Sasuke s'installa devant son poste, café à la main. Tout semblait ordinaire à cet instant. La chaleur des rayons du soleil réchauffait sa main qui manipulait la était comme empli d'une quiétude, celle qui précède le chaos.

Il pianota les tâches de son nouvel appareil portable, tout fraichement préparé par le service informatique pour n'être ni reconnu, ni traçable. Sasuke n'était pas un as de l'informatique, mais il allait devoir s'improviser comme tel sur la partie submergée d'internet.

Dans les locaux du service, tout était calme. Chaque informaticiens avait son bureau réservé dans un espace entièrement vitré. Triple vitrage avec isolation phonique, bien entendu. Il se sentait en meilleure compagnie ici qu'à l'étage de la criminelle. Comme s'il avait plus d'affinités avec ces professionnels des systèmes binaires labyrinthiques. Il les voyait comme des mathématiciens avec un autre langage, celui bien à eux, qui navigue entre les entre le bit, unité de mesure informatique, et les queues de sondage. Sasuke n'y comprenait rien, mais se sentait comme appartenir à leur bulle en ayant accepté cette aventure. Aventure qui consistait donc à entrer en contact avec le cénacle terroriste.

Devant son écran défilaient des informations qu'il ne s'avait déchiffré. Il avait demandé assistance à son collègue qui fit irruption dans le bureau après être allé chercher son café. Il prit place à côté de Sasuke qui s'écarta, sans quitter l'écran des yeux.

"Bon, on va voir ce que ça donne"

Tony avait collé des adresses URL dans Tor, ce navigateur incroyable - comme il l'avait qualifié - , et attendait les résultats. Peu concluant. Jeune recrue du service info', Tony était fraîchement diplômé de l'université de Tokyo venue tout droit d'Amérique, où il avait déjà appris à faire des trucs pas très légaux.

"Punaise, ça va être un brin plus compliqué que ce que je pensais."

Sans explication, Tony repartit du bureau. Il revient un peu plus tard, non sans arracher Sasuke de sa contemplation passive de la société qu'il avait à travers la seule fenêtre du bureau.

"On va essayer autre chose."

Le brun le savait, Tony se parlait à lui-même, et ses paroles ne nécessitaient aucune réponse.

"J'ai trouvé un truc. ça ressemble effectivement à un forum avec un chat intégré. On va pouvoir entrer en communication. Va falloir te trouver un surnom.

Chidori.

Ok. Repasse ce soir, je te filerais un pc portable qu'il faudra que tu prennes avec toi. Je t'indiquerai la marche à suivre et comment faire pour te connecter à ce chat. Au moindre pépin, je te montre comment le démonter et jeter. Fous là au micro-ondes pendant quelques minutes ça suffira à la dézinguer. A toute." Abrégea Tony, en adressant tout de même un sourire à Sasuke qui se leva pour sortir du bureau.

Une fois dehors, l'air frais lui fit du bien. Il s'installa dans un café en terrasse non loin du commissariat, et s'alluma une cigarette. Il se mit à regarder les passants, avec plus d'insistance que d'habitude. Qui étaient-ils, où allaient-ils, étaient-ils heureux ? Sasuke ne s'était jamais posé la question à lui-même. Loin d'avoir des pensées dramatiques, le brun était partisan du "c'est comme ça, alors fais ce qu'il faut" sans pourtant terminer par "ça ira mieux". Aller mieux ok, mais par rapport à quoi ?

Il observa les volutes de fumée de sa cigarette, bien trop courte pour une telle remise en question. Il s'en alluma une autre.

OoOOOOOOoOOOOOOO

Une sonnerie retentit dans les locaux de la criminelle, quasiment vide à l'heure du déjeuner.
Elle venait du bureau du Commissaire Sarutobi s'y dirigea et ne reconnut pas le numéro qui s'affichait sur le combiné.

