Et voilà les explications de ce chapitre:

-Geb est le dieu de la Terre, il est considéré comme le premier des Pharaons. Ainsi, le trône sur lequel tous ses successeurs se sont assis est avant tout le siens, d'où la phrase que prononcera Atem dans ce chapitre.

-Un diorama est une maquette miniature.

Dîtes-moi, vous remarquez les références que je fais au manga/anime, où ça vous échappe complètement ?! XD


Chacun de ses pas à travers la ville apportait de nouvelles senteurs, de nouveaux paysages, le rendant fébrile et l'émerveillant à chaque seconde. Les grandes allées, sur sa droite, bordaient le quartier riche, alignant sur des kilomètres d'immenses demeures de prestige. Habitations extravagantes, peintes de dizaines de couleurs pétillantes, nuances chaudes de rouge, d'orange et de vert, ornées de longues colonnes de marbre et de larges balcons d'albâtres décorés de filaments d'or. Et à sa gauche, la rue commerçante, vivifiante, composée de petites boutiques aux toitures bordeaux, et dressées de fins rideaux de lin multicolores.

Plus il avançait à travers la cité, et plus celle-ci se galvanisée, devenant de plus en plus animée, de plus en plus bruyante, la population devenant plus dense.

Sa bouche ne pouvait plus s'arrêter de sourire alors qu'il faisait virevolter sa tête de droite à gauche et de haut en bas continuellement. Marchant toujours un peu plus vite à chaque minute qui s'écoulait.

Comme le palais paraissait ennuyeux face à ce spectacle sans nom. Le véritable amusement se trouvant tout autour de lui. Mais peut-être était-ce là une trop grande distraction en soit. Il ignorait comment il pouvait avoir sous son contrôle autant de choses et de gens. Comme ses responsabilités n'en devenait que plus lourdes aussi. Devoir protéger un tel trésor… cela lui semblait impossible. Il priait les Dieux de l'aider dans sa tâche. Cette vision qu'il avait devant les yeux, maintenant qu'il l'avait découverte, il voulait la chérir jusqu'à la fin de sa vie. Et même après sa mort, lorsqu'il reposerait dans l'Autre-Monde, il souhaitait avoir la possibilité de continuer à veiller sur ce diamant sacré.

C'était un désert de richesse qui se déployait face à lui, si impressionnant qu'il en avait la tête qui lui tournait. À quoi servait ceci, comment utiliser-t-on cela ? Les questions s'échappaient d'entre ses lèvres sans qu'il ne puisse ou même ne veuille y faire quoique ce soit. Bien sûr, Mana n'était pas aussi renseignée qu'il l'avait espéré, mais le simple fait de l'interroger à voix haute suffisait pour l'instant à faire taire sa curiosité grandissante.

Il avait déjà seize ans, mais il se sentait tellement ignorant. À quoi bon s'enfermer dans le palais si c'était pour, au final, ne rien apprendre. La vie qui avait véritablement le mérite d'être louée était celle qu'il avait là en face de lui, et non celle que menait un roi.

Il plissa les paupières, une certaine agitation semblant avoir lieu à l'autre bout du marché, près de la place principale de Khemet.

« Mana, et si on allait… »

« Cache-toi ! »

« Quoi ? »

La magicienne agrippa avec force son poignet, le plaquant derrière l'enceinte d'une boutique, avant de discrètement regarder à travers le mur de celle-ci.

« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda calmement le pharaon, ne semblant pas le moins du monde inquiet, se contentant de remettre en place ses habits s'étant défaits dans leur courte course pour se mettre à l'abri.

« Mahad ! » se lamenta la petite prêtresse en commençant à ronger ses ongles sous l'angoisse. « Oh, je suis sûr qu'il sait déjà qu'on est ici ! Bien sûr qu'il le sait, comment pourrait-il l'ignorer !? Aaah, je savais que c'était une mauvaise idée ! »

Soupirant sous les complaintes incessantes de la jeune fille, Atem la fit simplement se retourner pour qu'elle lui fasse face, lui ordonnant de se taire d'un mouvement de doigt sur sa bouche avant de prendre sa place, observant à son tour le magicien occupé à travailler au loin en statuant :

« Tu veux bien te calmer. Tu ne crois pas que s'il savait quelque chose, il serait déjà là pour nous faire la leçon ? »

« Et s'il le faisait exprès ?! S'il cherchait à mieux nous piéger ?! » s'écria la fillette, paranoïaque.

