Ruby Swan-Mills croulait sous les documents administratifs. Lacey French, la femme de Gold, plus communément appelée "Belle" malgré une silhouette loin d'être svelte, lui avait amené tout un tas de contrats, factures, fiches de paie et autres paperasses qu'elle devait soi-disant vérifier. Jamais elle n'aurait imaginé qu'être Maire engageait autant de responsabilités inutiles. Jamais elle n'avait vu Regina travailler autant qu'elle semblait devoir le faire. Non, sa sœur passait le plus clair de son temps à se montrer dans Storybrooke, à faire les boutiques, à tailler son pommier, à faire la cuisine ou à dire à donner des ordres à tout-va. Mais travailler, elle ne l'avait jamais vue !
— Vous n'avez qu'à augmenter ceux qui le demandent et tout le monde sera content, s'agaça-t- elle en regardant Lacey qui attendait une réponse avant de repartir au service comptabilité.
Lacey leva les sourcils sur cette réaction.
— Vous êtes sûre Madame le Maire ?
Ruby signa les documents d'approbation et les tendit à Lacey.
— Oui, j'en suis sûre, tout le monde sera content et on n'en parlera plus.
Lacey acquiesça sans répondre puisqu'elle aussi avait demandé une augmentation. Elle avait pourtant cru que le budget devait être restreint, mais si Madame le Maire donnait son accord, elle ne la contrarierait pas.
— Très bien, merci, fit-elle d'un léger sourire.
Elle quitta le bureau, ravie tandis que Ruby mesurait qu'une autre pile de documents attendait au coin de son bureau.
— C'est pas vrai, je ne m'en sortirai jamais.
Elle n'avait pas le courage de passer sa deuxième journée à travailler, d'autant qu'elle n'avait toujours pas vu Emma depuis la dispute au poste quand Regina était enfermée. Elle se leva, prit son sac et d'un geste de la main, fit disparaître tous les documents que Lacey lui avait confiés. Elle avait besoin de sortir, de prendre l'air, de voir aussi la femme qui était devenue son amante depuis deux jours. Elle disparut dans un nuage rouge et réapparut dans le bureau du Shérif, un sourire ravi aux lèvres.
— Salut bébé...
Emma sursauta en entendant la voix de sa femme. Concentrée sur un de ses dossiers ainsi que sur les détails qu'elle devrait donner à Regina plus tard dans la journée, elle ne s'était pas attendue à voir Ruby apparaître au milieu de la pièce.
— Salut, lui répondit-elle. Je te croyais à la mairie...
Elle finit par se lever avant de contourner le bureau. Ruby s'approcha d'elle, le sourire aux lèvres.
— Tu me manquais, lui répondit-elle.
Emma se laissa embrasser et songea à Regina dès qu'elle sentit les lèvres de Ruby contre les siennes. Elle se recula, prise au dépourvu. Qui était-elle pour penser à la sœur de sa femme pendant que celle-ci l'embrassait ?
— Ça ne va pas ? lui demanda Ruby, soucieuse.
Emma n'était pas de nature aux tromperies et aux infidélités. Mais même devant sa femme, elle ne regrettait pas ses baisers échangés avec Regina.
— Je suis un peu fatiguée, ne mentit-elle qu'à moitié. J'ai passé une nuit presque blanche...
Et Ruby en devinait les raisons si sa femme l'avait passée avec sa sœur. Elle lui repoussa quelques mèches blondes derrière l'oreille, suivant son geste des yeux tandis que des flashs d'un lointain passé lui revenaient en mémoire. Elle se reprit et la détailla :
— Que dirais-tu de faire une pause ? Nous pourrions aller nous balader. J'ai très envie d'une balade !
Emma jeta un œil à l'horloge contre le mur de son bureau. Elle n'était pas vraiment d'humeur à se balader même si elle avait un peu de temps devant elle.
— J'ai beaucoup de travail et je ne suis pas vraiment en forme pour une balade.
Tout cela était la faute de Regina, songeait Ruby une fois de plus. Même réduite au rang de petite serveuse détestée de tous, sa grande sœur parvenait à interférer dans sa vie. Ruby dut se résigner à reculer.
— OK, tant pis pour moi alors... Elle tenta pourtant un sourire :
— En attendant que tu rentres, je nous commanderai un bon dîner pour ce soir chez Granny's. Essaye de garder des forces pour moi, ok.
Ruby l'embrassa et se recula.
— À tout à l'heure...
