Volontairement, Regina s'abstint de contacter la Sauveuse les jours suivants. Après ses accusations répétitives, sa façon de se vouloir distante et réprobatrice, elle avait jugé bon de la laisser réfléchir à leurs rapprochements soudains qui avaient suivi sa venue à Storybrooke. La Reine ne voyait là qu'une stratégie supplémentaire destinée à ramener la Sauveuse dans son antre où Henry espérait également son retour. Elle avait dit à son fils qu'elles s'étaient vu, brièvement, sans rentrer dans les détails bien sûr, mais la Reine lui avait expliqué qu'elles étaient parvenues à discuter sans débordements, du moins, sans dispute, car des débordements, il y en avait eu. Elle n'avait eu de cesse de songer à leurs étreintes, à la façon dont Emma pliait devant ses désirs quand elle abusait de ses charmes. Regina exerçait sur elle un certain pouvoir, mais Emma avait également un pouvoir certain sur elle, celui de l'amener aux cimes du plaisir, de la combler à travers leurs étreintes quand elle oubliait leurs petits conflits passés.

La Reine put tester la fierté exagérée d'Emma dix jours plus tard, quand la Sauveuse revint à Storybrooke pour venir chercher Henry comme le prévoyait son tour de garde. Celle-ci frappa à la porte d'entrée et Henry s'empressa d'aller ouvrir.

— Salut Emma, fit-il. Tu peux attendre une minute, j'ai pas fini de préparer mes affaires.

— Ouais, mais dépêche-toi, on a encore de la route à faire.

Regina approcha d'un pas élégant, son regard balayant de bas en haut la silhouette élancée et toujours aussi attrayante de la Sauveuse. Elle savait qu'elle n'avait pas attendu tous ces jours pour rien et savait aussi qu'elle capterait bientôt toute l'attention de Miss Swan. Elle regarda Henry qui s'éloignait.

— Prends ton temps, ta mère va rester prendre un verre, j'ai à lui parler.

Elle tint la porte en regardant la Sauveuse, la mine tout à fait sérieuse.

— Si tu veux bien entrer une minute, je te prie.

Emma avait froncé les sourcils sur la demande de Regina à son fils. Dix jours étaient passés durant lesquels elle n'avait eu de cesse de se torturer l'esprit !

À quoi Regina jouait-elle ? Un jour, elle lui avouait qu'elle lui manquait, un autre, elle quittait son appartement sans plus donner de nouvelles. Les pouces coincés dans les poches arrière de son jeans, elle la détailla un instant, perplexe. Heureusement, son travail l'avait gardée occupée, l'avait assez fatiguée pour étouffer quelques-uns de ses tourments. Elle entra finalement, mais précisa :

— Qu'est-ce qui se passe de si urgent tout d'un coup ? T'as pas appelé pendant plus d'une semaine, mais maintenant que je suis là, tu dois discuter ?

— Pourquoi toi, tu ne m'as pas appelée ? demanda aussitôt la Reine. Pourquoi serait-ce à moi de te contacter alors que tu n'as fait que m'accuser la dernière fois que je suis venue chez toi ?
Emma leva les sourcils devant ce reproche infondé.
— Accuser ?
Elle faillit poursuivre sa réplique, mais préféra jeter un œil vers les escaliers avant de s'approcher pour poursuivre plus bas :

— T'avais pas l'air de te plaindre quand t'es partie de chez moi et maintenant, tu me dis que je t'ai accusée ? De toute façon, c'est pas comme si tu étais innocente, Regina. Et je t'ai pas appelée parce que j'étais occupée, je n'étais même pas à Boston !

Elle soupira, agacée et se força à se calmer. Une fois de plus, elle se disputait avec la Reine. Un de leurs tête-à-tête finissait ou commençait par des reproches incessants. Elle se recula et passa une main dans ses cheveux avant de croiser les bras.

— À part ça, de quoi tu veux qu'on discute ? demanda-t-elle pour couper court.

