Regina passa une mauvaise nuit, nourrie de cauchemars en tout genre, mêlant sa vie actuelle et celle qu'elle avait eue dans la Forêt Enchantée. Chaque fois, la Sauveuse la quittait, amenait Henry avec elle, et un homme dont elle ne voyait le visage tentait de la tuer. Blanche, David, Rumple étaient là eux aussi, accentuant ce sentiment terrible d'abandon et de solitude. On la réveilla à six heures et demie le matin pour lui prendre ses constantes avant de lui servir le petit-déjeuner à sept heures. Et à sept heures et demie, Henry et Emma franchirent le seuil de la porte, lui procurant le plus grand des réconforts. Henry posa une peluche sur la table, représentant une petite sorcière qui souriait sur son balai. Il expliqua :

— On l'a choisie avec Emma, on trouve qu'elle te ressemble !

Regina se redressa pour enlacer son fils, touchée par ce geste de la part de la Sauveuse.

— Je suis tout de même plus jolie, dit la Reine d'une voix encore fatiguée.
— Bien sûr ! dit Henry.

Regina reposa aussitôt son regard sur la Sauveuse qu'elle avait vue approcher avec plus de retenue, certainement en raison de la présence de leur fils.

— Je suis contente de vous voir tous les deux, dit- elle. Vous m'avez manqué.

Henry sourit et lança un regard à sa mère blonde avant de répondre à sa maman brune :

— Toi aussi tu nous as manqué !

Assis sur le bord du lit, Henry affichait une expression réjouie malgré la veille. Il se trouvait avec ses deux mères et pour une fois, celles-ci ne semblaient pas avoir l'intention de se disputer. Emma avait souri devant tant d'enthousiasme de la part de son fils. Depuis son réveil, il n'avait cessé de parler de Regina sans poser la moindre question au sujet de l'agression. Elle s'attendait tout de même à une réaction de sa part, de prochaines interrogations... Mais pour l'instant, il profitait de ce moment et Emma devait en faire autant. Ses retenues demeuraient, simples réflexes devenus habitudes depuis des mois.

— Tu vas pouvoir sortir, annonça-t-elle à Regina. Whale va se charger de signer les papiers ce matin et j'ai loué une maison en attendant que la tienne soit entièrement nettoyée...

Regina se redressa sans gestes brusques pour s'asseoir sur le rebord du lit. L'annonce de la Sauveuse sur la location de cette maison la touchait, lui montrait que celle-ci ne la négligeait pas et pouvait comprendre par quoi elle était passée. Après ces événements, la Reine ne s'imaginait pas retourner dans sa chambre et encore moins y dormir la nuit prochaine.

— Henry ? appela-t-elle. Peux-tu me donner mes affaires rangées dans l'armoire ?

Henry acquiesça et se dirigea donc vers l'armoire au coin de la chambre pour aider sa mère brune et les lui rapporter.

— Je vais t'attendre dans le couloir, dit-il.
— Merci mon chéri.

Il se dirigea vers la sortie, mais la Reine interpella la Sauveuse.

— Emma… Attends, je vais avoir besoin de toi pour m'aider si ça ne te dérange pas.

Emma reposa les yeux sur la Reine et prit une pause. L'aider à s'habiller équivalait à s'approcher d'elle, à la voir sans aucun vêtement. Et elle savait ce que cela impliquait, les effets d'une telle proximité. Mais elle ne pouvait laisser Regina seule, surtout pas après une nuit pareille. Elle revint sur ses pas et effaça la distance entre elles. La nervosité se fit sentir. Elle devait absolument prendre du recul pour ne pas risquer de provoquer ce feu en elle. Maintenant, il devenait son pire ennemi, non parce qu'elle refusait son attirance envers Regina, mais parce qu'elle mesurait les conséquences d'une telle agression. Elle la vit prendre sa petite culotte qu'elle parvint heureusement à enfiler sans ôter sa blouse. Mais elle savait que le soutien-gorge ne serait pas aussi simple...

— Comment a été ta nuit ? demanda-t-elle pour occuper le silence en défaisant le nœud à l'arrière de sa blouse. Est-ce que t'as bien dormi ?

Regina laissa tomber la blouse sur le matelas du lit et enfila une à une les bretelles de son soutien-gorge en ajustant les balconnets sur sa poitrine. Bien sûr, elle n'avait plus aucune pudeur face à Emma, mais savait que cette évidence n'était pas forcément réciproque. Malgré la douleur et les pansements au niveau de son abdomen, Regina frissonna en sentant les doigts d'Emma fermer son sous-vêtement dans son dos, tâche qui généralement se faisait en sens inverse.

— Sans nul doute, je dormirai mieux ce soir, répondit-elle.

Elle se tourna, fit face à la Sauveuse, croisant son regard tandis qu'elle demeurait à moitié vêtue. Si la veille, elle avait remarqué la blessure sur la joue d'Emma, une autre était apparue sur le coin de son front après son combat avec son agresseur. Elle effleura ses doigts sur son front, près de l'ecchymose.

— Tu as fait voir ça au docteur Whale ? demanda-t- elle.

Emma se raidit aussitôt sous les doigts de Regina. Un réflexe de protection pris après des mois de lutte acharnée. Parce que le moindre contact était devenu brûlant avec la Reine et peu importaient les circonstances. Après l'avoir vue à moitié nue, elle se sentait déjà fragilisée, vulnérable au moindre de ses charmes. Elle se força à se détendre, consciente que les circonstances n'étaient plus les mêmes, la situation tout entière avait changé depuis la veille. Et elle remarquait encore l'attention que Regina lui portait, la prévenance à son égard.

