Les jours suivants, Regina n'eut d'autres choix que de se reposer, mais elle demanda à Emma l'autorisation de pouvoir l'accompagner quand elle déposait Henry à son école ou quand elle allait au supermarché. Rester enfermée lui était insupportable autant que de rester clouée à ce maudit fauteuil roulant ou au canapé du salon. Jamais sa magie ne lui avait autant manqué et Emma refusait de la conduire à son caveau tant qu'elle ne serait pas rétablie. La semaine suivante, elle quitta son fauteuil malgré le refus d'Emma et consulta Whale qui lui confirma qu'elle pouvait désormais se tenir debout, mais qu'elle devrait se ménager et ne pas faire d'efforts trop intenses.
À Storybrooke, le retour de la Sauveuse ne passait pas inaperçu auprès des habitants. Chacun l'avait croisée au moins une fois en ville avec la Méchante Reine. Que ce soit à l'école d'Henry, à l'hôpital, au supermarché du centre ou non loin de la bibliothèque, Blanche avait dû confirmer le retour de sa fille pour son plus grand bonheur hormis le fait qu'elle passe le plus clair de son temps avec Regina.
— Que lui as-tu répondu ? demanda David à sa femme.
Assise devant un chocolat chaud fumant sur la banquette du Granny's, Blanche soupira d'exaspération.
— La vérité, répondit Blanche. Qu'Emma était venue voir son fils et que Regina avait été agressée. Et ça, tout le monde le sait déjà puisque la nouvelle est parue dans le Storybrooke Daily. Mais Scarlett n'est pas dupe, elle m'a fait comprendre qu'il devait forcément se passer quelque chose entre Emma et la Reine.
— Je n'ai pas très envie de retourner voir Gold, fit David, nous lui devons déjà un service.
— Je sais, répondit Blanche, et justement Scarlett m'a dit qu'elle connaissait quelqu'un qui pourrait peut-être nous aider, une ancienne sorcière de la Forêt Enchantée.
David en était intrigué et c'était pour cette raison qu'il avait quitté le commissariat ce matin pour rejoindre sa femme au Granny's et rencontrer cette inconnue. Qui que fût la nouvelle amie de Scarlett supposée les aider, il espérait que les pouvoirs de celle-ci soient assez puissants pour contrer ceux de Regina.
— Justement, la voilà, prévint Blanche en voyant une femme entrer dans le petit restaurant et approcher.
Elle se leva, imitée par David et demanda :
— Vous êtes Ruby Cortese ?
La concernée leur sourit légèrement en serrant la main de Blanche et David.
— Et vous, les Charmant, c'est bien ça ? renvoya la jeune femme.
— Oui, enchantée et ravie de vous rencontrer, reprit Blanche-Neige. Venez, asseyons-nous.
Ruby s'exécuta. David la constatait jeune, comme la plupart des habitants de Storybrooke. Habillée d'un jeans, d'un petit blouson en cuir, cette jeune femme avait une allure décontractée, semblable à celle de leur fille et semblait même plus jeune qu'Emma.
— On ne vous a jamais vue en ville, fit-il remarquer...
— Je suis plutôt du genre discret, répondit Ruby. Scarlett m'a dit que vous étiez inquiets pour la Sauveuse, je peux savoir pourquoi ?
Blanche lança un regard à David et expliqua :
— Nous pensons que Regina lui a une nouvelle fois jeté un sort, mais nous n'avons aucun moyen de le vérifier, est-ce que vous pourriez nous aider ?
— Peut-être bien, répondit Ruby...
David demeura sur le recul. Il ne connaissait pas cette femme, ne l'avait même jamais croisée à Storybrooke ou du moins, ne s'en rappelait pas.
— Comment savoir si nous pouvons vous faire confiance ? demanda-t-il.
— Vous ne le pouvez, répondit Ruby, mais vous ne semblez pas avoir beaucoup d'amis capables de vous aider. Et avant que vous me demandiez pourquoi je vous rendrais ce service sans rien en échange, sachez que je ferais n'importe quoi qui puisse empêcher Regina Mills d'être heureuse !
Ces paroles eurent le mérite de rassurer David autant que Blanche-Neige. Les ennemis de Regina ne pouvaient être que leurs amis et Blanche demanda :
— Y'a-t-il quoi que ce soit dont vous ayez besoin pour y parvenir ?
