Explications de chapitre :
-Selon les Anciens Égyptiens, la composition de l'être humain dépasse la simple dualité entre le corps et l'âme. Ainsi composé de plusieurs éléments le reliant à la fois au terrestre et au divin, il se doit de suivre les principes de Maât (Justice-Vérité-Ordre) et possédait une solide maîtrise de la magie (Heka) s'il veut espérer une survie posthume dans la tombe et une existence immortelle. Afin que ce chapitre ne vous trouble pas, je vais citer ces principes ci-dessous ainsi que leurs noms en Ancien Égyptien.
• Le cœur (ib) est le siège de la personnalité, de la mémoire et de la conscience. Comme expliqué dans les chapitres précédents, après la mort, il est symboliquement jugé contre la plume de Maât sur la balance du tribunal d'Osiris.
• Le ren est le nom, une partie primordiale de l'être. Sans nom, il n'y a plus d'être. L'effacement du nom est un grand châtiment qui condamne magiquement les individus à la damnation et à l'oubli (D'où son importance primordiale dans YûGiOh!).
• À nouveau, le kâ est un double spirituel qui naît en même temps que l'humain (Ici, les monstres de duel tel que Diabound pour Bakura ou Spiria pour Isis). Il est la réflexion de la nature profonde d'une personne. Et le bâ est l'énergie vitale d'une personne provenant directement de son âme.
• Le shout est l'ombre. De même qu'il existe un chaos à l'ordre, le shout représente l'autre partie d'une personne. Il est une composante à part entière de la personnalité humaine, et l'être ne peut être complet sans lui.
• Le corps physique (khet or djet), soumis à la décrépitude de la vieillesse, est rendu inaltérable après la mort par le processus de la momification. Le terme khet/djet désigne le corps, mais aussi ses représentations en images peintes ou sculptées.
• Enfin, l'akh est grossièrement vu comme l'âme spirituelle d'un défunt. Après la mort, l'akh est donc la forme que revêt un individu qui a réussi son passage vers l'au-delà et qui a échappé à la seconde mort (damnation) en réussissant l'épreuve de la pesée du cœur dans le tribunal d'Osiris.
-Ifrane est une ville et commune du Maroc située dans le Moyen Atlas, à 1 713 mètres d'altitude. Elle est réputée pour son climat extrêmement neigeux en hiver (chose rare dans un pays désertique comme le Maroc), mais également pour être officiellement l'endroit le plus froid du continent africain avec une température de -23,9 C/-11,02 F
Vide. C'était indubitablement et sans surprise vide. Derrière la porte de barreaux de la prison, depuis le seuil où il se tenait, l'étroite, froide et sombre pièce se dévoilait à lui désespérément vide ; comme si les personnes qui l'avait occupée à peine quelques heures auparavant s'étaient tout simplement évaporées dans la nature. Il ne détectait aucune trace, aucune marque qui approuverait de leur évasion, ni la fenêtre bien trop petite ou la serrure n'avait été touchées.
Le pharaon resta amorphe dans l'embrasure de la porte, observant la cellule d'un air absent sans pouvoir prononcer un seul mot. Comment une dizaine de personnes avaient-elles pu disparaître ainsi ? Sans que personne ne remarque quoi que soit ? Il ne saurait l'expliquer…
Un vent léger s'infiltra subitement à l'intérieur du cachot, faisant virevolter les grains de sable et la poussière d'un recoin à un autre sans que rien n'obstrue leur passage tel un rappel cinglant de son échec, et il serra les dents avec colère. Une rage sourde s'emparant de lui, Atem quitta la pièce en trombe, traversant le couloir des geôles menant au palais d'un pas lourde et rapide. Derrière lui, ses gardiens sacrés le suivirent sans oser poser la moindre la question, trop déconcertés. Quand bien même ils avaient été informés les premiers de cette nouvelle et avaient donc eu le temps de s'en convaincre, ils demeuraient confus sur la manière dont le peuple de Mâ avait réussi à échapper à leur emprise et vigilance.
Ils se sentaient à la fois contrariés et coupables. Coupables de ne pas les avoir surveillés plus attentivement, et contrariés qu'ils aient réussi à glisser entre leurs doigts malgré leurs puissantes magies et les objets du millénium. Mais plus important encore, ils savaient parfaitement que c'était la dernière chose dont ils avaient besoin en cet instant. Comment pouvaient-ils préparer une guerre et aider leur souverain à se concentrer dessus s'ils devaient également rechercher des prisonniers en fuite ?