— C'est rien, la rassura-t-elle. Juste des bleus...

Elle prit la jupe noire de Regina qui, en toutes circonstances, tenait à se montrer élégante. C'était une des raisons de cette folle attirance. L'allure irrésistible de la Reine.

— Tu vas devoir te lever, ajouta-t-elle.

Le bandage autour de son ventre, les larges ecchymoses parsemant sa peau témoignaient de la violence de l'agression. Emma l'aida à poser les pieds par terre et dut se baisser un peu pour présenter la jupe ouverte. Un sourire nerveux apparut sur ses lèvres tandis que Regina posait une main sur son épaule pour se maintenir.

— Y'a du progrès, commenta-t-elle. Je t'habille maintenant...

Regina eut quelques difficultés à se lever, à se maintenir debout tandis qu'Emma l'aidait à mettre son chemisier. Elle n'attendit pas pour se rassoir et le boutonna, consciente de la tension qui revenait entre Emma et elle. La porte s'ouvrit à cet instant sur le docteur Whale.

— Voici votre autorisation de sortie ainsi que la liste des calmants que vous pourrez prendre pour soulager la douleur.

Une infirmière entra derrière lui, poussant un fauteuil roulant.

— Par contre, je vous demanderai de vous reposer au moins pendant quinze jours, le temps que vos côtes se ressoudent correctement. Évitez tout effort physique, et restez assise ou allongée autant que possible.

Regina fronça les sourcils en voyant le fauteuil.

— Ne comptez pas sur moi pour utiliser cette chose.
— Madame le Maire, reprit Whale, si vous ne m'écoutez pas, vous risquez d'avoir de graves séquelles !

Sur les recommandations du docteur Whale, Emma comprenait que Regina aurait besoin de quelqu'un pour les prochaines semaines. Elle s'y était attendue et pour cette raison, elle avait loué une maison. Peut- être ces événements leur permettraient-ils de poser les choses entre elles ? Elle esquissa un léger sourire sur le refus de la Reine et prit le fauteuil roulant pour le rapprocher d'elle.

— Majesté, fit-elle en plaisantant, votre carrosse est avancé...

La Reine en question se sentait mal à l'aise, dérangée à l'idée d'utiliser ce fauteuil si réducteur. Mais face à Emma, à sa façon de tourner cette situation en dérision, elle ne pouvait décemment pas l'accuser comme elle accusait Whale. Elle se rendit à l'évidence quand elle se redressa une nouvelle fois et que la douleur se réveilla, puis se résigna à s'y asseoir avant d'enfiler ses talons. Sa magie aurait pu régler tous ces problèmes. D'ailleurs, il n'y aurait guère eu de problèmes si sa magie ne l'avait pas quittée.

— Combien de temps vais-je devoir utiliser ce fauteuil ? demanda-t-elle.
— Le temps que vous guérissiez, répondit Whale.

Il préféra s'adresser ensuite à Emma.

— N'hésitez pas à m'appeler si besoin. Il regarda la Reine.
— Bon rétablissement.

Il quitta la chambre et Henry approcha davantage après avoir écouté la discussion depuis l'entrée. Il vit Emma pousser le fauteuil vers la sortie et demanda :

— C'est fini ? On peut quitter l'hôpital ?
— Ouais, répondit Emma.
— Cool ! réagit Henry avec joie. Alors, on va rester tous les trois dans la nouvelle maison ?

Emma marqua une pause en jetant un regard sur Regina qu'elle poussait dans le fauteuil. Bien sûr, son fils avait posé LA question.

— En effet, fit-elle. Parce que ta mère a besoin de se reposer et je dois avoir quelques jours de congé à rattraper.

— Ouais ! Ça, c'est encore plus cool ! On pourra commander des pizzas ce soir ? Maman peut pas faire la cuisine et toi, t'es pas vraiment douée pour la faire...

Emma lança un regard peu satisfait sur cette dernière remarque et se défendit :

— C'est sympa, je te signale que la dernière fois, t'as fini le plat de pâtes que j'avais fait.
— Oui, mais c'était que des pâtes...

Regina esquissa un léger sourire. Malgré elle, cet échange, aussi anodin fût-il, lui rappelait les trois mois où Emma et elle avaient vécu chez elle, en tant qu'épouses. Ils quittèrent l'hôpital et rejoignirent la voiture d'Emma garée à quelques mètres de la sortie. Alors la Sauveuse l'aida à s'asseoir dans son quatre- quatre. D'une certaine façon, la Reine appréciait ces rapprochements plus ou moins forcés où sa légitime épouse se trouvait une excuse pour la toucher, lui donner une attention dont Regina avait perdu l'habitude. À chaque geste, chaque seconde de leur proximité, leurs regards se croisaient, faisant naître chez la Reine cette émotion naturelle d'attirance irrépressible. Une fois installée, Emma prit la route vers la maison louée non loin de la sienne sur Fleet Mills Street.

— Y'a une piscine ? demanda Henry.
— Pourquoi veux-tu que Miss Swan ait pris une maison avec une piscine ? demanda Regina.
— Parce que c'est bientôt l'été et qu'on pourra se baigner.

