La nuit était tombée et Henry s'était endormi assez tôt suite à l'après-midi mouvementée qu'il avait passée à la plage avec ses grands-parents et Emma.

L'air marin lui avait fait du bien et il avait pu parler à sa mère blonde qui l'avait interrogé sur sa mère brune. Il voyait bien l'intérêt qu'Emma lui portait, constatait aussi celui de Regina quand il revenait d'un court week-end à Boston. Il ne comprenait pas pourquoi ses deux mères éprouvaient tant de difficultés à se parler quand elles se voyaient.

Il devait être minuit ou une heure du matin quand une envie pressante le réveilla. Somnolent, il se leva et rejoignit les toilettes dans la pièce adjacente à sa chambre pour faire ce qu'il avait à faire. Puis il voulut rejoindre son lit, mais s'arrêta en entendant un grincement depuis le rez-de-chaussée. Il s'approcha de la rambarde, pensant que sa mère s'était levée, mais ce fut l'éclairage d'une lampe torche qui capta son attention. Il fronça les sourcils en voyant la silhouette d'un homme en contrebas, s'apprêta à rejoindre sa mère brune pour la prévenir, mais se ravisa. Il se précipita dans sa chambre, roula sur le matelas pour atteindre la commode opposée et récupéra son téléphone avant de se glisser sous son lit. Il numérota sans attendre, ramena le téléphone à son oreille et entendit :

# Henry ? T'as vu l'heure ?
— Emma… Quelqu'un est rentré dans la maison, dit-il tout bas.

* * *

Emma se redressa d'un mouvement vif, le téléphone à l'oreille.

— Qui ? Où il est ?
# En bas... Il a une lampe...

Sur le ton bas et le souffle rapide de son fils, Emma sut qu'il avait peur. Elle se leva d'un bond, enclencha le haut-parleur de son portable et répondit en prenant son jeans :

— Et toi ? Où tu es ?
# Sous le lit... Il faut que tu viennes...

En débardeur, Emma ne prit pas le temps de mieux se vêtir et saisit sa veste.

— Tu bouges pas, j'arrive, reprit-elle en quittant sa chambre, le portable à la main. Reste avec moi au téléphone...
# Je... Je crois qu'il monte.

Le cœur en panique, Emma se précipita à l'extérieur de la maison pour courir vers sa voiture.

— Où est maman ?
# Dans sa chambre... Emma... Viens vite...

Et plus il parlait, plus Emma entendait les craintes d'Henry à l'autre bout. Elle appuya sur l'accélérateur, les pneus crissant au démarrage, et roula vers Mills Fleet Street, où se trouvait la maison aux façades blanches.

— J'arrive, mais tu bouges pas, tu restes sous le lit ! Je suis sur la route... Dis-moi ce que t'entends, ce que tu vois.

La respiration d'Henry se fit entendre à l'autre bout de la ligne avant qu'il ne réponde dans un murmure :

# Des pas... Et maman dort... Emma, qu'est-ce qu'il veut ?

Emma ne voulait pas émettre de conclusions, se focaliser sur des éventualités affolantes. Elle devait garder son sang-froid, penser à agir et à la manière avec laquelle elle devait répondre à cet appel à l'aide.

— Je sais pas, mais quoi qu'il arrive, tu bouges pas de sous ton lit, Henry, c'est compris ?
# Oui, oui...

Elle gara la voiture le long de l'avenue, à plusieurs mètres de la maison de Regina et sortit du quatre- quatre après avoir pris son arme, le téléphone à la main.

— Je suis là, j'arrive.

Elle longea la petite allée et arriva devant la porte d'entrée. Le souffle écourté par la course et l'adrénaline, elle l'ouvrit sans bruit, très lentement avant de s'infiltrer dans la demeure. Son fils venait de lui dire que l'intrus se trouvait à l'étage alors elle grimpa les marches en évitant de faire le moindre bruit. Sa main se posa sur l'arme à sa ceinture et elle la dégaina en posant le pied à l'étage. Le couloir plongé dans le noir, elle jeta un œil sur la porte entrouverte de la chambre de son fils et celui-ci voulut sortir de sous son lit. D'un mouvement de tête, elle lui indiqua de ne pas bouger, de ne rien dire. Mais un éclat de verre résonna avant qu'un cri bref et étouffé ne suive. Alors, elle se hâta vers la chambre de Regina et vit l'homme au-dessus d'elle, en train de l'agresser, une main sur sa bouche, l'autre en train de remonter sa nuisette sur son ventre.