Mahad et Seth semblaient les plus perturbés par la situation. Et pour cause, tous deux personnellement responsable de la sécurité de leur roi, ils se voyaient incapables de partir pour le champ de bataille et laisser ce dernier à la merci de personnes rancunières souhaitant sûrement se venger. Perdus et nerveux, ils erraient en fin de cortège, incapable de se décider sur la prochaine marche à suivre…
Le chemin jusqu'à la salle du conseil se fit dans un silence de mort, les nomarques, vizirs et autres nobles s'écartant à leur passage sans la moindre hésitation, la tension que dégageait le pharaon et l'expression de colère sur son visage suffisant à leur faire comprendre qu'il valait mieux ne pas les importuner. À travers les allées et les corridors, le bruit se répandait que les grands prêtes avaient failli à leur devoir, que la fureur du pharaon était sans précèdent. Des gardes en passant par les servants, des cuisiniers aux danseuses du harem, les messes basses allaient bon train, et très vite, le jeune roi su que le palace entier serait au courant, le plongeant dans une honte plus grande encore que celle qu'il ressentait déjà.
Les imposantes portes dorées s'ouvrirent avec fracas, le son des battants frappant contre les murs se répercutant dans toute la pièce et faisant sursauter les personnes se trouvant à l'intérieur qui se retournèrent alors d'un même geste pour découvrir qui était le philistin qui osait les déranger dans leur travail.
« DEHORS ! »
Sa voix claqua comme un fouet et, sans se faire prier, les membres du conseil disparurent à la hâte, un certain soulagement se lisant dans leurs yeux comme ils étaient rassurés de ne pas être l'objet du courroux du souverain.
Laissant entrer les gardiens sacrés, il referma les portes avec un calme étrange et, s'adossant contre celles-ci, observa le groupe devant lui d'une froideur digne des hivers gelés d'Ifrane. Nul n'osait prendre la parole le premier, sachant très bien qu'aucune excuse ne serait jamais assez bonne pour pardonner leur faute.
« Je ne crois pas avoir besoin de vous dire le genre de répercussion que cela pourrait avoir, n'est-ce pas !? » s'écria finalement Atem avec impatience, son ton toujours brusque. « Comment est-ce que vous avez pu être aussi négligeant !? »
« … »
Le soudain mutisme de ses prêtres ne fit que l'agacer un peu plus et mordant sa lèvre en poussant un soupir, il se dirigea vers son siège sur lequel il s'avachit de manière lasse et sans autre forme de préoccupation, ses pupilles évitant obstinément de se poser sur le diorama de guerre reposant sur la table.
« Majesté. » finis par émettre Aknadin en s'avançant légèrement. « Ce qui est fait est fait. Il est à présent temps de se concentrer sur le plus important. »
« Le plus important !? » s'égosilla le pharaon en fronçant les sourcils. « Le plus important est de retrouver Hussein et sa cour, mon oncle ! Si jamais l'armée libyenne s'allie à celle de la Nubie, ce qui arrivera très probablement, nous n'aurons plus aucune chance ! »
« Rien ne dit que cela arrivera. Mahad a déjà envoyé plusieurs troupes à leur recherche en ville, et il est prévu également d'en poster à chaque frontière. » intervint Seth d'un air mal assuré.
« Parce que ses troupes ont déjà fait un excellent travail en gardant les prisonniers ! » siffla avec aigreur le jeune roi, fixant d'un regard noir son ami d'enfance.
« Non, bien sûr que non… » murmura le magicien en baissant la tête, contrit. « J'ai d'ailleurs pris les mesures qui s'imposaient contre ceux en service à ce moment-là. Je les ai personnellement interrogés un à un au préalable, et ils prétendent ne rien savoir… Je les crois. C'est comme si leurs mémoires avaient été effacées ou tout du moins altérées. »
« Effacée ? Comment cela se pourrait-il ? » demanda avec surprise Isis, se rapprochant du porteur de l'anneau du millénium comme Atem se redressait, son intérêt piqué au vif.
« Je l'ignore. » souffla Mahad en secouant la tête négativement. « Ni moi ni l'anneau n'avons ressenti de résidus magiques en eux. Je crois qu'il s'agit d'une sorte de drogue, très puissante au vu de ces effets permanents. »
« Voilà qui nous avance beaucoup. » soupira une nouvelle fois le souverain en retombant contre son siège, désabusé.