Emma jeta un regard sur Regina qu'elle n'avait pas l'habitude de voir assise près d'elle dans sa voiture. Ses parfums embaumaient déjà l'habitacle et éveillaient des envies familières. Là encore, ce n'était pas le moment... Emma avait conscience de ce qui se passerait les prochaines semaines. Dans cette maison, elle vivrait avec Regina, mangerait avec elle, la croiserait à tout moment de la journée. Peut-être la vie se chargeait-elle de lui imposer ce qu'elle devait faire ?

— Et pourquoi j'aurais pas loué une maison avec piscine ? renvoya-t-elle à Regina, sur un ton léger.

— Alors, c'est vrai ? Y'a une piscine ? enchaîna Henry avec excitation.

Emma esquissa un léger sourire devant l'impatience de son fils.

— Tu le sauras quand on y sera, répondit-elle pour le faire languir.

— Alors il y en a une ! conclut Henry. Sinon, tu m'aurais tout de suite dit non pour que je ne sois pas déçu.

Mais incertain sur cette dernière affirmation, il demanda encore :

— Hein ? J'ai raison, pas vrai ?

Emma gara la voiture devant la maison en question et défit sa ceinture avant de donner les clefs à Henry.

— Va voir par toi-même, gamin.

Sans attendre une seule seconde, Henry prit les clefs et sortit de la voiture, bien trop pressé de connaître la réponse. Il courut jusqu'à l'entrée, déverrouilla et disparut à l'intérieur. La portière ouverte, Regina l'entendit crier :

— Y'a une piscine !

Elle sourit et vit Emma approcher, amener devant elle ce maudit fauteuil qu'on lui imposait. Mais pour une fois, la Reine allait se plier aux recommandations qu'on lui donnait. Il en allait de sa santé et de celle du bébé. Elle se redressa donc pour s'asseoir, aidée par Emma, mais perdit l'équilibre et manqua de tomber, se retrouvant littéralement portée par la Sauveuse qui avait eu le bon réflexe de la retenir. Collée ainsi à elle, son regard se releva dans le sien, son visage à nouveau à quelques centimètres. Comment la Sauveuse pouvait-elle lui faire tant d'effets après tout ce temps, après avoir goûté maintes fois aux plaisirs de la chair dans ses bras ? Car la Reine sentait les réactions de son cœur, autant qu'elle percevait tous ces papillons virevolter dans son ventre. L'envie d'embrasser Emma devenait dévorante. Cet instant était de ceux où le temps s'arrêtait, où elles se regardaient avec une telle intensité que rien ni personne n'aurait pu les éloigner l'une de l'autre. Le regard de la Reine s'arrêta un instant sur les lèvres de la Sauveuse et remonta dans le sien, consciente du fait qu'Emma la maintenait debout, ses bras enlacés autour de sa taille.

— Merci, Miss Swan…

Emma sentait cette chaleur remonter le long de son ventre, de ses poumons jusqu'à ses joues. Un moment parmi ceux tant redoutés et qui se déroulait dès les premières minutes de leur colocation. Qu'en serait-il ce soir, demain, dans une semaine ? Emma percevait déjà cette envie dévorante de goûter à ses lèvres, de se laisser aller une fois de plus. Son corps contre le sien suscitait tant d'émoi. Et il n'avait pas réagi une seule seconde avec Taylor...

— Quand est-ce que t'arrêteras de m'appeler Miss Swan ? lui demanda-t-elle en la lâchant doucement une fois dans le fauteuil. Tu me répètes tout le temps qu'on est mariées et tu m'appelles encore Miss...

Regina sourit sur cette réprimande qui l'amusait et que la Sauveuse répétait constamment.

— J'aime t'appeler ainsi. Ça me rappelle le bon vieux temps de nos mésententes quand on se tournait autour.

Emma lui renvoya son sourire en refermant la porte de sa voiture.

— Quand tu me prenais de haut sous tes airs de grande dame, ouais... Je me rappelle de cette époque, Majesté.

Henry s'approcha, encore excité par la présence de la piscine.

— Maman ! Y'a une piscine et la maison est super !

Il tourna les yeux vers Emma et demanda :

— Je peux pousser le fauteuil ?
— Pas besoin de permis pour conduire ta mère, alors t'as le droit, répondit Emma en prenant le sac de Regina dans le coffre.

Henry ne se fit pas prier et poussa le fauteuil jusqu'à la petite allée menant à la porte d'entrée de la maison.

— Tu vas voir maman, c'est pas aussi grand que chez nous, mais il y a assez de chambres et surtout, il y a la piscine avec un jardin.

Regina avait donc compris que la Sauveuse avait prévu dans son choix de location un extra pour leur fils. Elle la regarda poser le sac à l'entrée et jeta un coup d'œil sur les lieux. La demeure était meublée, semblait confortable, chaleureuse et lumineuse. Pas autant que chez elle, bien sûr, mais le minimum était installé. Canapés, télévision et grande cuisine équipée. Elle ramena ses mains sur les roues du fauteuil afin d'avancer d'elle-même, de faire le tour du propriétaire. Heureusement, la maison n'avait aucun étage, il lui serait plus facile pour se déplacer. Les baies vitrées donnaient directement sur le jardin, sans vis-à-vis, et sur une grande terrasse où se trouvait une table d'extérieur, un barbecue, le tout trônant devant la fameuse piscine. Regina revint vers Emma qu'elle détailla un instant, consciente de tout ce que la Sauveuse faisait pour elle depuis hier.

— Merci pour tout ça, dit-elle. Je préfère effectivement rester à l'écart de notre maison quelque temps. Mais il me faudra aller chercher des affaires, notamment pour Henry.

