Explications du Chapitre:

-Il est l'heure d'une petite légende: Chaque soir, lorsque le soleil se couche, il est dit que Râ se rend au royaume des morts en traversant le Nil à bord de la barque sacrée de Tefnout, la déesse de l'eau. Afin de ramener la lumière sur Terre le lendemain, il devait affronter le dieu serpent Apophis à travers douze étapes, la douat. Avec l'aide du dieu Seth, de la déesse Isis, et de la déesse chat Bastet, il réussissait ces épreuves et pouvait renaître sous le nom de Khépri à l'aube, pour devenir Râ au zénith, et enfin Atoum au crépuscule.

-La reine Katimala, du royaume de Kerma (qui est l'ancien nom de la Nubie, représentant aujourd'hui le Sud de l'Egypte et le Nord du Soudan.), est un personnage ayant réellement exister selon les registres. Toutefois, aucune information la concernant n'a été trouvé outre son nom, donc je me suis permis de la décrire comme je le voulais.


« C'est un petit village du nom d'Aldawminu, à l'ouest de la Vallée des Rois. D'après ce que j'ai compris, ils étaient trois quand ils ont disparu. »

« Très bien. Nous allons envoyer des soldats là-bas pour prévenir les familles. »

« Merci. »

Atem se laissa retomber contre le dossier de son trône en soupirant. Faisant reposer sa tête dans l'une de ses mains, il offrit un doux sourire au vieil homme aux cheveux gris se tenant devant lui, demandant avec curiosité :

« Autre chose, Shimon ? »

Le grand vizir regarda autour de lui, suspicieux, tout en se rapprochant du pharaon, portant une main contre la commissure de ses lèvres avant de murmurer tout bas :

« En ce qui concerne le garçon… »

« Heba. »

« Oui, c'est cela. Je crains qu'il n'y ait déjà des rumeurs qui commencent à circuler au sein du palais. »

Fronçant les sourcils, le souverain se redressa sur son siège pour se pencher légèrement en avant, intrigué.

« Quel genre de rumeurs ? »

« Eh bien… votre ressemble n'a échappée à personne et… certains se posent des questions… » raconta l'ancien porteur de la clé du millénium, hésitant.

« Je t'en prie Shimon, cesse les mystères et dis-moi clairement de quoi il s'agit ! » lança avec impatience le jeune roi.

« Ce ne sont que des bruits de couloir… mais j'ai entendu des servants prétendre que le garçon et sa Majesté seraient liés par le sang, mais que vous l'auriez envoyé au loin pour l'évincer du trône… »

« Quoi ?! »

Se relevant précipitamment tout en s'exclamant, Atem, les yeux écarquillés de surprise, se figea quelques secondes en face de son conseiller.

« Ce ne sont que des rumeurs, Pharaon… il ne faut pas y prêter attention. »

Reprenant ses esprits, le pharaon se rassit lentement sur son siège, abasourdi.

« Il faut les comprendre… Nous nous posons tous des questions… »

« Mais de là à penser que je serais capable d'une telle chose… »

Penchant la tête sur le côté, Shimon fronça les sourcils à son tour, interrogeant son souverain, perplexe.

« Est-ce cela qui vous dérange le plus ? Que l'on vous croit capable d'évincer votre propre frère par soif de pouvoir… ?

« N'est-ce pas évident ?! » s'écria Atem en se relevant à nouveau, faisant quelques pas dans la salle du trône pour rejoindre le balcon où il avait été autrefois proclamé roi.

« Je ne vais pas m'offenser que l'on croie qu'Heba et moi soyons liés. Il n'y aurait aucun inconvénient à une telle situation. »

Agrippant fermement le rebord au point d'en faire blanchir ses phalanges, il souffla, chuchotant pour lui-même.

« Tout aurait été beaucoup plus simple de cette façon… »

Rejoignant le jeune roi à l'extérieur, Shimon posa une main réconfortante sur son épaule, souriant gentiment.

« Peut-être bien que les Dieux ont entendu vos prières… »

« Tu le penses vraiment ? »

« C'est ce que j'aime à croire, en tout cas. »

« Mon Pharaon… »

Se retournant brusquement à cet appel, le souverain et le grand vizir observèrent avec étonnement Mahad se tenant à quelques mètres d'eux, Mana et Heba à ses côtés.