Elle disparut l'instant suivant et des talons hauts résonnèrent sur le parquet du bureau la seconde qui suivit. Regina arrivait à son tour, vêtue d'une petite jupe tailleur et d'un chemisier blanc en coton. Ses vêtements n'avaient rien de très chic et elle ne les avait pas payés cher, mais ils lui allaient à ravir.
— Salut... Je suis en avance, dit-elle, je tournais en rond à ne rien faire dans mon appartement.
Emma ne put s'empêcher de sourire sur l'arrivée inattendue de Regina. Heureusement, Ruby venait de partir, pensa-t-elle. Si toutes les deux s'étaient croisées, Emma aurait eu à répondre à d'autres questions, à s'interposer entre les deux sœurs. Son regard se balada sur la tenue de Regina, toujours impeccable et séduisante. Peu importaient les vêtements qui la couvraient, ses charmes restaient redoutables.
— Tu tombes bien, je venais de préparer quelques dossiers que j'ai reçus récemment, lui répondit-elle, plus enthousiaste.
Elle lui désigna le fauteuil dans le bureau sur lequel elle pouvait s'installer et récupéra son ordinateur ainsi que les dossiers en question. Elle posa le tout sur la petite table et demanda dans ses souvenirs de la matinée :
— Est-ce que tu as pris le temps de réfléchir à ton restaurant ?
Regina avait encore du mal à croire qu'Emma Swan la prenait comme assistante. Elle en était ravie, mais redoutait quelque peu les réactions des habitants de Storybrooke. Que penseraient-ils qu'Emma lui offre un poste au commissariat ? Elle posa son sac à main sur le bureau et eut un sourire plus nerveux.
— Mon restaurant... Dit ainsi, cela parait si irréel, répliqua-t-elle.
Elle releva son regard sur Emma, ne pouvant s'empêcher de la détailler. Elle n'avait eu de cesse de songer à leurs baisers échangés dans son appartement et le seul fait de regarder ses lèvres éveillait des envies déplacées.
— J'ai de nombreuses idées, des idées de plats que Granny ne m'aurait jamais laissé faire. Un menu simple, mais chic avec des spécialités de fruits de mer, mais aussi de gibier local ! Je pensais aussi qu'il ne faudrait pas un trop grand local pour ne pas avoir trop de tables à servir. Il me faudrait engager également un cuisinier pour m'assister et j'ai déjà quelques idées en matière de vin !
Elle réalisa qu'elle s'étendait beaucoup trop sur la question et se reprit :
— Désolée... Tout ça pour dire que j'ai effectivement réfléchi à ce que j'aimerais faire si toutefois je parvenais à l'ouvrir.
Emma gardait son sourire. L'enthousiasme de Regina était communicatif et sa joie se lisait sur ses traits. Elle préférait la voir ainsi que rongée par la culpabilité ou l'angoisse. Autant d'émotions qu'elle avait toutes les raisons de nourrir au milieu de tous ces gens méprisants et sans cœur.
— Il y a un ancien hangar à bateaux près du port et ça fait un moment qu'il est à louer, je suis sûre qu'on pourrait le transformer en restaurant. Ce n'est ni trop près du Granny's ni trop loin du centre-ville.
Emma réalisait qu'elle était tout aussi excitée que Regina à l'idée de la voir créer son propre restaurant.
Sûrement parce qu'elle était persuadée de sa réussite et avait confiance en sa détermination.
Regina récupéra le journal de Storybrooke et précisa :
— Je viens de dire pas trop grand, Miss Swan, rappela Regina.
Elle lui montra le coin très restreint des petites annonces.
— J'ai vu que Sean louait un local commercial à côté du tailleur et c'est l'un des seuls habitants de cette ville qui ne m'en veuille pas trop.
Mais Emma n'aimait pas ce type. Son expression s'assombrit un peu, reflet d'une émotion spontanée qu'elle ne parvenait pas à dissimuler. Ce Sean, ou plutôt Robin des Bois, tournait autour de Regina depuis plus d'un an. Emma n'avait eu aucune difficulté à comprendre ses approches ringardes qui consistaient à lui ouvrir toutes les portes qui croisaient le chemin de Regina. Certes, il savait manier la galanterie pour un homme moyen, mais il n'avait aucun charme.
— Hum, fit-elle, dubitative.
