Explications de chapitre :
-Al-Farafra et Al-Dakhla sont des oasis se trouvant dans le Désert Libyque, aussi appelé Désert Occidental.
-Anhour est un dieu de la guerre étranger mais dont l'Égypte a adopté la croyance.
-Montou est un autre dieu, cette fois égyptien, de la guerre et des armes.
Terres arides, palmiers vert malachite et collines de quartzites noires se révélèrent à lui et il se laissa tomber à genoux au sol en réalisant qu'il venait enfin d'atteindre l'oasis tant recherchée. Une brise fraîche lui caressa les cheveux, se frayant un chemin entre ses mèches blonde hirsutes alors qu'il repérait de ses yeux fatigués l'ombre projeté d'une montagne vers laquelle il rampa afin de s'y adosser quelques instants pour reprendre son souffle, humectant ses lèvres sèches de sa salive presque inexistante.
Sa tête posée contre la roche, il s'offrit une minute pour réfléchir à sa situation. Le voyage avait été éprouvant, bien plus qu'il n'était prêt à l'admettre devant qui que ce soit. Il s'était montré à nouveau plus têtu qu'une mule, n'écoutant que sa bêtise et son esprit impulsif. Il en payer maintenant le prix. Incapable de faire le moindre le pas de plus à travers le désert occidental, il tentait de trouver le moyen de rejoindre son village sans trop d'efforts.
Il n'avait ni eau, ni provisions. Seul, il ne ferait pas long feu.
Il pourrait très bien rejoindre un convoi de caravanes, leur offrir son aide en échange de leur hospitalité. Il ferait avec eux la traversée d'Al-Farafra à Al-Dakhla, les quitterait aux environs du Temple d'Hibis et remonterait vers le nord en direction d'Aldawminu. Ou il pourrait s'essayer à continuer vers l'est. Retourner près des verges du Nil et se rendre à Per-Medjed. De là, il embarquerait clandestinement sur un bateau marchand et remonterait le cours d'eau jusqu'à Abydos ou Dendera avant de parcourir la Vallée des Rois et atteindre le village.
Même si la première solution semblait la plus rapide, le voyage sur les eaux du Nil aurait au moins le mérite de lui permettre de s'arrêter à Khemet pour y rechercher ses amis. Depuis ce jour maudit où ils avaient tous été séparé, pas une seule seconde ne s'était écoulée sans qu'il ne pense à eux. Il ne comptait pas les abandonnés à leurs sorts. Il les retrouverait, quand bien même si pour cela, il devrait parcourir l'entièreté de l'Égypte et y laisser sa vie.
Toutefois, la tache se révélait ardue, et il aurait certainement plus de chance de son côté avec le soutien des siens. En retournant à Aldawminu, il pourrait y récupérer de l'aide et des vivres. L'espoir de les revoir reposait sur ses épaules, il était leur unique chance… Quelle que soit sa décision, il allait très certainement flanquer une sacrée frousse aux autres en arrivant. Tous devaient probablement le croire déjà mort. Et s'il avait encore la chance de respirer, rien n'était moins sûre pour ses amis…
À l'horizon, la journée se terminait, le soleil se couchant lentement derrière les dunes et reliefs. Luttant une toute dernière fois contre son propre corps courbaturé et faible, il gagna la rive d'un petit ruisseau entouré de verdure, lampa de longues gorgées d'eau, et s'installa sur un petit parterre d'herbe entre une section d'arbres et la source. Bientôt, le sommeil s'empara de lui et il ferma les yeux avec calme, songeant au devenir incertain de ses amis auxquels il avait fait la promesse vaine de toujours protéger.
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Ce fut une sensation étrange qui le tira hors des ténèbres dans lesquelles il se noyait. Un toucher humide et râpeux, étrangement familier, qui s'amusait de façon obstinée à parcourir de bas en haut sa joue et la jointure de son nez.
Il grogna, l'esprit encore groggy et confus, et ouvrit à demi les yeux dont le poids bien trop lourd l'obligea vite à les refermer avec précipitation. Son corps, étendu sur le sol en pierre froid, semblait pesait lui aussi des tonnes, ses membres engourdis ne lui accordant que peu de liberté de mouvement, et il décida de rester allonger-là un peu plus longtemps. Au-dessus de lui, Sekhmet continuait de lui lécher le visage de la pointe de sa langue rose, l'air inquiet mais méfiant. Fronçant les sourcils, il détourna le visage et repoussa la créature du bout de ses doigts, agacé.