Agacée par la mauvaise foi de la Sauveuse, Regina annonça très directe :
— Je suis enceinte.
L'expression d'Emma changea et révéla autant de confusion que de surprise. Une foule de questions afflua dans sa tête et provoqua une véritable cohue.

— Quoi ?

Mais c'était une question purement rhétorique parce qu'Emma avait bien compris les mots de la Reine. Maintenant venaient la colère et l'affolement général au fond d'elle. Parce qu'avec les interrogations arrivaient toutes sortes de réponses, de conclusions.

— Tu te fous de moi, là ?

Un vertige désagréable la saisit tandis qu'un vent glacial sembla lui geler les veines.

— Alors tout ce qui s'est passé la semaine dernière, ta foutue comédie avec moi, ta petite visite chez moi, c'était pour quoi faire ? Pour t'amuser encore un peu

? Tu t'ennuyais ? Tu m'as testée pour savoir ce que j'avais dans la tête avant de passer à l'étape suivante ?! Et c'est qui le père ? Depuis combien de temps tu le sais ?

Mais elle secoua la tête, un sourire nerveux aux lèvres. Si elle ne se reculait pas, si elle n'imposait pas de la distance avec la Reine, elle exploserait certainement.

— Non, laisse tomber, je ne veux même pas savoir et ça ne me regarde pas...

Regina savait ce que son annonce provoquerait, mais avec l'agacement et les réactions de la Sauveuse, elle avait dû revoir son plan d'annonce et la nouvelle était venue telle quelle. Maintenant, face à sa panique évidente mêlée encore et toujours d'accusations, elle devait poursuivre et ce qu'elle dirait aurait certainement son effet.

— J'ai fait une formule avant de venir te voir à Boston. La formule devait fonctionner uniquement si nous faisions ce que nous avons fait. Et le bébé est de toi. Le docteur Whale m'a confirmé les résultats ce matin.

Elle vit Emma se redresser, l'accuser d'un regard sombre, mais se défendit aussitôt.

— J'avais envie d'un enfant, je suis encore ta femme, cela aurait très bien pu arriver par accident si tu avais été un homme ! Inutile de me regarder comme ça, je n'ai rien fait de mal !

Cette fois, Emma nageait en plein délire. Trop de choses se passaient dans sa tête, trop d'émotions se bousculaient. Elle n'arrivait à croire ce qu'elle venait juste d'entendre.

— Rien fait de mal ?! Putain, Regina ! T'as encore jeté un foutu sort sur moi ! C'est pas vrai, je rêve !

Emma paniquait plus encore et le calme de Regina devant elle ne faisait que nourrir sa colère.

— Je suis pas un homme donc ce genre de choses n'est pas censé arriver !

Elle secoua la tête, dut trier ses pensées parce qu'elle ne sut quoi dire de plus. Tant de choses devaient être dites !

— T'as recommencé ! Encore une fois, tu as utilisé ta magie sur moi ! Et tu ne m'en as même pas parlé !

Elle fit quelques pas dans le salon, sur les nerfs, les mains sur ses hanches. L'une des deux remonta à ses cheveux et elle revint devant Regina, déboussolée. Elle s'apprêta à ajouter une autre réplique, mais rien ne sortit de sa gorge asséchée. Elle retourna dans le salon et remplit un verre de scotch qu'elle but d'un trait.

— Il faut que j'aille voir Whale, fit-elle en remplissant un autre verre. Parce que si ça se trouve, c'est encore une de tes histoires pour me tester...

— Je n'ai pas fait de sort sur toi, le sort était sur moi… C'est toi que j'ai choisi pour être la deuxième mère de mon enfant, Emma.

— Un autre enfant ? répéta Henry qui venait d'arriver dans le salon.

Regina se tourna en regardant son fils. Elle aurait préféré qu'il reste dans sa chambre, mais bien sûr, ce dernier était censé repartir. Elle se pinça les lèvres et lança un coup d'œil sur Emma avant de dire à Henry :

— Est-ce que tu peux nous laisser un instant, je n'ai pas fini de discuter avec ta mère.

