Le réveil sonna et de sa main, Emma le fit tomber pour le faire taire une bonne fois pour toutes. Cette nuit avait été bousculée, comme les autres. Les verres de whisky ingurgités de retour chez elle, après la route depuis Storybrooke, tapaient maintenant dans sa tête embrumée. Une fois de plus, Regina s'imposait dans ses premières pensées comme elle l'avait fait dans ses rêves. Les yeux à peine ouverts, rivés sur son plafond, Emma ramena son oreiller sur son visage. Qu'avait-elle fait ? Comment avait-elle pu agir de la sorte ? Se laisser aller à pareille débauche, se laisser envahir par ce feu qui devait à tout prix rester éteint. Mais des images de son étreinte avec la Reine revenaient, défilaient les unes après les autres. Elles éveillaient une angoisse dérangeante, chevillée au creux de son ventre. L'oreiller termina sur le sol, jeté par dépit et Emma se leva. Elle vérifia son portable, fut étrangement soulagée de n'y voir aucun message de Regina. Peut-être celle-ci avait oublié son plan pour cette journée ? Parce qu'Emma se souvenait de son idée de lui rendre une petite visite. Elle glissa une main dans ses cheveux, chassa ses réflexions déjà tourmentées de sa tête. Aujourd'hui était aussi et avant tout, une journée de travail.

Douchée, habillée, elle quitta son appartement pour rejoindre son bureau. Chaque minute, elle se chargeait de repousser les assauts de ses souvenirs ancrés en elle. Pires que ceux des trois mois de son mariage, les derniers impliquaient un moment bien réel, qu'elle avait pleinement vécu, sans sort ni magie. Elle s'arrêta sur le bord de l'avenue, quitta sa voiture pour se hâter vers le petit café à l'angle. Ce détour était devenu une tradition, une habitude nécessaire si elle voulait passer une bonne journée. Et aujourd'hui, plus qu'un autre jour, elle avait besoin de ce café crème, vanille-caramel. Elle prit son portefeuille, l'ouvrit et s'arrêta un instant sur la photo de famille à l'intérieur. Pourquoi diable ne l'avait-elle pas jetée depuis le temps ? Regina et elle, enlacées avec leur fils Henry... Cette image ramenait d'autres souvenirs qu'elle cherchait désespérément à refouler.

— Salut, Emma, entendit-elle.

Elle releva les yeux sur la jeune femme de l'autre côté du comptoir. En tant qu'habituée assidue de ce café, la serveuse, Taylor, une étudiante en droit à Harvard avait appris à la connaître entre deux cafés. Elle lui sourit et s'approcha.

— Un grand smoother, comme d'habitude ? lui demanda-t-elle, toujours aussi aimable.

— Ouais, merci, répondit Emma, encore troublée par la photo dans son portefeuille.

Elle attendit un instant, balaya les lieux d'un regard. Le café n'était pas immense. Une pièce entourée de grandes vitres donnait sur l'avenue bondée en cette heure matinale. Il accueillait des étudiants avec leur ordinateur portable, des touristes et des gens pressés, comme elle. Elle prit le temps de répondre à un message de Liam et entendit la voix de Taylor.

— C'est votre amie ?

Emma reposa ses yeux sur elle, l'air interrogateur, et la serveuse lui indiqua la photo d'un rapide coup d'œil. Alors, son expression changea et révéla autant de confusion que d'incertitudes. De quel genre d'amie parlait Taylor ?

— Ouais, c'est ça, fit-elle, évasive. Avec mon fils...

Elle reprit le portefeuille d'un geste rapide et en sortit quelques billets. Taylor lui tendit le gobelet avec une petite poche.

— Il est mignon, commenta-t-elle. Quel âge il a ?

— Treize ans, répondit Emma en rangeant son portefeuille.

— J'ai rajouté un de ces muffins aux abricots que vous aimez... Cadeau de la maison.

Emma fut étonnée, mais ravie. C'était une des raisons pour lesquelles elle aimait ce café. Le service et l'attitude de Taylor qui, en plus d'être avenante, était mignonne.

— Merci, c'est sympa. À demain...