Saisis par une fatigue sans nom, il tenta tant bien que mal de se réhabituer à toutes ces sensations dont il avait été privé si brusquement lorsqu'il avait sombré. Depuis son coin, le félin l'observait toujours de ses yeux rétrécis vert-olive, calme, mais le regard en alerte. Il soupira. Puis, secouant la tête, il prit finalement la décision de se relever, s'adossant contre le plus proche des piliers de la bibliothèque en se tenant d'un coup la tête, prit de vertiges. Ce simple mouvement avait réussi à le rendre nauséeux.
Ses souvenirs lui revenaient par bribes, vagues et de façon désordonnée. Face à lui, la porte dérobée était close, le mécanisme réenclenché, et le livre de sorts comme le puzzle du millénium s'étaient volatiliser. Il n'avait aucune idée de comment il s'était trainé hors de la chambre secrète après son évanouissement, ni de comment il avait refermé la porte derrière lui. Il ignorait même où le grimoire avait bien pu disparaitre. Seul lui restait, les réminiscences d'un savoir dont il avait mystérieusement déchiffré les inscriptions runiques inconnues des plus grands savants : quelques légendes, des enchantements dont il n'aurait aucun usage, et une chose en particulier s'étant gravé dans sa mémoire tel marqué au fer rouge. Il grimaça avec dégout à son souvenir, les images de cette nuit maudite où les septs objets du millénium avaient été façonnés dansant devant ses yeux empli de haine et de larmes.
Une rage sourde bouillonnait en lui. Il n'arrivait plus à réfléchir sereinement. Les esprits de Kul Elna évaporés, la présence d'Hassan perdue, il nageait en pleine indécision. Le sang d'hommes et de femmes, certes brigands, mais pas assez coupable pour mériter un tel châtiment, taché les mains du pharaon, de sa famille, et de ses grands prêtres. Aucun d'entre eux, qu'ils aient participé ou non à ce massacre, ne pouvait être proclamé innocent. Autour de leurs cous ou entre leurs doigts reposait un objet qui les rendait complices du crime de ceux qui l'avaient commis.
Mais malgré cela, malgré cette colère noire qui l'habitait, il hésitait à reprendre les armes, à chercher vengeance et réparation. Débarrassé de l'influence maléfique de Zorc, et possédant ce corps dont l'âme si pure ne pouvait qu'apaisait son cœur brisé, il ne savait plus que faire.
« Bakura… »
Son nom. Seul vestige de son passé, de son appartenance à ce peuple ayant péri dans les flammes de l'indifférence et l'hypocrisie. Aujourd'hui, ce nom ne semblait plus rien signifier. Il n'était plus Roi des Voleurs. Il n'y avait plus de Kul Elna. Il n'y avait que Bakura… Et pendant un instant, un instant seulement, il se sentit enfin en paix…
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« Je me fiche des détails. Si vous repérez des mouvements de troupes suspects, vous me prévenez immédiatement. »
« Oui, Grand Prêtre. »
« Si l'on se retrouve à 20,000 hommes contre 100,000, connaître leurs positions nous sera bien inutile ! »
« Puisque tu sembles pouvoir mieux faire, je te suggère d'utiliser ta si grande intelligence pour retrouver ce traître qui se balade dans nos couloirs ! »
« Ne parle pas si fort ! Tu veux que tout le palais soit au courant !? »
« Comme s'ils ne savaient rien… »
« Et qu'est-ce que c'est censé vouloir dire, exactement ?! »
« Que personne n'a oublié le passé contrairement à ce que tu crois. »
« Espèce de… ! »
« Seth, pas un mot de plus ! Et toi, Mahad, retire ce que tu viens de dire ! Nous sommes tous dans la même situation, et nous rejeter la faute ne sert qu'à nous faire perdre un temps précieux. »
Atem soupira en écoutant ses prêtres et son grand vizir se chamaillaient, frottant ses yeux de doigts tout en s'avachissant un peu plus dans son trône. Comment les choses avaient-elles pu dégénérer autant ? Quand avait-il perdu le contrôle ? Lui qui se targuait de son esprit stratégique sans faille avait oublié la règle numéro un : ne faire confiance à personne et régir soi-même toutes les opérations… Ce n'était pourtant pas la première fois qu'on le trahissait, il aurait dû…
Il interrompit soudainement ses pensées comme il se demandait ce qu'il avait pu faire mal, une chose lui revenant en mémoire de manière impromptue.
