Explications du Chapitre:

-Tous les Jeux/Jouets cités dans ce chapitre sont absolument réels et existaient bel et bien dans l'Egypte Antique. Si vous souhaiter en apprendre les règles, chercher sur le net.

-Aldawminu signifie Domino en égyptien ancien, donc la ville du manga original. :)

-Je tiens à préciser que je suis absolument contre la torture animal, le port de fourrure, et le braconnage en général. Malheureusement, si je veux rendre cette fiction un minimum réaliste, je me dois d'utiliser des procédés de l'époque. Alors vous entendrez parler dans ce chapitre, et les suivants, de "matériaux" en peau de... etc.

Merci de ne pas m'en tenir rigueur... T_T


L'immensité de la chambre lui donna le vertige. Se figeant sur place, Heba fut incapable de faire un pas de plus dans ce qui ressemblait à une gigantesque salle de jeux.

Découpés en quatre parties bien distinctes, les appartements privés du pharaon donnaient l'impression d'être dans ceux d'un enfant en bas âge.

La pièce la plus éloignée, dans le fond, faisait office de chambre à coucher. Plus petite que toutes les autres réunit, elle était uniquement composée d'un lit en bois dorée orné de sculptures représentant les Dieux Égyptiens dans leurs formes animales, et de plusieurs coffres de différentes tailles disposés ici et là. Le grand lit, où facilement cinq personnes pouvaient dormir ensembles, comportait un matelas blanc-cassé de plumes d'oie recouvert de coussins aux nuances turquoise, cyan et corail, ainsi que de quelques poupées en tissu garnies aux formes étranges de boule de poils aux grands yeux et de dragon squelettique.

La seconde pièce, sur sa droite, ne comportait qu'une petite table rectangulaire en or, couverte de toupies en bois multicolores, et en face de laquelle était posée une chaise en roseaux. Un large buffet ouvert emplit de centaines de rouleaux de papyrus reposait également contre le mur, sur le côté.

Celle dans laquelle il se trouvait, au milieu des trois autres, semblait servir à la fois d'entrée et de hall. En plein centre était disposée une large table ronde en ivoire peinte de motifs de cygnes prenant leurs envols et de crocodiles émergeant des eaux. Trois chaises argentées en feuilles de palmier couvertes de peaux de chèvre sur leurs assises l'entouraient élégamment. Sur celle-ci, s'étalaient aussi plusieurs jouets différents tels que des figurines d'argiles stylisée de ce qui semblait être des magiciennes aux couleurs jaune citron, vert pomme, et marron chocolat, et des animaux miniatures comme des hippopotames à la gueule béante et des souris à la queue mouvante.

Enfin, la dernière pièce sur sa gauche, de toute évidence la plus grande de toutes, était une sorte de continuation à celle du milieu. Faisant face au balcon, elle était remplie de coussins posés à même le sol, par-dessus une carpette rougeoyante, et de petites tables basses damées. Plusieurs jeux de plateau s'entassaient un peu partout. Allant du Chien et Chacals, au Mehen, le Jeu du Serpent, en passant par Aseb, le Jeu des Vingt Cases. Des tonnes de balles et ballons de cuir et des chevaux avec des roues de bois complétaient le reste.

Heba se recula d'un pas, à la fois intimidé et émerveillé. Cette chambre semblait tout droit sortie de l'un de ses rêves. Oui, bien des fois, il avait fait le souhait de posséder de tels choses, lui qui était si passionné par les jeux en tout genre.

« Tu peux entrer. Ici, tout ce qui est à moi est à toi. » lança avec amusement le souverain en remarquant l'éclat scintillant qui animé les pupilles de son double.

Mais le garçon n'avait pas vraiment l'air de l'écouter, complètement fasciné par tout ce qui l'entourait.

« Est-ce qu'il s'agit de Senet ?! » demanda-t-il soudainement en se dirigeant vers un jeu de société à pions reposant sur le sol de la quatrième pièce, l'effleurant délicatement, comme ayant peur de le briser entre ses doigts fins.

Au moins, il a l'air plus détendu… pensa le jeune roi en souriant doucement, s'approchant de l'adolescent.

« Est-ce que tu sais jouer ? »

« Je connais les règles, mais c'est la première fois que j'en vois un en vrai. »

« Tu connais les règles, mais tu n'y as jamais joué ? C'est étrange… »

« J'aime beaucoup les jeux… Mais là d'où je viens, ce n'est pas comme si je pouvais m'en offrir… »

Atem pencha la tête sur le côté, perplexe. Combien de personnes de son âge avait la même passion que lui pour les jeux ? Très peu en vérité, et s'il n'était pas aussi doué pour les stratégies militaires, et entouré par ses prêtres fidèles, jamais les membres du conseil ne l'auraient pris au sérieux en tant que roi. Et certainement qu'on ne l'aurait pas si facilement laisser prendre la place de son père, quand bien même il était l'héritier légitime.