— Hey ! cria-t-elle.

Il tourna la tête vers elle et Emma se jeta sur le lit dans un réflexe spontané. Son sang glacé dans ses veines par la scène qu'elle venait d'interrompre, elle laissa son instinct parler. Un bras autour du cou de l'intrus, collé à son dos, celui-ci se redressa et se débattit. Il chuta avec elle sur le parquet, l'arme d'Emma glissa au pied de l'armoire. La commode s'ébranla tandis que leurs corps venaient de bousculer un de ses pieds. L'intrus ramena une main sur le bras d'Emma, l'autre chercha son corps dans son dos. Accrochée à lui, la Sauveuse ne relâchait pas son emprise, décidée à l'étouffer, lui faire perdre connaissance. Mais l'homme se redressa, fit quelques pas et se recula violemment contre la commode pour l'écraser entre lui et le meuble. Le bois se brisa sous l'impact, les produits de beauté de Regina s'éparpillèrent sur le sol. Emma lâcha un gémissement de douleur et perdit l'emprise autour de son cou. L'homme se pencha vers l'avant et l'arracha de son dos pour la jeter devant lui. Il se mit à rire, essoufflé, mais s'arrêta en voyant l'autre femme ramper vers l'arme. Alors, il se hâta vers elle et la repoussa violemment du pied.

— Toi, tu bouges pas, salope ! lui cracha-t-il. C'est ta copine que je veux !

La fureur qui envahit Emma fut plus puissante encore que celle que Regina avait su provoquer par le passé. Elle s'y abandonna, entre peur irrationnelle et folie. Elle se jeta sur l'homme avant qu'il ne récupère l'arme sur le sol parce qu'elle le connaissait autant qu'elle le savait capable de tout. Elle le plaqua et tous les deux défoncèrent la porte du dressing de Regina. L'agresseur à terre, Emma se redressa et rampa vers l'arme toujours au sol. Elle sentit une main emprisonner sa cheville et donna un coup de pied vers l'arrière. Son talon percuta le nez de l'homme et elle tendit le bras vers le pistolet. À nouveau, il attrapa son jeans, le visage en sang. Mais Emma referma sa main autour de la crosse de son arme et fit volte-face avant de pointer le canon vers lui. Le coup de feu partit la seconde suivante, résonna contre les murs de la maison. Le sang gicla sur les murs et le silence retomba. L'arme toujours braquée sur l'intrus maintenant mort, Emma reprit son souffle. Elle cligna des paupières plusieurs fois et tourna les yeux vers Regina assise sur le sol, contre le mur. Sans tarder, elle se redressa et se glissa vers elle. La Reine semblait encore sous le choc, confuse et déboussolée.

— Hey, fit-elle plus bas... Regina... C'est fini.

Le regard de la Reine demeurait sur l'intrus. Son cœur en panique, elle faisait fi de la douleur dans ses côtes provoquée par le coup de pied de l'homme qui l'avait agressée. Regina s'était réveillée en sursaut, sentant le poids de l'inconnu sur elle, sa main plaquée sur ses lèvres, ses mains sales lui arrachant son sous- vêtement… La Reine demeurait terrorisée à la seule idée que ses pouvoirs l'avaient abandonnée. Elle n'avait rien pu faire, n'avait pu se débattre ni crier pour appeler à l'aide, redoutant que cet homme ait tué son fils. Son regard se tourna vers Emma qui approcha davantage et vint la prendre dans ses bras. Regina comprit à cet instant qu'elle tremblotait sur le sol froid. Son regard dans le vide, elle osa entourer ses bras autour de la Sauveuse, incapable de rejeter le réconfort qu'elle lui apportait.
Henry venait de s'arrêter à la porte, alerté par le coup de feu et inquiet pour ses mères. Devant le chambranle, il regarda Emma et la Reine et approcha :

— Maman ? Ça va ?