"Commissaire Divisionnaire Sarutobi j'écoute.

Bonjour Comissaire, ici Peter de la NYPD, vous vous souvenez moi ?

Je suis peut-être un ancien mais je ne suis pas grabataire ! Comment allez-vous Peter ?

ça pourrait aller mieux. En fait, pour tout vous dire, ça pue la merde.

Vous utilisez tellement cette expression vous les américains que ça peut tout et rien dire, soyez-plus explicite.

Emilio est mort.

Putain de merde.

Ouais.

Sarutobi raccrocha lentement le combiné, et ouvrit le tiroir de sa commode derrière lui, en sortit un bouteille de whisky japonais et s'en servit deux doigts qu'il vida d'une traite.

OoOOOOOOoOOOOOOO

Une fois l'ordinateur portable récupéré avec tout ce qu'il fallait, comme il le fallait, Sasuke s'installa dans un bar non loin de chez lui et ouvrit le capot avec un brin d'appréhension. Il s'était commandé une bière - plutôt grande - qu'il se voyait bien siroter en toute tranquillité pendant qu'il échangerait avec un criminel fiché S. Une routine à laquelle il allait devoir se faire rapidement, mais qui l'embrasait d'excitation. Une routine qui casserait la sienne. Il quittait doucement la monotonie sans se retourner.

Tony lui avait filé des notes à suivre pour pouvoir arriver sur la fenêtre de dialogue. Après s'être réuni avec Commissaire Sarutobi, Commandant Jiraya, et Capitaine Kakashi. Il devait être naturel, avec quelques-uns de ses principes en moins, et se mettre dans la peau d'un type qui serait prêt à donner sa vie pour une cause, celle de Yohei Shimizu. L'Uchiwa - ou peu importe qui il était - allait devoir mettre ses idées de côté, pour un moment indéterminé. Jeu de rôle dangereux mais plutôt cool. Moins il se prendrait la tête, plus ça allait prendre, il en était persuadé.

Plusieurs réunions ont été effectuées avec une ribambelle de tests psycho. Sasuke était apte, et avait bien intégré sa nouvelle personnalité.

Chidori

Hey.

...Après tout, il fallait bien faire une entrée en matière. Sauf qu'elle était beaucoup trop longue. Sasuke eut le temps de finir sa pinte, et d'en reprendre une autre. Était-ce recommandé de boire durant le travail ? Et pas n'importe lequel, entrer dans un réseau terroriste ! Il riait seul. ça lui semblait tellement absurde, que finalement, le moment n'était que idéalement choisi pour boire. Il se mit à regarder autour de lui, les gens. Des mecs avachis sur le bar en vieux treillis, à côté d'homme d'affaires en chemise, avachi de la même manière. Finalement, peu importe qui tu es, au final, tu finis pareil quand t'as un vide à combler sans savoir comment le faire.

Kurama

Bonjour Chidori.

Bon. Jusque là, il ne se débrouillait pas trop mal. Le tout, c'était de se lancer. Il prit une bonne gorgée de sa bière.

Chidori

J'aurais aimé avoir des renseignements-

Non. Non. Naturel, on avait dit.

Chidori

Je ne sais pas par où commencer.

Ouais, bon. Kurama, je compte sur toi pour m'aider un peu.

Kurama

Je ne peux pas t'aider, alors.

Hn.

Chidori

Au contraire. Il n'y a que vous, qui pouvez m'aider. Je me suis perdu, et j'aimerais retrouver mon chemin.

Kurama

Qu'entends-tu par "chemin"?

Chidori

C'est métaphorique. Si je suis bien au bon endroit, sachez que vos actions ont du sens pour moi. Les objectifs que j'avais jusqu'alors n'ont plus réellement de sens désormais, c'est comme ça que je me suis perdu.

Sasuke aurait préféré être le punchball de Macgregor qu'écrire des niaiseries pareilles à cet instant.