En réalité, Sean louait la boutique qui avait, autrefois, appartenu à son ex-femme, Marianne. Celle-ci l'avait quitté et, comme Emma n'appréciait guère les ragots, elle ne connaissait pas les détails de l'affaire. Elle croisa les bras, les yeux à moitié absents sur l'annonce du journal.
— C'est sûr, c'est plus petit, commenta-t-elle.
— Il serait parfait. Il me faudrait le visiter avant de prendre la moindre décision bien sûr !
Regina constata la mine dubitative d'Emma qui ne semblait pas convaincue et demanda :
— Qu'y a-t-il ?
Comment Emma pouvait-elle formuler ses objections qui ne trouvaient leurs sources que dans un accès de jalousie ? Robin se réjouirait de louer son local à Regina et, en tant que propriétaire, il obtiendrait là une excellente raison de l'approcher davantage. Mais que pouvait-elle répondre à la question logique de Regina ? Celle-ci avait eu raison un peu plus tôt dans la journée de lui rappeler qu'elle était mariée...
— Rien, rien, mentit-elle en prenant un air indifférent. Je réfléchis, c'est tout... Mais tu as raison, il faut d'abord le visiter.
Regina prit une pause, sans trop comprendre le froid soudain qui survenait. Elle referma le journal et reprit :
— De toute façon, rien n'est fait et je ne suis pas là pour ça.
Dans un élan naturel, elle se glissa assise sur son nouveau bureau et croisa les jambes en ramenant ses mains sur le rebord de ce dernier, son regard inlassablement attiré par la Sauveuse.
— Alors, Shérif, je suis ta nouvelle employée, que puis-je faire pour toi, ou devrais-je dire, que puis-je faire pour vous, maintenant que je suis là ?
Regina abusait de ses charmes, songea Emma. Dans cette position, ainsi vêtue, Regina suscitait bien des idées dans l'esprit mal placé d'Emma. Celle-ci esquissa un léger sourire et détourna les yeux pour éviter qu'ils ne deviennent un peu trop insistants.
— D'abord, tu ne vas pas travailler pour le Shérif, mais pour ma société basée à Boston. Ce qui évitera des problèmes avec ta sœur.
Elle prit les dossiers qu'elle avait posés sur la table à l'arrivée de Regina et les ramena sur le bureau.
— Tous les jours, je reçois des dossiers des polices du pays ou du FBI ou encore des Marshalls qui concernent des affaires criminelles, plus précisément des personnes recherchées. Comme tu le sais, on fait aussi garants de caution, ce qui implique qu'il y a de grosses sommes qui transitent de nos bureaux à ceux des procureurs. Tout ce que tu auras à faire pour l'instant, c'est de taper des rapports... Je sais que ça n'a pas l'air aussi excitant que l'ouverture de ton restaurant, mais ça m'aiderait beaucoup.
Regina reprit son sérieux et saisit les dossiers qu'Emma lui tendait. Elle ne savait même pas dire si elle savait taper sur un clavier, mais l'évidence semblait là, comme un tas d'autres choses qu'elle n'expliquait pas.
— Bien, je commence tout de suite alors.
Elle partit derrière le bureau qu'Emma lui avait attribué et posa les dossiers avant de s'asseoir. Elle récupéra son sac à main afin de saisir une petite paire de lunettes, les mit sur son nez et ouvrit un premier dossier dont quelques feuilles volantes présentaient des notes écrites à la main. Son nouveau travail l'attendait et Regina ferait tout pour ne pas décevoir Miss Swan. Le plus difficile serait de faire abstraction à cette formidable attirance et cette tension qui régnait entre elles. Regina ne devait pas songer à autre chose qu'à son travail, ni aux lèvres d'Emma, ni à ses parfums, ni à ses mains parcourant sa peau ou encore toutes les possibilités que la tentation pouvait faire naître de cette force d'attraction la poussant irrémédiablement vers elle... Peut-être cet emploi serait finalement plus difficile que son travail de serveuse au Granny's.
Plusieurs jours passèrent et malgré le sort jeté sur toute la ville, mais aussi sur Emma, Ruby la constatait distante. Était-ce ainsi que sa sœur vivait avec la Sauveuse ? Celle-ci partait tôt le matin, rentrait tard le soir, son fils dînait la plupart du temps chez ses grands-parents et elle ne s'en sortait pas avec ses responsabilités de Maire.
Arrivée à la banque de Storybrooke, elle s'assit face à monsieur Gold et ce dernier annonça aussitôt.
— Nous avons un problème, très chère.
