À six heures pile, Regina franchit les portes du restaurant. Elle avait quitté le commissariat à cinq heures et rejoint son appartement sur Main Street pour prendre une douche et se changer. Aussitôt derrière le comptoir, elle croisa le regard accusateur de Scarlett, mais préféra ne pas y prêter attention. Les premiers clients arriveraient dans quelques minutes et après cette nuit agitée, Regina avait vraiment besoin d'un grand café. Elle récupéra une tasse et se servit avant d'entendre la voix de Granny.

— Inutile de remplir cette tasse Regina ! Vous êtes virée !

Regina avait craint d'entendre ces paroles et se tourna aussitôt vers la grand-mère de Scarlett.

— Vous savez pertinemment que vous n'avez pas le droit de me renvoyer !

— Oh si je l'ai et je ne vais pas m'en priver.

— Et pour quel motif ? lança Regina d'un regard accusateur.

— Pour vol, répliqua simplement Granny... Vous avez volé dans la caisse à plusieurs reprises et nous avons des témoins.

Regina leva les sourcils de stupéfaction.

— Des témoins ? Ça m'étonnerait ! Je n'ai jamais pris un centime que ce soit dans votre caisse ou dans les pourboires de Scarlett.

— Je suis témoin et Scarlett l'est aussi... Alors, prenez vos affaires et sortez de mon restaurant ou j'appelle le Shérif !

Regina était-elle en train de rêver ?! Elle regarda Scarlett qui ne bougeait pas, bras croisés. Bien sûr, cette pimbêche soutenait sa grand-mère et son sourire en disait long. Si toutes les deux affirmaient haut et fort qu'elle avait volé, tous les habitants de Storybrooke les croiraient puisque la parole de l'ancienne Méchante Reine n'avait aucune valeur. Regina aurait payé cher en cet instant pour avoir ses pouvoirs. Elle regarda Granny droit dans les yeux et ne put s'empêcher.

— Regardez-moi bien très chère et n'oubliez pas ce que je vais vous dire... Quoi qu'il m'en coûte, le moment viendra où je me vengerai de vous tous dans cette ville !

Sur ces derniers mots, elle reprit son sac à main et quitta le restaurant. Elle avait pressenti qu'une telle chose arriverait, ne s'en étonnait même pas, mais que ferait-elle maintenant sans emploi en sachant qu'elle était enceinte ? Il était hors de question de demander de l'aide à sa sœur ou même de lui dire qu'elle attendait un bébé. Regina devrait rapidement trouver un autre travail, mais qui accepterait de l'embaucher ?

Emma avait reçu un message de la part d'Henry la prévenant que tout allait bien et qu'il irait à l'école avec les parents d'Austin. Sa nuit avait été bousculée entre la surveillance de Regina, son réveil brutal et leur brève conversation au sujet de sa grossesse. Elle n'avait pas beaucoup dormi d'autant qu'elle avait songé à sa femme, partie en claquant la porte. Mais peu encline à rentrer chez elle, Emma avait pris une douche et s'était changée au commissariat, dans les vestiaires dédiés aux agents. Comme tous les matins, elle rejoignit le Granny's, ravie de pouvoir y retrouver Regina. Mais quand elle s'approcha du comptoir et qu'elle ne vit sa belle-sœur nulle part, elle interrogea Scarlett :

— Où est Regina ?

Celle-ci déposa son café crème vanille-caramel devant Emma et répondit :

— Ma grand-mère l'a mise à la porte.

Emma se tendit aussitôt et son expression changea radicalement. Elle espérait sincèrement que Scarlett plaisante, mais à en croire son sérieux, ce n'était pas le cas.

— Pourquoi ? interrogea-t-elle.

— Elle volait dans la caisse, répondit Scarlett en essuyant le comptoir.

— Pardon ? lâcha Emma spontanément. Scarlett la détailla un instant, l'air évident :

— Elle a volé dans la caisse à plusieurs reprises...