Emma ne l'avait pas quittée des yeux. Voir Regina assise dans ce fauteuil lui serrait le cœur et ne cessait de lui rappeler les événements de la veille.

— T'auras qu'à me dire ce que tu veux ramener ici, j'irai les chercher...

Elle tourna les yeux vers Henry et reprit :

— Montre à maman le reste de la maison, je vais à la pharmacie.
— D'accord, fit Henry, enthousiaste.

Emma s'éloigna et Henry se posta donc derrière le fauteuil de sa mère pour l'entraîner à travers le couloir où se trouvaient les chambres.

— Tu vas voir, c'est grand, dit-il.

Regina n'en doutait pas, mais ses réflexions reprenaient le pas sur le moment présent, surtout après le départ d'Emma. Sa confusion était si grande en sa présence que ses pensées ne suivaient pas un cours tout à fait normal ou naturel. Maintenant revenaient les souvenirs de cette nuit, de son agression, de cet homme qu'Emma avait tué. Non pas que la mort d'un individu était une vision choquante, mais ce qui tenait Regina sous l'emprise de ses craintes, de cette angoisse inconnue, était le souvenir de l'instant du coup de feu. Durant un millième de seconde, elle avait cru qu'Emma avait été blessée. Tout s'était passé très vite lors de son affrontement avec cet homme et tout aurait pu basculer d'un côté ou d'un autre. Et la Reine repensait aussi à ses aveux à la Sauveuse, aux mots qu'elle avait prononcés la veille, à son amour révélé. Emma venait tout juste de s'éloigner d'elle, que déjà la blonde lui manquait. Qu'en serait-il si elle repartait dans quelques jours, dans quelques semaines ? Regina craignait de ressentir une nouvelle fois le manque qui l'avait rongée ces derniers mois.

* * *

La fin de journée arriva rapidement. Emma avait tenté de tenir les agents fédéraux à l'écart, mais elle savait que l'enquête n'était pas close. Sa déposition faite dans la nuit avait été longue et semée de questions, surtout de la part de son père. Elle l'avait d'ailleurs présenté comme son frère parce que, qui croirait qu'un homme d'une trentaine d'années à peine était son père ? Le monde extérieur avait franchi les limites de Storybrooke, ils devaient donc rester prudents surtout en pleine enquête fédérale. Mais heureusement, Mike faisait partie de ses bonnes connaissances et Emma avait gardé une réputation intacte dans le milieu.

L'heure du repas approchait quand on sonna à la porte d'entrée de la nouvelle maison. Henry avait essayé la piscine tout l'après-midi tandis que Regina s'était reposée sur le canapé. Quand Emma ouvrit la porte, son ami Mike se tenait sur le seuil, accompagné de son coéquipier Derek Hamilton.

— Salut Emma, fit Mike. On a attendu le plus longtemps possible, mais on doit interroger ta femme si on veut clore ce dossier rapidement.

Emma le savait parce qu'elle connaissait les procédures lors d'une enquête. Ce qui la dérangeait était surtout de forcer Regina à parler de son agression perpétrée par un homme qu'elle avait déjà croisé dans sa vie.

— Entrez, répondit-elle en leur ouvrant la porte. Elle est dans le salon...

Les deux agents firent quelques pas dans la maison et rejoignirent le salon où se trouvait madame Mills. Emma préféra prendre la parole avant eux :

— Regina, l'interpella-t-elle. Tu te rappelles des agents fédéraux hier ?

— Bonjour Madame le Maire, reprit Mike. Excusez le dérangement, mais nous devons vous poser quelques questions...

Emma jeta un regard vers les baies vitrées et aperçut Henry sauter dans la piscine pour faire des éclaboussures. Elle préférait le savoir à l'écart de cette conversation autour de l'agression de sa mère.

La Reine n'apprécia guère cette visite imprévue, surtout qu'elle n'était pas apprêtée pour recevoir des agents fédéraux. Assise sur le canapé, elle ajusta la couverture sur ses jambes et les regarda à tour de rôle :

— Ceci ne pouvait-il attendre que je sois rétablie ?
— Malheureusement non, une enquête fédérale était ouverte sur l'homme qui vous a agressée donc nous devons réunir toutes les informations afin de la clôturer.
— Pouvez-vous nous dire ce qui s'est passé hier soir ? reprit Mike.

Regina détourna les yeux. Elle revivait déjà mentalement cette scène dans son esprit quand elle n'était pas occupée. Alors en parler à ces inconnus la dérangea davantage. Elle dut pourtant répondre :

— Je dormais, il m'a sauté dessus, il a tenté de me violer et Emma est intervenue.

Sur ce récit bref qui évoquait la confusion de Madame le Maire, Mike dut pourtant demander :

— Aviez-vous déjà vu cet homme auparavant ?
— Non, répondit Regina.
— Vous a-t-il dit quelque chose en essayant de vous agresser ?
— Non.
— Vous avez vu Emma Swan tirer sur lui ?
— Oui.
— Est-ce que vous savez à quel moment elle lui a tiré dessus ?
— Avant qu'il n'attrape son arme pour l'abattre. Elle a été plus rapide, résuma Regina.

Mike lança un coup d'œil à la blonde tandis que son coéquipier prenait des notes. Bras croisés, Emma demeurait tendue devant l'interrogatoire. Regina l'était aussi et c'était une réaction normale. Mais Mike posa la question qu'il devait poser...

