Explication du Chapitre:

-Le royaume de Mâ (abréviation en ancien égyptien de Mâchaouach) est le nom antique donné à la Libye. A l'époque, il ne s'agissait que d'une petite confédération de plusieurs tribues berbères. Son roi est, lui, totalement fictif.

-(*) Le cyanure est un poison très puissant si consommé. Il est, en outre, décrit comme ayant un arrière-goût d'amande douce.


Malgré les acclamations de la foule, Atem posa un genou à terre, le souffle court. Glaive à la main, sa pointe plantée dans le sol pour l'aider à se relever, il se souleva dans un ultime effort, de fines gouttelettes de sueur glissant le long de son front pour s'écraser dans l'espace entre le creux de son épaule et son cou.

Le son d'une cymbale retentit dans un écho assourdissant, et il resserra sa prise sur l'arme tout en s'élançant vers l'avant. Les deux lames s'entrechoquèrent avec force dans une pluie d'étincelles de métal, le tout accompagné d'un bruit strident.

À chacune de ses inspirations, un nouveau coup était porté, toujours plus rapide, toujours plus puissant, avant que l'ennemi ne se recule, lui laissant à peine le temps de reprendre une respiration régulière.

Les cris autour de lui devenaient frénétiques et il esquissa un sourire sans véritable joie apparente. Relever la tête, paraître fière, être invincible. Les paroles de son père ne cessaient de résonner dans son esprit, lui donnant le tournis tandis qu'il tentait tant bien que mal de s'en montrer digne.

Une nouvelle volée de coups l'assaillit et le glaive s'envola dans les airs sous son regard surprit, venant retomber avec fracas à quelques mètres derrière lui.

Réagissant d'instinct, le pharaon s'échappa des salves de son adversaire d'une roulade sur le côté, frappant son dos à l'aide de son pied et récupérant en même temps le sabre que l'homme à la peau basané perdit dans sa chute.

Essuyant le filet de sang qui colorait ses lèvres d'un geste rageur, ce dernier plissa ses yeux bleu océan, le soleil éblouissant lui bloquant la vue, et cherchant à tâtons derrière lui, il se réappropria l'arme du souverain, l'attaquant à la seconde où ses doigts effleurèrent la garde.

Atem s'arqua, bloquant la lame à l'aide du contour recourbé de la sienne, faisant un demi-tour sur lui-même pour envoyer l'ennemi au loin, prit dans son propre élan.

Encore une fois, les ovations reprirent, plus tonitruantes, et il s'immobilisa dans une position de défense, les mains moites, sa tête pulsant au rythme des battements de son cœur.

L'homme aux cheveux clairs se rapprocha lentement, le dominant de toute sa hauteur, jetant un voile d'ombre au-dessus de lui qui le fit frémir.

Un sourire carnassier vint étirer les contours de sa barbe foncée, dévoilant une dentition précaire, et le jeune roi se força à regarder avec insistance son glaive dans la main de son adversaire, de peur que cette vision ne lui donne la nausée.

De nouveau, il prit une grande inspiration, avant d'attaquer à son tour, le bruit de métal frappant l'un contre l'autre résonnant encore une fois dans l'air.

L'homme s'épuisa finalement à faire voltiger son arme ici et là pour tenter de toucher le souverain, et la bouche de celui-ci se tordit en un rictus moqueur.

Fauchant le glaive, il balança la poigne de son sabre dans les côtes saillantes de l'ennemi, obligeant ce dernier à se courber sous la douleur alors que le pharaon en profiter pour envoyer, avec tout ce qui lui restait de force, son coude entre ses deux yeux, un son d'os se brisant parvenant à ses oreilles malgré le brouhaha de la foule en délire.

Un hurlement d'agonie retentit et son adversaire s'écroula à terre, tenant son visage ensanglanté entre ses mains noires de saletés.

Le son de la cymbale tinta pour la seconde fois, et ses doigts tremblants laissèrent échapper le sabre devenu trop lourd, son corps parcouru de spasmes tandis qu'il essayait de reprendre son souffle, en vain.

Les spectateurs devant lui se levèrent de leurs sièges, s'écriant avec excitation, et un groupe de personne bien distinct se détacha de plus en plus nettement de ceux-ci, le rejoignant au centre de l'arène.

« Bravo ! Bravo ! Quel combat ! Je suis époustouflé par vos talents de guerrier, Votre Grandeur ! »

Incapable de répondre, la gorge sèche et la respiration toujours haletante, le jeune roi se contenta de hocher brièvement la tête, observant son interlocuteur de manière suspicieuse.

