Explication du Chapitre:

-Oui, à l'époque d'Atem (-1000 av J.C. environs, d'après l'auteur), en Israël, régnait le célèbre roi David. :)


Noirceur tueuse submergeant ce monde innocent, balayant de son chemin les cadavres d'hommes maintenant sans nom, simples âmes trop rapidement fauchées dans cette guerre de damnés. Dans une quête de vengeance ridicule, n'apportant que souffrance absurde, ils ont été l'espoir qui, engloutit, a apporter la lumière infinie. À présent, imperceptibles lueurs au sein des ténèbres, ils tentent désespérément de s'échapper de ces abysses maudits, leurs cœurs rongés par la haine pour ce qui durera une éternité…

Délicieux plaisirs de conquête, ayant gravi les échelons de la torture, et l'amour qui jamais ne perdure, corrompu par ce qui n'est plus qu'un immense vide, la clémence et la compassion n'existant pas plus que l'indulgence.

Ils sont de ceux des condamnés. Brigands sacrifiés au nom de la paix, jugés coupables sans avoir fait l'objet d'un procès, assassinés par ce roi sans merci, prétendant être ignorant tandis que dans l'ombre se créer le ressentiment d'une vie.

Enfant hanté par les fantômes de son passé, se perd à la frontière entre mensonge et vérité. Et alors que grandit ce désir d'effusion de sang qui le libérera de ces entraves, dans la mort s'embrase, ce vœu de destruction.

Ouvrant les paupières avec lenteur, Heba cligna des yeux plusieurs fois de suite pour chasser les restes de sommeil.

Ces cauchemars, faisant maintenant partie intégrante de ses nuits, semblaient ne plus l'atteindre autant qu'avant, lui offrant des réveils beaucoup plus calmes. Et bien qu'il souffrait toujours autant de leurs contenus, il était soulagé de ne plus perturber les nuits du pharaon, lui permettant ainsi de dormir tout du long sans interruption.

Le soleil se levait à peine à l'horizon, émergeant discrètement entre les dunes de sable tandis que déjà la chaleur de ses rayons venait réchauffer les murs de pierre glacés du palais. Un ciel bleu immense s'étendait au-dessus de celui-ci, dans une couleur azur semblable à celle de la mer Égée ; sans nuages, sa clarté éblouissait quiconque relever le regard vers lui.

Un ronronnement résonna près du garçon, et le reconnaissant d'instinct, ce dernier tourna la tête vers sa droite, souriant au félin posté contre son épaule, la frottant énergiquement du bout de son museau dans le but évident de le réveiller pour de bon. Se relevant en une position assise, il attrapa le demi-dieu entre ses bras, le caressant délicatement tout en regardant autour de lui avec perplexité.

Ce n'est pourtant que l'aube…

Dubitatif, l'adolescent sortit du lit pour marcher dans les appartements du jeune roi, inspectant chaque pièce avec minutie dans l'espoir de découvrir un indice qui lui indiquerait où s'était rendu le souverain de si bonne heure.

Relâchant légèrement son emprise sur le chat, il fit la moue, ouvrant la bouche pour poser une question qu'il savait allait être sans réponse.

« Et toi, Sekhmet, est-ce que tu saurais où se trouve Atem ? »

Assez curieusement toutefois, le félin s'agita entre les bras de l'adolescent à cette demande, s'en échappant brusquement pour atterrir avec agilité sur le sol, et traversant avec une vitesse inouïe les portes d'entrées entrouvertes pour s'enfuir dans les couloirs du palace.

« Ah ! Sekhmet ! Revient ! »

Courant à sa suite, Heba dévala les marches de l'escalier du premier étage, poursuivant l'animal dans un dédale d'antichambres qu'il n'avait pas le souvenir d'avoir déjà visités, peinant à suivre son compagnon à quatre pattes et bousculant plusieurs personnes sur son passage, s'arrêtant tout juste quelques secondes pour s'excuser proprement avant de repartir à toute vitesse sous leurs regards ébahis.