— Emma vous avait-elle déjà parlé d'un certain Harvey Morris ?
— Elle sait rien, répondit Emma, tendue. Mike releva ses yeux sur elle.
— Laisse-la répondre ou je vais devoir te faire quitter la pièce.

Emma soupira, nerveuse. Elle comprenait les obligations de son ami, mais l'interrogatoire se resserrait et lui rappelait certains éléments qui suscitaient déjà bien des émotions...

— Madame Swan-Mills ? insista Mike.
Regina avait froncé les sourcils sur la réaction d'Emma au sujet de cet homme dont elle ne savait rien. La Sauveuse semblait le connaître. D'où ? Comment ? Cet homme s'en était-il pris à elle pour atteindre Emma, se demanda-t-elle.
— Je ne le connaissais pas, répondit-elle.

Mike jeta un regard sur Emma avant de regarder Regina et demander encore une fois :

— Vous êtes bien certaine de ne pas l'avoir déjà vu ces derniers jours ?
— Non, je vous l'ai dit, répondit Regina, nerveuse.
— Bien, je vous remercie, Madame Swan-Mills, répondit-il en se levant.

Il prit une carte à l'intérieur de sa veste et la lui tendit :

— Si vous vous rappelez de quoi que ce soit, appelez-moi...

L'agent Hamilton lui fit ses adieux à son tour et tous les deux repartirent vers la porte d'entrée accompagnés d'Emma. Sur le palier à l'extérieur, Mike se retourna vers son amie et reprit :

— C'est ta femme et elle ne sait rien de ce que tu fais à Boston ? Je comprends que vous ayez été en froid, mais tu devrais lui dire... Tu n'as pas travaillé que sur des dossiers de petits braqueurs.

Emma resta silencieuse un instant. Son ami lui reprochait son manque de communication avec Regina. Même si cela l'agaçait, que pouvait-elle lui répondre ? Elle se sentait déjà coupable...

— Je sais, précisa-t-elle, et je vais rester dans le coin un moment.

— Dis-lui, insista Mike. Parce que tu ne seras pas vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec elle. Et si tu veux vraiment rattraper les choses avec ta femme, évite les mensonges...

Emma le fixa un instant, l'air fermé. Mike connaissait quelques détails de sa vie sans savoir toute l'histoire, bien sûr. Mais une fois de plus, que pouvait-elle répondre à ses conseils ?

— Bref, reprit Mike, on va boucler le dossier ici et je t'appelle dès que ce sera fait. Tu sais où me trouver si t'as besoin.

Emma acquiesça d'un signe de tête.

— Merci.

Il s'éloigna pour rejoindre son équipier dans la voiture et elle retourna à l'intérieur, songeuse. Parler à Regina n'avait jamais été simple, mais lui avouer qu'elle lui avait dissimulé des choses serait plus difficile encore.

Regina s'était hissée dans le fauteuil, ses côtes toujours douloureuses malgré les calmants prescrits par Whale. Elle détestait se sentir ainsi, diminuée, mais après le passage de ces deux hommes, des questions étaient nées au sujet de son agresseur et de son identité. Elle vit Emma revenir et demanda :

— Qui était ce Harvey Morris ? Pourquoi semblaient-ils étonnés que je ne sache rien sur lui ?

Emma s'était attendue à ces questions en série après la venue des deux agents. Ils avaient enfoncé quelques portes qu'elle s'était évertuée à garder fermées. Maintenant, Regina s'interrogeait au sujet de son agression, réaction normale et légitime. La tension remontait parce que cette fois, elle était en faute et il ne s'agissait plus d'accuser la Reine pour ses sorts. Elle se dirigea vers le petit bar et se servit un verre de scotch. Elle pouvait sentir le regard de Regina sur elle, la suivre avec attention et impatience.

— Parce qu'ils savent qu'on est mariées et que j'aurais dû te parler de ce que je fais...

Elle but une gorgée d'alcool et reporta son regard sur la Reine.

— Harvey Morris était un tueur en série en fuite depuis un mois... Je ne pensais pas qu'il s'en prendrait à toi et j'ai eu tort.

Devant le regard confus et interrogateur de la Reine, elle expliqua après une autre gorgée de scotch.

— Avant de venir à Storybrooke, j'ai travaillé sur le dossier Morris. Le FBI l'avait arrêté après une longue enquête de quatre ans. Il s'est enfui alors qu'il devait reprendre un de leurs interrogatoires. Dans certains cas, les fédéraux lancent un avis de recherche et contactent certains chasseurs de primes... Liam, mon associé et moi, on a fini par l'avoir avant qu'il ne s'en prenne à une autre femme à La Nouvelle-Orléans. Ça nous a pris neuf mois de chasse pour l'attraper et le livrer aux fédéraux. Il a été condamné à perpétuité à Sing-Sing d'où il a fini par s'évader il y a un mois en simulant une tentative de suicide. Jamais, j'aurais pu croire qu'il s'informerait sur moi et qu'il s'en prendrait à toi... Je suis désolée.

Regina n'avait pas quitté des yeux la Sauveuse, stupéfaite d'apprendre quelles avaient été ses activités en dehors de Storybrooke. Elle avait eu vent de ses talents de détective, de sa facilité à retrouver les gens, mais ne se doutait pas qu'Emma Swan exerçait ce métier à un tel niveau. Elle détourna le regard un instant.

