Assise jambes croisées sur sa maudite couche de cellule, Regina se regardait les ongles et entendait, bien évidemment, toute la conversation puisque sa petite sœur criait littéralement après Emma.

— Que je ferme les yeux, entendit-elle de la part d'Emma. Je suis shérif, tu m'as recrutée pour faire respecter la loi !

— Et pour faire aussi ce que je te demande quand je te le demande, renvoya Ruby ! Je suis le Maire de cette ville, c'est moi qui décide !

— T'as tout faux là, ce n'est pas toi qui décides et encore moins toi qui me dis ce que j'ai à faire. T'avais pas à accorder à Crochet le droit de construire son putain d'entrepôt sur l'aire de jeux des gamins sans en parler aux habitants de Storybrooke !

— Mais je rêve ou tu es contre moi !?

Entre-temps, Regina avait trouvé une lime à ongles dans sa poche et gardait un léger sourire en coin. Non pas qu'elle se réjouissait du malheur de sa sœur à travers cette dispute virulente, mais Emma la défendait, ou du moins défendait ses principes, ce qui ne pouvait que la ravir. Un haussement de voix plus tard, la porte s'ouvrit à la volée avant qu'elle ne voie Ruby s'éloigner vers la porte en claquant celle-ci. Elle vit Emma sortir à son tour, constata son air exaspéré et se leva pour revenir vers les barreaux de sa cellule. La blonde semblait agacée, mais aussi anxieuse. Regina n'aimait pas la voir ainsi et mesurait que toutes ces contrariétés résultaient de son intervention.

— Je sais que tout cela est de ma faute, tenta-t-elle, et j'en suis sincèrement désolée...

Ruby l'avait rendue furieuse et le mot était faible. Emma se sentait à la fois rabaissée au rang de serviteur de Madame le Maire et coupable d'avoir suivi ses principes. Par-dessus le marché, Ruby avait quitté le commissariat en claquant la porte. Elle saisit son téléphone portable et répondit à Regina :

— Non, c'est pas de ta faute...

Elle envoya un message texte à son fils pour lui donner l'autorisation de passer la nuit chez Austin, son ami et aussi camarade de classe. Mieux valait qu'Henry reste à l'écart de la maison si sa femme était en colère après elle.

Même si Emma était sincère, Regina la sentait plus fébrile et soucieuse. Habituellement, les états d'âme des gens lui importaient peu, mais Emma n'était pas les gens. Emma était Emma, la seule personne dans cette ville la considérant comme un individu à part entière et pas seulement comme la Méchante Reine. Alors Regina préféra ne plus parler, ne pas la déranger. Quelques minutes plus tard, Scarlett livra les plats commandés, l'accusant d'un regard noir comme si Regina avait choisi de se retrouver dans cette cage. Chacune dîna en silence. Regina se demandait si elle devait regretter son intervention au parc. Ruby avait été claire à ce sujet. Elle pouvait rester à Storybrooke si et seulement si elle ne se faisait pas remarquer. Sa sœur lui ordonnerait-elle de quitter la ville quand elle serait sortie de prison ? Qu'en serait-il de son poste au Granny's ? Tous les habitants de la ville la détestaient déjà et tous devaient également savoir que la Sauveuse l'avait enfermée suite à son intervention. Regina avait un mauvais pressentiment sur les événements à venir. Quelque chose lui soufflait que cette histoire finirait mal.

Emma somnolait, assise dans un fauteuil au commissariat, les jambes étendues et posées sur une chaise. Il était deux heures du matin passées et elle se retrouvait seule au poste, à devoir surveiller son unique prisonnière qui s'était endormie quelques heures plus tôt. Elle avait entendu Regina bougonner contre l'inconfortable matelas, l'espace restreint de sa cellule, le manque d'intimité... Autant de choses qui avaient fait sourire Emma, qui l'avaient arrachée à ses réflexions désagréables au sujet de sa femme. Leur dernière dispute résonnait dans sa tête, se répétait en boucle et, dans le silence du commissariat, elle n'avait rien d'autre à faire que de penser. Pourtant, de légères complaintes se firent entendre et capturèrent son attention. Elle se redressa, jeta un œil vers la cellule et surprit des bruits de mouvements. Elle se leva, intriguée et s'approcha de la cage où se trouvait Regina. De toute évidence, celle-ci était victime d'un mauvais cauchemar. Emma la voyait se débattre, se tourner, se retourner, émettre de nouvelles plaintes incompréhensibles. Alors, sans attendre davantage, elle saisit les clefs et ouvrit la cellule avant d'y entrer et de s'asseoir sur la couche près de Regina.

