Je veux rester ta femme...
Parce qu'elles étaient encore mariées, officiellement mariées aux yeux de Dieu. Et personne à Storybrooke ne savait encore qu'elle n'avait pas signé les papiers. Ils la croyaient tous revenue à la raison. Mais elle venait de la perdre quelques minutes plus tôt... Trop de choses circulaient en elle, trop de questions, de doutes et la pression grimpait. Son autre rassasié avait disparu pour lui laisser toute la place, tout le loisir d'endurer ses égarements indécents. Regina était la Méchante Reine, elle était la Sauveuse, destinée à se battre contre elle, pas à terminer sur un canapé entre ses cuisses. Et elles étaient encore mariées l'une à l'autre, étaient supposées s'aimer pour le meilleur et pour le pire et pas s'entretuer pour le bien de tous.
— Qu'est-ce que je suis censée faire ? demanda-t-elle, perdue dans ses réflexions, le regard dans le vide.
Pendant trois mois, elle n'avait pas été tout à fait ellemême, sous le joug d'un sort, du pouvoir ensorceleur de la Reine. À présent, elle était entière et partagée à la fois, tiraillée entre deux êtres enfermés dans un même corps. Elle tourna enfin les yeux vers Regina et sentit encore ce lien profond s'éveiller, réagir à la seconde où ils se posèrent sur son visage.
— Et même si je ressens quelque chose, si c'était déjà là avant, si ça l'était encore pendant ces trois mois, je suis plus cette femme que t'as épousée... Je suis moi. Et je l'étais pas entièrement quand tout ça s'est passé... Ces souvenirs que j'ai dans la tête, ils appartiennent à quelqu'un d'autre. Cette femme qui vivait avec toi avait le contrôle...
Elle détourna les yeux une fois de plus, sous pression, victime de sa lucidité, de l'éclaircie qui réapparaissait dans sa tête, du froid qui l'envahissait à nouveau au fond d'elle.
— Moi, je l'ai pas quand je suis avec toi, ajouta-t-elle.
Elle secoua la tête et se leva, tendue. Elle ramassa son débardeur tandis que revenaient les rappels de cette dernière étreinte. Le processus s'enclenchait, moins violent que trois mois plus tôt, mais bien présent.
— Tu me rends...
Elle tourna son vêtement dans tous les sens pour trouver le bon et s'agaça.
— Putain... Je sais même pas comment tu me rends...
La Reine l'avait regardée, écoutée, observée. Pour la première fois depuis que Blanche-Neige avait levé le sort, elle retrouvait la Sauveuse sans artifice ni magie. Son petit air accusateur demeurait, bien sûr, mais il lui semblait que cette nouvelle étreinte voulue, où Emma avait cédé à ses charmes tentateurs, avait eu son petit effet. Pourrait-elle seulement apprivoiser la Sauveuse sans magie, se demandait la Reine. Alors elle se leva, nue, élégante même dans sa démarche féline et approcha de son amante qui s'évertuait à se rhabiller.
— Énervée, conclut la Reine. Et terriblement en colère.
Elle pencha un peu la tête pour retrouver le contact visuel.
— Miss Swan ? l'interpella-t-elle dans sa volonté de la calmer et de la raisonner. Nous avons fait l'amour, personne n'a été tué et personne n'a besoin de savoir ce qu'il se passe sous mon toit désormais.
Emma fronça les sourcils et se brûla les yeux lorsqu'ils se posèrent sur la Reine toujours aussi nue. Elle fut obligée de les détourner parce que ses idées s'embrouillaient à nouveau.
— Arrête de m'appeler Miss Swan, répondit-elle en enfilant son débardeur dans des gestes brusques.
Mais elle ne pouvait nier le calme dont Regina faisait preuve, son manque d'accusation ou de provocation dans ses mots. Elle n'avait aucune raison de se montrer agressive avec elle. Elle était pourtant fautive, responsable de toutes ces choses au creux de son ventre, de son état à la limite de la schizophrénie. Regina provoquait cet embrasement infernal, impossible à contenir, cette folie terrifiante qui la poussait à dépasser toutes ses limites. Elle lâcha un profond soupir en ramenant ses cheveux vers l'arrière et prit le risque de reporter ses yeux sur elle.
— Me teste plus, Regina, ajouta-t-elle. N'essaie plus de me provoquer avec tes mises en scène. Et je plaisante pas...
Ce qu'elle avait senti devant cet homme était inavouable et terrifiant. Sa réaction avec lui, la violence de ses ressentiments l'avaient emportée audelà des limites. Et elle craignait maintenant ce qu'elle avait perçu au fond d'elle. À nouveau, elle détourna le regard.