— Ce n'est rien, dit-elle. Elle la regarda à nouveau.
— J'avais compris que tu souhaitais garder ta vie à Boston plus privée, je comprends. Ce n'est pas comme si je te racontais mes propres frasques à l'époque où j'arrachais les cœurs en série. Nous avons chacune notre passé, bien que le tien soit un peu plus présent malheureusement.

Emma fronça les sourcils, troublée par la réaction plutôt calme de la Reine. Elle s'était attendue à des accusations parce que telles étaient leurs habitudes entre elles.

— Alors, tu... Tu ne me dis rien ? Tu ne me reproches rien ?
— Que veux-tu que je te reproche ? D'avoir une vie à Boston ? De ne pas m'avoir parlé de tes activités ? Veux-tu que je t'accuse que cet homme s'en soit pris à moi par ta faute ?
La Reine leva les sourcils.
— Je pourrais trouver mille arguments pour te faire culpabiliser, mais à quoi cela mènerait-il, Miss Swan ? Je suis lasse de nos disputes et mon seul souhait est de te savoir près de moi. Alors non, je ne peux rien te reprocher, car à ce petit jeu des reproches, tu en as davantage à m'en faire.

Emma ne sut quoi répondre à cette longue tirade. Elle but une autre gorgée de scotch. Au moins, Regina ne se chargeait pas d'accentuer ses responsabilités dans son agression. Et pour la première fois depuis des mois, elles parvenaient à avoir une vraie conversation.

— Arrête de m'appeler Miss Swan...

À cet instant, Henry revint dans la pièce, une serviette autour du cou.

— Qu'est-ce que vous faites ? leur demanda-t-il.
— On discute, répondit Emma. Tu devrais aller prendre une douche, on ne va pas tarder à manger.

Henry remarqua surtout qu'il n'avait entendu aucun ton monter, ni aucun bruit. Peut-être ses mères avaient-elles décidé de se réconcilier ? Il préféra ne pas poursuivre sur ce sujet, attendant de voir.

— On mange quoi ? interrogea-t-il encore. Emma leva les sourcils, hésitante.
— Je sais pas encore.
— En tout cas, la piscine est super !

Il s'éloigna dans le couloir et s'enferma dans sa chambre. Emma reporta les yeux sur Regina et s'assit sur l'accoudoir d'un fauteuil près d'elle. Elle se rappela d'une autre chose tout aussi importante que ses mensonges et demanda :

— Est-ce que tu sais pourquoi tu as perdu tes pouvoirs ?

Cette question tendit Regina, lui rappelant ô combien elle était désormais affaiblie et fragilisée. La dernière fois qu'elle avait perdu ses pouvoirs, les habitants de Storybrooke avaient voulu la faire brûler vive sur un bûcher, lui provoquant angoisses, cauchemars à répétition et craintes absolues. Encore une fois, Emma avait été là pour elle.

— Je ne sais pas, dit-elle. Gold m'a dit qu'il était soit question d'une contrepartie pour avoir fait une formule pour tomber enceinte, soit en raison du bébé qui se protégeait. Mais je n'ai pas de réponse précise.
Elle songea à un détail.
— Pourras-tu me trouver une arme avant de repartir ? Que je puisse me défendre si quelqu'un rentre chez moi.

Emma leva les sourcils sur cette demande inattendue. Dans un sens, elle comprenait les craintes de Regina, mais ne pouvait y répondre positivement.

— Je ne vais pas repartir tout de suite, répondit-elle, et avant de te donner une arme, je vais d'abord t'apprendre à tirer...
Elle marqua une pause et reprit :
— Et je préfèrerais encore que tu me parles de cette nuit plutôt que tu me demandes une arme.

Parler avait toujours été le problème majeur entre la Reine et la Sauveuse. Et parler de cette nuit, de ce qu'elle ressentait encore aujourd'hui la dérangeait.

— Et bien, à défaut d'avoir une arme… Elle prit un léger sourire en la regardant :
— Que dirais-tu de m'aider à préparer le dîner ?

Emma roula des yeux devant cette question qui n'avait rien à voir avec la réponse qu'elle attendait. Elle se leva, tendit son verre à Regina qui le prit et se posta dans le dos de son fauteuil pour l'amener à la cuisine.

— Tu sais que j'essaie d'avoir une conversation avec toi, là ? Tu vois ? De ce mariage ensorcelé, je me rappelle de ça aussi, de ta façon de vouloir obtenir le dernier mot à chaque fois ou d'éviter certains sujets...

Regina se mordit le coin de sa lèvre sur plusieurs pensées et ouvrit le réfrigérateur.

— J'aurais espéré que tes souvenirs de notre courte vie maritale aient été plus excitants.

Elle lui lança un regard.

— À moins que ta mémoire se veuille sélective.

Emma lui lança un regard accusateur spontané sur cette dernière remarque. Regina provoquait ses émotions, abusait de ses faiblesses. Maintenant, son esprit bien trop sensible imaginait certaines scènes de cette vie maritale dont la Reine parlait.

— J'ai plein de souvenirs, répondit-elle, mais je les garde pour moi...

Elle prit une bouteille d'eau et demanda pour changer de sujet :

— Qu'est-ce que tu comptes faire à manger depuis ton fauteuil ?

Regina avait esquissé un léger sourire charmé, amusée par les réactions défensives de la Sauveuse. Elle appréciait de la taquiner gentiment et pouvait aussi profiter de son état pour faire passer ses messages sans que sa femme ne s'énerve. Elle vérifia le contenu du réfrigérateur, constatant qu'Emma avait fait les courses, puis en sortit un sachet de salade et des escalopes de poulet.

