Depuis plusieurs minutes, Emma tournait dans Storybrooke, en quête de la voiture de son père. Son téléphone sonna et elle décrocha :
— Oui ?
# Miss Swan, Whale a déterminé la cause du décès. Crochet serait mort après avoir heurté un objet en tombant, il accuse la petite commode et a relevé des traces de sang sur celle-ci.
Ce qui corroborait ses conclusions au sujet d'une éventuelle bagarre entre Crochet et son père.
— Bien, demande-lui de nous envoyer son rapport dès qu'il l'aura terminé.
# Je le ferai.
Emma raccrocha, de plus en plus tendue. Tandis qu'elle longeait la rue principale, elle aperçut David marcher sur le trottoir à quelques mètres de la mairie. Elle pila à sa hauteur et quitta le véhicule pour s'approcher de lui. Ce qu'elle s'apprêtait à lui dire la dépassait.
— David, l'interpella-t-elle. J'ai des questions à te poser...
David posa les yeux sur sa fille et, à en juger ses traits tirés et l'expression grave sur son visage, il redoutait le pire. Le corps de Crochet avait certainement dû être retrouvé. Il tenta pourtant :
— Qu'est-ce qui se passe ?
Emma jeta un œil alentour. Des gens allaient et venaient sur le trottoir, les croisaient en les saluant. Ce n'était pas l'endroit pour faire son travail, songea Emma.
— Tu dois en avoir une petite idée, lui répondit-elle. Et je n'ai pas envie de te forcer à m'accompagner au poste... Alors, suis-moi s'il te plaît.
Bien sûr, Emma se doutait. David la connaissait et se rappelait de son talent à discerner le vrai du faux. Le cœur battant, il ne savait comment réagir ni quoi répondre. Il espérait simplement que Ruby tienne sa parole. Alors, silencieux, il entra dans la voiture avec Emma qui démarra pour se remettre en route vers le commissariat.
Le trajet fut pesant et heureusement, court. Emma ne parvenait pas à se rendre à l'évidence. Tous les faits, les indices l'amenaient pourtant vers une conclusion logique, mais bien trop difficile à croire pour être assimilée. Au poste, David croisa Regina et fronça les sourcils, étonné. Il n'avait pas travaillé au commissariat ces derniers jours, avait préféré prendre le temps pour arranger les choses avec Blanche. Et finalement, tout avait empiré.
— Qu'est-ce qu'elle fait ici ? demanda-t-il à Emma.
— Elle travaille avec moi, répondit Emma, un peu sèche. Assieds-toi, s'il te plaît.
David s'exécuta et Emma reprit :
— On a retrouvé le corps de Crochet chez lui...
Elle gardait ses yeux rivés sur le visage de son père pour observer la moindre réaction. Et elle le voyait en proie à une confusion évidente, cloîtré dans un silence explicite.
— Et j'ai aussi vérifié son portable et ses messages ajouta-t-elle. Tu veux que je continue ou tu préfères le faire ?
David était incapable de prononcer le moindre mot. Que pourrait-il dire pour s'expliquer ? Devant ce silence, Emma se tendit davantage parce qu'il confirmait ses doutes, ses craintes. Elle plaqua sa main sur le bureau et se pencha vers lui.
— Bon sang, David ! lâcha-t-elle. Qu'est-ce qui t'a pris ?!
— Je n'ai rien fait ! se défendit-il, nerveux. Il... Il est tombé...
Emma se redressa, bouleversée par ce début d'aveux. Elle soupira dans l'espoir d'évacuer les tensions et l'angoisse.
— Ce n'est pas toi qui disais qu'il fallait dialoguer avant d'agir ?!
Sur ces mots, David se leva pour répondre plus fermement :
— C'était ce que je voulais faire ! Mais ce scélérat n'a fait que me provoquer davantage ! Comment aurais- tu réagi à ma place ?!
Emma fut troublée par cette question renvoyée parce qu'elle y avait déjà songé et connaissait les réponses. Mais elle ne pensait pas à Ruby quand elle se mettait à la place de David avec Blanche... Là était aussi le fond du problème. Le cœur encombré d'émotions contradictoires, elle annonça :
— Je vais devoir te placer en garde à vue.
— Ne fais pas ça, Emma, supplia-t-il... Je t'en prie, je vais tout arranger.