Ruby détestait ce vieux débris de Gold. Le voir avec Lacey French lui donnait des nausées en imaginant ce qu'ils pouvaient échanger dans l'intimité. Cette femme était réellement malsaine pour coucher avec un homme qui avait l'âge d'être son grand-père.
— Venez-en aux faits, Gold, lança-t-elle.
— Votre découvert ! fit ce dernier avec évidence. Vous avez littéralement dilapidé le budget de la ville.
Ruby fronça les sourcils et regarda Lacey qui lui présenta le rapport mensuel des dépenses de la mairie. Ruby ne comprit rien à toutes ces lignes comptables.
— Quoi ? Je ne comprends pas ! Lacey lui montra un chiffre.
— Vous êtes dans le rouge, Madame.
Ruby découvrit effectivement que le compte de la ville était débiteur de plusieurs milliers de dollars. Elle releva son regard sur Gold.
— Des choses devaient être payées, elles le sont, je ne vois pas où est le problème ! Votre rôle est de me donner l'argent nécessaire quand c'est nécessaire.
— Votre gestion est le problème, accusa Gold. Ce n'est pas en acceptant de payer à tout-va ce qui doit l'être, comme vous dites, qu'on gère une ville !
— Vous n'avez rien à m'apprendre ! se défendit Ruby.
— Je crains que si, au contraire, corrigea Gold. La moitié de cette ville m'appartient et ça fait déjà des mois que je vous ai envoyé une demande de rénovation de la bibliothèque municipale. Non seulement vous ne m'avez pas répondu, mais vous autorisez ce clochard de Crochet à construire un vulgaire entrepôt pour ses poissons !
Ruby se vexa et ne trouva rien à dire. Alors Gold comprit qu'il reprenait l'avantage sur celle-ci.
— Voici donc ce que je propose, reprit-il. Vous signez ma demande et je vous accorde un découvert plus large en attendant que vous remettiez un peu d'ordre dans vos comptes.
Ruby ne s'y connaissait pas en gestion et Gold la mettait sur le fait accompli.
— Vous ne me laissez pas le choix de toute façon.
— C'est effectivement une façon réaliste de considérer les choses !
Ruby se leva, agacée.
— Bien, faites donc ça !
Elle tourna les talons et s'éloigna, suivie de Lacey qui lança un dernier sourire à son compagnon avant de quitter le bureau. Ruby s'arrêta sur le trottoir opposé au commissariat et regarda son assistante.
— Je vous rejoins à la Mairie, je dois passer voir le Shérif.
— Bien Madame.
Sans autre explication, Ruby traversa la route et se dirigea vers l'entrée du commissariat. Au même instant, Emma en sortit et le sourire de Ruby revint sur ses lèvres. Elle s'approcha pour l'enlacer, en quête d'un peu de réconfort.
— Je venais te voir, tu vas où ?
Emma se remerciait que Ruby ne soit pas rentrée dans le commissariat. Cela faisait une semaine que Regina travaillait pour elle et par miracle, sa femme n'en savait toujours rien comme la majorité des habitants de cette ville.
— Je t'ai dit que je déjeunais avec mon père à midi, pourquoi ?
Ruby soupira en silence sur cet oubli. Elle se sentait seule comme jamais et plus seule encore qu'auparavant. Elle avait le sentiment désagréable que les gens venaient la voir uniquement pour lui demander des services et qu'aucun ne la considérait telle qu'elle était. Elle qui n'avait rien eu par le passé, n'existait pas plus aujourd'hui. Du moins, elle existait aux yeux des gens qu'à travers ce qu'elle possédait.
— Pour rien, répondit-elle, mais tu me manques...
D'autant que la veille au soir, Emma avait encore prétexté être trop fatiguée pour lui faire l'amour alors que Ruby avait fait en sorte d'être des plus sexy quand elle était rentrée du commissariat.
Emma avait conscience de délaisser Ruby, de l'oublier un peu trop souvent, mais leurs désaccords incessants pesaient aussi sur leur couple. Surtout, Regina peuplait ses pensées, ne quittait pas sa tête et occupait ses rêves de plus en plus souvent. Des rêves à la fois érotiques et suggestifs, terriblement réalistes. Plusieurs fois, elle s'était réveillée au beau milieu de la nuit avec la certitude d'être mariée à Regina et non à Ruby. Et plus les jours passaient, plus elle se posait des questions. Elle essayait d'aller vers Ruby, de se rapprocher, mais le cœur n'y était pas, ne tapait pas aussi violemment que lorsqu'elle était en présence de Regina. Dans un geste attentionné, elle repoussa une mèche de la joue de sa femme et esquissa un léger sourire.