Regina se recula, craignant que son fils ne voie le corps de cet homme dos à lui.

— Henry… Approche mon chéri.

Ce dernier s'exécuta aussitôt et Regina l'enlaça à son tour. Grâce au ciel, son fils était sain et sauf.

— J'ai cru qu'il t'avait fait du mal.
— Je vais bien maman, la rassura Henry.

Emma soupira profondément. Son cœur tapait encore à tout rompre dans sa poitrine, mais Regina et Henry étaient sains et saufs. Elle se redressa, profita de voir son fils occupé avec sa mère pour prendre un drap et recouvrir le corps de l'homme. Maintenant, elle n'avait d'autres choix que d'appeler d'abord une ambulance, puis ses contacts, la police et faire une déposition. Parce qu'elle craignait pour l'état de la Reine, sa grossesse et ne pouvait songer à autre chose pour l'instant. Alors elle prévint les secours, puis la police en sachant très bien que le Shérif de Storybrooke serait là avant tout le monde. Elle revint vers Regina qui tenait Henry dans ses bras, toujours sur le sol.

— Henry, les interrompit-elle. Les secours vont arriver, tu veux bien descendre et leur ouvrir quand ils seront là ?

Henry hésita un instant, désorienté par ce qu'il venait de se passer. Il se posait des dizaines de questions suite à ce qu'il avait entendu depuis sa chambre. Il finit par obéir après quelques secondes de réflexion, laissant ses mères seules. Emma glissa une main attentionnée dans ses cheveux avant qu'il ne quitte la pièce et reposa les yeux sur Regina. Elle prit une inspiration, se força à garder son calme et s'accroupit devant elle. La voir ainsi, blessée, affaiblie lui faisait mal. Elle lui repoussa ses cheveux dans un geste tendre parce qu'il n'existait plus de rancœur ni de ressentiments en cet instant. Juste une envie évidente d'être auprès d'elle.

— Il faut que tu me dises... Est-ce qu'il...

Mais les mots ne voulurent pas sortir, trop directs, trop durs à supporter s'ils étaient vrais.

— Il t'a... tenta-t-elle encore.

Regina la regarda, toujours bouleversée. Tout s'était passé si vite, et pourtant la scène se répétait au ralenti dans son esprit. Elle répondit d'un signe de tête négatif puis baissa les yeux avant de dire d'une voix éreintée.

— Il n'a pas eu le temps…

Et ce fut à cette seconde précise que ses larmes lui brûlèrent les joues. Car en cet instant, elle réalisait combien tout aurait pu être bien pire que ce qu'il venait de se passer.

— Il voulait me violer, dit-elle... Et je ne pouvais me défendre.

Elle releva un regard humide sur Emma et confessa :

— Je n'ai plus mes pouvoirs… Je ne peux plus me protéger et protéger notre fils…

Emma le savait et sentait une tristesse immense l'engloutir devant le regard désemparé de la Reine.

— Je le sais, Henry me l'a dit, fit-elle. Et on va trouver une solution...

Elle se redressa en entendant les sirènes d'ambulance et de police approcher. Elle prit rapidement une couverture dans le dressing et couvrit les épaules de Regina.

— J'ai appelé les secours et la police...

Elle la détailla un instant et essuya de son pouce ses larmes qui couvraient ses joues. Si ce type n'était pas déjà mort, elle l'aurait sûrement tué une deuxième fois en lisant autant de peine et de vulnérabilité dans les yeux de Regina. Parce qu'en cette seconde, aucun remords ne venait la parasiter, pas le moindre regret.

— Tout va bien se passer, ajouta-t-elle pour la rassurer.