Pas la première fois…
Fronçant les sourcils, il releva le regard vers ses gardiens sacrés, se redressant sur son siège avant d'en agripper les accoudoirs avec force, essayant de garder son calme tandis qu'une colère sourde lui enserrait les entrailles, répétant dans un souffle :
« Ce qui est fait est fait. »
Son intervention ne passa pourtant pas inaperçue, et arrêtant d'un coup de se pointer du doigt en criant, les prêtres se retournèrent tous vers lui, intrigués.
« Majesté ? » appela Isis, observant le jeune roi d'un air inquiet.
« Ce qui est fait est fait... c'est bien ce que vous avez dit, mon oncle ? »
« Je ne comprends pas. » répondit Aknadin en levant une main en l'air, intrigué.
« Alors que nous nous inquiétons tous de la disparition d'Hussein et de sa cour, vous avez prononcé ces mots… » indiqua le souverain, menaçant, suggérant à demi-mot ce qu'il soupçonnait.
« Atem, tu n'imagines quand même pas— » voulut rétorquer Seth en s'approchant avant de se faire interrompre par le furtif regard noir de son cousin à son égard.
Se levant lentement, ce dernier s'avança lentement vers le vieil homme encapuchonné, se saisissant de son vêtement avec exaspération et le forçant à se mettre à genoux tout en lui faisant face de si près qu'il put sentir son souffle chaud contre son visage.
« Qui mieux que le créateur des objets du millénium pour savoir comment contrecarrer leur magie ? » déclara-t-il entre ses dents, déterminé à connaître la vérité.
« Tu as perdu l'esprit ! Je te conseille de me lâcher et d'essayer de te remémorer la bonne manière de traiter tes aînés ! » rugit le porteur de l'œil de millénium, irrité.
« Je respecterais mes aînés quand ils n'essayeront pas de me cacher des choses, et d'agir derrière mon dos ! » s'écria Atem en repoussant au loin son oncle, celui-ci s'écroulant au sol sous la surprise.
« Père ! »
Se précipitant vers son père avec Karim pour l'aider à se relever, Seth posa une seconde les yeux sur le jeune roi comme il se faisait emporter au loin par Shimon dans un espoir de l'apaiser, et laissa le doute l'envahir. Plongeant ses pupilles bleutés dans celle noisette de son parent, il s'étonna de la piètre protestation de ce dernier lorsqu'il avait été accusé par son propre neveu.
« Qu'avez-vous encore fait ? » murmura-t-il sans le vouloir, se mordant la langue en se rendant compte de ce qu'il venait de dire.
« Toi aussi, mon fils ?! » le réprimanda le prêtre borgne en fronçant à son tour les sourcils, se dégageant de l'emprise des deux hommes d'un geste rageur.
« Je… » balbutia le porteur de la baguette du millénium avant de se prendre la tête en soupirant. « Je n'en sais rien. Je ne sais plus rien… »
« Qui d'autre ?! » s'époumona alors d'un coup le pharaon au loin, approchant de nouveau ses gardiens sacrés malgré les supplications de Shimon, les observant un à un avec suspicion. « Qui d'autre s'est mis en tête d'outrepasser mes ordres ?! »
Le silence qui suivit sa question ne fit que l'agacer un peu plus, et il s'apprêta à exiger une réponse une nouvelle fois quand, sans hésitation, Shada s'avança d'un pas vers lui, se prosternant en signe de totale soumission. Très vite, il fut rejoint par Karim, Shimon et Seth, et il s'apprêta à soupirer de soulagement lorsqu'il vit que ni Isis, ni Mahad ne semblaient vouloir suivre le mouvement. Se tenant aux côtés d'Aknadin face à lui, ils se tenaient la tête basse, l'air à la fois triste et coupable.
« Vous deux… » hoqueta Atem en se reculant d'un pas, complètement prit de court.
« Mon roi… » chercha à s'expliquer le magicien en écartant les bras, voulant approcher.
« Ne t'avise surtout pas… » siffla d'un ton froid le souverain en secouant la tête avec incrédulité, quittant brusquement la salle du trône.