— Je suis désolée... Mais j'ai beaucoup de travail en ce moment.
Ce qui n'était pas tout à fait faux puisqu'Emma n'avait pas seulement les tâches de Shérif à accomplir.
— Et toi comment ça se passe ? lui demanda-t-elle.
Enfin, Emma semblait prendre le temps de s'intéresser à elle, songea Ruby en l'entraînant vers le banc devant le commissariat. Elle s'y installa, la main dans celle d'Emma.
— Gold me fait du chantage sur la gestion de la ville... J'ai l'impression que plus j'essaie d'aider les gens, moins je les aide... Tu vois ?
Emma imaginait effectivement le dilemme de Ruby qui acceptait trop de demandes de la part des habitants et qui, par conséquent, finissait par y perdre... Parce qu'il était presque impossible de satisfaire tout le monde.
— À mon avis, tu devrais d'abord te demander ce qui serait bon pour la ville et non pour les gens.
Ruby fronça les sourcils, dubitative. Le problème serait alors de savoir ce qui était important pour la ville... Et elle n'en avait aucune idée. Était-ce la bibliothèque de Gold ? Était-ce l'entrepôt de Crochet ? Était-ce l'équipement du gymnase de l'école ? Elle eut une idée et retrouva le sourire.
— Ça y est ! Je sais... Je vais faire construire un centre commercial !
Elle se leva, enthousiaste, et ramena ses mains sur les joues d'Emma qu'elle embrassa avec ferveur avant de se reculer.
— Merci, chérie ! Je repars... On se voit ce soir ?
Emma acquiesça d'un signe de tête, mais n'eut pas le temps de répondre, Ruby était déjà de l'autre côté de la route. L'expression confuse et mitigée, elle n'était pas certaine du bon sens des conclusions de sa femme au sujet de la gestion de la ville. Un centre commercial ne faisait pas partie des priorités de Storybrooke... Elle se leva, peu convaincue et rejoignit le Granny's puisqu'elle était sortie pour acheter deux cafés pour elle et Regina...
Cette dernière se plaisait dans ses nouvelles fonctions. Il lui semblait avoir toujours été faite pour être derrière un bureau et non derrière un comptoir. Elle se souvenait bien sûr avoir été Maire de Storybrooke, mais cette vie semblait si loin dans sa mémoire qu'il lui semblait l'avoir vécue dans un autre corps. Non seulement elle s'occupait des rapports d'Emma, mais avait pris d'autres libertés au commissariat, dont celle de répondre au téléphone quand les habitants appelaient pour des plaintes mineures. Bien sûr, et puisqu'aucun d'eux ne venait jamais dans les bureaux, ils n'avaient pas la moindre idée de qui elle était et Regina se faisait passer pour Hailey Watson, l'assistante du Shérif. Seule Mary Margaret était passée voir sa fille trois jours plus tôt et Regina n'avait pas hésité à la menacer de révéler sa liaison avec Crochet à toute la ville si l'envie lui prenait d'en parler aux autres habitants. Regina mesurait que ça finirait par se savoir, mais dans l'attente, elle préférait éviter les effusions de rumeurs qui se retourneraient contre elle, mais aussi contre Emma. Quand la Sauveuse restait au commissariat avec elle, Regina devait redoubler d'efforts pour ne pas la regarder, ignorer sa présence. Car la Méchante Reine n'oubliait pas leurs baisers échangés et encore moins la pléiade d'émotions qu'Emma était seule à lui faire ressentir. Pourquoi diable, percevait-elle ce sentiment de culpabilité envers une sœur qui ne songeait qu'à la rabaisser en permanence ? Regina ne l'expliquait pas, mais plus les jours passaient, plus son attirance à l'égard de Miss Swan s'affirmait.
Après un quart d'heure, elle vit celle-ci revenir et poser sur son bureau sa tasse de café.
— Merci, fit-elle en se levant.
Elle contourna son bureau et récupéra près de l'imprimante plusieurs documents qu'elle avait terminé de rédiger.
— Le rapport d'intervention pour l'affaire Hackman est prêt à être envoyé au tribunal.
Regina le lui tendit et vit aussitôt le regard d'Emma s'attarder dans son décolleté. Ce constat n'était pas le premier et à chaque fois, Regina en percevait quelques doux frissons. L'idée que la Sauveuse fut attirée par elle avait au moins le mérite de la réchauffer et de lui rappeler qu'elle n'était plus seule à Storybrooke.