« Je m'en vais faire taire les vilaines bouches qui osent propager ces mensonges. » annonça le vieil homme en prenant congé, se faisant retenir à la dernière seconde par le pharaon qui déclara d'une voix calme :

« Shimon… de la tempérance… »

« Comme toujours, notre Pharaon fait preuve d'une grande clémence. »

Une fois le conseiller partit, Atem s'en retourna vers son trône, s'arrêtant toutefois juste en face des marches pour parcourir son double du regard.

Habillé d'une longue tunique crème en coton retenue par une ceinture de soie violette, et orné de bijoux en or semblable aux siens, il avait l'air mal à l'aise, se tenant en retrait des deux magiciens, ses pupilles améthyste tournées vers le sol.

« Tout va bien ? » demanda-t-il finalement à l'attention du porteur de l'anneau en saluant la petite prêtresse d'un mouvement discret de la tête.

« Mana doit retourner à ses études. » énonça simplement Mahad.

« Je serais bien restée ! Mais Mahad insiste tellement… » débita la fillette de manière ennuyée.

« Bien sûr que j'insiste ! Comment veux-tu progresser si tu ne t'entraînes jamais !? » s'agaça le prêtre, croisant les bras sur sa poitrine.

« Je vois… » se contenta de répondre le jeune roi, un sourire amusé sur la bouche. « Malheureusement, j'ai encore des affaires à régler, alors je ne peux pas prendre soin d'Heba pour l'instant. »

« Je peux très bien m'occuper de moi ! »

L'entente soudaine de la voix de l'adolescent, jusque-là resté obstinément muet, força les trois autres personnes présentes à se tourner vers lui, surprise.

Les traits de son visage se détendant légèrement, Atem s'avança vers ce dernier, indiquant avec douceur :

« Je voulais juste que tu ne te retrouves pas livré à toi-même dans un endroit que tu ne connais pas, mais si ça ne te dérange pas de m'attendre seul jusqu'à ce que j'en ai terminé avec les affaires du royaume, alors tant mieux. »

Hochant la tête à l'affirmative, le garçon sourit également au souverain avant que le magicien n'ajoute rapidement :

« Très bien. Dans ce cas, nous y allons. Mana ! »

Secouant la main en guise d'au revoir à la jeune fille, Heba se mit à suivre le pharaon qui avait aussi commencé à s'éloigner, celui-ci l'interrogeant quand il fut à ses côtés.

« Comment s'est passé la journée ? »

« Plutôt bien. Mais pour être tout à fait honnête, gagner à tout bout de champ finit par devenir lassant… » relata son double, gloussant de manière embarrassée.

« Pour elle, ce n'est pas un grand changement étant donné qu'elle perdait constamment avec moi aussi. » dévoila Atem, nostalgique. « Ceci dit, perdre quand on n'en a pas l'habitude peut être aussi amusant que de gagner. »

« Cette partie contre moi, l'autre jour, est-ce que c'était la première fois que vous ne remportiez pas la victoire ? » se renseigna le garçon, attendant avec impatience la réponse de son "autre moi".

« C'est exact. » révéla le souverain dans un souffle, toujours souriant.

« Je suis désolé… »

« De quoi t'excuses-tu ? Je te l'ai dit, j'ai trouvé ça rafraîchissant. Bien sûr, ne crois pas que je ne sois pas rancunier. Je veux absolument une revanche ! »

« D'accord ! »

Se stoppant au seuil de deux grandes portes dorées, Atem fit dériver ses pupilles pourpres vers le couloir à sa gauche, posant une dernière question à son partenaire de jeu tout en levant une main vers les battants.

« Est-ce que tu sauras retrouver ton chemin jusqu'à mes appartements ? »

« Oui, sans problème ! » émit Heba avec empressement, se voulant rassurant.

« Parfait. La réunion avec le Conseil ne devrait pas durer longtemps, si tu as besoin de quoique ce soit, tu n'as qu'à faire appel à Nailah. »

« Je sais. Tout ira bien… hmm… Atem… »

Ses yeux s'écarquillant sous l'étonnement pour la seconde fois de la journée, le pharaon prit un moment pour s'assurer qu'il avait correctement entendu, avant de vite remplacer cette expression par un visage de pur ravissement.