Quatre hommes en uniformes bleus arrivèrent, munis de sacs et d'une civière. Deux d'entre eux s'approchèrent de Regina pendant que les deux autres découvraient le corps de l'homme sur le sol. Derrière eux arrivèrent David et son étoile de Shérif, accompagné d'un de ses adjoints. Quand il posa les yeux sur la scène de crime, sur sa fille, le sang et Regina entourée des deux secouristes, il dut marquer un instant de pause. Un haut-le-cœur venait de le saisir. Que s'était-il passé ? Il avait bien entendu quelques bruits de pas dans la maison, mais ne s'était pas réveillé jusqu'à ce qu'on l'appelle. Il s'approcha d'Emma, le regard confus et déboussolé :

— Emma ! Qu'est-ce qui s'est passé ? Et qu'est-ce que tu fais ici ?

Cette fois, Emma n'avait d'autres choix que d'assumer certains de ses actes avec Regina. Henry arriva à son tour dans la pièce.

— David, c'est pas elle ! lança-t-il sans tarder.
— Attends, Henry, l'interrompit Emma. Va voir ta maman, je parle avec David...

Il jeta un regard hésitant à son grand-père avant de s'éloigner vers sa mère examinée par les deux secouristes.

— Je vais avoir besoin d'une explication, reprit David, inquiet.

Emma acquiesça d'un signe de tête et lâcha un soupir pour évacuer la pression.

— Henry m'a appelée il y a trois quarts d'heure environ, commença-t-elle. Il m'a dit qu'un intrus était entré ici, qu'il tenait une lampe torche. Il m'a demandé de venir parce qu'il avait peur, c'est ce que j'ai fait. Quand je suis entrée, il était à l'étage et Henry s'était caché sous son lit. Je suis arrivée devant la chambre de Regina et c'est là que j'ai vu ce type... Sur elle.

Ils furent interrompus par l'adjoint qui venait de récupérer l'arme au sol.

— On a retrouvé ça par terre.

David posa les yeux sur le pistolet maculé de sang et Emma précisa avant qu'il ne pose d'autres questions.

— Elle est à moi. J'ai un permis de port d'armes.
Elle sortit son portefeuille de sa poche et le tendit à David qui demeurait plus désorienté seconde après seconde.
— Est-ce que tu as... Tu as tué cet homme ?
— Oui, répondit-elle. Il allait la violer, David ! Je me suis battue avec lui, mais quand il m'a agrippée, j'ai pas eu d'autres choix que de tirer.

David examina le permis de port d'armes au nom de sa fille, puis découvrit une carte professionnelle qui lui donnait le titre de détective, chasseur de primes. Son air se fit plus troublé, perdu. Emma et lui parlaient très peu de ses activités, de son travail à Boston, et voilà qu'il apprenait ce qu'elle y faisait.

— Je vais devoir appeler la police d'État, tu sais ça ? fit-il malgré lui.

— Dans ce cas, appelle l'agent spécial Mike Matthews du FBI à New York parce qu'il connaît l'affaire...

— Attends, attends, l'arrêta David. Quelle affaire ? Le FBI ? Qu'est-ce que tu racontes ? De quoi tu parles ?

Emma soupira encore, jeta un regard sur Regina que les deux secouristes aidaient à se lever. Elle reposa les yeux sur son père et répondit en indiquant le corps enveloppé dans un sac noir :

— Ce type s'appelle Harvey Morris. Recherché dans quatre États pour séquestrations, viols et meurtres. L'agent Matthews est chargé de l'enquête, c'est lui que tu dois appeler. Tu trouveras sa carte dans mon portefeuille.

Elle lança un autre regard vers Regina et reprit à l'attention de David :

— Laisse-moi juste accompagner Regina à l'hôpital et je te promets de te donner tous les détails. Tu sais que j'ai pas l'intention de m'enfuir de toute façon.

David demeurait muet, abasourdi par tant d'informations à la fois. Emma semblait si sûre d'elle, connaître ce genre de situation comme si elle vivait cela tous les jours. Il la vit s'éloigner vers la Reine, le portefeuille d'Emma toujours dans les mains.