— Merci, fit Emma.
Regina récupéra sa tasse de café et s'assit sur le bureau en croisant les jambes, laissant à Miss Swan le soin de parcourir son travail.
— Dis-moi si quoi que ce soit doit être changé.
Emma n'avait rien à dire sur le travail de Regina. Celle-ci effectuait ses tâches professionnelles avec rigueur et attention et semblait même prendre du plaisir à les accomplir. Une fois de plus, ce rapport ne comportait aucune erreur.
— Non, c'est parfait... Comme d'habitude, répondit- elle.
Elle posa le document sur le bureau et détailla son assistante. Une autre tâche devenue habituelle, voire nécessaire à en juger avec quelle facilité ses yeux s'attardaient sur la silhouette de Regina. Pourtant, elle gardait en tête qu'il était question d'écart autant qu'elle se souvenait de leurs baisers échangés. Ils étaient ancrés en elle et revenaient chaque nuit sous la forme de scènes aussi torrides les unes que les autres. Des images de l'une d'entre elles lui revenaient le plus souvent : une étreinte folle et décousue volée sur le canapé de chez elle, l'envie de parcourir le corps de Regina avec sa langue avant de passer à l'acte... Dès qu'Emma y songeait, elle en brûlait, littéralement obsédée par un désir tenace et irrépressible. Elle prit une inspiration pour évacuer la chaleur accumulée en elle et reprit :
— Est-ce que tu as pris rendez-vous avec Whale ?
Regina lui sourit sur cette question qui revenait pour la seconde fois cette semaine et elle avait enfin trouvé le temps d'appeler Whale, excitée à la seule idée qu'Emma l'accompagne à l'hôpital comme elle l'aurait fait si elles avaient été en couple. Plus elles passaient de temps ensemble, notamment au commissariat, plus ce sentiment d'être irrémédiablement attirées l'une vers l'autre persistait. Regina sentait combien Emma la désirait, combien ce désir était réciproque même si elle le contenait avec difficulté.
— L'échographie est programmée pour demain matin à neuf heures, dit-elle enfin.
Elle but une gorgée de café incertaine en constatant l'air soucieux d'Emma et demanda :
— Quelque chose ne va pas ?
Était-elle à ce point lisible, se demanda Emma. Elle releva les yeux sur Regina et hésita. Son premier réflexe fut de mentir, d'affirmer que tout allait bien, mais ce n'était pas le cas. Depuis quelques jours, elle s'interrogeait sur sa relation avec Ruby, sur ses rêves récurrents au sujet de Regina, sur son propre comportement envers celle-ci. D'où lui venait ce désir passionné, impossible à oublier ? Pourquoi ne se souvenait-elle pas d'une telle ferveur lors de sa rencontre avec Ruby ? Si elle l'avait épousée, c'était qu'elle avait ressenti des émotions indéfinissables. Elle se rappelait de leur mariage, de leurs sourires, de leur nuit de noces échauffée par plusieurs ébats, mais quelque chose manquait à ses souvenirs. Elle ne pouvait confier à Regina, la sœur de sa femme, celle pour qui elle succombait, qu'elle envisageait le divorce. Comment Regina le prendrait-elle ? Se sentirait-elle plus coupable qu'elle ne l'était déjà ? Tenterait-elle de protéger sa sœur ?
— Si, si, tout va bien, mentit-elle finalement. Je réfléchissais à un truc, c'est tout...
Moitié de vérité, confidence inavouée. Regina ne serait pas dupe à tout jamais et Emma finirait bien par succomber une fois de plus.
— Je vais devoir partir à Boston demain après-midi, je resterai probablement là-bas pendant deux ou trois jours, lui annonça-t-elle. J'aimerais bien visiter ce local avec toi, est-ce qu'on pourrait le faire avant que je parte?
Regina dut prendre une pause. Elle sentait le recul d'Emma, mais percevait aussi son regard fuyant. Quelque chose la tracassait et quand Emma n'allait pas bien, Regina aussi se sentait mal. L'annonce de son départ la dérangea tout autant. Ne pas voir Miss Swan pendant trois jours alors qu'elles passaient des journées entières non loin l'une de l'autre lui serait étrange. Elle se leva de son bureau et s'approcha d'elle en penchant la tête pour retrouver le contact de son beau regard bleu.