Ses lèvres s'étirant autant qu'il leur était possible, il fit un clin d'œil complice au garçon et lança rieur :

« Bien ! Je vois que tu as finalement compris. »

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C'était un crépuscule comme tant d'autres pour la terre d'Égypte. Baigné par des nuances d'orange et de rose, le Dieu soleil Khépri avait disparu au zénith pour devenir Râ avant de finalement se coucher sous le nom d'Atoum.

Et cette nuit encore, il voyagerait dans la barque sacrée de Tefnout, au sein du monde des ténèbres, afin de combattre le serpent Aphosis et ramener la lumière dans le monde d'en haut avant que le chaos ne l'engloutisse.

Fermant les paupières en reposant le papyrus qu'il avait entre les mains, Atem se laissa bercer par les sons plus calmes de la ville.

Les heures semblaient avoir filées à toute vitesse, et lorsqu'il avait enfin pu rejoindre son partenaire de jeu dans la chambre, celui-ci s'était assoupi.

Étalé sur toute la longueur du lit, entouré de ses figurines d'argiles et d'autres jouets, il ressemblait à un enfant. Une comparaison qui ne lui ferait probablement pas plaisir vu la réaction qu'il avait eu la dernière fois que le souverain lui en avait fait la remarque.

Le pharaon sourit en détournant le regard, attendri. Lui qui avait voulu échapper à ses obligations en prétextant devoir s'occuper de son double, le voilà qui se retrouvait inévitablement à travailler.

Le puzzle du millénium autour de son cou se mit à s'agiter soudainement tout en produisant une puissante lueur dorée et il fronça les sourcils, se tournant vers les portes de ses appartements en même temps que celles-ci s'ouvraient avec fracas, réveillant le garçon endormi par la même occasion.

« Atem ! »

« Que se passe-t-il, Seth ? » demanda-t-il en posant ses pupilles vers l'adolescent inquiet, le rassurant d'un hochement de tête avant reporter son attention vers le prêtre.

« Des assassins se sont introduits dans le palais ! » lui répondit ce dernier, le visage crispé par l'agacement face à une telle faille dans la sécurité du palace.

« Comment ?! » interrogea le jeune roi en se mettant debout, plissant les yeux en s'approchant du porteur de la baguette du millénium.

« Malheureusement, nous l'ignorons toujours… Je me demande quand même ce que fait Mahad ! »

« Inutile de porter la faute sur les autres. Quels sont les ordres ? »

« Les gardes à l'intérieur du palais sont partis à leurs recherches avec le magicien. Isis se tient prête pour nous dire leurs positions dès qu'elle en aura eu la vision. Je te conseille de rester enfermé ici avec le garçon jusqu'à ce que nous les ayons capturés. » déclara d'une traite l'homme au regard de glace, levant une main vers deux soldats se tenant derrière lui pour qu'ils se placent devant les portes et en gardent l'accès.

« Très bien. Pour la sécurité d'Heba, je suivrais tes conseils. Pour cette fois… » annonça le pharaon en souriant malicieusement, comme cherchant à taquiner le prêtre.

« Je suis ravi d'avoir enfin réussi à te convaincre, Cher Cousin. » relata simplement Seth avec un sourire complice, ajoutant avant de s'en aller : « Nous ferons appel à toi lorsque tout danger sera écarté et qu'il sera temps de juger ces criminels. »

Les portes se refermèrent sur l'ombre de sa cape volant au vent, et Atem se tint le front d'une main, préoccupé.

À nouveau, des assassins s'en prenaient à sa vie, cherchaient à se débarrasser de lui, contestaient son titre et sa légitimité… leurs motivations trouvaient-elles leur source dans d'anciens conflits, ou bien les rumeurs le concernant lui et Heba s'étaient-elles également répandues en ville, apportant la confusion parmi son peuple… ?

« Cher Cousin ? »

Le pharaon se retourna brusquement à ces mots, offrant un sourire se voulant rassurant à son partenaire tout en le rejoignant sur le lit, expliquant :

« C'est bien ça. Seth et moi sommes cousins. Son père et le mien étaient frères. C'est quelque chose de connu ici, mais j'imagine que ce genre d'histoires n'arrive pas jusqu'aux lointains villages comme le tiens. »

« Oui. »

« Moi-même, je n'ai découvert ce fait qu'il n'y a que quelques années. »

« Comment est-ce possible ? » osa demander Heba en penchant la tête, embarrassé.