« En train de faire quoi exactement ? » souffla le souverain en se tournant vers son amie, la mine perplexe.

Le silence qui suivit le fit sourire, et il hocha la tête en direction de l'arrière du bâtiment.

« Si nous passons par-là, il ne nous verra pas. »

« Mais… »

« En avant ! »

S'engageant d'un pas pressé dans la ruelle, les deux adolescents avançaient droit devant eux, l'un semblant toutefois plus confiant que l'autre.

« Tu ne veux pas plutôt qu'on rentre, avant que Mahad ne nous trouve vraiment cette fois. »

Secouant la tête, le jeune roi préféra indiquer devant lui en tendant la main.

« Il se passe quelque chose là-bas, je veux savoir. »

« Oh, je t'en prie… c'est sûrement juste une bagarre entre deux ivrognes, non ? »

« Non, c'est sur le marché. C'est vraiment bizarre, on dirait que la moitié de la ville est après quelque chose ou quel… »

Ce que captèrent ses pupilles à cet instant précis força Atem à se stopper brutalement là où il se trouvait, le reste des mots qu'il allait prononcer s'évanouissant dans l'air comme un frisson d'effroi courrait le long de sa colonne vertébrale.

Cette brusque action obligea Mana à lui foncer dessus sans ménagement comme elle aussi ne prêtait pas attention à la route, trop occupée à passer son temps à regarder par-dessus son épaule dans la crainte de croiser son mentor.

Le pharaon écarquilla les yeux de stupéfaction, un garçon lui ressemblant trait pour trait tentant d'échapper à une petite dizaine de personnes hurlant à tout rompre alors qu'elles essayaient de l'attraper. Plus maigre qu'une brindille de bois, il fuyait à toute allure dans la direction opposée, n'osant pas une seule fois se retourner pour vérifier la progression de ses poursuivants.

« Attrapez-le ! Attrapez cet esclave en fuite ! »

Qu'est-ce que… !

Les cris résonnant sans arrêt derrière lui semblaient donner la motivation nécessaire à l'évadé pour continuer à courir malgré l'état misérable dans lequel il se trouvait.

Plus celui-ci se rapprochait, et plus le jeune roi avait l'impression de perdre pied. Une étrange sensation faisant doucement son chemin jusqu'à son cœur, électrifiant ses membres alors même que son cerveau ne réfléchissait plus.

« Mana ! Va chercher Mahad ! »

« Quoi ?! Tu as perdu l'esprit ?! »

« MAINTENANT ! »

Le cri d'impatience du souverain la fit frémir de tout son corps. Jamais encore, il ne lui avait hurlé dessus de la sorte. Comprenant qu'il s'agissait d'une urgence, la petite prêtresse n'hésita pas plus longtemps et rebroussa chemin à la va-vite, cette fois sans un seul regard en arrière.

Voyant que l'adolescent se rapprochait de plus en plus vite de lui, le pharaon plissa les yeux, cherchant désespérément autour de lui avec panique.

S'élançant finalement dans une intersection sans issue juste assez large pour s'y tenir à bout de bras, il se positionna stratégiquement et attendit avec patience.

Attrapant avec force le bras de l'évadé lorsque celui fut à sa portée, Atem le fit basculer derrière lui dans l'obscurité de la ruelle alors que ce dernier poussait un cri sous la surprise. Coincé entre les deux pans de mur, le garçon à bout de souffle tremblait de tous ses membres.

À l'approche des hommes toujours après lui, le jeune roi souleva d'une main sa cape, l'autre agrippant fermement l'adolescent contre lui, les enveloppant suffisamment tous les deux pour les cacher à la vue des poursuivants qui passèrent devant eux sans les voir.

Une fois sûr qu'ils ne risquaient plus rien, il se tourna vers le garçon partageant le même physique que le siens, lui souriant doucement.