Kurama

hssuznnaplebu.

Punaise. Tony n'avait pas prévenu Sasuke dans le cas précis où il serait redirigé vers une autre page. Il l'appela de suite, non sans prendre une énième gorgée de bière avant.

"Allo Tony, je te dérange pas ? Ouais ça va ouais merci, dis moi, mon correspondant me renvoie vers une adresse URL assez étrange et - ouais exactement - ouais c'est ça. Est-ce que je peux cliquer ? T'es sûr ? Ok. Merci."

Rapide et efficace. Le pc pouvait mourir sur le champ que Tony s'en fichait comme d'une guigne, il pouvait cliquer sur tous les liens qui lui chantait.

Une page noire s'ouvrit. Puis deux carrés, parfaitement symétriques, un bleu, et un rouge. Sasuke fit naviguer la souris sur les deux carrés. Il devait cliquer dessus. Lequel choisir ? La fenêtre de dialogue avait disparu, il ne pouvait poser aucune question. Serait-ce un test ? Oui, forcément. Mais à quoi correspondent ces couleurs ? C'est cette histoire de pilule bleue et pilule rouge ? Il disait quoi Morpheus à Néo déjà ? Sasuke opta de mémoire pour le carré rouge, mais ne sait pas s'il avait bien fait. Sur la page suivante, une photo apparaît, celle d'un individu en costard, souriant, et faisant un signe de la main vers ce qui semblait être des journalistes. En dessous de la photo, deux cases à sélectionner, avec deux noms. Sasuke ne connaissant que trop bien ce type: Yamato Shizuna, PDG d'une entreprise de courtage, sur lequel il y avait il y a deux ans une enquête pour fraude de commission exorbitante, qui s'en était sorti indemne. Il avait volé à des riches pour s'enrichir d'autant plus. C'était une des plus grandes fortunes japonaises.

Le curseur de la souris changea de forme, c'était à présent une cible. Le lieutenant plaça le curseur sur le nom du PDG, et tira. Une explosion pixélisée a alors lieu, et la photo suivante fut la même que la précédente, le crâne de monsieur en moins, et un "good job" en lettre jaune tournoyantes. Merci.

Page suivante, une question sur la redistribution des richesses dans le monde : "à votre avis, à combien de pourcents s'élèvent le nombre de fortunés dans le monde ?", et trois réponses possibles: 50%, 30%, ou 10%. Sasuke avait tendance à sélectionner les réponses les plus tragiques à ce genre de question, il avait bien fait. "Elles en détiennent combien ? 50%, 70 %, 80 % ?" 80%. "Est-elle répartie de façon équitable ? Non."

"Trouvez-vous ça juste?"

Non… évidemment.

"Que pensez-vous de la justice et de sa procédure au Japon ?

Elle est correcte. Elle est injuste. Je ne sais pas."

Difficile à dire, la justice était pour lui subjective quand bien même son allégorie est aveugle mais malgré ça, chacun se devait de l'appliquer selon les procédures de chaque pays. Faisant partie d'un corps de l'État qui doit faire régner ordre et justice, qu'allait-il choisir ? était-elle vraiment juste ? Il pensait aux nombreuses bavures policières auxquelles il avait dû faire face, brigadier. Il pensait aussi aux lois avec lesquelles il n'était pas spécialement d'accord, comme cette justice de l'otage qui régnait dans la procédure pénale japonaise.

Il sélectionna, malgré lui, ""je ne sais pas."

"Que pensez-vous de la justice et de sa procédure dans le monde?

Elle est correcte. Elle est injuste. Je ne sais pas."

Il réitéra sa réponse.

S'ensuit une vidéo, une sorte de montage de séquences - la plupart d'entre elles avec une qualité smartphone - tournées dans plusieurs pays différents accompagné de la phrase: "Stoppez l'ignorance, ouvrez les yeux et regardez cette vidéo dans son intégralité en cliquant dessus."