— Il n'y a pas d'urgence pour le local, je peux aussi attendre que tu reviennes si tu tiens à le visiter avec moi.
Sur l'approche de Regina, Emma se sentit plus attirée, victime de ses trop nombreux charmes. Pourquoi raisonnait-elle ainsi ? Pourquoi ne voulait-elle que l'embrasser, la prendre dans ses bras, goûter à une étreinte dès qu'elle la voyait ? Autant de réactions spontanées qui la poussaient à réfléchir, à s'interroger sur son mariage avec Ruby. Les tensions entre elle et Regina augmentaient jour après jour, heure après heure.
— Ok, comme tu veux, lui répondit-elle d'une voix éraillée.
Les parfums de Regina à quelques centimètres d'elle l'enivraient littéralement, l'étourdissaient. Elle ne put se résoudre à la sagesse et effaça la distance entre elles avant de l'embrasser. Juste une fois, une seule petite fois où elle répondait enfin à ce qui hurlait en elle. La saveur de ses lèvres apaisa ses appétits les premières secondes, mais les décupla lorsque Regina retourna le baiser. Celle-ci la rendait folle, créait des envies insoutenables, impossibles à réfréner. Ses mains se posèrent sur ses joues et elle approfondit ce contact intime. Avec Regina, plus elle répondait à ses envies, plus elle en créait. Des idées toujours plus indécentes naissaient dans sa tête et renforçaient un désir jusque-là inassouvi. Et lorsqu'elle succombait comme à cet instant, plus rien d'autre ne comptait que la savoir contre elle.
Regina se recula à peine, son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Ses yeux se noyaient littéralement dans le bleu azur de ceux d'Emma. Pourquoi celle-ci avait-elle osé la soumettre à tant de tentation ? Ses lèvres venaient de brûler les siennes et ses parfums envahissaient ses poumons. Ses doigts sur sa joue, Regina succombait, devenait faible face à tant de charmes et de douceur.
— Miss Swan... Tu vas me rendre folle, murmura-t- elle.
Emma esquissa un léger sourire, victime de la chaleur ambiante et de la sensualité des traits de sa belle- sœur.
— T'arrêteras jamais de m'appeler Miss Swan pas vrai
? lui renvoya-t-elle, charmée.
Regina secoua la tête pour lui répondre par la négative et Emma renouvela le baiser, incapable de contenir l'envie incessante de l'approcher. Quelques centimètres étaient déjà une trop longue distance. Ses lèvres contre les siennes approfondirent le contact, exprimèrent un désir flagrant et bouillant. Une folie douce et passionnée face à laquelle elle se retrouvait impuissante. Et plus Regina la lui offrait, plus Emma exigeait. Un cercle infernal et vicieux qui se nourrissait des moindres de ses conquêtes pour créer plus d'exigences. Il la rendait insatiable et gourmande, la menait tout droit vers des écarts condamnables, autant de délicieux excès tels que la finesse des hanches de Regina sous ses mains. Parce que celles-ci cherchaient le contact, partaient à la conquête de ses courbes irrésistibles. Au fil du baiser, elle la poussait vers le bureau, s'abandonnait aux suppliques d'un cœur affolé, aux doléances d'un corps en manque. Les soupirs de Regina, sa manière de glisser ses doigts dans ses cheveux, sur sa nuque, sa façon de répondre à ses assauts, de s'exprimer à travers quelques soupirs discrètement confiés balayaient les obligations d'une vie qui ne semblait pas lui appartenir. Regina s'imposait à elle en dépit d'une réalité incohérente, inadaptée où des pièces ne parvenaient pas à s'emboîter les unes aux autres. L'ancienne Méchante Reine qu'elle était semblait remettre les choses en ordre dans l'esprit d'Emma tout en brisant des repères troublés. Son désir semblait alors plus évident que son quotidien avec sa femme, ses assauts plus logiques que son mariage. Le chemisier sorti de la jupe, sa main trouva la douceur de sa peau, sur son dos. N'en rester qu'au baiser serait mentir à tout son être, tromper ses idées, ce qu'elle semblait être au fond d'elle. Se pouvait-il que la Sauveuse fût destinée à la Méchante Reine plutôt qu'à la Gentille ? Se pouvait-il que le destin fût aussi joueur et ironique ? Dans tous les cas, Emma ne voulait pas y réfléchir, sentait simplement ce profond lien avec Regina, une attirance irrépressible, incontrôlable. Regina le percevait-elle aussi ?
