionnistes dévoilaient enfin au grand jour leur jeu. Dans cette lutte continuelle qui les opposer au Saniwa, et malgré leurs nombreux avantages, ils avaient plus d'une fois faillit dans leur tâche, échoués dans leur plan. À présent, tout avait changé. Ils faisaient preuve de plus de détermination, de moins de scrupules, et n'hésitaient pas à utiliser tous les moyens à leur disposition pour atteindre leur objectif. Gardant cela à l'esprit, il avait misé sur la stratégie et la puissance plutôt que sur le nombre, comme la plupart de ses semblables d'ailleurs. Mais le temps, aussi ironique que cela puisse être, jouer contre eux. Tandis que l'ennemi arrivait petit à petit à ses fins, les Saniwa perdaient du terrain… La mission d'aujourd'hui se révélerait décisive. Il n'avait plus le droit à l'échec, non, plus maintenant…

Adossé au mur faisant face à l'horloge temporelle, le petit renard à ses côtés au sol, il observait ses Toudan se rassemblaient un à un autour de la machine, impatient de vaincre les Rétrogrades qui attaquaient leur si précieuse histoire.

« Munemura sera certainement dans la résidence principale du clan Date, dans le domaine de Sendai à cette période. Et d'après ce que je sais, il n'est pas censé la quitter avant l'assassinat de Munetaka le lendemain. » précisa le Saniwa, les bras croisés sur sa poitrine, les sourcils froncés.

« Je m'en occupe. » lança Konnosuke en se dirigeant vers Hasebe qui donnait les dernières instructions.

Observant le ciel passait d'orange à noir, d'immenses nuages gris se rassemblant lentement tel le présage d'une tempête à venir, ses épées quittant la citadelle dans une lumière dorée éblouissante, le Sage pinça ses lèvres avec inquiétude.

Quelque chose ne va pas. Quelque chose ne va vraiment pas… !

Il ne savait pas encore à quel point ce pressentiment allait être juste…