La Sauveuse s'inquiétait davantage pour Regina et le bébé que pour elle et tout ce qu'elle devrait raconter à son père. Elle interpella un des deux ambulanciers qui rangeait son matériel dans le sac :

— Comment va-t-elle ?
— Elle a deux côtes fêlées, des contusions au visage, répondit-il. On va devoir l'amener à l'hôpital pour faire des examens plus approfondis.
— Elle est enceinte, ajouta Emma.
— Je le sais, acquiesça l'infirmier, elle nous l'a dit. On en saura davantage une fois qu'on lui aura fait tous les examens nécessaires.

Il s'écarta et s'approcha de la Reine.

— Madame le Maire, on doit y aller. Le docteur Whale a été appelé, il va venir vous examiner à l'hôpital.

Malgré la douleur qui prenait le pas sur sa peur, Regina répondit :

— Attendez un instant, je vous prie, je dois parler à Miss Swan.

L'infirmier lança un coup d'œil sur l'ancien Shérif et patienta. Regina n'avait pas attendu son accord pour approcher d'Emma qui se tenait debout, ses pouces dans les poches. Malgré les gens autour d'elles, malgré ce qu'il venait de se passer, la Reine ne pouvait empêcher un regard plus tendre sur la Sauveuse. Elle avait conscience de ce qu'elle avait fait en venant ici, de ce qui aurait pu se passer si elle n'était pas intervenue.

— Je suis désolée, tenta-t-elle…

Ces mots, la Reine l'espérait, signifiaient bien plus qu'un merci, qu'un éventuel discours de reconnaissance. À travers cette simple phrase, Regina aurait voulu qu'Emma comprenne qu'elle n'avait pas voulu que tout cela arrive et que les événements qui se succédaient malgré elle l'affligeaient davantage par son absence. Elle se pencha et posa un baiser sur sa joue avant de se reculer et de se résigner à suivre l'infirmier d'un pas lent.

Malgré ce qu'il venait de se passer, Emma avait frissonné. Parce que tel était le résultat familier d'un rapprochement entre elle et Regina. Elle avait compris ses mots, mais ne trouvait aucune raison de s'excuser... Dans leurs histoires, elles étaient aussi fautives l'une que l'autre et Emma le savait. Mais ce qui venait de se dérouler ce soir, ce qui aurait pu arriver à Regina, avait poussé Emma à agir une bonne fois pour toutes, à choisir. Henry s'arrêta à sa hauteur et elle glissa une main dans ses cheveux.

— Tu veux venir à l'hôpital ou je te dépose chez Blanche ?

— Non, je veux venir avec toi à l'hôpital, répondit Henry sans hésiter.

Même si son fils était un peu jeune pour subir ce genre de conséquences, Emma ne pouvait l'écarter des événements de la soirée. Il était celui qui l'avait appelée. Il avait eu la présence d'esprit de le faire. Alors tous les deux quittèrent la pièce et Emma croisa le regard de David. Elle savait qu'elle devrait s'expliquer, révéler sûrement d'autres détails d'une vie qu'elle avait dissimulée.

* * *

À l'hôpital, Emma et Henry attendirent plus de deux heures que tous les examens soient réalisés sur Regina. Blanche les avait rejoints et la Sauveuse avait dû rester évasive sur les événements. Jamais, les habitants de Storybrooke n'avaient eu affaire à ce type d'incident dans leur ville. Parce que Storybrooke avait été jusque-là une ville fantôme, un endroit inventé par le sort de la Reine. Mais depuis quelques mois, Regina avait décidé d'ouvrir ses portes, d'accueillir de nouvelles installations... Mais plus que tout, Emma pensait à Harvey Morris qui s'était infiltré dans la maison de Regina, à ses paroles lorsqu'il l'avait frappée. Il avait voulu se venger, la toucher elle à travers la Reine. Sa vie en dehors de Storybrooke avait franchi ses frontières et un drame avait failli arriver. Quand le docteur Whale revint dans la salle d'attente, elle s'approcha sans tarder et demanda :

— Comment elle va ?
— On a terminé tous les examens et elle se repose dans une chambre, répondit-il.

Il jeta un regard sur Blanche non loin d'Emma et préféra rester évasif sur la grossesse.