— Et comment ? renvoya Emma qui n'en revenait pas de ces paroles.
Une silhouette familière venait d'entrer.
— Je vais m'en occuper, annonça Ruby.
Ce fut à cet instant qu'elle vit Regina dans le bureau et fronça les sourcils.
— Qu'est-ce que tu fais ici ?! reprit-elle.
— Je n'ai pas à te répondre, se défendit Regina.
Mais Emma regarda sa femme et réagit à ses propos :
— Attends là, comment ça tu vas t'en occuper ? Tu n'as rien à t'occuper, et j'aimerais que tu sortes à moins que tu aies quelque chose d'important à me dire.
Ruby n'en revenait pas de constater la froideur et la distance d'Emma à son égard. Elle s'approcha et expliqua :
— Cette ville est à moi, tout ce qui s'y passe me concerne, ce qui veut dire aussi que la mort de Crochet est ma responsabilité. Je vais le ramener !
Regina réagit aussitôt sur ces paroles :
— As-tu perdu l'esprit ?! Il faut de grands pouvoirs de nécromancie pour ramener quelqu'un d'entre les morts. Cette magie va à l'encontre de toutes les règles de la nature et le prix à payer est bien trop élevé.
— Toi ne te mêle pas de ça, ça ne te regarde pas ! Regina s'approcha d'un pas menaçant :
— Ça me regarde dans la mesure où les conséquences de tes actes toucheront tous les habitants de cette ville, moi y compris, petite sœur !
Emma dut s'interposer entre les deux, aussi confuse qu'exaspérée.
— C'est bon, fit-elle avant de regarder Ruby. Regina a raison. Tu ne peux pas utiliser ta magie pour résoudre le moindre problème, encore moins si c'est pour ramener les morts à la vie.
— Depuis quand tu défends ma sœur ?! Est-ce que tu ne vois pas que j'essaie d'arranger les choses pour ton père ?!
Emma contint la pression que la présence de Ruby accentuait. Celle-ci réagissait encore avec facilité et suffisance, comme si le drame qu'ils vivaient n'avait aucune sorte d'importance.
— Et tu ne comprends pas que plus tu arranges les choses, plus la situation empire ?! Tu crois que parce que tu es le maire de cette ville ou la Gentille Reine alors tu as tous les droits ?! J'ai l'impression que la ville entière marche sur la tête, Ruby ! Alors, laisse- moi faire mon travail.
Dans des gestes moins doux, Emma prit David par le bras et l'entraîna vers la cellule dans laquelle elle l'enferma. Elle savait que ce qu'elle venait de dire à sa femme mettrait le feu aux poudres. Mais la situation actuelle ne pouvait plus durer, surtout s'il était question de ramener les morts parmi les vivants.
— Est-ce que je peux au moins savoir ce que Regina fait ici ? reprit Ruby, furieuse.
— Je l'ai embauchée, répondit Emma.
— Tu as quoi ? lâcha Ruby hors d'elle. Je te signale que les postes au commissariat sont sous la responsabilité du Maire et il est hors de question que...
— Elle travaille pour moi, la coupa Emma. Pour ma société qui ne te regarde absolument pas !
Ruby resta sans voix. Elle ne pouvait répondre à cette évidence qui la mettait davantage hors d'elle. Elle croisa le regard suffisant de sa sœur qui gardait un sourire en coin provocant.
— Je suis encore le Maire de cette ville et je ferai ce que j'ai à faire !
Elle s'adressa à David.
— Nous avons un accord, je me tiendrai à ma part du contrat.
Puis elle regarda Emma :
— Et tu seras bien forcée de le libérer puisqu'il n'y aura plus de corps pour ton enquête !
Mais Emma avait relevé un terme qui ne lui plaisait pas du tout.
— Quel accord ? renvoya-t-elle à sa femme.
Celle-ci la toisa, poussée par sa colère et l'humiliation subie.
— Ça ne te concerne en rien ! lui renvoya-t-elle avant de quitter le commissariat.
Emma ne parvenait pas à le croire. Ruby se débrouillait pour envenimer les choses, une situation qui était déjà insoutenable pour beaucoup d'entre eux. Elle poussa un profond soupir et partit s'enfermer dans son bureau. Elle attendait les rapports de Whale avec impatience parce qu'ils confirmeraient ou infirmeraient ses suspicions à l'égard de son père. Mais après son bref interrogatoire, elle avait déjà obtenu toutes ses réponses.