— N'amène plus d'hommes chez toi...
Regina fit apparaître un peignoir qu'elle enfila en voyant Emma se diriger vers le bar et se servir un scotch. Elle marcha dans ses pas, consciente de l'évidence de sa jalousie à travers ses mots.
— Alors, reviens vivre avec moi et notre fils. Ou reviens à Storybrooke… Je ne supporte pas de te savoir si loin.
Elle la vit boire quelques gorgées et lui prit son verre des mains.
— Je te veux près de moi, je veux qu'on continue de se voir, qu'on se donne une seconde chance, sans magie, sans tes parents qui me jugent sans savoir ce que nous avons vécu ensemble.
Emma reposa ses yeux sur elle. Regina l'attirait encore et toujours. Quel genre de pouvoir avait-elle pour semer en elle ce trouble persistant ? Elle lui reprit le verre dans la main et le termina. L'alcool l'aiderait à réfléchir avec plus de calme, tairait sûrement cette atroce envie de recommencer ses bêtises avec la Reine. Pour une fois depuis des semaines, celle-ci se montrait attentive et conciliante. Ses demandes ne faisaient que la pousser vers elle un peu plus... Elle reposa le verre sur le comptoir.
— Mes parents habitent ici, répondit-elle. Si je reviens ici, ils finiront par comprendre qu'on se revoit...
Elle remplit son verre et posa les yeux sur Regina. Des rancœurs demeuraient, elle le sentait autant qu'elle sentait son attirance irrésistible pour elle.
— Qu'est-ce que je vais leur dire ? Ils me voient tous comme...
Elle s'interrompit au milieu de sa phrase parce que la suite lui était venue dans sa tête avant qu'elle ne la prononce. Ils la voyaient comme la Sauveuse qu'elle ne se sentait plus incarner, pas après tout ça, pas après tant d'écarts... Elle but d'autres gorgées de scotch et avala difficilement tandis que la Reine continuait de la regarder.
— Alors je viendrai, lança Regina… Je ferai le trajet pour venir te voir à Boston et Henry sera ravi. Qu'en penses-tu ?
Emma fronça les sourcils sur cette annonce inattendue. Elle dut prendre le temps d'y penser, de voir que la Reine ne plaisantait pas. Une fois de plus ce soir, elle l'étonnait à travers ses réactions, son envie flagrante de se rapprocher d'elle. Et ce constat ne fit qu'aggraver cet attachement contre lequel elle avait lutté tant de temps. Une petite voix au fond d'elle, sûrement celle de l'autre, lui soufflait de laisser aller, d'abdiquer à nouveau. L'idée de voir Henry heureux rendait ses pensées plus acceptables, moins répréhensibles. Il était sûrement le seul élément positif dans toute cette histoire.
— Tu serais prête à quitter ta ville, ton trône pour venir me voir à Boston ? demanda-t-elle pour être certaine.
Regina dut prendre une pause sur cette question qui, effectivement, en soulevait beaucoup d'autres. Elle prit le verre d'Emma et se servit à son tour avant de marcher vers le canapé où trainaient encore sa jupe, son chemisier et ses sous-vêtements.
— Nous pourrions déjà voir comment nous parvenons à nous réconcilier.
Elle s'assit, croisa les jambes en ramenant le pan de son peignoir sur sa cuisse, son regard sur Emma.
— Mais je ne resterai pas trois mois de plus sans nouvelles et sans te voir.
La pensée qui venait de traverser l'esprit déjà bien assez tourmenté d'Emma ne fit qu'accentuer son trouble. Parce qu'elle non plus ne saurait rester sans voir la Reine autant de temps. Après ce qu'il venait de se passer sur ce canapé, comment parviendrait-elle à oublier ? À la laisser derrière elle ? Elle n'y était même pas arrivée avant ça. Seule avec elle au milieu de son salon encore marqué par leur étreinte folle, elle sentait cette attirance se dissimuler derrière chacune de ses réflexions, chacun de ses regards un peu trop égarés sur elle et ses longues jambes. Regina la rendait déraisonnable et lui faisait perdre la tête. Pouvait-elle réellement laisser aller ? Accepter ces compromis proposés par la Reine ? Elle avait peur et le savait. Peur de ce qu'elle devenait à ses côtés. Peur de ses sentiments, ses réactions exacerbées, ses émotions intenses et violentes quand elle était près d'elle. Ce qu'il s'était passé ce soir lui avait démontré la réalité des choses qui l'habitaient en présence de la Reine. La profondeur de ce désir fou, à ce point viscéral qu'il en devenait presque malsain. Les gens mariés s'aimaient-ils de cette façon ? Non... L'amour n'évoquait pas de fièvre, de perte de contrôle, d'envies indécentes et enflammées, de délirantes étreintes débridées sur un canapé... Et quel amour pouvait-il y avoir entre elle et Regina ? Ce seul mot dans sa tête associé à la Reine l'affolait.