« Cela nous renseigne sur un point, néanmoins. » indiqua Shadi en croisant les bras, suspicieux. « Les Mâchaouach ne se sont pas échappé d'eux-mêmes. Ils ont reçu de l'aide. »
« Et la personne derrière cette évasion savait que les objets du millénium repéreraient toute forme de magie et qu'il devrait recourir à des moyens plus conventionnels. » ajouta Karim en s'avançant vers le pharaon, son regard bleu sarcelle rencontrant les yeux pourpre de ce dernier. « Il y a un traître dans nos rangs. »
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... toi…
À travers l'obscurité mourante, il pouvait distinguer une lueur furtive, dansante, l'attirant comme une abeille est attirée par le parfum des fleurs. Luminescente et douce, elle semblait renfermer un pouvoir caché d'une puissance sans nom, à la fois destructeur et créateur. Elle détenait un savoir connu seul des plus sages, tel l'incarnation de Mertseger, déesse du silence et des secrets. Mais suivre cette lueur signifiée quitter la sécurité de sa chambre de l'âme ; accepter de franchir le seuil effrayant et marcher le long d'un couloir sombre d'où il pouvait se faire attaquer de toutes parts.
Lève-toi, fils de Maât.
La voix de son sauveur résonna dans le lointain, lui insufflant courage et détermination. Il se releva du sol, laissant tomber le jouet qu'il tenait entre ses mains et s'avança vers l'embrasure de la porte. D'un gris argent lunaire, la lueur continuait de l'invoquer, de l'attirer, et il posa un pas à l'extérieur de la pièce pour la première fois depuis sa naissance.
Tu seras protégé des ombres malveillantes.
Tu dois trouver la vérité.
Ses propres pensées se mélangeaient aux paroles de son protecteur au sein de son esprit, et ce fut comme s'il était celui qui prononçait ces mots. Plus il se rapprochait, plus il lui semblait apercevoir le monde au-delà de la lueur. Il s'arrêta. Soudain, ce monde paru inquiétant, envahi par les ténèbres étouffantes de la nuit.
L'éclat des étoiles éclairera ton chemin.
Rassuré, il s'avança de nouveau, un pas après l'autre, jusqu'à finalement atteindre cette lumière éphémère qu'il effleura du bout de ses doigts avant qu'elle ne s'évanouisse, remplacée par celle attendue des astres tandis qu'il ouvrait les yeux, la caresse des draps sur son corps et la brise fraîche nocturne parcourant son visage finissant de le réveiller complètement.
Ô fils de Maât, lève-toi...
Heba se redressa sur le lit, fronçant les sourcils alors qu'il continuait d'entendre la voix d'Hassan à l'intérieur de sa tête. Bienveillante, elle le recouvrait de sa chaleur, lui intimer ses actions comme lors du jour de la tentative d'assassinat d'Atem, quand elle lui avait ordonné de s'éloigner au plus vite du trône sur lequel il était assis.
De nouveau, Hassan lui dictait ses mouvements, le forçant à quitter le confort de la couchette qu'il partageait avec le pharaon et à sortir de la chambre pour se rendre les dieux seuls savaient où.
Trouve la vérité que tu recherches.
La vérité qu'il recherchait, qu'est-ce que cela pouvait-il être ? Ou bien, pourrait-il s'agir des secrets entourant ce Roi des Voleurs nommé Bakura et l'endroit nommé Kul Elna? Les réponses qu'il cherchait depuis tant de jours maintenant, bientôt à sa portée. Il avait bien senti que d'une manière ou d'une autre, il était lié à tout ceci, qu'il avait un rôle à jouer.
Utilise la puissance du puzzle du millénium. Canalise ton heka.
Je vais te guider.
Confiant, il se rhabilla, contourna le lit et fit face au jeune roi profondément endormi. Souriant avec tendresse, il s'excusa silencieusement et se saisit de la pyramide inversée reposant sur un support en roseau près du souverain sur une petite table. Puis, la faisant passer autour de son cou, il s'éclipsa sans un bruit hors des appartements royaux.
Comme en symbiose avec la magie du puzzle, et guidé par l'influence d'Hassan, il marchait à travers les corridors du palais plongé dans le noir le plus complet, comme si toutes les torches avaient été éteintes afin de mieux dissimuler son crime. S'enfonçant de plus en plus profondément au cœur du palace, il finit par atteindre la bibliothèque dans laquelle il entra, faisant fi des rangées de livres par centaine et se stoppant face à un mur au fond de la pièce.