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« Il est inutile de tergiverser plus longtemps. »
« Mais ! »
« Mana… la situation est bien trop compliqué pour l'instant. Assume ton rôle, protège le Pharaon, et attends notre retour. »
« Je prierais tous les jours Anhour pour votre victoire, maître. »
« Merci. Nous réglerons toutes ces histoires une fois la guerre terminée, je te le promets. »
« Oui… »
« Mahad ! »
Le porteur de l'anneau du millénium se retourna en poussant un soupir à l'appel de son nom, hochant rapidement la tête en direction du prêtre l'attendant installer dans un char, et franchit les portes de la ville avec un dernier sourire pour sa disciple, rejoignant son propre char dans lequel il monta tout en faisant signe au cavalier qui tira sur les rênes des cheveux, les lançant au galop. Près d'eux, le second char dans lequel se trouvait Seth se mit également en marche, et toute une armée de soldats à pied les suivirent sous les encouragements des habitants leur lançant couronnes et bouquets de fleurs pour leur porter chance.
Très vite, un nuage de poussière recouvrit leurs silhouettes s'éloignant au loin, et la foule se dispersa avec calme, inquiétude et peur régnant de nouveau au sein de leurs cœurs. Mana resta un instant devant l'entrée, serrant anxieusement entre ses bras le livre de sorts de son professeur que ce dernier lui avait offert avant son départ, puis finit par rebrousser chemin vers le palais d'un pas lent.
Finalement, elle atteint les appartements du souverain dans lesquels elle entra sans frapper, habituée des lieux, seulement pour le trouver au balcon, observant l'horizon — et probablement aussi le départ de son armée — silencieusement. Soucieuse, elle voulut faire un pas en avant dans le but de lui parler, mais fut arrêtée avant par Shimon assis à la table à côté d'elle. Secouant la tête à la négative à son regard interrogateur comme pour lui indiquer que ce n'était pas le moment, il l'invita à s'asseoir à son tour et lui servit un thé à la menthe chaud.
« Ils ont quitté la ville. » se sentit-elle tout de même forcée de dire en buvant une gorgée, voulant rompre l'insupportable tension ambiante.
« Que Montou et Annubis les protègent. » répondit le grand vizir en fermant les yeux religieusement.
Mais leur intervention sembla ne servir à rien, le jeune roi devant eux restant obstinément muet. Immobile, il se contentait de rester là, laissant la brise de l'aube lui caressait le visage avec douceur tandis que le ciel s'éclaircissait petit à petit.
Ayant dissimulé la lune et les étoiles toute la nuit durant, les nuages se dispersèrent soudain de plus en plus vite, et comme les minutes s'écoulaient sans le moindre bruit, l'aurore apparut alors au loin, Khépri brillant avec éclat derrière les dunes de sable. Nuances d'or et de feux se disputaient le partage des cieux célestes, chacun envahissant le territoire de l'autre, créant une nouvelle gamme de couleurs entre l'ocre et le nacarat. Et se levant sans la moindre préoccupation, le disque solaire régissait ce combat sanglant, s'amusant de leur querelle aussi puérile que temporaire.
Quand le matin fut parfaitement installé, le pharaon se décida enfin à sortir de son mutisme, et traversa la chambre pour atteindre son lit, posant une main sur celui-ci et fronçant les sourcils avec perplexité tout en s'enveloppant de sa cape indigo.
« Est-ce que quelqu'un a vu Heba ? »
« Hein ? » marmonna la magicienne, encore léthargique après s'être légèrement assoupie auprès de Shimon.
« Je ne l'ai guère vu depuis plusieurs heures. » déclara ce dernier en se relevant, examinant chacune des pièces comme si l'ancien esclave pouvait y être caché.
« Il était déjà parti lorsque je me suis levé hier matin. J'ai cru qu'il était avec toi, Mana. » relata Atem en rejoignant le veille homme et la fillette, inquiet.
« Quoi ? J'ai passé tout mon temps au temple à m'entraîner ! » révéla la petite prêtresse en faisant la moue, elle aussi perplexe.
« Il n'a pas dormi ici, cette nuit ? »
« Je suis resté ici toute la nuit après… » argua le souverain avant de se stopper en plein milieu de sa phrase, incapable de prononcer le reste. « Je l'aurais vu. »
« Qu'est-ce qu'on attend ?! » s'écria Mana en se dirigeant rapidement vers la sortie, accompagné du vizir et du pharaon. « On doit le retrouver ! »