Emma ne voulait pas le croire et doutait fortement que Regina se risque à faire une telle chose. Elle se rappelait déjà de ses craintes d'être virée la veille quand elle avait appris sa garde à vue.

— Ah oui ? Et pourquoi je n'en ai jamais entendu parler ?

Scarlett lança un regard vers sa grand-mère, prise au dépourvu par la question légitime du Shérif. Granny s'approcha et répondit à sa place :

— Pour son intérêt en ville, nous n'avons pas voulu porter plainte.

Mais Emma commençait sérieusement à bouillonner. Elle en avait assez de voir Regina rejeter de la sorte, pour n'importe quoi, par n'importe qui. Elle se leva du tabouret sur lequel elle avait pris place en arrivant et reprit à l'attention de la propriétaire des lieux.

— Et bien sûr, vous n'avez pas de caméras susceptibles d'attester vos accusations.

— Non, malheureusement, répondit Granny.

— D'accord, fit Emma en posant un billet sur le comptoir. Je tiens à vous rappeler à vous et à l'ensemble des habitants de cette ville, à qui vous vous empresserez d'annoncer la nouvelle, qu'une fausse accusation peut valoir jusqu'à cinq de prison... Alors, réfléchissez bien avant de venir me voir si vous avez une plainte.

Sur ces derniers mots, elle préféra quitter le restaurant sans même avoir bu une goutte de son café. Elle n'en revenait pas et demeurait persuadée que les deux femmes venaient de lui mentir ouvertement. Alors qui était la méchante dans cette histoire ? Regina et son statut d'ancienne Méchante Reine ou Scarlett et Granny pour leurs accusations mensongères éhontées ? Cette ville se laissait corrompre par le mépris et les jugements hâtifs. Emma longea le trottoir jusqu'au 16650 Main Street, à une centaine de mètres du Granny's. Elle pénétra dans le petit bâtiment et grimpa les marches avant de s'arrêter au premier étage. Devant le numéro 7, elle frappa et attendit que la locataire lui ouvre. Quand elle posa les yeux sur Regina devant elle, elle prit un air désolé.

— Je viens du Granny's, annonça Emma.

Elle se sentait un peu coupable parce qu'elle avait décidé cette garde à vue, l'avait maintenue en cellule pour la nuit.

— Et je suis au courant pour le vol dans la caisse...

Avant que Regina ne se justifie, Emma leva la main pour l'interrompre.

— Je n'en crois pas un mot de toute façon. Mais je suis désolée... Alors, si je peux faire quoi que ce soit.

Regina esquissa un léger sourire sur l'emportement d'Emma. Elle ne s'était pas attendue à sa visite, mais celle-ci la ravissait réellement autant que son implication la touchait.

— Tu es adorable, Miss Swan, mais je ne pense pas qu'il y ait quoi que ce soit à faire.

Elle ouvrit plus grand :

— J'allais me servir un café, tu en veux un ?

Emma la suivit vers la petite cuisine, rassurée de voir que Regina ne s'était pas repliée sur elle-même.

— Je veux bien, merci, répondit-elle. J'ai même pas pris le temps de le boire au Granny's du coup.

Dans l'appartement, de bonnes odeurs de café, de toasts grillés et de gâteaux à la cannelle flottaient autour d'elle. Malgré le manque criant d'espace, Regina avait rendu cet endroit chaleureux, à la fois chic et moderne. Elle s'assit sur un des deux tabourets devant le petit comptoir qui séparait l'espace cuisine du salon et versa un peu de sucre dans le café que Regina venait de lui servir.

— En tout cas, si ça peut te rassurer, elles ne risquent pas de porter plainte contre toi.

Regina ne pouvait être étonnée, car pour porter plainte, il fallait des preuves. Elle posa devant Emma une assiette et y glissa un morceau de tarte aux pommes.

— Les seules preuves qu'elles ont sont leurs mensonges, dit-elle amère, et j'ai bien des défauts, mais je ne suis pas une voleuse.

— Je sais, fit Emma.