Sasuke ne savait pas s'il était dans le meilleur endroit pour le faire. Il ne savait pas ce qui allait se dérouler dans cette vidéo, ni combien de temps elle allait durer. Il se regarda autour de lui, le bar commençait à se remplir, et sa bière à se vider. Avant de cliquer sur "play", changea de place pour aller s'installer sur une banquette, dos au mur, en passant par le bar commander une bière. Une gorgée, des écouteurs, et c'était parti.

Pas de musique, seulement les bruits enregistrés au moment de la vidéo, pour une immersion totale. Nous étions en Afrique du Sud, sûrement durant l'apertheid, avec le massacre de Sharpeville, puis au Cambodge avec l'assaut de Khmers Rouge, puis des images des rohingyas et des Ouïgours, les violences policières en France, les dégâts du commerce des armes dans les pays d'Orient, l'esclavagisme moderne aux Emirats Arabe Unis, les violences policières sur les noirs aux Etats-Unis. Sasuke ne clignait plus des yeux, la vidéo était horrible. Il y voyait des enfants mourir sous l'impact de bombes, des animaux se faire tuer pour créer un produit d'alimentation quotidien, des confrères violenter des citoyens. La violence allait crescendo. Sasuke compris l'efficacité de leur recrutement, qui n'était pas encore au stade de campagne publique. Ils exposaient volontairement les maux du monde aux ignorants ou aux refoulés. Sasuke avait connaissance de tout ça, mais le système était ainsi, et ce n'était pas en tuant tous les fortunés de la planète que la misère allait être éradiquée. Ils allaient contre les échelles sociales qui se sont bâties sur des années d'humanité.

"Dans tout ça, les milliardaires investissent en bourse, pour générer encore plus d'argent, sans le réinjecter dans les pays qui en ont réellement besoin. S'ils réinvestissaient 1% de leur richesse équitablement, cela éradiquerait la faim dans le monde."

Une autre vidéo ensuite, celle des bavures policières au Japon et de membres de l'Etat clairement en train de graisser la pâte aux yakuzas, escortés mais par des flics vendus.

"Vous avez visionné l'intégralité de la vidéo. Seriez-vous prêt à revenir sur vos deux réponses précédentes ?"

Il répondit positivement, ainsi qu'à tout le reste comme s'il avait été convaincu par la vidéo.

Oui, c'est le monde le sait, même le dernier des crétins le sait, c'est juste que tout le monde s'en fout.

"Es-tu prêt à rééquilibrer la balance ?"

Oui.

"Es-tu prêt à mourir, à voler, à tuer pour que justice s'opère au Japon et dans le monde?"

Oui.

"Es-tu prêt, désormais, à t'engager dans ce sens auprès de l'Akatsuki" ?

Akatsuki ? Il n'avait jamais entendu parler de ce nom. Tony se serait-il trompé ?

Oui.

Puis plus rien. La page s'est fermée instantanément. Sasuke via les trois quart de sa bière.

Le pop-up du chat refit son apparition, avec un message de Kurama.

Es-tu moins perdu qu'à ton arrivée ?

Il devait maintenir une discussion avec ce type.

Chidori

Oui,merci. J'en garde des images très dures, mais nécessaires pour garder en tête mes objectifs.

Kurama

Et lesquels sont-ils ?

Chidori

Une justice sociale, alimentaire, pécuniaire et de façon unilatérale. Je suis prêt à tirer un trait sur ma vie de privilégié, et d'agir pour mes convictions de façon humble et juste, quoiqu'il m'en coûte.

Kurama

As-tu conscience que l'Akatsuki est dans une démarche offensive, et que nos actions auront des répercussions importantes ? Revenir en arrière sera impossible.

Chidori

Ma décision est prise, et elle est mûrement réfléchie.

Kurama

Parle-moi de toi, de qui tu es, de ce que tu fais.