Regina garda son regard sur la porte fermée. Devait- elle tenter de parler à Emma ? Mais que pourrait-elle lui dire ? Elle détestait cordialement le Prince et Blanche-Neige et aurait dû se réjouir du malheur qui les touchait, mais ses sentiments pour Emma la faisaient raisonner différemment.
— Tout ça est de votre faute, entendit-elle depuis la cellule.
Elle tourna son regard vers David Nollan qui se tenait debout devant les barreaux.
— De ma faute ? répéta-t-elle d'un air circonspect... Et en quoi les aventures de Mary Margaret me concernent-elles ?
— Vous avez pris plaisir à m'annoncer qu'elle me trompait !
— En effet, et je n'en ai nullement honte... Vous tous dans cette ville êtes contre moi, mais vous vous trahissez les uns les autres en prétendant être amis ou amants. Vous n'êtes que des hypocrites et méritez ce qui vous arrive !
Sur ces paroles, elle marcha vers le bureau d'Emma et poussa la porte sans frapper avant de refermer derrière elle. Emma était debout devant un petit réfrigérateur, un verre vide à la main. Regina devinait qu'elle avait eu besoin d'un petit remontant après ces dernières heures. Elle approcha d'un pas lent, désolée. Malgré toute sa rancune envers les parents d'Emma, elle était triste de la savoir en proie à de telles complications. Elle lui prit le verre des mains qu'elle posa sur le meuble et croisa enfin son regard meurtri.
— Je suis désolée, Miss Swan, tu dois te focaliser sur les réelles raisons de la mort de Crochet selon le docteur Whale et celle-ci relève d'un malencontreux accident. Ton père n'a fait que laver l'honneur de sa femme et leur rencontre a mal tourné. Crochet était un alcoolique égocentrique, personne ne le regrettera.
Emma jeta un œil sur Regina, déboussolée. Ces paroles étaient vraies, mais la réalité était plus compliquée qu'il n'y paraissait. Elle l'avait dit à Ruby. Tout semblait fonctionner à l'envers. Les événements devenaient incohérents, les gens déraillaient, les choses semblaient se déranger au fil des jours. Et plus le temps passait, plus rien n'avait de sens. Les "gentils" prenaient des allures de méchants et inversement. Les émotions se corrompaient, la confiance se perdait, les esprits se déchiraient et même la représentation du grand Amour s'effritait pour n'être plus qu'une illusion. Le rapport de Whale reçu quelques minutes plus tôt faisait état d'une mort survenue sur le coup après un choc à la tête. Crochet avait succombé au coup du lapin. Alors, oui, David n'était pas directement impliqué, mais devrait être jugé pour homicide involontaire et risquait plusieurs années de prison si l'on suivait les règles du monde réel. Comment Emma pouvait-elle le blâmer ? Il n'avait fait que laver l'affront du pirate, répondre à une trahison épouvantable. Songer à sa mère dans les bras de Crochet lui donnait la nausée et elle n'imaginait même pas la colère et la peine que David avait ressenties.
— J'ai appelé Nelson pour qu'il vienne surveiller David cette nuit...
Kyle Nelson, un habitant sans problème, avait été choisi comme deuxième adjoint en cas d'urgence et de grosses affaires. Et jusqu'à maintenant, il n'avait jamais été appelé puisque rien ne se passait à Storybrooke. Ce jour était l'exception à la règle et, pour une fois, Emma lui demandait assistance.
— J'ai besoin d'air, ajouta-t-elle.
Elle récupéra sa veste sur le dossier de sa chaise et prit ses clefs de voiture.
— Tu peux rentrer chez toi.