« Est-ce que ça va ? »

Se tendant légèrement à la question, celui-ci hésita un moment avant de baisser la tête, répondant dans un murmure :

« Ou-Oui… merci… »

La voix de son nouveau compagnon diffusa une chaleur en lui qui le fit glousser de plaisir et posant une seconde le regard en arrière, le souverain le reporta très vite sur l'évadé, fronçant les sourcils tout en l'examinant avec attention. La sensation qui lui enserrait le cœur ne le quittant toujours pas.

« Est-ce qu'on se serait déjà rencontrés, par hasard ? » demanda-t-il d'un coup, la curiosité le rongeant de l'intérieur.

Il doutait sincèrement que ce soit le cas, n'ayant pas vraiment l'habitude de sortir du palais. Mais plus il l'observait et plus il se sentait proche de l'adolescent chétif.

« N-Non… » bégaya celui-ci en secouant vivement la tête de droite à gauche, ce qui lui valut un vertige.

Rattrapant le garçon entre ses bras, ce sentiment de proximité le frappa encore plus nettement et il l'enserra plus fortement, attrapant délicatement son menton entre ses doigts pour relever son visage vers le sien.

« Ton nom ? » interrogea le pharaon, ses pupilles pourpre plongeant dans celles améthyste de son compagnon.

« Je… »

« Eh bien, je t'ai sauvé la vie alors j'ai bien le droit de connaître ton nom. » insista- t-il en pressant son corps frêle contre le siens.

« H-Heba… » avoua l'évadé, les joues rouges.

« Heba… » répéta le jeune roi d'un air rêveur.

Soupirant, il relâcha son otage temporaire, le laissant s'éloigner de plusieurs pas tandis qu'il réfléchissait pour savoir s'il avait déjà entendu ce nom quelque part. Malheureusement, ses divagations s'arrêtèrent là, une main moite lui saissisant fermement l'épaule, la sensation désagréable le faisant écarquiller les yeux alors qu'il se voyait brusquement forcer de se retourner, une voix aboyant avec hargne :

« Te voilà, p'tit serpent vicieux ! »

Fronçant de nouveau les sourcils, une colère sourde venant tordre les traits fins de son visage, il se dégagea de l'emprise de l'homme d'un geste vif de la main, obligeant ce dernier à reculer à tatillon jusqu'à en perdre l'équilibre, se retrouvant instantanément au sol en plein milieu de la place principale baignant sous la lumière éblouissante de Râ.

« Qu'est-ce que… ! Pour qui te prends, morveux !? »

Grinçant des dents, Atem attrapa la main d'Heba, serrant sa paume contre la sienne en s'avançant face à celui qui se révéla être l'un des tortionnaires.

Une intense lueur dorée en forme de pyramide se mit soudainement à briller autour de son cou et le souverain, relevant le regard, sourit de manière méprisante à son opposant.

« Mon nom est Atem ! Fils de Aknamkanon ! Héritier du trône de Geb, Pharaon du grand pays qu'est l'Égypte sacrée ! »

« Qu-… !? »

Le puzzle du millénium stoppa de luire contre sa poitrine et le pharaon laissa ses yeux parcourir la foule se tenant interdite devant lui, observant avec horreur l'item divin.

« Votre Majesté ! »

Se retournant vers sa droite, le jeune roi hocha la tête en direction Mahad se dirigeant prestement vers lui, une troupe de soldats et Mana à ses côtés.

« Tout va bien, mon Pharaon ? » demanda le magicien en le rejoignant, s'étonnant légèrement à la vue du garçon se tenant près de lui.

« Cet homme… » déclara le souverain d'un ton solennel en pointant du doigt l'individu. « S'est permis de m'accoster et de profaner mon nom. »

Se tournant d'un geste vif vers le bourreau devenu subitement muet, le choc le paralysant sur place, Mahad s'insurgea d'un ton emplit de colère :

« Comment ?! Toi, misérable petit marchand ose t'adresser au Pharaon et l'insulter en public ?! »

« N-non… enfin… »

« Silence ! Le Pharaon n'a qu'une parole ! Tu feras face au jugement des Dieux et sera condamné à errer à jamais dans le Royaume des Ombres ! Gardes, saisissez-vous de lui ! »

Les gardes royaux se rassemblèrent autour du marchand d'esclaves, l'agrippant avec force tandis que ce dernier se débattait comme un dément, balbutiant excuses, complaintes et autres paroles incompréhensibles.