— Ses côtes sont effectivement fêlées, mais il n'y a aucun signe de perforation. Tout le reste va bien. Je dirais qu'elle est plus affectée moralement que physiquement.
Emma soupira sur ces paroles rassurantes.
— Je veux la voir, exigea-t-elle.
— Je vous accompagne, fit-il.

Emma lança un regard sur Henry qui s'était endormi sur les fauteuils de la salle d'attente puis sur Blanche qui lui fit signe d'y aller. Sans perdre une seconde, elle suivit le médecin à travers les couloirs de l'hôpital.

— Comment va le bébé ? demanda-t-elle en profitant d'être seule avec lui.

— Heureusement, il va bien. Il semblerait qu'il n'ait pas été touché. Mais nous la gardons sous surveillance pour les prochaines heures.

Au moins, une bonne nouvelle dans toute la soirée, se dit Emma. Elle franchit le seuil d'une des chambres. À l'intérieur, elle trouva Regina allongée
dans le lit, des pansements sur le visage. Cette seule image lui parut plus désagréable que toutes les accusations qu'elles avaient pu s'échanger jusque-là. Elle s'approcha tandis que le médecin refermait derrière elle pour les laisser seules.

— Comment tu te sens ? demanda-t-elle, sincèrement inquiète.

Regina aurait préféré être ailleurs que sur ce lit, épuisée par les effets des médicaments. Mais en y réfléchissant, voir l'attention que lui portait Emma en cet instant valait sans doute quelques douleurs.

— J'aurais préféré finir cette nuit dans mon lit, dit- elle d'une voix fatiguée… Et près de toi, ajouta-t-elle d'un regard doux.

Pour la première fois de la nuit, Emma esquissa un léger sourire sur ces derniers mots. Devant Regina ainsi étendue dans ce lit d'hôpital, il n'était plus question de lutter. Elle s'était assez battue pour ce soir. Elle s'assit sur le bord du lit et prit quelques secondes avant de reprendre la parole.

— Je suis désolée, Regina... Pour ce qui s'est passé ce soir. J'aurais préféré que rien de tout ça n'arrive...

Parce qu'elle ne se sentait pas fautive d'avoir tué un homme, mais d'être responsable de cette agression sur la Reine. Plus que tout, celle-ci restait sa femme, elle ne l'avait jamais oublié, et Regina portait son bébé. Même si elle l'avait refusé en bloc, nié toute l'attirance envers elle, rejeté le moindre lien avec elle, tout demeurait réel, ancré au fond de son âme. Alors sa main glissa sur la sienne, son pouce sur son annulaire qui portait toujours son alliance.

— Whale a dit que le bébé allait bien, préféra-t-elle ajouter comme paroles positives. Tu vas avoir besoin de repos.

Regina frissonna sur ce geste, ce contact et resserra doucement sa main à celle d'Emma. Maintenant seule avec elle, songeant à ce qui aurait pu se passer, la Reine appréhendait tout différemment. Elle savait que cet homme aurait pu la tuer et après avoir craint pour la vie de son fils, elle avait redouté de ne plus être vivante pour revoir celle qui demeurait son épouse. La Reine avait perdu trop de temps, Emma et elle avaient nourri trop de discordes inutiles alors que le pire aurait pu arriver sans qu'elle n'ait eu le temps de lui dire tout ce qu'elle avait toujours voulu lui dire.

— Je t'aime, Emma… murmura-t-elle en la regardant. Je t'ai toujours aimée et je sais que… Que je t'aimerai toujours.