« Eh bien, c'était un vrai combat de Titans. Votre champion a su donner du fil à retordre à notre Pharaon, qui est pourtant le meilleur de nos combattants. »

Les paroles de Seth le firent grincer des dents sous l'agacement, et il offrit un regard furtif à son cousin, lui intimant silencieusement de se taire.

« C'était une bonne distraction. Devrions-nous aller nous restaurer maintenant ? »

Une distraction !?

Pinçant ses lèvres, Atem refréna l'envie qu'il avait de reprendre le sabre reposant sur le sol pour l'enfoncer dans l'estomac de la personne lui faisant face, préférant le laisser disparaître vers l'intérieur du palais en compagnie de ses prêtres, les acclamations de la foule, composée principalement des nobles de la cour, s'estompant subitement comme elle commençait à se disperser, suivant les pas des porteurs d'objets du millénium et de leurs invités.

Soupirant, le souverain s'apprêta à faire de même quand un visage apparut soudainement devant lui, deux mains lui tendant un linge de coton, un petit sourire étirant ses lèvres roses.

« Heba… »

« Félicitation pour votre victoire. Est-ce que ça va ? »

La voix chaude et emplit d'inquiétude du garçon le fit sourire à son tour, et attrapant le linge pour le passer contre son torse nu transpirant, il répondit d'une voix assurée :

« Oui, ne t'en fais pas pour moi. J'ai l'habitude de ce genre de démonstration de force stupide. »

« C'est pour cela que vous vouliez combattre vous-même plutôt que de laisser la place à l'un des soldats de la garde royale ? »

« J'ai beau avoir fait mes preuves auprès de mon peuple, je suis encore jeune pour les autres contrées. Un roi, faible, ignorant, et sans expérience… Alors je suis obligé de faire également mes preuves auprès des autres. Pour éviter des conflits, des guerres, ou des luttes pour le pouvoir… »

« Et moi qui n'arrêtais pas de me plaindre quand ma mère me couvait trop… »

Éclatant de rire, Atem passa une main dans les cheveux aux reflets multicolores de son double, les ébouriffant avec amusement.

« Ceci dit, je me passerai bien de prouver quoi que ce soit à cet imbécile d'Hussein. »

« Vous n'appréciez pas le roi de Mâ ? »

« Il joue les grands seigneurs ici, mais ce n'est qu'un despote cruel qui s'agite comme un poisson hors de l'eau dès qu'il est contrarié. »

La comparaison provoqua un gloussement moqueur chez l'adolescent qu'il partagea avec joie, l'allégresse passagère de ce moment lui permettant de faire retomber la pression.

« Allons-y. Il faut encore que je me change. »

« Oui. »

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Dressé d'une courte tunique bleu saphir aux extrémités dorées, un Shendyt de la même couleur enserrant sa taille, et une cape amarante recouvrant ses épaules, Atem s'affala légèrement dans son siège, fixant mécaniquement les danseuses orientales s'activant devant ses yeux et ceux de ses convives.

Ondulant au rythme de la musique, le luth et la lyre résonnant en harmonie avec le sistre, les flûtes, les tambours et la harpe, elles tournoyaient avec agilité autour de la table.

De larges bracelets d'argents aux poignets qui cliquetaient chaque fois que leurs doigts dessinaient des cercles imaginaires dans les airs et de grands colliers de pierre précieuses sautillants autour de leurs cous, elles portaient des robes turquoise composée d'une jupe entrouverte sur le côté, laissant apercevoir la peau ivoire de leurs jambes à chacun de leur mouvement. Reliées à cette dernière par une simple maille de lycra aux motifs de feuilles de roseaux or et carmin, leurs brassières offraient une vue dégagée sur le décolleté de leurs poitrines.

Un spectacle que semblait particulièrement apprécier le roi de Mâ, remarqua le pharaon sans être toutefois étonné. Un grand sourire collé au visage, celui-ci frappait dans ses mains au son des claquettes et des tambourins résonnant dans la salle de banquet, admirant sans vergogne les courbes des jeunes femmes, aux cheveux de jais et aux paupières peignés de Khôl, se mouvant un peu trop près de lui.

Soupirant avec fatigue, le jeune roi attrapa son verre de vin, trempant ses lèvres dans le liquide bordeaux quelques secondes avant de brusquement en recracher le contenu, la musique s'arrêtant subitement sous ses étouffements répétés tandis que les personnes attablées tournaient un regard surprit vers lui.

« De quoi s'agit-il ?! » s'écria Hussein avec ennui, semblant agacé d'avoir été dérangé pendant sa "contemplation".