Elle prit sa commande et quitta le café à la hâte pour rejoindre sa voiture avant de recevoir une amende pour stationnement interdit. Maintenant seule dans le véhicule, son esprit repartait sur Regina et leur soirée de la veille. Après un soupir, elle alluma la radio et augmenta le volume dans l'espoir de concentrer ses idées sur autre chose que la Reine et son corps diabolique, seulement, son téléphone sonna et afficha le numéro de « R », autrement dit, Regina. Un vent d'affolement souffla sur elle et elle hésita. Parler à Regina serait rendre ses derniers souvenirs plus réels. Mais la sonnerie continua et elle n'eut d'autre choix que de décrocher :

— Oui ?

# Miss Swan… Je serai chez toi dans dix minutes.

Emma soupira en silence. Pourquoi diable Regina s'évertuait-elle à l'appeler ainsi ?!

— Je suis censée être au bureau dans dix minutes, râla-t-elle. Et arrête de m'appeler comme ça, je te l'ai déjà dit hier.

# T'ai-je un peu manqué ?

Emma se crispa sur cette question trop directe. Bien sûr, Regina se chargeait de lui rappeler avec finesse ses écarts de la veille, son emportement soudain et son arrivée impromptue. Elle se savait fautive parce qu'elle s'était elle-même dévoilée aux yeux de la Reine en réagissant ainsi après l'annonce de ce mariage fictif.

— Je ne répondrai pas à ça.

Elle l'entendit rire à l'autre bout.

# Et bien sache que j'ai pensé à toi, hier soir dans notre lit conjugal.

Pourquoi cette seule information faisait-elle naître tant d'idées indécentes dans sa tête, se demanda Emma, agacée. Regina recommençait avec ses tentations diverses. Quand la Reine ne pouvait user de ses charmes physiques sur elle, elle abusait de sa répartie, de ses remarques bien placées.

— Le concierge de la résidence a des doubles de clefs, fit-elle sans répondre à la dernière phrase de Regina. T'auras qu'à les lui demander… Je vais le prévenir.

# Parfait, je t'attendrai…

Regina raccrocha et tourna à une intersection indiquée par son GPS. Bien sûr, elle avait l'adresse de son amante et épouse puisqu'Emma n'avait eu d'autres choix que de la stipuler sur sa demande de divorce. Le fait était qu'elle avait signé contrairement à la blonde, la mettant finalement face à une décision des plus importantes face à ses propres sentiments.

Après quelques minutes, elle se gara devant la résidence et rencontra effectivement le concierge de l'immeuble qui lui donna les clefs. Quand elle entra dans l'appartement d'Emma, elle sut clairement qu'elle n'était pas chez elle et reconnut sans mal la « marque » de son épouse. Une pile de linge était entassée sur un panier plein au coin de la maison. Sur la table basse, trônaient quelques bouteilles de bière vides, des revues et l'emballage d'un paquet de chips. Elle fit quelques pas vers la baie vitrée pour ouvrir, aérer un peu. Elle connaissait sa femme, la savait négligente sur certains points pour avoir tout de même vécu avec elle pendant trois mois. Emma pouvait passer du temps à s'occuper d'elle, de son corps, de son allure, mais pas de son intérieur. Alors, de nature ordonnée, la Reine commença à nettoyer. Elle jeta les bouteilles vides, remplit le lave-vaisselle, rangea les documents et autres enveloppes ouvertes sur le bar et y passa un coup d'éponge. Puis entendit la blonde rentrer. Dès que son regard se posa sur elle, Regina ne regretta pas de s'être levée de si bonne heure pour venir voir la Sauveuse à Boston. Ici, dans son antre, personne ne viendrait les déranger et personne à Storybrooke n'irait répéter à BlancheNeige qu'elle était revenue. Alors elle marcha vers elle d'un pas lent, consciente que sa tenue, consistant en une jupe très chic et un chemisier au décolleté plongeant, suffirait à charmer Emma. Car la magie n'altérait pas les goûts d'une personne et Regina connaissait donc les points faibles de son épouse.

— Je vois que tu as pu te libérer.