En sentant la main d'Emma glisser sur l'extérieur de sa cuisse sous sa jupe, un vent brûlant souffla sur elle. Elles allaient trop loin, Regina ne pouvait et ne devait laisser Emma poursuivre, même si son corps et son cœur lui hurlaient de ne pas résister. Elle arrêta sa main, rompit le baiser, le souffle écourté.
— Emma... Tu es mariée... De surcroît à ma sœur.
Des paroles réalistes et nécessaires si l'on s'en tenait au raisonnable dénué d'émotions. Emma comprenait les doutes de Regina, ses craintes, son recul autant qu'elle lisait la réciprocité de ses envies. Un geste, une caresse de plus et tout pouvait basculer avec elle. Emma le savait, avait conscience du pouvoir que l'ancienne Méchante Reine exerçait sur elle. Et pour une "Méchante", Regina se montrait plus sage qu'elle. Emma acquiesça d'un signe de tête résigné, la gorge échauffée par un souffle irrégulier, un feu intérieur difficile à étouffer. Mariée, elle l'était, du moins sur le papier. Mais pourquoi se sentait-elle plus attirée par la "mauvaise" sœur ? Subissait-elle des remises en question typiques après un temps de mariage ? Passait-elle par des périodes égoïstes où elle cherchait à se délier de ses obligations ? Elle n'avait pourtant pas l'impression de souffrir d'une quelconque crise.
— Je sais, fit-elle simplement.
Elle rajusta la jupe sur la cuisse de Regina, la main brûlée par le contact de sa peau, la proximité d'une intimité qu'elles n'avaient pas encore expérimentée. Mais plus les jours passaient, plus Emma y pensait, jusqu'à passer des nuits entières à transpirer. Elle esquissa un léger sourire à la fois nerveux et amusé.
— Tu vas devoir venir travailler en jogging, reprit-elle dans ses réflexions. Ce sera peut-être moins tentant...
Regina ne se comprenait plus. Elle demandait à Emma de se reculer et n'avait qu'une envie que celle- ci revienne l'embrasser, la toucher, la caresser. Elle lissa le tissu de sa jupe sur ses cuisses et releva son regard sur Emma. Pourquoi réfléchissait-elle autant aux conséquences de leurs écarts de conduite ? Elle qui se savait égoïste, se fichait généralement de tout ce que les autres pouvaient penser ou ressentir à son égard, pourquoi accordait-elle tant d'importance aux émotions de Ruby alors que tout la poussait vers Emma ? La seule idée de son départ pour Boston la dérangeait en sachant qu'elles ne se verraient pas pendant trois jours.
— Emma, tenta-t-elle plus sérieuse... Ce n'est pas que je n'en ai pas envie, c'est...
Regina ne trouvait pas les mots, d'autant que tout l'incitait à se rapprocher d'Emma.
— C'est tout le contraire, confessa-t-elle.
Ces paroles ne facilitaient rien, songea Emma, mais elle les comprenait néanmoins. Regina n'avait sûrement aucune intention de nuire à sa sœur ou à son mariage. D'ailleurs, ça ne faisait pas non plus partie des intentions d'Emma. Pourtant, les faits se trouvaient devant ses yeux, le désir bien présent et réel. En travaillant avec elle, elle partageait plus de choses qu'avec Ruby. Et même si leurs caractères se différenciaient souvent, leurs échanges ne manquaient pas de piment, tout comme leurs regards...
— Je vais devoir sortir pour patrouiller un peu en ville, lança Emma sur un autre sujet.
Parce que, maintenant, elle avait besoin de prendre l'air, de se rafraîchir le corps et les idées.
— Appelle-moi s'il y a quoi que ce soit, ajouta-t-elle.
Regina acquiesça et la regarda sortir. Ce n'était pas la première fois qu'Emma mettait des distances entre elles pour éviter de quelconques tensions. Mais elle mesurait que leur attitude l'une à l'égard de l'autre était pleine de paradoxes. Depuis que Regina travaillait au commissariat, elles s'évitaient tout en s'assurant d'être présentes l'une pour l'autre dès que nécessaire. L'évidence était là, le lendemain, Emma l'accompagnerait à son échographie comme aurait pu le faire une compagne ou une amante en situation égale. Regina était impatiente d'être au lendemain...
Note de fin de chapitre : Bon week-end à toutes et tous. N'oubliez pas de laisser un petit mot et de vous abonner pour la suite :)