« Majesté !? » lança Mahad, une pointe d'inquiétude dans la voix, se levant avec précipitation.

Toussant encore un peu en se redressant, le souverain tendit une main vers le magicien, le sommant de se rasseoir alors que lui-même se mettait debout, disparaissant vers le fond de la pièce en soufflant :

« Excusez-moi un moment. »

S'enfonçant dans le couloir principal, Atem se stoppa soudainement au seuil d'une antichambre, se retenant au mur à sa gauche, ses ongles se crispant sur la pierre froide.

« Que se passe-t-il ? »

Relevant la tête, ses pupilles pourpres s'accrochant à celles cobalt de son gardien sacré, le pharaon fronça les sourcils avant de déplacer son regard vers la salle de banquet, murmurant doucement :

« Y avait-il une raison précise à la venue du roi Hussein, Shada ? »

« Il me semble que ce n'est qu'une simple visite de courtoisie. Pourquoi cette question, Ô Pharaon ? » répondit le prêtre, intrigué.

« Et le vin ? C'est bien un présent de sa part, non ? » continua d'interroger le jeune roi.

« En effet. Soupçonnez-vous Son Altesse de quelques mal intentions ? » demanda le porteur de la clé du millénium, comprenant le cheminement intellectuel du souverain, ainsi que sa précédente réaction à table.

« Je l'ignore. Mais j'ai remarqué que la jarre avec laquelle on m'a servi était différente de celle des autres invités. Et il y avait comme un arrière-goût d'amande quand j'en ai pris une gorgée (*). »

Fronçant les sourcils à son tour, Shada se raidi subitement en croisant les bras sur sa poitrine.

« Je n'ai rien senti de tel dans le mien. Devrions-nous demander à la garde de l'arrêter ? » questionna-t-il, bien qu'il semblât déjà savoir ce qu'on allait lui dire.

« Sans preuves ? Non… Je ne veux pas risquer un incident diplomatique si je me trompe. » déclara Atem en fermant les yeux, soupirant lentement.

« Votre Majesté a été instruit depuis son enfance en vue de reconnaître toutes les formes de poison de ce monde. Je doute que votre instinct vous trompe si facilement. » plaida Shada avec bienveillance. « Toutefois, s'il avait dû vous arriver quelque chose, je m'étonne que le collier du millénium n'est pas prévenu Isis. »

« Rien n'est sans faille, Shada. Pour le moment, laissons cela de côté. Si jamais d'autres évènements viennent à confirmer mes soupçons, alors nous interviendrons. »

« Comme il vous plaira. »

« Va, je te rejoins de suite. »

« Très bien. »

S'éloignant à grand pas tout en laissant le pharaon derrière lui, Shada quitta le couloir sombre pour retourner dans la pièce enluminée, reprenant sa place autour du banquet.

Ne pouvant s'en empêcher, il attrapa sa propre coupe de vin, faisant tournoyer le liquide rouge-sang à l'intérieur tout en l'examinant avec attention, avant de finalement reporter son regard vers les danseuses s'agitant face à lui.

Du coin de l'œil, il vit Mahad se pencher discrètement vers lui pour porter ses lèvres fines à son oreille, prononçant tout bas :

« Qu'est-il arrivé ? »

« Rien qui ne nous concerne pour l'instant. » se contenta d'indiquer le prêtre au magicien alors qu'Atem refaisait son entrée sous la clameur des convives.

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Les portes claquèrent avec discrétion mais cela ne l'empêcha pas de les entendre clairement. Ouvrant lentement les paupières, il se redressa sur le lit, son regard se dirigeant automatiquement vers la lueur scintillante de la lampe à huile que le pharaon tenait entre ses doigts.

« Pardon. Je t'ai réveillé. » chuchota ce dernier, un sourire désolé sur les lèvres.

Plissant les yeux, le garçon observa encore une bonne minute la lanterne avant de baisser la tête, ses mains venant agripper la couverture alors qu'il répondait d'une voix morne :

« Je ne dormais pas. »

Perplexe, Atem s'avança vers le lit, posa négligemment la chandelle près de celui-ci et vint s'installer sur le rebord, questionnant :

« Vraiment ? Pourquoi cela ? As-tu fait un autre cauchemar ? »

« Je n'ai pas encore fermé l'œil. » indiqua son double sur le même ton, inquiétant légèrement le souverain.