Elle préféra quitter le commissariat sans jeter le moindre coup d'œil à son père derrière les barreaux. Les mauvaises nouvelles s'étaient accumulées au fond de sa tête, au fond de sa gorge et l'empêchaient de résonner, de parler. Qui devait-elle punir ? David et Blanche étaient la représentation de tout ce qui la troublait depuis des jours. Parfait reflet de ses doutes, de ses écarts, de ses mensonges, d'une vie loin d'être la sienne. Et elle-même pouvait s'en vouloir après avoir commis quelques écarts avec Regina. Mais au contraire de Blanche qui avait fait une terrible erreur, elle ne considérait pas ses épanchements comme tels. Parce que le conte mêlait Blanche-Neige et son Prince Charmant et non Blanche-Neige et Crochet... Ou peut-être se fourvoyait-elle ? Peut-être la vie réelle avait-elle rattrapé tous ces personnages trop bien pour exister dans son monde ? Ici, les forêts n'étaient plus enchantées, les fées n'avaient plus d'ailes et les chevaliers portaient des armes. Comment Emma pouvait-elle ramener les fins heureuses au milieu de tout ça ? Henry lui avait dit un jour de suivre son instinct, de se fier à cet incroyable talent qu'elle avait toujours eu. Déceler la vérité à travers le mensonge, lever le voile sur un monde de subterfuges.
Regina était rentrée chez elle après le départ d'Emma. Toute cette histoire la dépassait autant qu'elle se demandait comment les événements avaient pu basculer à Storybrooke en si peu de temps. Plus rien ne semblait logique, ni l'attitude de sa sœur, ni celle du Prince et encore moins celle de Blanche-Neige. La Sainte nitouche n'était plus une Sainte et Regina se constatait un tempérament de plus en plus avenant dans son quotidien. Non pas que celle-ci avait apprécié de cultiver sa méchanceté, mais elle ne se sentait plus elle-même depuis quelques jours déjà. Du moins, quand elle n'était pas en présence d'Emma. Seule dans ce petit appartement miteux de Storybrooke, Regina avait la sensation de ne pas être à sa juste place. Pas seulement parce qu'elle était Reine, mais parce que plusieurs éléments évidents manquaient à sa vie. Son seul reflet dans le miroir de sa chambre semblait faussé, corrompu. Pourquoi ne cessait-elle jamais de songer au fils d'Emma ? Pourquoi celle-ci occupait-elle la moindre de ses pensées ? On frappa à la porte et Regina quitta la salle de bains pour rejoindre le salon et ouvrir.
— Emma ? fit-elle surprise.
Une heure, peut-être deux, étaient passées depuis qu'Emma avait quitté le commissariat où son père attendait derrière les barreaux.
— Je ne savais pas où aller, fit la Sauveuse d'une voix basse.
— Tu as bien fait de venir, entre...
Emma franchit le seuil de l'appartement et Regina referma la porte derrière elles. Au silence de la blonde, à son regard, la Reine comprit qu'il n'y avait rien à dire. Elle était sous le choc de constater Emma si désemparée. Alors ce fut plus fort qu'elle. Elle s'approcha et glissa tendrement une main sur sa joue dans l'espoir de soulager la peine qui transparaissait sur ses traits. Sa seule présence ramenait un équilibre en elle que Regina ne savait expliquer. Que pouvait- elle dire en sachant qu'Emma avait dû enfermer son père en prison ? Quels mots soulageraient sa déception d'avoir appris que sa mère avait trahi le Prince ? Regina mesurait qu'Emma avait toujours considéré l'union de ses parents comme un modèle à suivre bien qu'elle n'ait su s'y tenir avec Ruby. Malgré tout son désir de venir goûter à ses lèvres, Regina retint ses ardeurs, mais sentit les mains d'Emma enlacer sa taille, son corps venir contre le sien et son visage plonger dans son cou. Plus que des frissons, Regina avait tremblé sur ces contacts, cet assaut possessif. Un bras autour de son cou, elle ne bougeait plus, profitait de cet instant étrange et pourtant familier où elle retrouvait Emma. Sa tête à peine penchée, elle percevait les lèvres de Miss Swan effleurer sa peau, son souffle chaud remonter vers sa joue.
— Tu sens si bon, murmura Emma.
Regina faiblissait. Tous ces jours d'abstinence, de retenues, étaient balayés par les attentions et les paroles d'Emma. Son souffle s'écourtait, les battements de son cœur s'accéléraient. Elle sentit les lèvres d'Emma se fermer sur son lobe, un assaut qui démultiplia son désir pour la Sauveuse...
— Emma... On ne peut pas, susurra-t-elle...
Emma n'eut que faire de ces paroles familières. Contre Regina, elle laissait parler ses émotions, trouvait sa place, une cohérence nécessaire, une réponse à ses questions. Et peu importait que cela plaise à la morale, au bon déroulement de ces histoires pour enfants qui tournaient finalement mal dehors. À l'abri des regards, ce soir, elle exprimerait ce qui régnait au fond d'elle, ce pour quoi son cœur semblait battre. Sa main se chargea d'enlever le tissu du chemisier de Regina coincé dans sa jupe.