Emma s'était tendue dès l'instant où son regard avait croisé celui de la Reine. À chaque fois qu'il se posait sur elle, la même sensation l'envahissait. Une bouffée de chaleur montait de son ventre jusqu'au sommet de sa tête, brûlait ses joues et réveillait ce lien inaltérable avec Regina. Elle détourna les yeux, bien trop attirée par sa tenue toujours aussi élégante, machiavélique parce que sous ses allures de grande dame au charme envoûtant, Regina restait la Méchante Reine. Elle jeta ses clefs de voiture sur le comptoir, constata avec un peu de retard qu'en plus, Sa Majesté avait fait le ménage.

— Et je vois que t'as pas attendu pour toucher à tout, renvoya-t-elle en glissant ses doigts sur le comptoir presque lustré. T'es au courant que c'est chez moi ici ?

Regina n'était nullement dérangée par le ton condescendant et moralisateur de la blonde. Elle approcha, glissa ses doigts sur le meuble tout en la regardant.

— Tu es au courant que je suis toujours ta femme, ce qui me donne légalement le droit de faire ce qu'il me plaît de toi ou de ton appartement.

Emma croisa les bras et eut un air contrarié sur cette remarque qui rappelait encore leur mariage. Regina la provoquait parce que tel était son caractère. La Reine aimait obtenir le dernier mot pour mieux manipuler son petit monde et garder sa cour sous son emprise. Mais elle la voyait se rapprocher, effacer la distance de sécurité entre elles. Et Emma ne se sentait pas tout à fait à l'aise. Les parfums de Regina embaumaient déjà son appartement, sa tenue, son léger déhanchement dans chacun de ses pas avaient un impact sur elle. Pourquoi cette attirance déraisonnée ne voulait-elle pas la quitter une bonne fois pour toutes ? Comme une envie soudaine qui, une fois assouvie, s'évanouit dans un souffle. Après ce qu'il s'était passé la veille, elle ne devait en aucun cas réitérer ses méfaits, ne le pouvait. Ses idées s'égaraient déjà. Deux camps se formaient et elle le sentait au fond d'elle. Une partie alliée, une autre ennemie. Regina la captivait quoiqu'il en était. Parce que blanc ou noir, juste ou indécent, tout en elle se concentrait sur la Reine. Elle relâcha ses bras, repoussa ses cheveux dans un mouvement de tête et reposa sa main sur le bord du comptoir.

— Comment va Henry ? demanda-t-elle pour calmer la tension, faire diversion.

La Reine ne dissimula pas son sourire charmé sur cette question, tandis qu'elle s'arrêtait devant Emma, son corps à quelques centimètres du sien. Son regard brun se releva dans les yeux bleus de la Sauveuse. Son visage était si proche qu'elle pouvait sentir son haleine sucrée effleurer sa peau. Alors, de ses doigts féminins, elle vint caresser l'anneau autour du cou d'Emma, l'alliance qu'elle avait ôtée et gardée attachée à cette chaîne. Ses doigts frôlèrent sa peau dans un léger frisson avant qu'elle ne réponde :

— Il va bien, il était heureux d'apprendre que je venais te voir aujourd'hui. Je lui ai dit que nous l'appellerions à la pause déjeuner.