« Heba… tu aimes vraiment les jeux ? » interrogea-t-il dans un souffle, le regard voilé.

« Oui ! Énormément ! »

Étirant ses lèvres dans un sourire à la fois emplit de tristesse et de joie, le pharaon releva la tête vers son compagnon, s'installant au sol tout en lançant avec enthousiasme :

« Dans ce cas, voyons voir à quel point tu es doué ! »

Heba plissa les yeux en observant le souverain, légèrement inquiet. Il y avait quelque chose dans sa manière d'agir, comme si l'on venait de lui enlever un poids énorme des épaules, et en même temps, comme s'il venait de subitement perdre tout ce qu'il avait de plus cher en ce monde.

Intrigué, le garçon s'installa à son tour sur le sol, en face du pharaon, et posant une main hésitante sur la sienne, il murmura :

« Est-ce que tout va bien ? »

Écarquillant les yeux, Atem plongea ces derniers dans ceux de l'adolescent, surprit. Habituellement, il arrivait très bien à masquer ses sentiments, alors pourquoi…

Arborant un petit sourire réconfortant, Heba entremêla ses doigts à ceux du jeune roi, annonçant d'une voix douce :

« Pour aujourd'hui, essayons d'oublier tous nos soucis et amusons-nous aussi longtemps que le soleil brillera dans le ciel, d'accord ? »

« Oui… »

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Ténèbres absolues, monde sombre, où même le néant n'existe plus, remplacé par un vide de noirceur et de mensonge.

C'est un Jeu des Ombres qu'il n'a pas remporté. Pariant une fois de plus sur sa vie, sa famille, ses amis, ne réalisant que trop tard qu'il n'y avait aucune échappatoire.

À présent, le voilà à jamais piégé dans cette éternité de souffrance, où il ne lui reste plus que ses larmes, coulant indéfiniment sur son visage pour lui rappeler qu'il existe toujours.

Il a tout perdu, tout laisser tomber. Le traître qui a cédé. C'était mourir ou abandonner. Il a choisi la solution de facilité. Et maintenant, il paie les conséquences de ses actes. Il pleure, pleure et se rétracte. Hurlant qu'il est désolé, alors que le soleil refuse encore de se lever.

Châtié par les Dieux qu'il a trahis, mal-aimé et démuni. Renié par tous ceux à qui il s'est un jour attaché, qu'il a dénigré ou oublié…

« Heba ! »

L'appel de son nom lui fit ouvrir les paupières dans un sursaut de conscience, tandis que des mains chaudes l'agrippaient avec force.

Les pupilles encore baignées par des larmes qu'il ne se rappelait pas avoir versées, il observa avec étonnement comme une sorte de double déformé de lui-même se tenait au-dessus de lui, l'air inquiet.

Se redressant lentement en une position assise, il regarda autour de lui de manière absente, ne reconnaissant ni les lieux, ni les choses l'entourant.

« Heba. »

Plongeant à nouveau son regard dans celui de son presque sosie, il pencha la tête sur le côté, demandant dans un murmure :

« Q-Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Heba… »

Se contentant de l'appeler pour la énième fois de la nuit, le pharaon posa une main délicate sur la joue de son partenaire de jeu, la caressant distraitement.

« Rien. Il ne s'est rien passé. Tu as simplement fait un cauchemar. Un horrible cauchemar. Mais ne t'inquiète pas Heba, je veille sur toi. Il ne t'arrivera plus rien, je te le promets. »

La voix douce et chaleureusement de son alter ego le calma instantanément, et tous les évènements de la veille lui revinrent soudainement en mémoire.

« Oh non… Teana, Jouno… qu'est-ce que… qu'est-ce que j'ai fait !? Je les ai abandonnés, et maintenant... maintenant… »

Atem fronça les sourcils à ces mots, intrigué. Ainsi, le garçon n'était pas arrivé seul en ville.

« Heba. » souffla-t-il, tentant d'attirer l'attention de l'adolescent. « Raconte-moi. Raconte-moi d'où tu viens et qui sont tes amis. »

Relevant la tête vers le souverain, Heba sécha ses yeux, laissant son regard dérivé vers la fenêtre, là où la lune flottait haut dans le ciel nocturne.

« Pardonnez-moi, Majesté… je vous ai réveillé… »

« Pour la centième fois, c'est Atem. Et ne dis pas de bêtises, voyons. Je t'ai dit que je prendrais soin de toi, et c'est bien ce que je compte faire. »

Partageant à moitié seulement le sourire affectueux que lui offrait le jeune roi, le garçon soupira, tortillant la poupée du dragon squelettique entre ses doigts alors qu'il se mettait à conter :

« J'ai grandi dans un village du nom d'Aldawminu. Là-bas, je n'avais pas beaucoup d'amis, et je passais mon temps à jouer à des jeux, à résoudre des puzzles, juste pour tromper ma solitude. »

Le pharaon se mordit la lèvre inférieure en écoutant le récit de son compagnon. Son histoire faisant étrangement écho à la sienne.