— Regina, fit-elle en posant une main sur son épaule.

Mais celle-ci semblait captivée par ses mauvais rêves et continuait de se démener. Cette fois, Emma tenta de la calmer en la prenant par les épaules.

— Regina, réveille-toi, ajouta-t-elle plus fort.

Les paupières de celle-ci s'ouvrirent et ses yeux se rivèrent dans ceux d'Emma, emplis d'un affolement évident. Emma en fut profondément troublée, presque inquiète.

— Tout va bien, reprit-elle, plus doucement. Tu es au commissariat avec moi...

Une nouvelle fois, Regina avait fait ce rêve odieux où un homme cagoulé entrait chez elle et tentait de la violer. Son regard sur Emma, elle sentait encore le battements effrénés de son cœur, sa respiration anarchique.

— Miss Swan, murmura-t-elle...

Tout avait paru si réel, cet homme, la Sauveuse entrant avec une arme, se battant contre lui avant de le tuer à bout portant. Les images étaient si nettes et claires dans l'esprit de la Reine qu'elle avait encore du mal à s'en remettre.

— Où est Henry ? demanda-t-elle spontanément...

Emma fronça les sourcils sur cette question étrange à laquelle elle ne s'était pas attendue. Regina appréciait beaucoup Henry, mais de là à penser à lui aussitôt après son réveil agité rendait Emma confuse.

— Chez un copain à lui, répondit-elle. Pourquoi ?

Tout était si intense dans l'esprit de Regina qu'elle se retrouvait plus confuse que jamais. Ses sourcils froncés, son regard demeurait rivé sur Emma. Sa main remonta aussitôt sur sa joue, à l'endroit où elle l'avait vue blessée. Il n'y avait pourtant ni entaille ni ecchymose et Regina réalisait peu à peu qu'elle était bel et bien réveillée.

— Tu étais blessée, dit-elle d'un souffle encore irrégulier... Il y avait cet homme et...

Et tout cela n'était qu'un mauvais rêve, réalisait-elle. Elle n'était pas Maire de Storybrooke, pas plus qu'Henry était son fils, pas plus qu'Emma était sa femme. Regina était complètement désorientée, sous le choc d'émotions intenses qu'aucun autre cauchemar n'avait autrefois suscitées. Elle mesurait lentement qu'elle était dans cette cellule où elle s'était endormie quelques heures plus tôt.

— Ce n'était pas réel, murmura-t-elle à elle-même sans quitter le regard bleu d'Emma...

Dans tous les cas, la main de Regina contre sa joue avait été plus que réelle, songea Emma durant une seconde ou deux. Sa peau s'en souvenait et en portait toute la chaleur. Il y avait bien quelque chose entre Regina et elle depuis longtemps. Quand exactement ? Emma ne savait pas répondre à cette question. Mais entre sa belle-sœur et elle, des regards, des sourires s'échangeaient sans arrêt. Tous les matins, elle avait hâte de pousser la porte du Granny's pour y trouver Regina derrière le comptoir. Et le week-end, lorsqu'Emma ne travaillait pas ou moins, elle s'arrangeait souvent pour y faire un détour. Rares étaient les fois où Regina était absente. Alors, ce contact, ce geste plus franc et direct semblait confirmer ce souffle d'ambiguïté qui planait entre elles. Sa main rejoignit la sienne sur sa joue et la lui serra doucement.

— Je vais bien, tenta-t-elle pour la rassurer.

Regina lui apparaissait réellement secouée et Emma en était intriguée et soucieuse. Dans une attention spontanée, destinée à la réconforter, à calmer ses angoisses, elle lui repoussa quelques cheveux derrière l'oreille.

— Est-ce que tu veux me raconter ce cauchemar ? lui demanda-t-elle.