Regina la regarda un instant et lui sourit légèrement. Emma était sans aucun doute la seule personne dans cette ville qui la croyait et à qui elle pouvait faire confiance. Elle récupéra sa tasse et en but une gorgée. Depuis son retour chez elle, elle avait eu le temps de réfléchir longuement à ce qui se passerait maintenant et elle annonça :

— Je crois que je vais devoir quitter Storybrooke. En voyant les traits tirés d'Emma, elle ajouta :

— Personne ne m'emploiera ici, Miss Swan et je dois maintenant penser au bébé.

— Et que fais-tu de la malédiction ?

Bien sûr, Regina y avait songé. Si elle quittait la ville, elle oublierait qui elle était.

— Est-ce si grave de ne plus me rappeler qui je suis et comment les gens me considèrent ? Je n'ai plus rien à Storybrooke qui en vaille la peine à part...

Elle laissa sa phrase en suspens et détourna les yeux sur sa tasse fumante qu'elle posa sur le petit comptoir. Elle osa terminer :

— ... Toi et Henry... Vous êtes les seuls qui me considériez comme une véritable personne.

Emma fut touchée par ces derniers mots qui corroboraient tous ces échanges nourris ou silencieux qu'elle avait connus avec Regina. Mais l'idée de la voir s'éloigner de Storybrooke ne lui plaisait pas et elle refusait même d'y songer. Étrangement, c'était comme si Regina et elle s'étaient toujours connues. Elles étaient liées par une chose qui lui échappait, qu'Emma ne saurait vraiment expliquer, mais elle le sentait. Et là, avec elle, dans sa petite cuisine, l'ambiguïté revenait irrémédiablement. Une idée lui traversa l'esprit en savourant la part de tarte aux pommes que Regina avait faite. Comme tous ses plats, son gâteau était excellent, parfumé à la cannelle, parfaitement sucré.

— Et si tu ouvrais ton propre restaurant ? lui lança-t- elle comme une évidence.

Devant l'expression dubitative de Regina, elle s'expliqua aussitôt :

— Tu es douée en cuisine et en plus, t'aimes ça... Tu as déjà travaillé en tant que serveuse, tu connais la gestion d'un restaurant et, cette fois, ce serait toi la patronne. Je suis sûre que les gens feraient la queue juste pour goûter à tes tartes... Et je ne parle même pas de ton poulet aux herbes...

Le regard de Regina s'était mis à briller sur toutes ces suggestions spontanées de la part d'Emma mêlées de compliments adorables, mais celle-ci oubliait une chose.

— Je n'ai pas d'argent pour ouvrir un restaurant Miss Swan. Et la banque de Storybrooke refusera de me faire un prêt !

Ajoutée à cela, une autre évidence la traversa :

— Sans compter qu'aucun client n'osera venir manger ma cuisine de peur d'être empoisonné, et à leur place, je ferais la même chose, je reste la Méchante Reine quoiqu'il arrive !

Emma secoua la tête, refusant de croire à ces éventualités négatives. Elle termina sa part de tarte et leva un doigt.

— D'abord, j'aimerais que t'arrêtes de m'appeler Miss Swan et ensuite, l'argent ne sera pas un problème. Je peux t'en prêter et tu pourras travailler avec moi en attendant de trouver un local. Je reçois de plus en plus de dossiers de mes bureaux à Boston et j'ai besoin de quelqu'un de confiance pour taper des rapports, gérer la comptabilité et l'importance de certaines affaires. J'ai cru comprendre que tu connaissais le droit quand tu as parlé des documents à fournir pour le permis de construire...

Elle but une gorgée de café et reprit :

— Pour les clients de ton restaurant, Henry et moi nous chargerons de te faire de la pub... Et je suis certaine que beaucoup de gens en ville aimeraient avoir le choix quand il s'agit de sortir manger quelque part.

Emma n'avait pas tort, songeait Regina. Le Granny's était le seul restaurant dans la petite ville de Storybrooke. Et ce que lui proposait Emma en cette seconde était d'autant plus touchant. Lui prêter de l'argent, lui offrir un emploi, comment Regina aurait pu espérer tant de générosité et de bonté de la part de la femme de sa détestable sœur ? Une pensée récurrente lui revenait alors en tête : comment Ruby s'y était-elle prise pour charmer Miss Swan et qu'avait vu celle-ci à travers sa sœur pour accepter de l'épouser ?