« Avec le temps, j'ai pu me faire des amis précieux. Jouno… et Teana… Jouno est un peu bagarreur, et il réagit toujours au quart de tour, mais c'est aussi un ami fidèle sur lequel on peut compter. Lui aussi adore les jeux, enfin plus spécialement les jeux de cartes. Ensembles, on pouvait bien jouer durant des heures. Et Teana, elle, elle a toujours été là pour me défendre contre les autres enfants du village, pour me réconforter. Elle est si gentille, et elle se bat avec conviction pour ce en quoi elle croit, même si c'est contre l'avis de tout le monde. Elle adore danser, elle passe ses journées à ça… Enfin, elle passait… »

Sa voix s'étrangla et il se retint tout juste de pleurer à nouveau, de peur de paraître misérable.

« Et vous avez tous les trois finis aux mains des marchands d'esclaves ? »

« Un jour, Teana n'est pas revenu d'une ballade dans le désert, alors Jouno et moi, on est parti à sa recherche. Lorsqu'on a finalement réussi à la retrouver, on s'est fait capturer à notre tour. Ils nous ont enlevés, traînés dans le sable chaud et sous le soleil brûlant du Sahara pendant des jours avant qu'on arrive enfin ici. »

« Que s'est-il passé ? » interrogea le souverain, attrapant la main de son double pour le pousser à continuer sur sa lancée.

« Ils ne nous ont nourris qu'une seule fois pendant tout le voyage, alors, quand on est arrivé sur le marché, on était tous très faible. Teana était malade, elle avait de la fièvre, on aurait dit qu'elle été déjà morte. Il-Il y a eu un homme qui l'a acheté et… je-je n'ai pas pu le stopper… ! »

Les larmes recommencèrent à couler sans qu'il ne puisse les empêcher cette fois, et les bras du jeune roi vinrent subitement l'envelopper. Le tenant avec insistance contre lui, tout comme la première fois qu'ils s'étaient rencontrés, il chuchota des mots de réconfort à son oreille, l'air désolé.

« Oh, Heba… Tu n'aurais pas pu l'empêcher ! Personne dans ton état ne l'aurait pu ! »

Calant sa tête contre le cou de son alter ego en entourant son dos nu de ses mains, Heba recommença à parler, se concentrant sur les battements de cœur réguliers du pharaon qu'il arrivait à sentir dans sa propre poitrine.

« Après ça, quelqu'un d'autre est arrivé. Il voulait acheter Jouno. Et évidemment, Jouno ne s'est pas laissé faire. Et pendant qu'il faisait diversion, je me suis enfui… »

S'éloignant finalement du souverain, Heba soutint son regard, et complètement abattu, lança avec véhémence:

« J'aurais dû rester ! J'aurais dû faire en sorte qu'on puisse tous les deux s'enfuir ! »

« Tu n'aurais rien pu faire ! » s'exclama Atem, ses pupilles brillants avec l'éclat dans la nuit bleutée. « Tes amis se sont sacrifiés pour que tu puisses vivre ! Renié cette nouvelle vie, c'est renié leurs sacrifices ! Tu aurais peut-être préféré rester ?! Et dans ce cas, qu'aurait apporté votre perte à tous les trois !? »

Enfonçant ses ongles dans la chair de ses bras, le jeune roi se rapprocha du garçon jusqu'à ce que leurs souffles se mêlent, s'écriant de manière désespérée :

« Tu es en vie Heba ! Tu es en vie ! Et je ne peux que remercier les Dieux d'un tel cadeau ! C'est une chance que je n'aurais jamais cru avoir ! »

Écarquillant les yeux, Heba se figea entre les mains fermes du pharaon qui refusait de le lâcher. Ce sentiment qu'il avait ressenti lorsque leurs doigts s'étaient entremêlés, la veille, lors de leur partie de jeu. Comme si leurs âmes ne faisaient à présent plus qu'une.

Et le fait étrange qu'ils partagent la même apparence, ce qui n'avait pas non plus échappé à l'adolescent, le laissant dans un état de questionnement perpétuel.

Dans le chagrin de sa perte, il avait permis à Atem de retrouvé le bonheur, redonnant vie à son être.

Des opposés contraires qui avaient attirés des semblables. Deux personnes distinctes mais identiques, qui se ressemblent, mais sont différentes, se comprenant l'un-l'autre sans se comprendre soi-même.

Deux êtres possédant le même destin. Deux vies qui partagent la même douleur. Et cette peur, de se retrouver à nouveau seul, qui les pousse indéniablement l'un vers l'autre.

Si s'agissait-là d'un souhait qui soudainement décidait de se réaliser, alors il pense que ce serait celui de rencontrer quelqu'un qu'il ne pourrait jamais oublier. Car chaque fois que son regard croiserait son reflet, il se souviendrait…