La nuit était tombée et Regina avait fait manger Henry après avoir reçu un appel d'Emma lui expliquant qu'elle devait régler deux ou trois choses en ville avant de revenir à la maison. Bien sûr, le manque de détails sur lesdites "choses" l'avait fait réfléchir, mais au moins, Emma rentrerait et lui en parlerait peut-être. Assise dans son fauteuil, sans ses pouvoirs, Regina tournait en rond. Non seulement elle s'ennuyait, mais cette maison n'était pas la sienne et elle n'y avait pas ses repères. Elle aurait voulu au moins cuisiner, mais comment y parviendrait-elle clouée dans ce maudit fauteuil ? Elle se sentait inutile et sans magie, plus désarmée que jamais. Elle avait regardé la télévision dans l'espoir de ne plus songer à cet homme qui était rentré chez elle, mais le souvenir de son corps lourd sur le sien, de ses mains sales sur sa peau semblait la hanter. Un bruit la sortit de ses pensées dans un sursaut quand la porte s'ouvrit. Elle vit Emma refermer et un soulagement suivit. Elle poussa les roues de son fauteuil jusqu'à elle pour venir l'accueillir. La Sauveuse rentrait tard pour quelqu'un qui n'aurait pas dû trop tarder.
— Miss Swan, je peux savoir où tu étais ?
Emma leva les sourcils, surprise par la question hâtive de Regina qui lui demandait des explications. Plutôt que de se crisper à l'idée de lui faire un rapport, elle prit le temps de comprendre l'inquiétude éventuelle de la Reine. Elle rentrait plus tard que prévu... Elle posa un sac à l'entrée et répondit :
— Je suis allée prendre quelques affaires chez toi. Je me suis dit que tu finirais sûrement par tout casser si tu n'avais pas au moins la moitié de ton dressing avec toi. Et j'ai croisé Michael, mon ami du FBI chez toi. Il voulait s'assurer que la scène de... Que ta chambre ait bien été analysée avant d'envoyer son rapport.
Elle ôta sa veste et ajouta :
— On est allé boire un verre ensuite.
Elle la pendit au portemanteau à l'entrée et termina sur un ton plus léger :
— C'est bon ? Je peux rentrer ou tu as d'autres questions, inspecteur ?
Regina se calma, mesurant son propre emportement. Elle n'était pas femme à attendre chez elle sans rien faire, mais une femme d'action qui avait toujours tout pris en main. Elle repoussa une mèche brune derrière son oreille et répondit :
— Je suis désolée, je suis un peu à cran et rester ici à ne rien faire me joue des tours.
Elle roula jusqu'au sac ramené par Emma et constata effectivement qu'elle lui avait pris quelques vêtements.
— Merci pour cette attention, ajouta-t-elle avant de la regarder. As-tu pris le temps de dîner ?
Emma se félicitait d'être passée outre son agacement spontané suite à la première question de Regina à son arrivée. À présent, elle constatait la tension redescendre entre elles et elle comprenait les difficultés de la Reine à demeurer enfermée comme elle l'était. Toutes les deux auraient sûrement besoin de s'adapter l'une à l'autre, surtout elle à Regina parce qu'Emma n'avait connu leur vie commune que sous l'influence d'un sort.
— Non, mais je vais grignoter un truc, ça ira...
Regina la suivit jusqu'à la cuisine et la vit récupérer un sandwich dans le réfrigérateur. Là aussi, elle s'en voulait de ne pas avoir pu cuisiner quelque chose. En la voyant se caler contre le rebord du plan de travail, elle expliqua :
— Je dois te dire qu'Henry m'a demandé si nous comptions nous remettre ensemble. Je n'ai pas su quoi lui répondre.
Emma défit le sachet autour du sandwich et esquissa un petit sourire nerveux. Bien sûr, Henry se hâtait de poser ses questions, de rappeler ses désirs à travers quelques remarques. Et elle ne pouvait s'en étonner, le savait enthousiaste à l'idée de reformer une famille. Se remettrait-elle avec Regina ? Elle ne pouvait l'affirmer, n'avait aucune idée de ce que l'avenir leur réservait, mais elle se trouvait à Storybrooke pour arranger les choses, pour remédier à ce combat incessant au fond d'elle. Elle jeta un regard sur Regina, fut dérangée de la voir dans ce fauteuil et, en même temps, attirée par ses charmes en dépit de ses faiblesses provisoires. Elle tira un tabouret près du plan de travail et s'approcha d'elle.
— Je vais t'aider à t'asseoir à ma hauteur, ensuite, on discutera, tu veux bien ? lui suggéra-t-elle.