— Si tu m'offres un emploi, je l'accepte volontiers. Emma entendit son téléphone sonner et décrocha :

— Swan ?

# Salut chérie, c'est moi... Je suis au Granny's, je peux savoir où tu es ?

Emma en avait oublié sa femme... Plongée dans sa conversation avec Regina, réjouie d'avoir entendu son accord, elle avait laissé sa dispute avec Ruby de côté pour ne pas se parasiter davantage.

— En forêt, mentit-elle. Je vérifie quelque chose. Qu'est-ce qu'il se passe ?

# Je viens d'apprendre que Granny avait viré Regina... Cette idiote va certainement m'appeler pour me demander de lui trouver un nouveau travail ! Mais passons... Ça va toi ? Ce n'était pas trop dur cette nuit avec ma sœur ?

Emma se renfrogna aussitôt devant l'arrogance et le manque de compassion de sa femme pour sa sœur. Elle ne se rappelait même plus des détails qui les avaient à ce point déchiré toutes les deux par le passé. Et le fait que Ruby mêle les habitants de cette ville à ses histoires de famille l'agaçait et l'exaspérait à la fois. Elle se leva. Son humeur joyeuse et enthousiaste venait de disparaître en quelques mots de sa femme.

— Non, répondit-elle plus froidement. Et j'ai pas trop le temps de te parler, là. On se verra ce soir de toute façon... Je dois te laisser, à plus tard...

# Emma att...

Regina la vit raccrocher et la constata tendue. Quoi que lui ait dit sa sœur, elle avait ranimé cette vive tension de la veille chez la Sauveuse et Regina en était désolée. Elle songeait alors que Ruby n'accepterait jamais qu'elle travaille avec Emma.

— Je ne suis pas sûre que travailler avec toi soit une bonne idée, Ruby pourrait mal le prendre.

Mais Emma ne pensait pas de la même façon.

— Je me fous de ce que pense Ruby, répondit-elle, plus fermement. Mes affaires ne la concernent pas et mes bureaux ne sont même pas dans sa ville, alors j'embauche qui je veux.

Elle se savait énervée après cette courte conversation téléphonique. Alors, elle tenta de respirer, d'évacuer les tensions parce que Regina n'y était pour rien.

— Je suis désolée Regina, ajouta-t-elle. Mais en ce moment, elle a le don de me mettre de mauvaise humeur.

Elle jeta un regard sur sa montre et reprit :

— Écoute, je dois y aller, là... Est-ce que tu peux passer au poste aux alentours de quatre heures cet après-midi ? J'aimerais te montrer en quoi consiste le travail dont je t'ai parlé tout à l'heure.

Regina songeait qu'Emma était certainement la seule personne à Storybrooke à tenir tête à Ruby. Et d'ailleurs, pourquoi craignait-elle sa sœur ? Cela semblait évident, mais en totale inadéquation avec ses habitudes ou son caractère. Elle n'avait pas vraiment de réponse à ses réflexions et le moment ne se prêtait pas à en trouver. Elle récupéra un morceau de tarte qu'elle avait emballé pendant l'appel téléphonique de

Miss Swan et contourna le comptoir pour le lui tendre.

— Tiens, pour Henry, c'est sa tarte préférée, tu lui donneras de ma part.

Emma esquissa un sourire sur cette attention spontanée de la part de Regina qui ne cessait de penser à son fils ou de lui accorder du temps dès qu'elle le pouvait. Elle récupéra la tarte et dans un geste réflexe, s'approcha pour l'embrasser. Mais au dernier moment, à quelques centimètres à peine de ses lèvres, elle s'arrêta net et cligna des paupières, interloquée. D'où lui était venue cette idée ? Complètement troublée, elle se ravisa et bafouilla de confusion :

— Je... J'y vais... Merci...