Riant légèrement, le souverain la lui releva d'un doigt sous le menton, indiquant :

« Parce que Seth aussi ignorait qui était son père jusqu'à… »

« Jusqu'à ? » ne put s'empêcher de répéter le garçon avant de poser subitement une main sur sa bouche, l'air choqué. « Je suis désolé, ce ne sont pas mes affaires. »

« Non ! Non… c'est de notoriété publique alors il n'y a aucun mal à ce que tu le sache, c'est juste que… c'est peu compliqué. »

Soupirant en se dirigeant vers le balcon, n'en dépassant pourtant pas le seuil de peur d'un archer caché, il s'adossa au chambranle, les bras croisés sur la poitrine et raconta avec une certaine tristesse dans la voix :

« Mon prédécesseur est coupable d'un crime qui aurait éternellement apporté la honte sur notre famille s'il n'avait pas sauvé le royaume en contrepartie… Parce qu'il est celui qui a poussé l'ancien Pharaon à commettre ce crime, et par peur des représailles, mon oncle, Aknadin, n'a jamais révélé sa véritable identité à Seth. »

Marchant de long en large dans la pièce de jeux, Atem soupira à nouveau, s'arrêtant soudainement pour observer de manière absente le coucher de soleil.

« Mais j'imagine que le passé finit toujours par nous rattraper. Un… témoin… de ce crime s'est un jour présenté au palais. Il avait grandi dans la haine et la colère de cet acte, et il exigeait réparation… ou plutôt, il souhaitait se venger. Quoi qu'il en soit, mon père était déjà mort, alors c'est moi qui aie prit la responsabilité de combattre cet ennemi qui menaçait la vie d'innocentes personnes. Je me suis battu contre lui et j'ai gagné… et les péchés de mon père sont devenus les miens… »

Se tournant vers l'adolescent, le souverain lui offrit un faible sourire, retrouvant sa place à ses côtés sur le lit.

« À la suite de cette histoire, Aknadin s'est vu forcé de dire toute la vérité. Et c'est ainsi que nous avons su… J'ai pardonné à mon oncle, je l'ai gardé auprès de moi en tant que Grand Prêtre, il est celui qui détient le pouvoir de l'œil du millénium. Mais l'âme de mon père est à jamais prisonnière de ses actes, et c'est une chose que je ne supporte pas. Je ne suis pas non plus ignorant de sa jalousie à mon égard, de son désir de voir son fils prendre mon titre… Mais Seth est assez loyal pour s'opposer à lui, et à présent, voilà la vie que je mène, aussi souillée puisse-t-elle être… »

« Vous n'êtes pas responsable de ce que les autres ont fait ! »

S'écriant avec empressement, surprenant par la même le jeune roi, Heba agrippa les mains de son alter ego, les serrant fermement contre les siennes tout en continuant sur sa lancée :

« Quel que soit ce crime, ce n'est pas vous qui l'avez perpétué, et ce témoin était aussi ignorant de ses auteurs que vous l'étiez de cette histoire ! »

Incapable de prononcer la moindre parole, le pharaon se contenta simplement de hocher la tête, de fines larmes perlant aux coins de ses yeux. Il avait si souvent eu envie d'entendre ces mots, la force que son double y mettait ne leurs donnant que plus d'impact sur sa conscience coupable.

« Je te remercie… »

« Il n'y a pas besoin de me remercier, je ne fais que dire la vérité. »

Sa bouche s'étirant en sourire ravi, Heba se leva pour se diriger vers la table de travail, regardant avec curiosité les nombreux papyrus éparpillés sur cette dernière sans toutefois les ouvrir, énonçant calmement :

« Est-ce qu'il y a un rapport entre la venue de ces assassins et cette vieille histoire ? »

De nouveau surprit, le souverain se rapprocha du garçon, prenant appui sur la chaise en roseau tout en s'exprimant :

« Tu es bien plus vif d'esprit que tu ne le montres… »

Sous le regard gêné du garçon, il continua avec plus de sérieux.