Emma se raidissait devant Regina à proximité. Le contact pourtant infime de ses doigts contre sa peau provoqua un autre frisson plus net, long et intense. La moindre caresse, le plus petit effleurement avec la Reine devenaient une torture. Son désir pour elle ne cessait de remonter. Il envahissait chacune de ses pensées, même les plus réfractaires. À nouveau, elle se sentait flancher, vaciller sous les charmes ensorceleurs de Regina. Mais que pouvait-elle lui dire ? De quoi pouvait-elle l'accuser cette fois ? Sur quel reproche pouvait-elle se focaliser ? L'envie prenait le dessus sur tout le reste. Cette attraction démente dévorait chacune de ses retenues pour la faire plier à nouveau... La lutte acharnée recommençait. Le regard d'Emma fut attiré par le décolleté suggestif de la Reine, sa chemise ouverte sur sa poitrine qu'elle devinait et qu'elle imaginait déjà... Elle se mordit la lèvre, réflexe impulsif témoin d'un combat perdu d'avance. Le feu se ravivait de lui-même, se nourrissait de ce que ses yeux détaillaient. Il était une arme redoutable de son autre. Sa main prit la sienne, l'écarta de sa peau devenue trop sensible. Encore un instant suspendu entre-deux où le silence amplifiait les tensions. Des secondes où un choix s'imposait : résister ou succomber. Mais tout jouait déjà contre elle et le regard de Regina eut raison de ses dernières forces. Alors, elle abdiqua une fois de plus et l'embrassa parce qu'il n'y avait plus rien à faire, parce que la lutte était vaine et le désir toujours plus douloureux à force d'être contenu. Le baiser fut aussi intense que les autres, révélateur d'envies dévorantes, terrible conséquence de tentations refoulées... Regina devenait le fruit défendu, sûrement le plus interdit au monde. Mais qu'il était bon d'y croquer à pleines dents. Les bras d'Emma l'enveloppèrent, ses mains déjà occupées à retirer la chemise de la jupe de Regina. Pourquoi tout devait-il se dérouler ainsi ? Pourquoi chacun de leur face-à-face finissait en torrides ébats débridés ? Regina répondait bien sûr, toujours plus réceptive, captivante. Ses soupirs étouffés suscitaient excitation et effervescence. Les vêtements tombèrent un à un, traçant un chemin sur le passage des deux amantes. Elles n'eurent guère le temps d'atteindre le canapé ou la chambre et prirent la table d'assaut. Le journal chuta, laissa la place au corps de la Reine renversé par l'impatience d'Emma.

Soupir après soupir, étreinte après étreinte, elles finirent sur le tapis du salon, la Reine se laissant retomber sur le corps suintant de la Sauveuse qui l'avait fait jouir une énième fois. Le silence revint doucement autour d'elles, la frénésie du désir laissant place au relâchement, au retour à la réalité. Regina reposa sa joue sur l'épaule musclée de sa compagne, le souffle encore écourté, mais définitivement comblée.

— Sais-tu combien de fois j'ai dû me caresser en pensant à toi ? fit-elle d'une voix éreintée.

Emma ramena sa main à son front sur ces paroles aussi directes. Regina voulait-elle encore la faire plier ? Ne l'avait-elle pas assez soumise après ces ébats enflammés ?

— Bon sang, Regina, râla-t-elle.

Parce que la question de la Reine venait de provoquer autant de réponses que d'idées dans la tête d'Emma. Son corps nu sur le sien nourrissait cette attraction incontrôlable. Plus elle côtoyait Regina, plus elle découvrait des côtés d'elle dérangeants, opposés à tout ce qu'elle pensait être. Parce que jamais personne ne l'avait ainsi poussée au-delà de ses propres limites.

— T'étais obligée de me dire un truc pareil ? ajouta-telle dans un reproche spontané.

Regina glissa ses lèvres sur l'épaule de la Sauveuse, se régalant de la douceur de sa peau sous sa bouche gourmande, avide de ce corps ferme, puissant et musclé. Elle traça son chemin jusqu'à son cou, berceau de ses fragrances avant de susurrer.

— J'aime savoir que je t'excite, mon amour…

Un profond soupir s'échappa des lèvres d'Emma sous les assauts incessants de la Reine. Celle-ci la provoquait même après avoir obtenu ce qu'elle voulait. Pourquoi diable son corps réagissait-il au quart de tour et des frissons couraient depuis son cou investi par les lèvres de Regina jusqu'au creux de son ventre. Son portable sonna et la ramena à la réalité.

— Merde, râla-t-elle spontanément.

Elle tendit le bras vers son jeans qui jonchait le sol près d'elle.

— Je dois répondre...

Elle voulut se dégager du corps de Regina, mais celleci en décida autrement en poursuivant ses provocations insensées !

— Putain, marmonna-t-elle.

Les doigts tendus à l'extrême, elle parvint à ramener son jeans vers elle et attrapa son portable pour voir le nom de Liam s'afficher. Elle ferma les yeux un instant tandis qu'elle réalisait avoir oublié son travail...

— Ouais ? fit-elle en décrochant.