Regina ramena aussitôt sa main sur le poignet d'Emma.

— Non, attends Miss Swan...

Regina ne pouvait décemment pas la laisser partir ainsi, pas après ça, pas après ce ''presque'' baiser volé, venu de nulle part. Elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'Emma venait de faire, n'avait pas eu le temps de réagir, de comprendre, mais son cœur lui ne s'était pas trompé, ne se trompait pas en s'affolant comme il le faisait en cette seconde. Son regard sondait le sien, en quête de réponses à ses propres questions. Regina n'avait donc pas rêvé leurs regards insistants ou les sourires d'Emma. Se pouvait-il que cette attirance soit réciproque ? Regina le sentait au fond d'elle, il y avait un lien indéfectible, peut-être magique, entre Emma et elle. Il ne pouvait en être autrement... Elle se rapprocha d'elle et sa main lâcha le poignet de la Sauveuse pour venir sur sa joue. Une fois, rien qu'une petite fois, elle voulait savoir ce que cela faisait d'embrasser Emma Swan. Alors ses lèvres rejoignirent les siennes, s'y refermèrent et elle goûta à un baiser dont elle put prendre toute la mesure. Les frissons qui la traversaient répondaient à tant d'interrogations, d'évidences, qu'il lui était inconcevable de laisser Emma Swan quitter son appartement. Elle s'enivrait de ses parfums, de ses doigts se fermant sur sa nuque, de son corps contre le sien. Un instant de lucidité et elle se recula, les doigts sur sa joue, le regard brillant dans celui de la Sauveuse :

— Ruby me tuerait pour ça, murmura-t-elle d'un souffle chaud.

Mais une fois de plus, Ruby se trouvait bien loin des pensées d'Emma. Celle-ci demeurait incapable de se reculer maintenant. Regina avait allumé un feu en elle qui n'avait attendu que de la consumer. Le goût de ses lèvres imprimait les siennes. Son baiser à la fois sensuel et délicat l'avait irradiée tout entière. Elle ne se rappelait pas avoir vécu pareil émoi auparavant... Et même si elles venaient de franchir des limites, Emma avait encore envie de les outrepasser. Elle ne songeait plus qu'à cela, obsédée par le contact savoureux et brûlant d'un baiser avec Regina.

Affaiblie par ses nombreux charmes, Emma réitéra et commit la même erreur. Elle l'embrassa une nouvelle fois, avec plus de langueur, une passion témoin de ce qui régnait en elle.

— Personne ne te tuera... lui souffla-t-elle sur ses lèvres.

Son corps se rapprocha du sien, effaça le peu de distance qui restait entre elles. Son bras s'enroula autour de sa taille, une main sur sa nuque, sous ses cheveux noirs et soyeux aux parfums d'amande. Des images lui traversaient l'esprit, d'étranges représentations aux allures de réalité, d'évidences. Combien de fois avait-elle rêvé de la prendre ainsi dans ses bras ? De l'embrasser de cette façon ? De poser ses mains sur elle ? Et plus elle approfondissait le baiser, plus Emma la voulait. Regina envahissait sa tête, son corps, ses idées jusqu'à son cœur qui tapait plus fort seconde après seconde. Le désir ne tarda pas à s'y mêler, conséquence légitime d'une telle ferveur. Les lèvres de Regina la rendaient dépendante, accentuaient l'afflux d'illusions aussi nombreuses qu'affolées. D'où lui venait tant d'inspiration ? De quelle sorte de magie était-elle victime pour être à ce point déraisonnable ? Mais la faute semblait être de ne pas succomber à Regina, l'erreur serait sûrement d'y résister. Et si elle tentait le moindre recul, elle risquerait d'en perdre la tête, de ne pas s'accorder. L'écart prenait la forme d'une folie à laquelle elle tenait de toute évidence. Elle rompit le baiser, reprit une inspiration et riva ses yeux dans les siens. Aucun regret n'apparaissait, aucune culpabilité ne la saisissait à la gorge. Elle se sentait à sa place et n'expliquait pas cette sensation de lucidité soudaine. Elle avait envie de poursuivre, de trouver la chambre de Regina, d'y passer la journée, la nuit et le reste de ses jours...