Emma resta muette sur ces déclarations inattendues de la part de Regina. Ce soir, elle n'avait pas espéré ce genre de discussions. Et ces mots ainsi avoués la touchaient, éveillaient une émotion difficilement maîtrisable. Son cœur s'affolait encore. Bien sûr, elle avait déjà entendu ce type de confession de la part de la Reine, mais elles avaient été prononcées pendant ces trois mois de mariage. Trois mois où elle était restée sous l'emprise d'un sort. Son regard pétillant sur les traits fatigués et ecchymosés de la Reine, elle ne savait quoi répondre. Tellement de choses s'étaient passées entre elles. Alors elle se pencha sur elle et déposa ses lèvres sur les siennes. L'envie devenait trop forte, les paroles impossibles à prononcer après celles de la Reine. Ce baiser équivalait à tous les mots qui refusaient de s'échapper de sa gorge. Elle rompit le baiser, consciente de l'état de Regina. Elle ne souhaitait pas provoquer ce feu en elle, ne voulait pas de ce genre de moment...
Mais on frappa à la porte et elle se redressa pour tourner les yeux vers les hommes en costume qui entraient dans la chambre.

— Désolé Emma, fit Mike, l'ami de la blonde. Tu connais mon équipier l'agent spécial Hamilton.

Emma contint son désarroi devant son ami du FBI. Elle se leva du lit et serra la main au coéquipier de Mike.

— Salut, fit-elle... Je suppose que vous avez vu le Shérif.

Mike acquiesça et jeta un regard sur la femme allongée sur le lit. Emma fit donc les présentations.
— Regina Mills... Ma femme.

Mike s'approcha, informé du mariage de son amie, mais surtout des événements de la soirée. Il présenta sa carte à Regina.

— Madame Swan-Mills, je suis l'agent spécial Matthews et voici, l'agent spécial Hamilton. Nous ne voulons pas vous déranger. Je sais que vous préféreriez vous reposer, mais nous sommes obligés de vous poser quelques questions...

— T'es sûr que ça peut pas attendre ? demanda Emma. Je vais vous suivre au poste, vous m'interrogerez et elle aura le temps de se reposer.

Mike hésita un instant, jeta un regard sur la femme de son amie.

— Bien, mais tu vas devoir nous suivre. On a besoin de ta déposition.
— Monsieur l'agent ? intervint Regina…

Les deux hommes regardèrent Madame le Maire et celle-ci reprit :

— Pouvez-vous nous accorder quelques minutes s'il vous plaît ?

L'agent Hamilton répondit :

— Bien sûr Madame Swan-Mills. Il regarda Emma :

— On t'attend dans le couloir.

Ils sortirent, laissant à nouveau les deux femmes seules et Regina vit Emma se rapprocher d'elle et tendit sa main.

— Approche, murmura-t-elle.

Quand la Sauveuse fut à la bonne hauteur, Regina reprit sa main dans la sienne et l'amena sur sa joue sans la quitter des yeux. Ce seul contact avait le mérite de la réchauffer, de la réconforter quelque peu en songeant qu'Emma devait à nouveau s'éloigner d'elle.

— Seras-tu là demain ?

Sur ce contact, le corps d'Emma se réchauffa. Après le froid qu'il avait senti pendant l'agression, la joue de Regina, son regard sur elle lui faisait oublier sa peur perçue dans cette chambre.

— Je serai là, confirma-t-elle. Et je te ramènerai si Whale décide de te laisser sortir. En attendant, tu vas dormir et je vais répondre à leurs questions...

De sa main, elle lui écarta une mèche brune de son visage avant de se pencher encore sur elle. Un autre baiser était nécessaire avant qu'elle ne s'éloigne. Elle ne voulait pas remettre une quelconque distance entre elle et la Reine, craignait maintenant une autre attaque, l'intervention d'un autre malade... Elle se recula, échauffée.

— Je reviens demain...

Elle esquissa un léger sourire avant de se forcer à s'éloigner, à quitter la chambre. Une fois la porte fermée, elle lâcha un profond soupir, reprit ses traits durcis et songeurs. Des rappels de ce qu'il s'était passé ne cessaient plus de traverser sa tête. Elle retourna dans la salle d'attente et retrouva Blanche qui lui demanda des nouvelles de la Reine. Malgré les tensions entre elles, Blanche ne pouvait se résoudre à ne rien sentir. Sa nature compatissante et généreuse la poussait à se mettre à la place de Regina. Emma lui demanda de garder Henry jusqu'au lendemain, le temps pour elle de rejoindre le poste du Shérif pour la suite de l'enquête.