Ce n'est qu'une formalité, Sasuke en était persuadé. Ils devaient déjà savoir qui il était.

Chidori

Je vais être honnête, même si je ne vous connais pas. Je suis Yohei Shimizu, j'ai 27 ans. Toutes les images de ces vidéos, je les connais, je les ai vues de près, très près. J'en ai même été acteur, pour ne rien vous cacher. J'ai fait partie des Rikujō Jieitai*, qui m'ont envoyé en mission humanitaire dans les pays comme en Irak. J'ai été un enfant du système. Ce qu'on ne raconte pas, malgré le fait que le Japon n'ait plus le droit d'avoir d'armée offensive, ils forment néanmoins des enfants dans les pays où c'est légal avec des accords passés sous le manteau. J'ai donc une formation militaire, j'ai fait mes classes, et me suis spécialisé tireur d'élite de précision. J'ai escorté dans l'ombre de diligences, et du personnel de l'Etat. Ce que j'ai vu, dans les missions humanitaires, m'a dévasté. J'y suis resté au total douze années. J'ai demandé ma démission et à être acquitté de mes responsabilités en remettant ma plaque. Ce burn out m'a conduit à une intense réflexion sur le monde qui m'entourait. Je sais que les révolutions pacifiques ne mènent à rien. Je veux faire exploser ce monde, quitte à tirer dans la tête de ceux qui le méritent.

Sarutobi lui avait donné le feu vert pour cette version. Il avait fait le nécessaire auprès de la FJA et de leurs bases de données, afin que Yohei Shimizu apparaisse comme un jeune de 15 ans qui avait été recruté, et pour lequel il s'était passé des choses pas très légales, en laissant volontairement quelques flous administratifs. Depuis, Sasuke Uchiwa n'existait plus, et n'avait jamais existé. Tout avait été effacé précautionneusement jusqu'à la moindre données au sein de la police et de l'état civil savaient pertinemment qu'à partir du moment où l'ordinateur allait ouvrir cette page web, toutes ces informations allaient être passées au peigne fin, malgré le meilleur VPN du monde.

Sasuke n'eut plus aucune réponse de la part de Kurama, mais avait déjà de la matière à transmettre aux boss.

OoOOOOOOoOOOOOOO

Naruto se leva de son poste et se dirigea vers un endroit plutôt calme, et sortit de ZiNO pour capter du réseau. Il se dirigea vers le parking des employés, vide, laissant toute la place aux couleurs du coucher de soleil. La légère brise du printemps lui fit un bien fou. Ce qui manquait là dessous, c'était vraiment le soleil. Il se saisit du téléphone que Shukaku lui avait donné en personne pour pouvoir le joindre. La confiance était telle que Naruto était un des seuls privilégiés de cette aubaine, plutôt pratique dans la mesure où il avait été missionné pour gérer la plateforme de recrutement.

"Quelqu'un est entré en contact avec nous, il faut qu'on en parle. J'ai ratissé ce que je pouvais comme info', il est intéressant ce type. On peut se voir quand ?

- Rejoins moi à l'endroit habituel ce soir à 19h30.

- Ok, à ce soir."

Naruto retourna à son poste et observa la photo de cet ex militaire. Il était typé très japonais, avec un regard très noir, crâne rasé. Il trouvait ça rare, des militaires qui voulaient se reconvertir en terroristes. Pourtant, avec tout ce qu'ils voient, il y a de quoi vouloir faire tout sauter.

Force Japonaise d'Autodéfense

VPN: permet d'être intraçable informatiquement en renouvelant l'adresse IP.

wiki/Justice_de_l%27otage

OoOOOOOOoOOOOOOO

Kakashi eu l'alerte, Emilio était mort. Ils l'avaient buté. Il devait agir vite.