« Je suis désolé que tu n'aies pas pu dîner avec nous. Crois-moi, c'était pourtant mon souhait le plus cher, mais si nos invités t'avaient vu, ils se seraient poser des questions. Notre ressemblance est beaucoup trop flagrante. »

« Je ne m'en fais pas pour ça. Je comprends très bien. » continua Heba sans entrain, ses pupilles améthyste maintenant attirées vers la fenêtre, scrutant les nuages gris cachant malicieusement la lune.

« Tu es sûr que ça va… ? Enfin… il est tard, nous devrions plutôt dormir. »

Prononçant ses mots, le jeune roi se leva, faisant le tour du lit pour s'installer sur la couche libre, s'enfouissant sous la fine couverture de soie et posant sa tête sur l'oreiller. Mais l'adolescent à ses côtés restait obstinément prostré, ne faisant pas le moindre mouvement.

« Heba… » appela le pharaon en se mordant la lèvre inférieure, cette fois sincèrement troublé.

« Je me demandais… » déclara soudainement son partenaire de jeu.

« Oui ? »

« Qu'adviendra-t-il ensuite ? »

« Comment ça ? »

Reprenant une position assise pour faire face au garçon, le souverain pencha la tête sur le côté, intrigué.

« Comme vous l'avez fait remarquer autrefois, je suis bien plus conscient de ce qui m'entoure qu'on pourrait le croire aux premiers abords. Je sais très bien ce qui se passe avec le royaume de Kerma… je sais qu'une guerre se prépare. »

« Tu ne devrais pas te préoccuper de telles choses… » voulut le rassurer le jeune roi en prenant une des mains de son double entre les siennes.

« Mais cela me préoccupe justement ! » s'écria en retour Heba avec autorité, s'éloignant brusquement de son alter ego.

Ses yeux se voilant de tristesse, Atem se recula un peu, couvrant son visage entre ses doigts en soufflant.

« J'étais là… »

« Quoi ? »

Fronçant les sourcils, il reporta son attention sur l'adolescent, ce dernier murmurant faiblement :

« J'étais là… J'ai tout vus… »

« Qu'est-ce que- »

« Le procès du millénium… »

Les yeux révulsés d'horreur, Atem sortit du lit avec précipitation, se mettant à trembler fébrilement. Se tournant subitement vers le garçon toujours amorphe, il hurla, hors de lui :

« JE T'AVAIS DIT DE RESTER ICI ! »

Le souffle court, il attendit patiemment que son double lui présente une quelconque excuse. Mais ne recevant qu'un silence en guise de réponse, il s'agita d'autant plus, parcourant la chambre de long en large avant de finalement sortir, se postant contre le rebord du balcon pour reprendre calmement ses esprits.

Enserrant sa cape autour de ses épaules pour lutter contre l'air particulièrement frais de cette nuit, il se retourna à nouveau quand il sentit une présence derrière lui, et plongea son regard pourpre dans celui de son partenaire de jeu.

« Je n'avais pas l'intention de désobéir… j'ignore si vous êtes en colère contre moi parce que j'ai vu quelque chose que je n'aurais pas dû ou si vous êtes simplement effrayé à l'idée que je puisse avoir peur de vous… mais s'il s'agit de la deuxième option, sachez que je ne me serais pas autant rapproché de vous si cela avait été le cas… » relata platement l'adolescent, continuant de fixer son alter ego sans faillir.

« Je n'ai toujours pas entendu d'excuse… » se contenta de dire le pharaon, froidement.

« J-Je vous prie de me pardonner… M-Majesté… »

Restant immobile quelques secondes, le souverain finit par soupirer avec fatigue, se frottant les yeux de ses doigts en s'adossant contre le rebord glacé.

« Ne m'appelle pas comme ça… s'il te plait… »

Se rapprochant de son "autre moi", Heba tritura nerveusement les pans de sa tunique, ajoutant tout bas :

« Atem… à quoi ressemble une bataille où les objets du millénium sont impliqués ? »

Abandonnant toute tentative de mensonge, le jeune roi se laissa glisser jusqu'au sol et divulgua de ses lèvres tremblantes :

« Un massacre… ? »

Sous le raidissement de son double, il inspira un grand coup, débitant un peu perdu :

« À quoi ressemble une bataille quand un des deux camps est avantagé par l'utilisation de la magie ? Quand il peut prévoir toute attaque à l'avance ? Quand il peut faire s'écrouler toute une armée simplement en annihilant l'esprit des soldats ? Quand il peut invoquer des monstres du Royaume des Ombres si puissants qu'ils pourraient détruire l'ennemi d'un seul souffle destructeur ? »

Il attendit, encore une fois, la moindre intervention du garçon, mais reprit sur sa lancée lorsque ce dernier continua de se murer dans le silence.