« Att-Attendez ! »

La petite voix d'Heba rendu rauque par la déshydratation résonna brusquement parmi le brouhaha ambiant, s'attirant le regard de tous.

« Laissez-le s'en aller… laissez-le… »

« Heba… »

Atem fronça un peu plus les sourcils, se rapprochant du garçon pour poser les mains sur ses épaules, le visage concerné.

« Si tu crains pour ta vie, tu n'as pas à t'en faire, nous allons trouver son complice et… »

« N-Non… » murmura Heba, ses yeux évitant délibérément de croiser ceux de son sauveur après la révélation de son identité. « Aussi monstrueux que cet homme puisse être pour faire ce qu'il fait, je ne pense pas qu'il mérite une si sévère sanction… personne ne le mérite… »

« C'est-C'est vrai ! Je regrette ! Je ne le ferais plus… »

« Silence charognard ! »

Le cri du jeune roi gronda tel le tonnerre entre les habitations, glaçant le sang des villageois et badauds s'étant rassemblé autour de la scène.

« Heba ? » le relança le pharaon, plus calmement.

« Du moment qu'il libère le reste des prisonniers… »

Plissant les yeux, Atem sourit avec malice, intrigué. Outre sa surprenante ressemblance, il y avait quelque chose d'étrange chez ce garçon. C'était bien la première fois qu'il rencontrait une personne dans son genre.

« Ça, si je m'y attendais ! »

À l'exclamation de surprise de la petite prêtresse, la foule se dispersa comme d'un commun accord, chacun reprenant ce qu'il était en train de faire avant l'agitation dû à cette arrestation par les mains du pharaon lui-même. Les soldats disparurent eux aussi en compagnie du tortionnaire, s'en allant retrouver les esclaves toujours en vente sur les étals pour les libérer de leurs chaînes.

« Mana… » siffla Mahad comme il croisait les bras sur sa poitrine, semblant sur le point de faire la leçon à son élève.

« Ah, oui… je sais… je vais avoir des problèmes… Mais, est-ce que ça peut attendre plus tard ? »

N'attendant même pas la réponse de son mentor, la magicienne se força à paraître moins inquiète malgré le terrible sermon auquel elle aurait droit en rentrant, et se tourna vers le garçon que son souverain venait de sauver, pour ne tomber que sur un vide complet. Clignant plusieurs fois de suite des yeux, elle scanna la zone pour tenter de le retrouver, s'agitant lorsqu'elle remarqua celui-ci s'éloignait lentement, la démarche chancelante.

« Mais… Où est-ce qu'il va ?! »

« Hein ? »

Se retournant à son tour, le jeune roi se figea une minute d'incompréhension avant de partir en courant à la suite de l'adolescent, se plaçant devant lui pour l'empêcher d'aller plus loin.

« Attends ! Où est-ce que tu comptes aller comme ça ?! »

Détournant le regard, Heba se mordit la lèvre avec embarras, retenant tout juste une lamentation de douleur lorsque sa peau fragile s'arracha, de fines gouttes de sang venant colorer sa bouche laiteuse.

« Je vous suis infiniment reconnaissant pour votre aide, mais je vais me débrouiller par moi-même à présent » chuchota-t-il, ses pupilles se perlant de larmes alors qu'il restait obstinément la tête penchée.

« Par toi-même ?! » s'écria le pharaon, incrédule. « Enfin, tu tiens à peine debout, tu es affamé, assoiffé... Et puis, tu n'es pas d'ici, je me trompe ? »

« Je… »

« Je t'en prie, laisse-moi t'aider… »

« Non ! »

Sa voix résonna un peu plus durement qu'il ne l'aurait voulu et le pharaon fit un pas en arrière, ébranlé.