Regina songeait que ses émotions étaient bien réelles. Ce geste de la part d'Emma, leur proximité soudaine, faisaient naître une chaleur familière, un réconfort apaisant qu'elle n'avait pourtant jamais pu expérimenter avant ce jour. Personne à Storybrooke où même auparavant dans la Forêt Enchantée, n'avait eu de geste si attentionné à son égard. Mais comment pourrait-elle avouer à Emma Swan qu'elle s'était vue mariée avec elle et qu'Emma l'avait secourue ? Comme si ces contacts la brûlaient, elle ôta sa main en détournant les yeux. Pour qui la prendrait Emma en sachant le fond de ses pensées et surtout, quel genre de femme convoitait l'amante de sa propre sœur ?

— Non... Ce n'est pas important...

À travers les réactions et l'expression désorientée de Regina, Emma y voyait pourtant beaucoup de choses importantes. La sœur de sa femme semblait réellement affectée ou du moins parasitée par ce cauchemar et elle pouvait le comprendre. Elle-même gardait en mémoire la dernière image de sa nuit précédente : ce baiser partagé avec Regina. Elle en percevait des frissons à chaque fois qu'elle y songeait. Qu'y avait-il dans le mauvais rêve de Regina que celle-ci veuille lui cacher ?

— Si tu le souhaites, tu peux rentrer chez toi, suggéra-t-elle sans insister davantage. Je comprends que dormir dans une cellule puisse être perturbant...

Regina releva les yeux sur Emma assise près d'elle. Elle se demanda un instant si le Shérif se comportait ainsi avec tous ses prisonniers ou si ce genre de faveurs lui était exclusivement réservées. Elle voulait croire en la seconde option, mais ses angoisses persistaient et rentrer chez elle ne semblait pas sa priorité en plein milieu de la nuit.

— Non, je préfère attendre le lever du jour, dit-elle.

Emma acquiesça d'un simple signe de tête. Elle se réjouissait de cette décision, mais ne l'avouerait pas à Regina. Celle-ci demeurait fragilisée par son cauchemar, son réveil brutal en plein milieu de la nuit.

— Est-ce que tu veux que je t'amène un verre d'eau ? lui demanda-t-elle.

— Je veux bien merci.

Emma se leva et s'éloigna. Regina l'imita pour se dégourdir les jambes. Elle devait se reprendre malgré tout, d'autant qu'il était bientôt trois heures du matin et qu'elle n'était pas certaine d'être capable de se rendormir. Mais ce qui devait arriver arriva et des nausées soudaines l'envahirent, la forçant à se précipiter devant la cuvette des toilettes de la cellule. Comment avait-elle pu oublier cela, songea-t-elle, oublier qu'elle était enceinte ! Le docteur Whale lui avait pourtant dit que ces symptômes pouvaient durer jusqu'à la vingtième semaine, voire au-delà. Elle se redressa, haletante, pâle et récupéra la serviette posée près du robinet. Ce fut quand elle se redressa qu'elle constata la mine incertaine et inquiète d'Emma et Regina l'était tout autant. Comment pouvait-elle expliquer à Miss Swan que ces vomissements étaient normaux ? Elle récupéra le verre d'eau, se rassit sur la couche et Emma demanda :

— Tu veux que j'appelle un médecin ?

Par le passé, Regina avait toujours menti, sans scrupules et sans vergogne, mais face à Emma, elle ne pouvait s'y résoudre.

— Est-ce que tu peux garder un secret ?

Emma craignait le pire et répondit avec évidence :

— Bien sûr !

Regina s'efforçait de trouver les mots, mais ceux-ci ne venaient pas. Pourtant, il n'y avait nulle autre façon de dire les choses :

— Je suis enceinte, Miss Swan, mais j'ignore qui est le père.

Sur cette annonce, Emma fut déstabilisée, totalement troublée. Et ça ne venait pas du fait que Regina ignorait qui était le père, mais de la savoir enceinte.