« C'est exact. La révélation de notre parenté à poussée certains partisans de mon oncle à croire que le véritable Pharaon ne pouvait être que Seth. Je ne suis pas réticent à l'idée de lui céder ma place lorsque j'aurais quitté ce monde. Au contraire, je pense même que c'est le meilleur choix possible. Malgré son caractère borné, c'est un homme juste et bon… Mais tant que je vivrai, ce trône sera le mien ! »

« Alors, autrefois, ils souhaitaient que votre oncle soit Pharaon, et maintenant, ils veulent que ce soit son fils… ? »

« Ils n'ont dans l'idée que de renverser le régent actuel pour apporter les ténèbres… une contestation de pouvoir, et c'est tout le royaume qui se retrouvera en danger. La Haute Égypte est fragile, et ce chaos donnerait l'occasion à nos voisins de nous envahir. »

Des coups retentirent dans la chambre et le jeune roi s'éloigna vers les portes, recevant avec soulagement le visiteur.

« Karim… »

« Mon Pharaon… Nous avons capturé les criminels, leurs procès est sur le point de débuter, nous n'attendons plus que vous. » dévoila le prêtre, se courbant légèrement en signe de salutation.

« J'arrive tout de suite. » répondit Atem, se tournant une dernière fois vers son partenaire de jeu pour indiquer calmement : « Je veux que tu restes ici, Heba. Tu n'as pas besoin d'assister à ce genre de chose. »

Disparaissant à son tour dans le long couloir, le souverain s'en alla sans rien dire de plus, laissant Heba seul au milieu de la pièce, intrigué.

Ce genre de chose ?

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La salle du trône n'était qu'un immense vide doré faisant face à une terrasse surplombant l'entrée du palais et qui offrait l'entièreté de la ville de Khemet comme seul horizon.

Le trône au sommet triangulaire reposait contre le mur de droite, au-dessus de marches de pierre, ses accoudoirs en forme de tête de lion ne rendant que plus intimidant encore son possesseur.

Ce dernier se tenait d'ailleurs assit sur celui-ci, les traits tirés, le regard perçant, observant avec un certain dédain les accusés agenouillés à ses pieds.

« Que soit énoncer les crimes dont sont jugés coupable ces hommes ! »

C'était un système que d'autres pays dénigrés et loués tout à la fois. Un procès juste et impartial, où les accusés se verraient donner la chance de prouver leur innocence, si innocents ils étaient.

Heba savait ce qu'il avait devant les yeux sans même avoir participé une seule fois à l'un d'entre eux. Dans les villages éloignés, les vieilles lois régnaient en maître et à celui qui se ferait accuser, aucun temps de parole ne serait accordé.

Déroulant un parchemin, le grand vizir Shimon se mit à lire à voix haute :

« Aharon et Jabare, arrêtés par la garde alors qu'ils cherchaient à accéder aux appartements royaux. Les charges sont : tentative d'assassinat sur la personne du roi d'Égypte, le Pharaon Atem. »

Les deux hommes ainsi nommés se débattirent entre les mains des soldats les retenant au sol avant de finalement se calmer lorsque l'un deux les menaça de la pointe de son sabre.

« Les témoins sont : la Grande Prêtresse Isis par l'influence du pouvoir de son collier du millenium, le noble Ammon qui les a surpris durant— »

« Qu'est-il arrivé aux deux autres hommes ? » interrogea le souverain, coupant la parole à son conseiller.

« Les deux hommes… répondant aux noms de Nephi et Adir, ont été tués en tentant de fuir… »

Caché derrière un pilier, Heba se retourna brusquement à ses mots. Appuyant son dos contre le granite, il couvrit sa bouche de sa main, empêchant un hoquet d'horreur de franchir ses lèvres tandis que les deux criminels s'écriaient d'une même voix colérique :

« Mort au Pharaon ! Mort au Pharaon ! »

« ASSEZ ! »

Le cri du jeune roi résonna entre les murs de manière tranchante et un silence lugubre s'installa soudain. Se relevant avec lenteur, Atem traversa la pièce pour rejoindre les deux accusés, fronçant un peu plus les sourcils tout en demandant :

« Vu la rapidité avec laquelle vous été découvert, et le manque évident de pratique qui a résulté en la perte de vos complices, je suis d'avis que vous n'avez rien de professionnels. Toutefois, quelqu'un vous a bel et bien engagé et je veux savoir qui. Quoiqu'il ne doive pas être des plus intelligents étant donné qu'il a recruté des amateurs dans votre genre. »

Voyant les coupables restaient obstinément muet, le pharaon souffla et se retourna en agitant une main dans l'air :

« Décapitez-les. »

« Majesté ! » s'exclama avec véhémence Mahad, la terreur, mélangée à la surprise, dans ses yeux faisant écho à celle que partageaient toutes les autres personnes présente dans la pièce.