Il partit en direction d'une ruelle dans le quartier d'Ikebukuro, qui brassait pas mal de monde tout l'année. Lunette de soleil sur le nez et habillé comme un serveur, il avait l'allure d'un mec louche, mais c'était son style. Sa garde robe étant peu variée et surtout composée de chemises, de boléros et de chinos assortis (qu'il agrémentait de temps en temps avec une petite chaîne de montre à gousset). Son but? Être classe (selon sa définition) en toute circonstance, à défaut d'être incognito.

Il arriva face à une porte blindée, qu'on voyait à peine entre deux bennes, et toqua de toute sa force dessus.

" Mot de passe.

- Bunta, c'est Kakashi.

- Mot de passe.

- Putain Bunta, t'es demeuré ou quoi, tu me vois dans ton judas non?

- Mot-de-passe.

- J'irais bien en vacances au Mont Myôboku, il parait qu'il y fait bon vivre." énonça Kakashi comme un enfant qui se voyait forcé de s'excuser d'avoir planter un crayon dans l'oreille de son pire ennemi.

Gamabunta aka Bunta, ouvrit la porte dans un geste solennel. De son imposant gabarit, il surplombait presque Kakashi, pourtant déjà grand. Enfin, 1m85 quoi. Normal disons.

"Tu m'expliques ?

- N'importe qui pourrait se faire passer pour toi.

- Impossible.

- C'est ce que je me dis quand je vois ta dégaine, parfois.

- Bunta, t'es en peignoirs toute la journée, bon sang.

- Bref, entre."

Ils passèrent par un long couloir sombre, éclairé d'une seule poule qui n'allait plus faire long feu, jusqu'à s'arrêter devant la porte du studio. Ils entrèrent et Gamabunta prit place dans son gros fauteuil dans un semblant de salon. Il s'agissait surtout d'un lieu où il accueillait ses "clients", avec lesquels ils monnayaient des informations plutôt spéciales. Dans cette même pièce bétonnée, deux ordinateurs avec des unités centrales énormes qui tournaient à pleins régime.

"Thé ?

- Non merci. fit Kakashi en prenant place dans un autre fauteuil.

- Qu'est-ce qui t'amène, Kakashi ?

- Bon t'es pas sans savoir qu'Emilio Amarante, le PDG d'Eni, est mort hier soir.

- Tu me prends pour quelqu'un qui lit Asahi Shinbun* ?

- Bref, il n'est pas mort n'importe comment, il aurait été en contact avec un gars de l'organisation italienne des justiciers-machin, mais qui faisait partie de la boîte. Un gars de confiance depuis des années. Un certain Nino Costa. Son bras droit, qui a disparu dans la nature. De un ça nous fout dans la merde car ce type il avait des accords financiers avec le Japon, et apparemment l'Etat fait pression sur nous pour que l'organisation japonaise soit démantelée. J'aimerais savoir qui ils vont envoyer pour en parler ici, car les accords vont être revus. Je sais de source sûre que quelqu'un va se déplacer au Japon, car la Police a eu une demande d'escorte, pour un rendez-vous privé. Je pense et j'en suis certain, que cette société italienne a été approchée par un des terroristes, et pas qu'approchée.

- Hm. Qu'est ce que ça fait, que l'italien se ramène ici ?

- Je suis persuadé que c'est un vendu, et qu'il va détourner des infos et dans le pire cas, l'argent de l'accord qui va être signé. Si c'est le cas, il sera forcément en contact avec les japonais.

- OK. Reviens demain à la même heure."

OoOOOOOOoOOOOoOO

Naruto s'installa confortablement dans un bar qui était devenu l'un de ses lieux préférés, le PANKU. Bruyant, alternatif, vivant et marginal, on y voyait de tout et y écoutait de l'amplifié agressif. Son état d'esprit s'y retrouvait bien.