Parce que cela signifiait que Regina avait eu un amant, s'était donc abandonné aux bras d'un homme. En y songeant, elle se sentait même en colère, jalouse... Et elle ne pouvait nier cette dernière constatation personnelle. Comment pouvait-elle se sentir jalouse d'un homme en pensant à Regina ? Était-ce ce garde-forestier qui traînait toujours avec Crochet ? Était-ce un homme de cette ville ? Elle chassa ces interrogations de sa tête et s'accroupit devant elle.

— Est-ce que tu as... Tu as eu quelqu'un récemment ?

Une fois de plus, Emma se rapprochait d'elle, songeait Regina et cette main posée sur son genou venait de créer un doux frisson, chaud et réconfortant, au creux de son ventre où son bébé grandissait. Son regard remonta de cette main au regard bleu d'Emma et elle répondit :

— Non... Je n'ai jamais eu d'amant depuis que je suis dans ce monde.

Emma aurait pu s'attendre au soulagement qui suivit cette réponse. Une réaction de plus qu'elle ne pouvait nier ou réfuter et qui confirmait cette ambiguïté qui régnait entre elle et Regina.

— Ça fait combien de temps ? lui demanda-t-elle avant de clarifier, combien de semaines ?

Regina se maudissait et ne pouvait réfréner le sentiment de culpabilité qui l'envahissait. Son regard retraçait un à un les traits d'Emma Swan, de ses yeux bleus en amande à ses lèvres minces et bien dessinées. Elle avait beau détester Ruby pour l'avoir en quelque sorte détrôné, celle-ci restait sa sœur, sa seule famille.

— J'ai rencontré le docteur Whale il y a trois mois, expliqua Regina. Je débute ma treizième semaine...

C'était la première fois, en dehors de Whale, que Regina se confiait à quelqu'un à ce sujet et elle en percevait un certain soulagement.

— Je me suis dit que cette grossesse pouvait être magique, confia Regina... J'ai pensé que peut-être, Ruby n'avait su me priver de tous mes pouvoirs et cet enfant représente tout ce que j'ai toujours souhaité.

Emma ne l'avait pas quittée des yeux, attentive à ses explications. Elle la voyait troublée, confuse et effectivement interrogative quant à la présence de ce bébé dans son ventre. Bien sûr, la magie pouvait tout réaliser, même l'impossible et, peut-être Regina n'avait-elle pas tort. Après avoir craint quelques secondes la possibilité d'un amant dans la vie de Regina, maintenant, Emma jugeait cette nouvelle incroyable.

— Tu devrais revoir le docteur Whale si t'en es à la treizième semaine, suggéra-t-elle. Il suivrait l'évolution de ta grossesse et pourrait sûrement te dire s'il s'agit d'une fille ou d'un garçon... Tu ne voudrais pas le savoir ?

— Bien sûr, je souhaite savoir, répondit-elle.

Elle hésita un instant et demanda à la première pensée qui lui venait :

— Viendrais-tu avec moi ?

Emma avait espéré entendre cette question. Un léger sourire étira ses lèvres, révéla toute la joie qu'elle ressentait pour Regina à l'égard de cette grossesse.

— Je viendrai avec plaisir, répondit-elle sincèrement.

Elle récupéra la couverture sur le lit et la glissa sur son dos d'un geste attentionné.

— Et on saura si c'est un petit bonhomme ou une petite princesse au tempérament aussi autoritaire que sa mère...

Regina lui sourit, rassurée, touchée par ses attentions et la vit quitter la cellule qu'Emma garda ouverte avant de retourner derrière son bureau. Le soleil se lèverait dans quelques heures à peine et Regina songeait déjà à son service qu'elle devrait prendre au Granny's en espérant ne pas subir les remontrances de la grand-mère de Scarlett.

Note : Mes excuses pour cette mise à jour tardive.

Avec la reprise, mon emploi du temps est particulièrement chargé, surtout avec les nombreuses publications d'auteurs GxG (FxF) à venir ces prochaines semaines. Si ce n'est pas déjà fait, je vous invite d'ailleurs à rejoindre le groupe facebook de la maison d'édition lesbienne et gay "Homoromance Editions". Pour trouver le groupe, taper "Café de l'Homoromance".

Je poste immédiatement un nouveau chapitre, n'oubliez pas de laisser quelques mots. Vos avis motivent et sont un petit moment de bonheur.