Henry regarda Regina, puis Emma qui semblait bouleversée. Il se doutait que ses mères avaient encore trouvé le moyen de se disputer. Ce deuxième enfant l'intriguait pourtant, mais devant la mine sérieuse et grave d'Emma, il sut qu'il devait remonter.

Quand il eut disparu à l'étage, Emma avala le reste de scotch dans son verre et le posa avant de se rapprocher de Regina.

— Tu m'as choisie ? répéta-t-elle à la suite de sa dernière réplique. Mais moi, je n'ai pas eu le choix ! Est-ce que tu t'es demandé ce que j'en penserais ? On est séparées et tout ce que tu trouves à faire, c'est de faire un enfant en utilisant ta magie pour l'avoir avec moi !

Regina ne la quitta pas des yeux. La colère qu'elle voyait dans le regard de la blonde était légitime, mais elle savait pertinemment que celle-ci aurait refusé si elle lui en avait parlé. Son ton, sa réaction toujours et encore accusatrice eurent raison de son calme des derniers jours.

— Si je me suis demandé ce que tu en penserais ? répéta-t-elle. Tu rejettes systématiquement tout ce qui vient de moi, tu me hais autant que tu m'aimes ! Alors non, je ne t'ai pas laissé le choix comme tu ne m'as pas laissé le choix d'entamer les procédures de divorce. Mais quoique je fasse, quoi que je dise, tu ne verras en moi que la Méchante Reine et non la femme avec qui tu es restée mariée pendant trois mois et qui t'a aimée et chérie ! Alors je peux te faire oublier tout ça si tu y tiens tant et tu retourneras à ta misérable vie à Boston !
Elle marcha vers la porte qu'elle ouvrit en la regardant.

— Henry, ta mère t'attend ! appela-t-elle en regardant la blonde.

Emma serra les dents devant l'emportement de Regina. Son regard froid et sombre la fixa quelques secondes de plus tandis qu'Henry les rejoignait avec son sac. Elle tenta de garder son calme devant lui et glissa sa main dans son dos.

— Va m'attendre dans la voiture, je te rejoins, lui fit- elle.

Henry venait d'entendre le ton monter et n'aimait pas ce qu'il sentait émaner de ses mères. Il obéit à Emma, mais garda en tête qu'il devrait discuter avec elle puisque ce week-end serait le leur.

Quand Emma arriva à la hauteur de Regina, sa colère transpirait par tous les pores de sa peau. Non seulement elle se sentait trahie, mais insultée.

— T'as obtenu ce que tu voulais alors maintenant t'es prête à te débarrasser de ce qui te gêne, répondit-elle. Et tu te demandes encore pourquoi je n'arrive pas à te voir autrement que la Méchante Reine ?

Elle franchit le seuil de la maison et s'éloigna pour rejoindre la voiture où Henry l'attendait. Mettre de la distance entre elle et Regina devenait maintenant nécessaire. Les émotions négatives, intenses et néfastes atteignaient un tel degré qu'il était vital de s'éloigner. Heureusement, Henry était avec elle et resterait chez elle pour le week-end, ce qui lui permettrait peut-être de relâcher la pression...

Regina referma la porte et s'y adossa. Cette dispute avec Emma était celle de trop, celle qui lui brisait le cœur. Pourquoi la blonde et elle ne parvenaient-elles pas à s'entendre, à dialoguer, à communiquer autrement que dans un lit ? Pourquoi Emma demeurait-elle si froide avec elle après tant d'effort de sa part pour lui être agréable ? Comment pouvait-elle ne plus songer à la femme qu'elle avait été pour elle lorsqu'elles vivaient encore ensemble ? Peu importait, ce maudit sort et comme Regina le lui avait dit, elle aurait réellement pu tomber enceinte si Emma avait été un homme. Ce week-end sans son fils, serait certainement l'un des plus longs, songea-t-elle en ramenant la main sur son ventre. Mais au moins, elle pourrait songer à cet enfant qu'elle portait et qui serait un autre grand bonheur dans sa vie quand il viendrait à naître.