A cette heure, ce genre d'endroit était calme. Les gens se pointaient à l'heure des concerts, soit 22h. La musique était encore tranquille, avec du garage punk des années soixantes, de quoi se mettre tout doucement dans l'ambiance du jeudi soir. Naruto aimait bien sortir le jeudi soir, il n'y avait que de jeunes têtes pensantes avec des envies festives ou alors des âmes égarées. Les autres, il leur laissait volontiers s'entasser les soirs de week-end dans le même endroit à s'échanger leur sudation et leur salive.

Une tignasse rousse fit son apparition et s'asseya sans un bruit à ses côtés. Il posa sa main sur l'épaule de Naruto pour signaler sa présence, ce dernier lui fit un léger sourire de bienvenue.

"Comment vas-tu ?"

La voix de Shukaku était douce et apaisante.

-Très bien merci, et toi ?

- Bien. Merci."

Il fit signe au barman qui prépara sa commande habituelle en lui faisant un pouce en l'air. Après le lui avoir rendu, Shukaku enchaina.

"Quoi de neuf ?

- Pas grand chose à vrai dire. Emilio Amarante est mort, comme prévu. Mais tu es certainement au courant. Ils vont envoyer Enzo pour les règlements sur l'accord de l'exportation d'énergie.

- Enzo? Hm. Ses yeux d'un émeraude homogène se perdirent sur la table, dans un élan de réflexion. Je crois l'avoir déjà rencontré, avant que tout commence, nous étions parti à la rencontre d'Antoine, un des français. On s'était tous plus au moins retrouvés, pour être sûr de tisser un contact avec toutes les organisations, comme une cousinade. Je crois y avoir vu ce fameux Enzo, mais ça remonte un peu. C'était il y a cinq ans. Il remercia le barman de l'avoir servi et bu une gorgée. Je t'en parlerais un jour, si ça t'intéresse. Pour l'heure, parle-moi du potentiel.

- Un japonais, anciennement de la FJA précisément. 27 ans. Avec une formation illégale de tireur d'élite, mais qui a posé sa démission l'année dernière. Il les a servi pendant 12 ans. J'ai tout checké, c'est correct. Il a passé le semblant de test, m'enfin, ce truc c'est vraiment qu'une formalité. Faudrait le rencontrer.

- Illégale ?

- Tu avais entendu parler des adolescents qui avaient été envoyés en Chine pour des formations de soldat offensif ? Et bien, ce Yohei Shimizu, il en faisait partie.

- Je vois. Qu'est-ce qui le motive ?

- Burn out, il a été en Irak, et même dans d'autres pays avec des guerres civiles. Il est aussi au courant de ce qui se trame à l'intérieur, dans les ministères, sur des missions d'escorte je pense, secrètes. Il a vu ces horreurs, et il est prêt à les stopper par la violence, s'il le faut. Shukaku, un type comme ça dans la section combattant, c'est pas négligeable. Byakungan et lui pourraient faire un sacré duo, si nous vérifions la solidité de sa motivation.

- Oui, continue de lui parler un peu avant, pose lui des questions, vérifie ses réponses. Je sais que t'as du travail, mais ça peut attendre. Pour l'heure, on doit recruter, pour notre opération coup de poing. ça en est où, la communication ?

- Ta soeur fait un sacré boulot, je n'ai pas pu l'aborder sur ça. Ton frère en sait peut-être plus. Mais elle y travaille non stop, en tout cas.

- Va falloir se tenir prêt bientôt, avec les autres, on s'est mis d'accord pour agir fin du

mois prochain. Il y a pas mal d'élections qui se déroulent en même temps, ce sera moment de foutre un beau bordel."

Il n'y avait rien à ajouter à ça. Dans un mois et demi, le monde entier saura qui ils sont et ce qu'ils défendent, pour pouvoir enfin recruter en masse. Ils continuèrent à boire tranquillement, le temps d'apprécier un moment normal avant que la pression s'insinue. Le Carnaval, c'était pour bientôt.

*Asahi Shinbun: grand quotidien national japonais.