« Il y a des témoins fiables, ils ont commis l'acte qu'on leur reproche. Décapitez-les ! »

D'un pas hésitant, Karim se posta face aux assassins, annonçant avec autorité bien que semblant toujours sous le choc :

« Par décret du Pharaon Atem, votre sentence est celle de la décapitation… »

Des larmes sans fin se mirent à couler sur les joues d'Heba, et retenant un gémissement, il s'apprêta à s'enfuir hors de la salle lorsque la voix d'un des accusés se fit entendre avec force.

« Elle s'appelle Adina ! C'est une des suivantes de la reine de Kerma ! Ayez pitié ! »

Atem esquissa un sourire entendu à ces révélations. Se tournant de nouveau vers sa cour et les deux coupables, il déclara tout en penchant la tête sur le côté.

« Merci pour ces informations. Elles seront dûment récompensées, c'est juré. »

De retour sur son trône, le souverain balaya une nouvelle main dans l'air, et toujours le sourire aux lèvres, ordonna rapidement :

« Que le procès du millénium commence ! »

Heba regarda avec ébahissement comme les prêtres se succédèrent devant les prisonniers, usant de leurs items divins pour extraire un monstre effrayant hors de leurs poitrines, apparemment symbole de leurs mauvaises actions, pour ensuite le sceller dans une large dalle de pierre, avant qu'ils ne soient traînés hors du palais, leurs libertés retrouvées.

« Votre Grandeur… » appela le porteur de la clef du millénium en s'avançant vers le jeune roi. « Alors, tout ceci n'était qu'une ruse pour découvrir le véritable coupable ? »

« Parfois, Shada, il faut savoir ne pas jouer selon les règles pour obtenir ce que l'on veut. » répondit le pharaon en croisant les jambes, son menton reposant dans sa main droite.

« Et s'ils n'avaient pas parlé ? » lança Seth en fronçant les sourcils à son tour, encore surprit par la propre audace de son cousin.

« Je l'ai dit, ce ne sont que des amateurs. Bien sûr qu'ils allaient parler ! Ils tiennent plus à leurs vies qu'à la cause qu'ils défendent. »

Toujours quelque peu abasourdi, les vizirs, nomarques et autres nobles commencèrent à se disperser lentement, laissant seul le souverain en compagnie de ses prêtres et de son conseiller.

« C'était très osé de votre part, Majesté. » relata Isis, le regard fixe. « Moi-même, je ne me suis pas rendu compte de la supercherie. »

« Mais c'était finement jouer. » indiqua Aknadin, partageant le sourire de son neveu. « Grâce à cela, nous savons qui a attenté à la vie de notre roi. »

« Malgré tout, je ne suis pas sûr d'aimer ces méthodes… »

« Ton avis n'a aucune importance, Mahad ! Nous avons exactement ce que nous voulons, n'est-ce pas le plus important !? »

« Allons, allons… Calmez-vous. Le Pharaon a agi en son âme et conscience, il est le seul juge de ses actions. »

Observant de manière absente Shimon prononçait ces paroles, Atem parcourra la pièce des yeux, ses pupilles pourpres s'attardant sur chacun de ses prêtres.

« Je consens que ma méthode ne soit pas très éthique, et je promets à l'avenir d'user de stratagèmes plus conventionnels, si cela peut vous rassurer. »

Acquiesçant doucement, les porteurs d'objets du millénium se rapprochèrent du jeune roi, et Karim fut le premier à parler, arguant avec sérieux :

« À présent, il convient de savoir ce que nous allons entreprendre contre la reine Katimala en représailles de son acte. »

Heba s'éloigna discrètement en direction des appartements royaux, le reste de cette discussion ne le concernant pas.

Il était complètement épuisé par le flot continuel de sentiments différent qui l'envahissait. À la fois terrifié et fasciné par ce qu'il avait vu, il se sentait surtout rassuré. Oui, rassuré que son "autre moi" ne fut pas aussi cruel qu'il l'avait fait croire un instant auparavant.

Il n'aurait certainement jamais pu rester à ses côtés si tel avait été le cas. Alors même qu'ils étaient devenus si proches… cela aurait été tellement douloureux de ne plus le revoir, bien plus douloureux que cela l'avait été avec Jouno ou Teana…