# Qu'est-ce que tu fais ? Je t'ai envoyé un tas de messages, mais tu n'as pas répondu.

Emma jeta un regard sur l'écran de son cellulaire, constata les six messages textes de son ami et répondit :

— Je... Je suis occupée, là. Qu'est-ce qui se passe ?

# Occupée ? A quoi ? On vient de recevoir un dossier du FBI, une grosse affaire...

Mais Emma ne pouvait écouter que d'une oreille sous les lèvres baladeuses de Regina. Elle tenta d'écarter son cou de ses terribles baisers, mais son corps semblait s'engluer sous le sien, désespérément aimanté.

— C'est... C'est mon divorce, mentit-elle à moitié pour donner une excuse valable.

# Ton ex te fait des problèmes ? Son nouveau mec ?

Emma fronça les sourcils sur ces questions. Après toutes ces étreintes débridées, elle en avait oublié ce type et ses recherches lancées sur lui. Troublée de parler de ça aussi près de Regina, elle répondit :

— Non, non, je... C'est... Mon ex, tu sais...

# Ok, mais j'aimerais que tu étudies le dossier le plus vite possible, je te l'envoie sur ta boîte. Rappelle-moi dès que tu l'as vu.

— Ok... Je le ferai.

Elle raccrocha et poussa un soupir. Regina avait souri en supposant qu'Emma parlait d'elle à cet inconnu dont elle avait à peine entendu la voix masculine. Elle glissa ses lèvres le long de sa mâchoire et redressa enfin son visage face au sien pour lui parler :

— Ton ex, répéta-t-elle en s'accoudant de part et d'autre du visage de sa femme. Quel genre de terribles choses ton ex te fait-elle endurer, Miss Swan ?

Emma posa des yeux accusateurs sur Regina qui, bien sûr, avait écouté sa brève conversation. Ainsi, audessus d'elle, la Reine abusait encore de ses charmes, de cet ascendant délirant qu'elle avait sur son corps.

— Elle me jette des sorts pour me pousser à me marier avec elle et quand la magie n'opère plus, elle s'amuse à me rendre dingue.

Regina ne quitta pas son sourire et sa lèvre inférieure disparut entre ses dents.

— T'ai-je dit que ton petit air insolent et accusateur de gentille Sauveuse m'excitait lui aussi ?

Sans la laisser répondre, elle ajouta d'un regard brillant.

— En réalité, un tas de choses m'excitent, Miss Swan, notamment le fait que tu ne sois plus sous l'emprise de mon sort, mais de mes charmes. Et tu sais, autant que je sais, que tu y avais succombé bien avant que je te fasse boire mon philtre d'amour. Avoue que tout était plus simple quand tu n'avais pas à te soucier de l'avis de tes parents moralisateurs et bien-pensants.

Emma fronça les sourcils sur ce bref résumé d'elle. Elle n'aimait pas quand Regina avait raison parce que celle-ci le savait et en profitait. Après la veille et leurs derniers ébats passionnés, la Reine se réjouissait de lui énoncer quelques descriptions de ce qu'elle pouvait ressentir.

— C'était pas plus simple, Regina, corrigea-t-elle. Parce que rien n'est simple avec toi. Tu veux savoir quand ma vie était simple ? Avant que je te rencontre.

Cette remarque cinglante qui aurait dû vexer la Reine n'eut pour seul effet que de la faire sourire. Son index glissa doucement le long de la mâchoire de la Sauveuse, redessina son menton, puis remonta sur ses lèvres délicieuses qui avaient pris possession de son intimité. Regina en frissonna et répondit :

— Ta vie devait être particulièrement ennuyeuse, sinon jamais tu ne serais venue à Storybrooke, jamais tu n'aurais laissé ta vie derrière toi pendant toutes ces années. Mais la vérité, c'est que tu refuses le bonheur que je nous ai offert grâce à ce philtre. Quand tu ne pensais plus à tes parents, que ton obsession de ne voir qu'en moi la Méchante Reine s'était dissipée avec les effets du philtre, tu étais heureuse, tu savais profiter de chaque instant et c'est pour cette raison que notre fils nous répétait que nous étions la fin heureuse l'une de l'autre…

Elle ôta son doigt qu'elle remplaça par ses lèvres sur celles d'Emma dans un doux baiser où elle susurra.