— Bien, fit-elle, plongée dans ses réflexions incessantes.
Elle ramassa sa veste sur le sol, puis son arme qui était tombée elle aussi, encore dans son étui. Elle réalisait alors à quel point elle avait perdu toute notion des réalités. Emportée par sa colère, elle avait omis de laisser son pistolet dans la voiture ou chez elle. Elle la fixa à sa ceinture, déboussolée par cette discussion et les suggestions de Regina.
— Alors... On verra quand tu pourras venir.
Regina ne l'avait pas quittée des yeux, songeant qu'elle n'aurait eu aucun scrupule à lui ôter de nouveau ses vêtements encombrants pour obtenir une autre étreinte. Car Emma savait la rendre dépendante de ses attentions et sa réponse en fut proportionnelle :
— Je viendrai dès demain, après avoir déposé Henry à l'école.
Peu importaient à la Reine les deux heures de route aller, puis retour, soit quatre heures de temps où elle quitterait la ville et ses responsabilités. Car elle ne tiendrait pas une semaine entière.
— A moins bien sûr que tu sois occupée, demanda-telle, et dans ce cas, tu trouveras bien une heure de ton temps à accorder à celle qui, en tant qu'épouse légitime, porte encore ton nom.
Regina savait lui parler, employer des mots assez forts pour attirer son attention, songea Emma. Cette dernière phrase lui rappelait clairement ce mariage qui les liait encore. Et en effet, la Reine portait son nom puisqu'elle était encore sa femme légitime. Mais la seule idée de la revoir le lendemain à Boston éveillait cette pression au creux de son ventre. Une sensation mêlée d'excitation et d'appréhension. Rester dans la même pièce que Regina devenait un véritable défi, comme en ce moment dans son salon où elle luttait pour ne pas succomber, ne pas chavirer encore.
— T'auras qu'à m'appeler quand tu seras arrivée à Boston, abdiqua-t-elle une fois de plus. De toute façon, tu sais déjà où j'habite...
Regina la vit poser son verre et se diriger vers la porte, mais se leva pour la rattraper d'un pas rapide.
— Miss Swan ?
Quand Emma se retourna pour lui indiquer une énième fois de ne plus l'appeler ainsi, elle tomba nez à nez avec Regina qui s'était rapprochée. Celle-ci passa ses bras autour de son cou en venant lover son corps contre le sien.
— Puis-je au moins avoir un dernier baiser avant ton départ ?
Emma sentit un vent chaud souffler sur elle. La proximité avec Regina avait un effet explosif sur ses sens. Son corps contre le sien devenait une provocation de plus. Son réflexe premier avait été de se raidir parce que jamais elle n'avait été ainsi avec la Reine de son plein gré. Ses souvenirs de leur mariage étaient peuplés de ce genre de moments tendres et affectueux, mais elle n'était plus sous l'emprise du sort. Alors, elle hésita, mais les parfums de Regina eurent raison de ses retenues. Encore. Ses lèvres se posèrent sur les siennes et un long frisson courut le long de son dos. Malgré l'étreinte folle quelques minutes plus tôt et tous ses écarts qu'elle avait commis en une seule fois, les mêmes sensations revenaient... Que diable avait-elle avec Regina ? Étaitelle à ce point obsédée pour être ainsi harcelée par tant de réactions incontrôlables ? Sa main glissa sur sa joue, le baiser se prolongea, mais elle se força à s'arracher de ses lèvres avant de s'abandonner une nouvelle fois. Elle avait largement cédé ce soir et rentrer chez elle était la seule solution pour ne plus succomber.
— J'y vais, fit-elle, échaudée.
Son regard brillant se détourna du sien et elle franchit le seuil de cette maison sans se retourner. Ne surtout pas reculer, céder à la tentation de reposer une dernière fois ses yeux sur Regina. Elle devait reprendre la route, repartir à Boston et laisser cette soirée de folie démesurée derrière elle.
Regina la regarda monter dans sa nouvelle voiture et démarrer puis elle referma la porte en lâchant un léger soupir de satisfaction. Son plan avait marché à merveille, songeait-elle. Elle savait désormais que la Sauveuse avait de réels sentiments pour elle, sans quoi, elle n'aurait eu pareille réaction face à ce « faux » amant dont Henry s'était empressé de lui parler. Maintenant qu'Emma Swan était plus réceptive à ses charmes, elle pourrait réfléchir à son deuxième objectif : tomber enceinte.