« Mais où est-ce que tu vas comme ça ?! »

À bout de souffle, le garçon ralenti son pas, hésitant un moment alors qu'il longeait une large allée sombre, discernant, bien qu'avec mal, les bustes de dizaines de pharaons qui la bordaient de chaque côté des murs.

Bientôt, cependant, un halo de lumière se déploya à l'autre bout de cette dernière, et ses pupilles se re-concentrèrent sur la silhouette de la boule de poils qui y entra de manière assurée.

Inspirant à pleins poumons, l'adolescent franchit également le passage qui menait apparemment vers l'extérieur, plissant les yeux sous l'éclat intense de l'aurore qui rosait l'espace céleste, posant une main au-dessus ceux-ci le temps d'y être complètement habitué.

Le paysage devant lui se dessina avec plus de netteté et un sourire étira inconsciemment ses lèvres tandis que l'émerveillement le figeait sur place. Là, face à lui, s'étendait un gigantesque jardin de plantes et de fleurs aux dizaines de couleurs chatoyantes, reposant par-dessus un parterre de granite gris aux fresques à formes géométriques colorées.

Et au centre, entouré d'obélisques gravés de hiéroglyphes anciens, se dressait un large bassin de marbre rectangulaire emplit d'une eau bleu cyan. Une fontaine d'albâtre représentant un cobra à la gueule béante prônait au beau milieu de celui-ci, des pétales de jasmin blancs flottant doucement sur la surface miroitante.

D'imposants palmiers-dattier vert impérial, bordant les murs d'enceinte, complétaient d'orner ce tableau magnifique.

Heba avança de façon fébrile dans ce paradis multicolore, dépassant les rideaux indigo noués qui délimités l'entrée, et finalement, remarqua que le demi-dieu s'était subitement stoppé au bord du bassin, s'allongeant avec paresse près d'un jeune homme à la peau basanée qui faisait tremper ses pieds avec amusement.

« Atem ! » s'écria-t-il en reconnaissant tout d'un coup le jeune roi, surpris que le chat l'ait conduit exactement là où il le souhaitait, comme s'il l'avait compris.

Se retournant soudainement, le souverain offrit un regard étonné à son double, percevant enfin la présence du chat à la fourrure grège à quelques mètres de lui, l'animal agitant de manière presque moqueuse sa queue dans les airs.

Penchant la tête, le pharaon finit par sourire avec bienveillance et leva une main pour faire signe au garçon de le rejoindre, prenant appui en arrière sur ses mains tout en observant la boule de poils se mettre lentement à somnoler.

S'approchant, Heba s'installa aux côtés de son alter ego, calant son dos contre l'un des oreillers placés négligemment contre les piliers et, relevant sa tunique crème jusqu'à ses genoux pour éviter qu'elle ne se mouille, il plongea ses pieds dans l'eau fraîche, les bracelets d'or enserrant ses chevilles brillant avec éclat sous le liquide turquoise.

« Tu m'as facilement trouvé. » indiqua Atem en ancrant son regard dans celui de son partenaire de jeu, le gratifiant d'un nouveau sourire.

« J'ai été aidé. » se contenta de déclarer l'adolescent, mystérieusement.

« Et cette nuit, tu as pu te reposer ? » demanda avec une moue inquiète le souverain, fronçant les sourcils.

Pinçant les lèvres, le garçon finit par soupirer, secouant la tête de droite à gauche avant de répondre, embarrassé :

« Oui… j'ai dormi sans interruptions… »

« Je vois… dans ce cas, tant mieux… »

Un fin silence s'imposa tandis qu'ils portaient tout deux leurs regards au loin, admirant Khépri s'élevait au-dessus de leurs têtes avec sérénité.

D'un coup, le jeune roi se releva et longea le bassin pendant quelques mètres avant de se retourner vers son double, attirant son attention.

« J'ai un service à te demander. Un énorme service… »

« Quoi donc ? » questionna Heba en levant un sourcil, intrigué.

« La nuit dernière, j'ai accepté de jouer selon tes règles. Toutefois, je crois toujours qu'il est bien plus facile de connaître les intentions de son adversaire en le poussant droit dans un piège… » déclara le pharaon, une étrange lueur scintillant dans ses pupilles pourpres.