— Nous nous en tiendrons à un repas léger, mais consistant, n'oublions pas que notre fils est en pleine croissance.

Elle posa le tout sur le plan de travail et ajouta :

— Et je me doute que tu les gardes pour toi… Moi, j'apprécie de me rappeler des bons moments, des belles journées que nous passions avec Henry le week-end quand nous allions pique-niquer au parc ou à la plage.

Emma s'en souvenait et là était tout le problème. Tant de bons moments partagés avec Regina et leur fils, des instants d'une vie normale qui n'avaient été qu'une douce illusion. Et pourtant, là, dans cette cuisine, ce moment anodin ressemblait à ceux qu'Emma avait vécus avec Regina pendant leurs trois mois de vie commune.

Sur le silence d'Emma, Regina tendit la main et la glissa dans celle de la Sauveuse qui ne répondait pas à ses remarques. Elle devinait son trouble, le sentait et en était désolée.

— Si tu souhaites toujours que je te fasse oublier ce qu'il s'est passé entre nous, je le ferai, concéda-t-elle.

Emma fronça les sourcils, surprise. Comment Regina pouvait-elle lui proposer une chose pareille après cette nuit de terreur ? Le seul contact de sa main dans la sienne suffisait à éveiller son être, à lui rappeler sans cesse son attirance impossible à réfréner. Après des mois de lutte, elle n'y était pas parvenue. Et avant que l'agression n'arrive, elle était revenue à Storybrooke pour régler les choses avec Regina...

— Non, répondit-elle.

Elle prit quelques secondes pour réfléchir, mesurer l'importance de son refus. Il équivalait à autant d'accords silencieux, à une volonté de renouer des liens. Peut-être était-il le moment de discuter avec sa femme puisque c'était la raison principale de son séjour à Storybrooke.

— Écoute Regina... Je ne reste pas à Storybrooke uniquement pour ce qu'il s'est passé cette nuit.

Mettre des mots sur ses tourments était une tâche difficile parce qu'ils sous-entendaient une certaine admission, une reddition.

— J'aimerais qu'on éclaircisse les choses entre nous, ajouta-t-elle. D'autant que ce bébé existe bel et bien... Et que je n'arrive pas à tirer un trait sur ce fichu mariage.

Regina ne savait dire si elle devait être rassurée ou plus inquiète. Discuter avec Emma n'avait jamais été chose facile, pas plus que de connaître le fond réel de ses pensées. Si leur alchimie passionnelle dans un lit n'était plus à démontrer, leurs mésententes cordiales depuis leur toute première rencontre ne pouvaient être niées. Si Regina ne pouvait mettre de côté sa véritable nature, ses élans vengeurs ou parfois vicieux, ses sentiments pour Emma étaient réels et la Sauveuse était la dernière personne qu'elle souhaitait voir souffrir. Alors parler devenait une nécessité autant pour l'une que pour l'autre, même si l'idée de mettre des mots sur une décision qui devrait être prise l'angoissait.

— Dans ce cas, s'il y a une chose que tu dois savoir pour que tout soit clair de mon côté, c'est que je ne veux pas te perdre, dit-elle de façon directe.

Emma se rappelait des aveux de la Reine la veille, allongée sur son lit d'hôpital. Elle n'avait aucun doute quant à ses sentiments désormais et ne pouvait les contredire après autant de preuves irréfutables. À y songer, son cœur s'emballait tout seul, une autre conséquence de ce feu que Regina attisait. Ses doutes demeuraient néanmoins, des vestiges tenaces d'une lutte acharnée et vieille de plusieurs mois. Nier son attirance à l'égard de la Reine serait nier sa propre existence et ce qu'elle était en tant qu'humaine. Mais ce qu'elle représentait en tant que Sauveuse s'opposait à ce genre d'épanchement. Quelles ennemies jurées finissaient dans un lit à consommer leur mariage ? Elle but une gorgée et songea à cette nuit, à la peur indicible et terrifiante qu'elle avait ressentie en sachant Regina en danger ? Une réaction spontanée pleine de réponses implicites.

— Il me faudra juste un peu de temps, répondit-elle finalement.

Pour quelqu'un qui souhaitait éclaircir les choses, Regina songeait qu'Emma était loin d'être claire. Mais ces paroles sous-entendaient qu'elle leur accordait peut-être une autre chance. Henry arriva précipitamment dans la cuisine et provoqua aussitôt le recul d'Emma qui lâcha sa main.

— On mange quand ? demanda-t-il.
— Bientôt, fit Regina, mais tu peux m'aider en mettant le couvert.

Henry devinait que sa mère brune le solliciterait ces prochains jours pour l'aider dans certaines tâches qu'elle ne saurait faire seule. Mais mettre la table était l'une de ses corvées quotidiennes alors il n'en était pas dérangé. Emma lui tendit trois assiettes, des couverts et il la vit préparer les escalopes de poulet tandis que Regina lui expliquait comment les saisir pour qu'elles soient plus moelleuses. Quelques minutes plus tard, tous les trois passaient à table pour déjeuner, Henry ravi de retrouver ses deux mères malgré les raisons qui les réunissaient aujourd'hui. Emma lui expliqua qu'elle resterait quelques jours, le temps pour Regina d'aller mieux, puis elle retournerait à Boston, une annonce des plus déplaisantes. Mais Henry gardait en tête que sa mission de réunir ses mères ne s'opérerait pas du jour au lendemain. D'ailleurs, les jours à venir seraient déterminants et il comptait bien en profiter pour montrer à Emma que tout pourrait redevenir comme avant si elle y mettait du sien.
Après le déjeuner, Emma reçut un appel de David qui lui demanda de passer le voir puisque Blanche souhaitait aussi lui parler. Quand Regina fut assoupie devant la télé, elle prit donc sa voiture pour rejoindre leur maison où sa mère l'accueillit avec une étreinte chaleureuse.