Regina acquiesça et sentit les mains d'Emma se poser sur ses hanches tandis qu'elle ramenait ses bras autour de son cou. L'instant suivant, Emma l'asseyait sur le tabouret, mais Regina ne l'avait pas lâchée, pas plus que son regard brun ne s'était détourné du sien. Ce rapprochement opportun venait de raviver la chaleur de son corps, les battements de son cœur. Voici tous les effets que Miss Swan avait sur elle à chaque instant. Respirer ses parfums, sentir cette délicieuse tension dès qu'elles se rapprochaient ne faisait que lui confirmer combien Emma était faite pour elle et vice-versa. Une main remonta sur la descente de sa mâchoire, ses doigts fins profitant de ce contact pour redessiner la courbe de son visage. Elle aimait Emma, sans condition, le sentait chaque seconde un peu plus et son regard devait certainement trahir la profondeur de ses sentiments. Sans attendre d'autorisation, elle tira sur le tissu de la chemise d'Emma pour l'inciter à se rapprocher et capturer ses lèvres. Elle avait besoin de l'embrasser, de retrouver le contact enivrant de ses lèvres, de sentir qu'Emma l'aimait elle aussi même si son amante, sa femme n'était pas prête à une telle confession. Ses lèvres pleines se refermèrent sur les siennes, ses cuisses se calant contre les hanches d'Emma qui s'était rapprochée. Sentir la Sauveuse répondre à ces contacts lui donnait un semblant de répit quant aux décisions qui seraient prises dans les prochains jours. Elle finit par se reculer, les prunelles brillantes et capta dans les yeux bleus d'Emma cette même intensité dans les émotions que sa femme lui avait révélées avant qu'elle ne demande le divorce.
— Je t'écoute, dit-elle à voix basse.
Comment Emma pouvait-elle discuter à présent ? Regina venait de souffler sur des braises incandescentes, d'attiser ce même feu hurlant au fond d'elle. Une frénésie familière et pourtant incontrôlable. La Reine jouait avec ses atouts, la rendait vulnérable une fois de plus. Après ce baiser, la chaleur ne la quittait plus, accompagnait un désir qui ne s'estompait qu'avec difficultés et lenteur délirante s'il n'était pas satisfait. Contre le corps de Regina, entre ses cuisses, Emma triait ses pensées. De quoi parlait-elle avant de se retrouver prise d'assaut par les lèvres pulpeuses de la Reine ? Celle-ci devait voir sa confusion, son trouble dans ses yeux, un égarement qu'elle aurait préféré voiler parce qu'il avouait tout.
— Je...
Mais sa voix sonna éraillée et elle dut racler sa gorge pour l'éclaircir avant de reprendre.
— J'ai parlé avec Blanche et David tout à l'heure. Je leur ai dit que je n'avais pas signé les papiers du divorce et que je ne le ferai pas...
Ces paroles illuminèrent le regard et le sourire de Regina. Non pas qu'elle se réjouissait de ce qu'auraient pu ressentir Blanche Neige et son maudit Prince, elle n'y pensait pas pour l'instant, les paroles d'Emma lui soufflaient qu'elles resteraient mariées, lui sous-entendaient également la volonté d'Emma de faire partie de sa vie. Sa main sur sa joue, ses doigts remontèrent jusqu'à sa nuque.
— Alors tu veux que je reste ta femme légitime ?
Emma sentit un frisson courir depuis sa nuque jusqu'au bas de ses reins, éveiller de nouvelles envies, comme si son corps en avait besoin... Les doigts vagabonds de la Reine nourrissaient le feu. Un sourire étira les lèvres d'Emma sur ce dernier terme que Regina employait volontiers.
— Disons que je suis prête à voir ce que ça donne sans magie... Et j'aimerais aussi que tu essaies de calmer les choses avec Blanche et David.
Regina leva les sourcils sur ces paroles. Calmer les choses ? Comment y parviendrait-elle même avec la meilleure volonté du monde ?
— Tes parents me détestent, comment voudrais-tu que je fasse pour qu'ils m'acceptent ?
En posant cette question, la réponse lui vint avec évidence :
— À vrai dire, je connais bien une formule qui pourrait définitivement régler ce problème...
— Non, la coupa Emma sans hésiter. Plus de formules, plus de magie sur les gens.
Emma s'était attendue à devoir brider Regina dans ses habitudes de sorcière, de Méchante Reine.
— Et en plus, tu n'as même plus de pouvoirs, ajouta- t-elle. Tout ce que je te demande, c'est de ne plus les provoquer...
Regina ne put empêcher un sourire. Sa petite remarque taquine avait fait son effet.