— Votre bénédiction m'autorisant à agir dans l'intérêt de votre fille sera suffisante !
— Vous l'avez, répondit David. Aidez-nous à sauver Emma !
Regina venait d'entrer dans sa maison de Mills Fleet Street et ce retour chez elle n'était pas sans conséquence. Une angoisse la chevillait au corps depuis qu'Emma et elle avaient quitté la villa, mais Regina elle-même avait formulé le souhait de revenir puisque les travaux de rénovation dans sa chambre étaient terminés. Regina n'était pas lâche. Elle avait toujours fait face à ses craintes. Pour cette raison, elle ne laisserait pas les souvenirs de cet homme lui gâcher la vie.
Près d'elle, Emma gardait un regard soucieux sur Regina. Chaque nuit passée à ses côtés, elle avait été témoin de ses nuits agitées, avait pu mesurer ses angoisses, son traumatisme et comprenait combien il était difficile pour elle de revenir sur les lieux de son agression.
Regina franchit le seuil de la chambre où planaient des parfums de peinture fraiche. La moquette avait entièrement été remplacée, même son lit qu'elle avait choisi plus moderne en tenant compte de l'avis d'Emma lorsqu'elle l'avait acheté en ville. Elle regarda Emma et esquissa un léger sourire.
— C'est parfait, dit-elle.
— La couleur te plaît ? demanda Emma incertaine.
Les murs avaient été repeints en jaune orangé, des couleurs plus chaudes que les murs blancs immaculés dans toute la maison.
— Si elle te plaît, elle me plaît aussi, répondit Regina.
Emma lui renvoya son sourire, satisfaite et soulagée. Depuis plus de dix jours, elle accompagnait Regina dans ses tâches quotidiennes, la suivait dans quelques-uns de ses projets, mais surtout, elle vivait avec elle, auprès d'elle. Et il ne s'était pas écoulé une journée sans que la Reine ne lui montre cet amour qu'elle lui avait confié à l'hôpital. Emma n'avait plus de raison de lui asséner des reproches, de l'accuser. Regina faisait battre son cœur dès qu'elle l'approchait, dès qu'elle posait une main sur elle. En plus de dix jours, elles n'avaient partagé aucune étreinte comme si les débuts de leur vie commune exigeaient d'être pesés, mesurés à leur juste valeur et au calme. Elle s'approcha d'elle et lui écarta une mèche de cheveux noirs. Regina dégageait une beauté à couper le souffle, peu importaient les circonstances, sa tenue, ses humeurs, l'expression de ses traits. Peu à peu, Emma s'abandonnait à son attirance exacerbée, à ce lien impossible à détruire et appréciait la présence de la Reine à ses côtés.
— En fait, c'est toi qui me plais, rectifia Emma d'un ton léger.
Regina frissonna et lui sourit tendrement. Les changements de sa Miss Swan au fil des jours étaient déconcertants. Même si elles continuaient de se chamailler pour des désaccords mineurs, comme le menu des repas, le programme des films du soir ou le temps qu'elle passait dans la salle de bains, Regina se rendait réellement compte des efforts d'Emma pour concilier ses sentiments à ses obligations. Car Regina avait peu à peu compris la dualité qui régnait entre ce qu'Emma voulait faire et ce qu'elle se refusait de faire. La Sauveuse voulait être avec elle, souhaitait s'abandonner à ses sentiments, mais son respect et son amour envers ses parents, leur volonté et leur rancune à son égard demeuraient un obstacle qu'Emma avait du mal à franchir. Regina ne la pressait pas pour autant, mais restait une oreille attentive quand Emma tentait de parler, d'exprimer ses retenues, son ressenti. Alors quand elles parvenaient à communiquer, quand Emma s'ouvrait à elle, un autre pas était franchi. Sa main se glissa dans la sienne.
— C'est bien que je te plaise, car je me plais à moi aussi ce qui signifie qu'on est au moins d'accord sur ce point.
Elle lui sourit tendrement et l'entraîna vers une pièce à côté de la chambre d'Henry qui n'était autre qu'un bureau qu'elle avait rarement occupé jusqu'à ce jour.
— Que dirais-tu d'installer la chambre du bébé ici ?