— David m'a raconté, dit-elle, tu aurais dû le réveiller avant d'agir seule !
— Ça va, fit Emma, il ne m'est rien arrivé.

Et pour cause, songeait David qui se rappelait des réelles activités de leur fille à Boston.

— La prochaine fois, j'aimerais quand même que tu n'agisses pas seule, insista Blanche.

— Hey, vous oubliez que je suis la Sauveuse ! Il ne peut rien m'arriver, spécifia Emma pour les rassurer.

Blanche la vit s'asseoir dans un canapé, quelque peu nonchalante. En réalité, David et elle avaient beaucoup discuté des derniers événements et du fait que leur fille ait repris contact avec Regina par la force des choses. Blanche posa un plateau avec des tasses et une théière et s'installa dans le fauteuil, l'air grave.

— David m'a dit que tu avais loué une maison à Regina... Tu ne crois pas que c'est un peu trop ?

Emma soupira en silence. Cette question, elle s'y était attendue et c'était une réaction qu'elle avait voulu éviter en combattant son attirance envers Regina. Moins de vingt-quatre heures après l'agression de la Reine et son départ nocturne précipité pour aller à son secours, sa mère émettait déjà des doutes et sous- entendait son désaccord par la même occasion. Mais elle s'était engagée auprès de Regina, auprès de son fils et ne changerait pas d'avis. Ce qu'elle avait vécu ces derniers mois l'avait affectée de mille façons.

— Non, je ne crois pas, répondit-elle clairement.

L'expression de Blanche et David reflétait autant de doutes, de craintes que de confusion.

— J'ai eu le temps de réfléchir à ce qu'il s'est passé, ajouta-t-elle. Au sort que Regina m'a jeté...

Elle les sentait pendus à ses lèvres, impatients de connaître son point de vue, priant sûrement pour qu'elle renonce à la folie de cette union.

— Je n'ai pas signé les papiers de divorce, annonça-t- elle.

Les pieds étaient maintenant dans le plat et Emma reconnaissait la désapprobation évidente sur les traits de ses parents. Avant qu'ils ne se lancent dans un de leurs discours moralisateurs dont ils avaient le secret, elle reprit :

— J'ai eu un peu plus de six mois pour penser à ce qu'elle avait fait, à la magie qu'elle a utilisée pour me manipuler... Et c'est bien ce qu'elle a fait, j'en suis tout à fait consciente.

Le moment le plus délicat arrivait. Celui où elle devrait partager ses sentiments, dévoiler ses combats intérieurs, lever le rideau sur des réflexions tourmentées.

— Mais j'ai une part de responsabilité, poursuivit-elle. Et j'ai pas été totalement honnête. Ni avec vous, ni avec elle, ni avec moi. Je ne sais pas encore où j'en suis, ni ce que je vais faire. Tout ce que je sais, c'est que j'ai envie d'aider Regina qui est encore ma femme que vous le vouliez ou non. Je peux pas la laisser tomber, je n'y arrive pas. Et ce qu'elle a vécu cette nuit, personne ne le mérite, croyez-moi...
— Mais Emma, commença David, perturbé... Emma leva la main pour l'interrompre :
— Je sais ce que vous pensez tous les deux et je n'ai pas oublié ce qu'elle a fait. Mais j'ai pas envie de me disputer avec vous... Je suis fatiguée de me battre avec tout le monde.

Blanche n'en revenait pas. Emma était donc encore mariée à Regina et leur disait clairement qu'elle ne renoncerait pas à ce mariage. Avait-elle perdu la raison ? Regina l'avait-elle encore ensorcelée ? Avec la Méchante Reine, tout était possible et si Emma était sous l'emprise d'un sort, il ne servirait à rien de discuter.

— On ne veut pas se battre avec toi nous non plus, remarqua Blanche, mais tu sais très bien qu'elle ne t'apportera jamais rien de bon...

C'était l'instant où Emma ne pouvait continuer de dialoguer avec ses parents pour éviter de vaines confrontations. Elle se leva.

— Désolée, mais je dois y aller, j'ai des courses à faire et un appel à passer.

David s'apprêta à intervenir, mais Blanche ramena sa main sur son bras.

— Tiens-nous au courant quoique tu décides et tant que tu es à Storybrooke, nous aimerions aussi te voir et profiter de toi.
— Je vous appelle, fit Emma.

Blanche la raccompagna à la porte. Emma était encore sous le coup de ses émotions. Toutes tentatives de dialogues seraient vaines pour l'instant. Peut-être avait-elle besoin d'abord de se reposer et de réfléchir à ses propres décisions ? Et peut-être Blanche devrait-elle s'assurer que Regina n'ait pas encore lancé un fichu sort contre sa fille !

— Fais attention à toi, lui dit-elle...
— Ouais, à plus tard...

Blanche referma la porte, la mine fermée, le regard sur David qui demeurait aussi inquiet qu'elle l'était. Elle devrait voir Gold pour quémander son aide.