« Je veux dire… Votre Grandeur… vous en avez déjà bien assez fait pour moi… je vous remercie, vraiment… » tenta-t-il d'expliquer, paniqué.

« Atem. » souffla simplement le souverain, les paupières closes.

« Pardon ? » hoqueta le garçon, ne comprenant pas.

Secouant la tête, Atem franchit l'espace qui le séparait encore de son double, et souriant, répéta :

« Atem. Ne me demande pas pourquoi, mais je refuse que tu m'appelles autrement que par mon nom. Et maintenant, laisse-moi te raccompagner au palais. Ne serait-ce que pour t'enlever ces fers et te donner à manger afin de reprendre des forces, d'accord ? »

Heba commença à se balancer d'un pied à l'autre, incertain. Mais sans attendre sa réponse, le pharaon attrapa délicatement sa main dans la sienne et commença à rebrousser chemin sous le regard surpris des deux magiciens.

##########

Le son de ses pieds faisant les cent pas résonnait à travers la salle vide du conseil. Pour la énième fois, depuis qu'ils étaient revenus de la cité, Mana observa son mentor faire le tour de l'immense table dorée rectangulaire qui remplissait presque à elle seule la pièce, l'air agacé.

S'arrêtant une seconde devant les deux massives statues de chat, censées représenter la Déesse Bastet, se trouvant contre le mur du fond et entourant le siège réservé au pharaon, il grogna quelque chose que la jeune fille ne comprit pas et recommença à faire des cercles, semblant encore plus ennuyé qu'avant.

La petite prêtresse retint un soupir, légèrement inquiète. Tant que Mahad ne lui faisait pas la leçon, elle restait en sursis. Mais il semblait que le magicien souhaitait également parler à son souverain. Malheureusement, celui-ci était introuvable, ayant mystérieusement disparu en compagnie du garçon dont il avait sauvé la vie quelques minutes après leurs arrivées au palais.

Le diorama dépeignant la ville de Khemet et ses frontières qui recouvraient la table l'attira et préférant se concentrer sur les petites troupes de soldats royaux en argile séchées et les navires de guerre, elle laissa son imagination divaguer tant et si bien que lorsque la voix de son professeur retentit avec force, elle sursauta d'effroi.

« Mais où est-il donc passé ?! »

« Il est dans les cuisines. »

Se retournant brusquement, les deux magiciens posèrent le même regard étonné sur l'homme qui venait de faire son entrée sans même s'être annoncé, complètement impassible.

« Seth. » appela Mahad dans un murmure.

« Il est dans les cuisines avec le garçon. » répéta le gardien de la baguette du millénium, toujours avec calme.

« Les cuisines ? Mais c'est bien la première fois qu'il y met les pieds ! Qu'est-ce… Qu'est-ce qu'il fait là-bas ? » interrogea le porteur de l'anneau du millénium, interdit.

« Il regarde le garçon se restaurer. » se contenta de répondre le prêtre en levant les yeux au ciel.

« Il le regarde manger ? » lança Mana, abasourdit.

« Et avec le sourire en plus ! »

Et en effet, le jeune roi se trouvait bien à l'endroit qu'avait indiqué le prêtre Seth, faisant exactement ce que celui-ci avait dit qu'il faisait.

Accoudé négligemment contre une petite table de bois à l'autre bout des cuisines, sa tête reposant dans l'une de ses mains, le pharaon contemplait l'ancien esclave en fuite, le visage béat.

Ce dernier semblait toutefois ne pas s'en préoccuper, trop occupé à se servir dans chacun des plats qu'il avait en face de lui, un véritable buffet lui ayant été préparé.

Mahad s'immobilisa à l'entrée de la pièce, incapable de prononcer la moindre parole. Son souverain étant vraisemblablement hypnotisé par leur invité. Il est vrai que leur étrange ressemblance intriguée profondément le magicien, mais sa curiosité n'avait rien de comparable à celle dont faisait preuve le jeune roi.

« Pharaon. » appela-t-il finalement, retrouvant ses esprits.