— Tu sais que j'ai raison…

Malgré le nouveau frisson que les lèvres de Regina provoquèrent, Emma se recula, agacée.

— Non, répondit-elle en faisant preuve de mauvaise foi.

Emma était agacée parce que la Reine avait raison et qu'elle le lui disait clairement. Il lui semblait même qu'elle lisait dans sa tête et plus Emma en prenait conscience, plus elle s'énervait. Elle se dégagea de son corps et se leva pour aller ramasser son shorty un peu plus loin sur le sol.

— Quand j'ai bu ton foutu philtre d'amour, j'aurais pu prendre un shoot d'héroïne, ça aurait été pareil !

Elle fit glisser le sous-vêtement autour de ses hanches et chercha son soutien-gorge.

— Je voyais qu'une foutue partie de la réalité, celle que toi, tu me faisais voir en oubliant tout le reste.

Regina l'avait suivie des yeux, son regard gourmand se baladant sur le corps de la Sauveuse qui lui avait encore fait goûter à une extase incroyable. Elle se releva à son tour, récupéra sa culotte de dentelles qu'elle enfila avant de se tourner vers son amante.

— Vraiment ? Et quelle réalité vois-tu depuis que tu me fais l'amour sans les effets du philtre, Miss Swan ?

Elle récupéra son soutien-gorge qu'elle enfila et lança, ironique.

— Inutile de me mentir en prétendant que mon corps que tu couvres de baisers n'en fait pas partie, je ne te croirai pas.

Emma soupira encore pour la énième fois. Elle enfila son jeans, plus agacée par ses propres réactions que par les paroles décidément vraies de la Reine.

— Ça devrait même pas arriver, lança-t-elle en fermant les boutons. Toi et moi, c'est...

Elle fouilla le sol des yeux en quête de sa ceinture que Regina avait jetée quelque part après l'avoir littéralement détachée de son jeans pour la déshabiller.

— J'en sais rien...

Elle la trouva au coin du comptoir, par terre, et prit soin de la remettre autour de la taille de son jeans.

— Comme Batman et le Joker... C'est débile comme comparaison, mais ça, c'est un truc qui n'arrive pas et qui ne peut pas arriver. Parce que Batman se bat contre le Joker et que tous les deux se retrouvent pas chez l'un ou l'autre pour coucher ensemble !

Elle releva les yeux sur la Reine, dut faire abstraction à son corps à moitié couvert, à la sensualité de ses formes de femme.

— On est incompatible...

Regina sourit sur cette comparaison. Heureusement, elle avait un fils qui regardait toutes sortes de films à la télévision. Elle approcha de la blonde et vint rajuster le col de sa chemise qu'elle avait enfilée précipitamment.

— Admets que le joker n'a pas ma beauté ni ma poitrine que tu affectionnes tant, chérie. Sinon, Dieu seul sait ce que ton ami Batman aurait pu lui faire…

Elle rajusta également son chemisier dans sa jupe avant de récupérer son sac à main laissé sur le sol.

— Et si nous étions si incompatibles, tu aurais déjà signé les papiers du divorce.

Elle revint vers Emma et reprit :

— J'attends ton appel.

Après un dernier baiser, Emma la vit quitter son appartement sans un mot de plus et demeura immobile au beau milieu de son salon d'abord rangé par la Reine puis dévasté par leurs ébats. Les parfums de Regina l'envahissaient encore. Ses poumons en étaient imbibés. Le silence retombait autour d'elle. Elle aurait dû se réjouir de se retrouver seule, de savoir que la Reine ne l'avait pas plus agressée. Mais un sentiment dérangeant planait au fond d'elle. Regina était venue, puis repartie aussi vite après avoir consommé leur mariage. N'avait-elle pas prévu de passer plus de temps avec elle ? Qu'avait-elle donc à penser à Regina, à lui sauter dessus comme elle le faisait depuis la veille ? Plus elle réfléchissait, moins la situation devenait claire. Elle partit vers son bureau dans un coin de son appartement et alluma son ordinateur. Travailler lui éviterait sûrement de s'égarer dans quelques souvenirs fiévreux de ses étreintes avec la Reine.