Emma avait ri sur la remarque précédente de Regina qui impliquait tout son côté arrogant et orgueilleux. Et même si elle s'abandonnait à quelques tendres confessions, Emma n'oubliait pas avec qui elle passait ses nuits. La Méchante Reine ressortait parfois au détour de quelques réflexes, de petites phrases bien senties. Elle croisa les bras et s'appuya contre le chambranle de la porte, intéressée par la suggestion de la Reine. Elles n'avaient pas vraiment parlé de l'arrivée de ce bébé, n'avaient fait qu'aborder des symptômes probables de la grossesse.
— Pourquoi pas... Mais il faudrait qu'on sache si c'est une fille ou un garçon avant, tu ne crois pas ?
Regina s'emportait, comme souvent ou plutôt, comme toujours quand elle envisageait l'avenir avec Emma. Sa belle amante lui avait plus ou moins pardonné de ses excès de magie et la pardonnerait davantage quand leur bébé viendrait à naître.
— Nous le saurons la semaine prochaine, dit-elle. Whale nous recevra et nous aurons même une première photo de lui ou elle !
Elle se tourna vers la chambre, imaginant sans mal les premières décorations qu'elle achèterait.
— J'aimerais tant avoir une fille, confia-t-elle.
Un aveu qui n'étonnait pas Emma. Elle s'approcha dans le dos de Regina et l'enlaça en ramenant ses mains sur son ventre, là où une part d'elle, de leur passion charnelle, grandissait lentement.
— Est-ce que Whale t'a dit quand tu sentirais le bébé bouger ?
Regina ramena ses mains sur celles d'Emma, profitant de ce nouveau rapprochement comme il se devait.
— Entre la seizième et la vingtième semaine, a-t-il dit...
Quand Emma y songeait, elle se surprenait à percevoir une excitation à ce sujet. L'arrivée de ce bébé l'enthousiasmait autant qu'elle l'inquiétait. Elle n'avait pu profiter d'Henry après sa naissance. Mais avec ce bébé que Regina portait, elle prenait le temps d'appréhender la naissance. Bien sûr, ses parents n'étaient pas au courant de son lien de parenté avec cet enfant ni que Regina était enceinte, d'ailleurs. Elle n'avait pas jugé opportun de les mettre dans la confidence et attendait de s'être adaptée à sa vie commune avec Regina avant de le leur annoncer. Elle pencha son visage dans son cou et respira ses parfums avant de glisser ses lèvres sur sa peau.
— Alors, il ne reste plus que deux semaines, environ...
Regina frissonna de tout son long sur ces assauts délicieux. Elle aussi comptait les jours de chaque étape de sa grossesse puisque chacun d'eux amènerait son lot de joie. Elle se tourna vers la sauveuse pour venir l'embrasser, renouveler un contact plus direct, un contact amoureux. Car il n'y avait nul autre mot pour décrire ce que Regina ressentait pour Emma, elle était amoureuse d'elle, sentait son cœur s'emballer dans sa poitrine à chaque fois qu'elle l'embrassait. Le bonheur qu'elle avait créé en jetant ce sort à Emma des mois plus tôt pour la libérer de ses chaînes morales lui avait été arraché, mais peu à peu, toutes les deux revenaient l'une vers l'autre. L'instant suivant, elle vit Emma se reculer tandis qu'un lointain grondement résonnait. Elle constata son expression inquiète.
— C'est quoi ce truc ? lança Emma en regardant vers la fenêtre.
Regina se tourna et son regard s'agrandit de stupeur en constatant qu'un immense nuage rougeâtre et épais engloutissait Storybrooke mètre après mètre. Aussitôt, elle songea à Ruby, sa demi-sœur qu'elle n'avait plus revue depuis de trop longues années. Mais il était déjà trop tard pour répondre à Emma, lui expliquer que dans les prochaines secondes, un nouveau sort noir s'abattrait sur elles. Son regard se tourna vers le sien, désemparé et elle remonta sa main sur sa joue avant de dire :
— Je t'aime, Emma... Je t'en prie, souviens-toi que je t'aime...
Les fenêtres explosèrent et le nuage envahit la demeure en quelques secondes, le temps pour Regina d'offrir un dernier baiser à sa femme...