« Ce n'est pas ce que je cherche à accomplir pourtant… Je ne veux pas être l'instigateur d'une telle chose… Et en même temps, je ne peux pas rester les bras croisés quand un autre royaume tente de s'en prendre à ma vie. Il n'y a jamais de bonne solution, jamais de juste compromis qui ne se termine pas dans le sang. C'est un jeu de logique et de réflexion : si mon adversaire me porte un coup, alors je me dois de faire de même. Non, je me dois d'être bien plus drastique, afin de bien lui faire comprendre que je suis plus fort que lui. »

« Comme votre père dans le passé ? »

Sursautant, Atem releva les yeux vers l'adolescent, l'observant avec tristesse une minute avant de baisser la tête, honteux.

« Je n'étais qu'un bébé à cette époque, mais j'ai maintes fois entendu mes parents en discuter par la suite. Cette guerre que le Pharaon Aknamkanon a miraculeusement remportée alors que l'ennemi l'acculé aux portes même de son royaume. Et l'Égypte… La grande Égypte qui finit par terroriser jusqu'aux marchands phéniciens à cause de cette histoire sanglante… »

« Je ne suis pas mon père ! »

Criant ces mots tout en se relevant subitement, le pharaon écarta les bras de part et d'autre de son corps, affolé.

« C'est ce que je veux éviter justement ! Je ne veux pas d'une nouvelle guerre ! Et si jamais celle-ci se révélait être inévitable, je ne veux pas faire appel aux objets du millénium pour la gagner ! »

« Menteur… »

« Qu-? »

Surprit, le souverain fronça de nouveau les sourcils, ne comprenant pas. Tiquant, Heba fit face à son alter ego, semblant passablement agacé.

« Vous jouez avec l'ennemi ! Vous vous imprégnez de ce monstrueux passé, et du haut de votre trône, sans faire quoique ce soit, vous défiez celui-ci d'oser vous attaquer ! Bien sûr que c'est un jeu de réflexion ! À celui qui prendra le plus de risque, et ce, alors même que vous savez que vous êtes le seul qui puissiez l'emporter ! »

Pinçant ses lèvres, le jeune roi rentra brusquement à l'intérieur de ses appartements, se stoppant au milieu de la salle de jeu lorsque son partenaire de jeu reprit.

« Je veux bien croire que vous voulez éviter une nouvelle guerre de se produire, mais de la même manière que vous avez joué avec les nerfs de ces deux assassins ce jour-là, vous jouez avec ceux de la reine Katimala aujourd'hui ! Vous rassemblez vos troupes, mais vous ne vous dirigez pas vers Kerma. Non, vous vous arrêtez simplement à la frontière entre les deux pays et vous attendez le prochain coup de votre adversaire ! »

« Co-Comment ?! » balbutia le pharaon, abasourdi.

« Je n'ai pas besoin d'espionner les réunions du Conseil pour savoir comment vous agissez. Vous jouez avec moi de la même manière ! La meilleure stratégie, c'est celle du piège ! »

Laissant échapper un rire amer, Atem entra dans le hall, et s'asseyant sur l'une des chaises entourant la table en ivoire, il patienta jusqu'à ce que le garçon le rejoigne, avouant sans plus aucunes arrière-pensées.

« Tu as raison… Et j'imagine que c'est une façon très déloyale de jouer… Mais en tant que roi d'Égypte, je ne peux pas me permettre la moindre erreur. »

« Vous n'avez pas besoin d'être un roi effrayant pour bien gouverner. Ne pas menacer vos ennemis n'est pas un signe de faiblesse. Au contraire, il n'y a pas plus sage que celui qui maintient la paix sans jamais guerroyer. »

« Heba… Il n'y pas plus sage que toi qui n'est même pas roi… »

Gloussant légèrement, la tension retombant tout doucement, Heba força le souverain à se relever et l'entourant de ses bras, il murmura contre son oreille.

« Reposez-vous sur moi dans ce genre de moment. Laissez-moi vous aider à supporter votre souffrance comme vous m'aidez à supporter la mienne. »

« Tu ne sais pas ce que tu racontes… » décréta Atem en resserrant son emprise sur l'adolescent. « Tu m'aides déjà tellement. Sans toi, j'aurais depuis longtemps céder aux ténèbres de mon âme. »

« Dans ce cas… » énonça son double en se dégageant un peu pour venir coller son front contre celui du pharaon, fermant les paupières. « Je vous tiendrais la main chaque fois que les ombres chercheront à vous engloutir. Il vous suffira d'appeler mon nom… »

« Ne doute pas une seule seconde que je le ferais. »