— Je plaisantais, Miss Swan. Et si je n'ai plus mes pouvoirs, je saurais faire de la magie rudimentaire en usant de mes vieilles potions.
Son air se fit tout de même plus contrarié.
— À ce propos, il me faudra rejoindre mon caveau pour faire une formule. Mes pouvoirs n'ont pas pu s'évaporer comme ça, quoiqu'en dit Gold, ils sont forcément quelque part.
Emma n'avait aucune idée de l'explication à ce problème de pouvoirs. Pour l'instant, elle se préoccupait davantage de sa situation actuelle avec Regina, de cette grossesse réalisée par le biais de la magie, une fois de plus. Elle se recula des cuisses ensorceleuses de Regina et récupéra son sandwich laissé sur le plan de travail.
— Attends au moins que tes côtes soient remises...
Après son bref repas et une discussion plus légère autour des projets précipités de Regina, ralentis par Emma, celle-ci aida la Reine à s'apprêter pour la nuit. Bien sûr, Regina avait usé et abusé de ses atouts physiques en exigeant de se vêtir d'une de ses nuisettes en satin parfaitement taillée pour ses formes. Et évidemment, Emma avait été témoin de son effeuillage avant de suivre son rhabillage... Autant de minutes à garder l'esprit serein, le sang-froid et les idées lucides. Autant de temps à lutter contre une envie dévorante de poser ses mains attirées sur son corps. Certes, Emma avait décidé de courber l'échine devant son attachement incontrôlable à l'égard de Regina, mais elle devait au moins canaliser la folie de son désir pour elle. Quand elle voulut quitter la chambre pour rejoindre la troisième laissée vide, Regina l'interpella pour lui demander de rester. Et la Reine avait mis tout son talent dans la formulation de cette faveur. Alors, Emma avait cédé, victime d'un regard enjôleur, d'une partie d'elle qui ne voulait que se rapprocher encore et encore. Des nuits avec Regina, elle en avait connu... Durant trois mois de vie commune, toutes les deux avaient partagé la même chambre, le même lit qui avait accueilli de nombreuses étreintes passionnées et sensuelles, parfois impulsives et précipitées, d'autres fois plus douces et attentives. Vêtue d'un pantalon de toile et d'un débardeur, Emma se glissa près de sa femme, un geste qu'elle n'avait plus fait depuis des mois. Elle reconnut aussitôt les parfums de Regina. Ils l'envoûtaient littéralement, la réchauffaient et l'étourdissaient. Ils ramenaient avec eux des souvenirs de multiples ébats, de tendres soirées à partager discussions et plaisanteries. Comment avait-elle pu vivre autant de choses avec Regina, autant de joies, de moments torrides, de rires en étant sous l'effet d'un sort ? Ces mêmes moments que la Reine avait vécus sans être ensorcelée. Une autre preuve des sentiments qu'elle lui avait confiés la veille sur son lit d'hôpital.
Puisqu'Emma était encore sa femme et le resterait, Regina se rapprocha d'elle et enlaça son bras autour de sa taille, sa joue posée au creux de son épaule. Cet instant anodin, Regina l'avait rêvé depuis des mois, depuis que son sort avait été brisé. Mais ce soir, il n'y avait pas de magie et c'était de son plein gré qu'Emma avait accepté de rester. Ainsi, Regina pouvait la respirer, la câliner, ses doigts se refermant sur le haut de son torse et sa peau veloutée. Tant de personnes à Storybrooke partaient se coucher ce soir, mais aucune ne ressentait l'apaisement et la sérénité de Regina qui demeurait tout contre sa Sauveuse.
— Tu m'as manqué, murmura-t-elle d'une voix basse...
Emma luttait encore, et ce malgré ses dernières résolutions. Comme une mauvaise habitude ancrée dans son cerveau, des réflexes demeuraient. Son cœur répondit aux paroles de Regina, mais sa tête lui rappelait qu'elle était la Méchante Reine. Entre les deux, circulait un sentiment à la fois euphorisant et brûlant, déconcertant de contradictions. Son visage se tourna vers le sien et son nez capta ses parfums dans ses cheveux noirs. Se retrouver ainsi au calme avec Regina la troublait et l'apaisait en même temps. Pourtant, ce n'était pas la première fois qu'elle prenait la Reine dans ses bras. Mais pour la première fois, elle le faisait volontairement, avait conscience de chacun de ses gestes envers elle. Que lui réservaient les prochains jours ? Emma n'en avait pas la moindre idée, mais peut-être était-il temps d'arrêter de vouloir tout anticiper et de profiter du présent...