Heba releva les yeux, regardant fixement la cloison en faisant la moue. Le flambeau suspendu sur sa droite s'enflamma brusquement et il se recula d'un pas sous la surprise. La légère fumée qui s'échappait des braises rougeoyantes voletait dans les airs tel porter par le vent avant de s'évaporer contre une fine fissure dans le mur, et il fronça les sourcils pour la seconde fois, intrigué. Passant une main contre la surface de pierre froide, il sentit une brise à peine perceptible glissait entre ses doigts, et comprit très vite qu'il s'agissait d'un passage caché. Tout ce qui lui restait à faire maintenant était de trouver le mécanisme d'ouverture.
Il observa autour de lui avec attention, tentant de trouver la clé. S'était dans ces moments-là que son esprit analytique le servait le mieux. La cavité droite et lisse longeait la paroi du plafond jusqu'au sol, prouvant ainsi qu'elle était due à la main de l'homme et non le résultat d'une quelconque dégradation du temps. À mi-chemin, une frise sculptée de fleurs de lotus et de fruits de mandragore parcourait le mur dans toute sa longueur dans un étrange schéma répétitif.
À la commissure de la cavité, un lotus aux pétales déployés s'inclinait délicatement sur le côté, touchant les sépales visibles de la mandragore elle-même inclinée. S'approchant, le garçon sourit en comprenant finalement le tour et se saisit des deux ornements, les tournant dans le sens inverse pour les séparer l'un de l'autre. Un bruit sourd se fit alors entendre depuis l'intérieur du mur, comme si de larges blocs d'argile étaient déplacés sur le sol. Puis, la fissure craqua, une pellicule de poussière s'effritant des bords tandis que le mur s'ouvrait en deux, laissant entrapercevoir une toute nouvelle section de la bibliothèque composée de quelques dizaines d'étagères emplit de rouleaux de papyrus.
La connaissance des temps anciens est proche...
Cherche-la, fils de Maât. Cherche la vérité.
Entrant dans la chambre secrète, dont la plinthe parcourut d'un étroit bassin d'huile s'était mis à brûler à l'ouverture, l'éclairant de manière tamisée, l'adolescent se perdit dans la contemplation des parois ornées de gravures et de hiéroglyphes qu'il n'avait jamais vu jusque-là et dont il ne comprenait pas le sens. À sa gauche, la pièce s'agrandissait et s'enfonçait un peu plus dans les ténèbres et il déglutit avec appréhension, sachant très bien qu'il devait continuer sur cette voie.
Je te protégerai. Toujours...
Petit à petit, il s'éloignait du flamboiement du bassin, arpentant le couloir pour ce qui parut une éternité avant que la voix d'Hassan ne l'arrête subitement devant ce qui était une parcelle suspendue au-dessus d'un vide sans fond. Prenant une profonde inspiration, l'ancien esclave reprit sa route, toutefois d'un pas plus lent, jusqu'à arriver à l'autre bout de la plateforme.
Là, sur un simple autel de pierre, reposait un ouvrage ancien aux allures mystiques. Depuis la couverture chaudron, l'œil d'Anubis semblait l'observer, le jugeant de son regard sévère. Mais tranquillisé par la chaleur d'Hassan l'entourant toujours, il récupéra le grimoire et l'emporta avec lui vers le centre de chambre secrète où il pourrait l'étudier sous la lueur de l'huile en combustion.
Le livre tressaillait entre ses doigts, comme impatient, et des gémissements commencèrent à se faire entendre lorsqu'il l'ouvrit, des centaines d'esprits s'en échappant et se mettant à tournoyer autour de lui dans des lamentations épouvantables. Il lâcha l'ouvrage, effrayé, et les pages se mirent à tourner seules sur le sol jusqu'à arriver à une précise d'où une énergie indigo sombre se dégagea avant de prendre forme humaine devant le garçon. Heba poussa un cri terrible qui résonna entre les murs de la pièce et de la bibliothèque à cette vision, ce qui sembla amuser l'ombre menaçante, un sourire sans dent apparaissant sur sa bouche avant qu'elle ne pénètre de force en lui, un sentiment d'oppression l'envahissant des pieds à la tête. L'adolescent agrippa alors fermement son cœur en sentant celui-ci cessait de battre une seconde avant qu'il ne plonge dans l'obscurité la plus totale, son corps s'effondrant au sol dans un choc violent.