— Arrête-moi, alors, répondit-elle.
Dans la morgue de l'hôpital plongée dans le noir, Ruby avait sorti le corps de Crochet de son tiroir. Recouvert sous un drap uniforme, il gisait là, sous ses yeux, étendu sur la plaque froide. Elle avait accepté la demande du Prince qui aurait intérêt à honorer son engagement. Et puisque tout le monde s'évertuait à la blâmer pour tout et rien, surtout Emma, Ruby prouverait l'ampleur de ses pouvoirs, le bien-fondé de ses agissements. Les mains au-dessus du corps, elle se concentra et marmonna quelques mots incompréhensibles. La seconde suivante, une lueur rouge naquit sous ses paumes et les murs vibrèrent au même rythme que les tremblements du sol sous ses pieds.
Les paroles n'avaient pas été prononcées. Le recul n'avait pas été pris et tout avait basculé. Les émotions avaient pris le dessus et s'exprimaient à travers les gestes, les regards, l'empressement évident de se retrouver, de s'unir envers et contre tout. Incapables de s'arrêter, Emma et Regina laissaient maintenant parler leurs envies, leurs désirs trop longtemps contenus. Et qu'il était bon de s'abandonner finalement, de sentir les caresses, la chaleur de l'autre. Les lèvres d'Emma tracèrent un chemin brûlant entre ses seins. Regina en perdait le souffle, l'esprit. Pas une seule fois, elle n'avait connu pareil émoi. Un feu tout droit venu des enfers. Le corps à peine vêtu d'une culotte de dentelles, elle succombait aux assauts délicieux de la Sauveuse, d'une femme qui l'avait attirée dès la seconde où elles s'étaient croisées. Dès lors, plus rien ne comptait que cet instant, les parfums d'Emma, ses baisers, son corps sur le sien. Regina se cambra quand les doigts d'Emma atteignirent son intimité. Un soupir s'évada, capturé entre les lèvres de la Sauveuse.
Les néons clignotèrent et un filet de lumière rouge, semblable à une aurore boréale traversa le plafond et virevolta dans la morgue. Ruby s'efforçait de rester concentrée. Jamais elle n'avait fait un tel sort exigeant une grande puissance. Sa tête commençait à la faire souffrir et ses mains au-dessus du corps de Crochet semblaient brûler. Elle la voyait, l'âme de Crochet. Elle était parvenue à la rappeler. Qu'attendait celle-ci pour retrouver le corps de son hôte originel ?
Regina sentait son cœur battre à tout rompre. Chaque pénétration d'Emma la rapprochait de l'orgasme. Son amante lui faisait redécouvrir le sens du mot amour. Ses baisers, ses caresses, ses assauts étaient empreints de délicatesse autant qu'elle prenait soin de ne pas s'appuyer sur son ventre en songeant à leurs bébés... Leurs bébés... Car pour Regina, il ne pouvait en être autrement et cette évidence faisait partie de tant d'autres qu'elle ne s'expliquait pas. Elle aussi caressait Emma, avait découvert avec extase le fruit de son désir et la chaleur de son intimité comme si tout cela avait toujours été normal. Les doigts d'Emma s'attardaient en elle et son regard bleu et hypnotique demeurait empreint d'attention. Diable que Regina aimait cette femme. Comment avait-elle pu vivre sans elle tant d'années durant ? Leurs corps scellés brûlaient chaque seconde un peu plus l'un pour l'autre. Ici, en cet instant, tout semblait reprendre sa place parce que rien d'autre ne comptait pour Regina que de s'abandonner aux assauts d'Emma. Alors l'unique lumière tamisée de la chambre se mit à clignoter sans qu'Emma ou Regina n'y prêtent la moindre attention, la Reine trop emprise par son orgasme grandissant...
Le silence retomba dans la morgue, Ruby à bout de force, à bout de souffle. L'âme avait rejoint son corps alors pourquoi, Crochet ne se relevait-il pas ? Mais l'instant suivant, une main se ferma autour de sa gorge, le métal du crochet sur sa jugulaire.
— Une vie pour une vie, lança Crochet...