— Arrête de m'appeler Miss Swan, lui murmura-t- elle, un léger sourire aux lèvres.

Regina en tremblait. De ses lèvres entrouvertes s'évadait un souffle chaud et court. Le sourire d'Emma, son regard, tout en elle la faisait chavirer et plus encore. Personne n'avait jamais eu un tel pouvoir sur elle, une telle force d'attraction. Loin étaient ses soucis avec Granny, Emma semblait annihiler la moindre de ses contrariétés. Un léger sourire dessina ses lèvres en réponse à celui d'Emma qui ne cessait de lui répéter de ne pas l'appeler Miss Swan. Pourtant, Regina s'en amusait, adorait cette appellation, comme si taquiner Emma ou l'agacer faisait partie d'un passe-temps plaisant.

— Je ne promets pas d'y arriver, répondit-elle.

Elle renouvela un baiser et ses lèvres se refermèrent sur les siennes. Elle ne pouvait s'en lasser, comme si toutes ces années, elle avait attendu cet instant précis de se retrouver dans les bras de la Sauveuse. Mais malgré elle et une fois encore, l'image de Ruby lui apparut, gênante, ravivant un sentiment désagréable de culpabilité et soufflant un vent froid sur les braises incandescentes qu'Emma attisait. Elle se recula, en proie à des rappels évidents :

— Emma... Tu es mariée...

Emma ne le savait que trop bien. Elle était mariée à la sœur de la magnifique femme qu'elle tenait dans ses bras. Le rappel de Regina servait à la garder dans le droit chemin, mais un chemin qui ne la satisfaisait pas, qui ne lui apportait pas autant d'émotions. Était- ce parce que la flamme s'était éteinte entre elle et Ruby ? Elle en doutait parce qu'en y réfléchissant, elle ne se rappelait pas vraiment de sa rencontre avec Ruby, de la décision de se marier avec elle. Cette période était floue dans les sensations. Les images bien présentes, mais les émotions étrangement brouillées.

— Je sais, fit-elle sans avoir le choix.

Elle hésita, en proie à des questions répétées et sans réponse.

— Je vais y aller...

Une phrase à l'opposé de ses envies, mais Emma se savait forcée de retourner à sa vie, son quotidien.

— Tu viendras à quatre heures ? lui demanda-t-elle.

Ce recul venait de souffler un vent glacial dans le cœur de Regina. Comment pouvait-elle ressentir pareilles émotions opposées en l'espace de quelques minutes ?

— Bien sûr, je viendrai, fit-elle.

Elle raccompagna Emma vers la porte, croisa son regard. La tension qui régnait était atroce. Regina avait envie de la retenir, de retrouver ses lèvres, de lui faire part de toute cette attirance qui existait depuis la première fois où elle l'avait rencontrée. Il n'y avait jamais eu qu'Emma. Aujourd'hui, elles se rapprochaient et Regina s'éloignait. Cela n'avait pas de sens, mais une sorte de force invisible la poussait à refuser ce qu'il se passait. Était-ce sa morale ? Non, Regina n'en avait pas vraiment, alors comment l'expliquer.

— À tout à l'heure, tenta-t-elle d'un léger sourire.

Elle croisa une dernière fois le regard d'Emma qui finit par s'éloigner avant qu'elle ne referme la porte d'entrée. Regina était dépassée par les événements, par ses émotions. En l'espace de vingt-quatre heures, elle s'était fait arrêter, avait passé la nuit en prison, s'était fait virer et avait embrassé Emma Swan. De mémoire, jamais sa vie n'avait été aussi mouvementée. Malgré ses propres paroles, son recul, ses obligations à l'égard de sa sœur, il lui tardait déjà quatre heures cet après-midi pour retourner voir Miss Swan.

A votre avis, que va-t-il se passer ?

Dans l'attente de vos pronostics, passez un excellent week-end !