« C'est un être béni des Dieux, Mahad. » souffla Atem en ne détournant pas le regard de son hôte. « N'a-t-on jamais vu cœur aussi pur auparavant. »

« Certes, choisir d'épargner son bourreau était très altruiste de sa part. »

« Altruiste ?! Il n'en aurait tenu qu'à moi, je l'aurais exécuté de mes propres mains ! » déclara le pharaon en se levant précipitamment, rejoignant le prêtre sur le pas de la porte, croisant les bras sur sa poitrine tout en continuant d'observer son compagnon.

« Majesté… Je ne vous avais jamais entendu parler de la sorte. »

« Je sais. Je me surprends moi-même. Mais vois-tu, je me sens connecté à Heba. Je sens qu'il est de mon devoir de le protégé. »

« Comme chacun des habitants d'Égypte… »

« Non, lui plus que tous les autres. »

« Mais vous le connaissez à peine. »

« Et c'est bien ça que je ne comprends pas. Mon puzzle du millénium ne l'a pas repoussé, donc je sais qu'il n'est pas dangereux, mais il y a autre chose. »

Soupirant, le magicien se recula, se courbant bien bas devant son souverain tout en annonçant :

« Je peux me renseigner, si vous le désirez. »

« Non, Mahad. »

Écarquillant les yeux de surprise, le porteur de l'anneau se redressa, interrogeant le jeune roi silencieusement.

« Ce n'est pas à nous, simples mortels, de contester le destin que choisissent pour nous les Dieux. » révéla Atem en fronçant les sourcils, posant une main sur l'épaule de son fidèle sujet et ami avant d'ajouter : « Heba s'est retrouvé sur ma route, quelle que soit la raison d'une telle circonstance, j'accomplirai ma tâche sans faillir. »

Hochant lentement la tête, le magicien disparu dans l'obscurité du couloir sans un mot, remontant l'escalier du sous-sol et rejoignant ses quartiers pour continuer à instruire son élève.

S'adossant au rebord de la table, le souverain se remit à sourire tendrement et demanda d'une voix douce :

« J'espère que ce repas t'a plu ? »

« O-Oui… » répondit Heba en rougissant, reposant le verre d'eau qui avait passé la moitié du temps entre ses lèvres. « Merci… »

« Ne me remercie pas, c'est tout à fait normal. Est-ce que je peux faire autre chose pour toi ? Tu voudrais peut-être prendre un bain et mettre des habits propres ? » interrogea le pharaon en penchant la tête sur le côté.

« N-Non… ça ira… j'ai déjà bien trop abusé de votre gentillesse, Majesté… » murmura l'adolescent en regardant ailleurs, intimidé.

« Atem. Et puisque je te dis que ça ne me dérange pas. »

« M-Mais… » bégaya le garçon, ses pupilles améthyste s'encrant dans celles pourpre de son sauveur.

« Écoute… Je me refuse à te laisser repartir pour coucher dehors comme un mendiant. Je peux faire envoyer des émissaires jusqu'à chez-toi, pour prévenir tes parents que tu vas bien, par exemple. » expliqua le souverain, appuyant ses paumes derrière lui sur le rebord de la table.

« V-Vous feriez ça ?! »

« Évidemment. Alors ? »

« Je vous en serais très reconnaissant. »

« À une condition. » souffla le jeune roi en faisant face à son double, plissant les paupières avec malice.

« L-Laquelle ? » s'inquiéta Heba.

« Tu resteras ici avec moi jusqu'à ce que tes parents viennent te chercher. Marché conclu ? »

Tendant une main vers le garçon, ce dernier sembla hésiter une seconde avant de tendre également la sienne, serrant celle du pharaon, un large sourire étirant les recoins de sa bouche.

Atem se figea à cette vision. C'était la première fois qu'il voyait l'adolescent sourire depuis qu'ils s'étaient rencontrés. Une chaleur intense se diffusa à nouveau dans tout son corps, le faisant frissonner de bonheur.

Ne relâchant pas sa prise, il força l'ancien esclave à se relever, l'entraînant derrière lui tandis qu'il retournait vers ses appartements.

« Dis-moi, Heba, est-ce que tu sais jouer aux cartes ?! »