« Je ne suis pas sûr de vous suivre. » dit l'adolescent, incertain.

« Si nous unissons nos forces. Si nous jouons à deux avec la même main, il est évident que nos stratégies combinées deviendront imbattables. Mes pièges, mais élaborés par tes soins, de telles sortes qu'ils soient inoffensifs mais tout aussi efficaces. »

« C'est-à-dire ? »

« Depuis des jours, je sais que le roi Hussein prépare quelque chose contre moi, et je commence légèrement à m'impatienter en attendant qu'il fasse un faux pas. »

« Alors vous voulez le piéger… »

« Pour qu'il se révèle en pleine lumière ! C'est exact ! »

« Et comment comptez-vous faire ça ? »

« En me laissant me faire tuer évidemment ! »

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La mise en scène semblait tout droit sortie d'un vieux conte oriental. Un ensemble de décisions prises sans qu'il n'ait donné son accord et dans lesquelles il se retrouvait embarqué malgré lui.

Mordant sa lèvre inférieure avec force, Heba se tortilla dans tous les sens, embarrassé, tandis que des servantes arrangeaient une cape indigo autour de ses épaules.

« Ça ne marchera jamais ! » s'écria-t-il avec véhémence à l'adresse du souverain posté un peu plus loin contre le lit à baldaquin.

« Ne sois pas ridicule. Comment cela pourrait-il échouer ? Il s'agit de notre jeu combiné. »

« Tout n'est pas qu'une question de jeu, Atem ! J-Je veux dire, M-Majesté… » se reprit-il en sentant le regard lourd de reproche de Seth à ses côtés.

Balayant d'un revers de la main l'autocorrection de son partenaire, le pharaon croisa les bras contre sa poitrine, tournant la tête vers le reste de ses prêtres rassemblés autour de la table en ivoire.

« Chacun de vous à bien comprit son rôle ? »

« Oui, mon Pharaon. » acquiesça avec lenteur Isis, un doux sourire sur les lèvres à l'égard du garçon dont le visage ne cessait de prendre des couleurs de plus en plus rougeoyantes.

« Tout ira bien, Votre Majesté. » ajouta Karim en s'avançant vers la porteuse du collier du millénium, posant une main contre son épaule.

« Tout n'iras pas bien ! » s'indigna de nouveau l'adolescent, plus que jamais ennuyé. « Comment est-ce que je suis censé faire tout ce que vous me demandez ?! »

« Je t'apprendrais tout ce que tu dois savoir, et Shimon sera tout le temps près de toi, donc tu n'as vraiment pas à t'inquiéter. » tenta de le rassurer le jeune roi en souriant également.

« Je ne te quitterai pas, sois-en certain. » énonça le grand vizir en s'approchant du double du souverain.

« Grand-père… » souffla ce dernier avec une voix emplit d'inquiétude, et le vieil homme fit de son mieux pour ne pas se sentir offensé alors que le reste de l'assemblée riait avec discrétion au surnom dont était maintenant affublé le conseiller.

« Je continue à penser que tout ceci est parfaitement ridicule et inutile. Qui plus est, c'est une insulte au Pharaon lui-même. » débita Seth en resserrant son emprise sur sa baguette du millénium, les traits de son visage se crispant à mesure qu'il laissait son agacement prendre le dessus sur lui-même.

« Il n'y pas meilleure solution pour découvrir les intentions cachées du roi de Mâ. »

« Mon Cher Neveu à définitivement perdu la raison, et tu n'es pas bien loin de suivre le même chemin si tu continues ainsi, Mahad ! » se mit subitement à relater Aknadin, en accord avec son fils. « La position de Pharaon est l'une des plus prestigieuses qui soit ! Que penseraient les Israélites si un imposteur s'asseyait sur le trône de David ! »

« Père… »

« Cela n'a rien à voir, mon oncle… Et vous le savez très bien ! » sermonna Atem en fronçant les sourcils, se rapprochant à son tour du garçon toujours entres les soins des servantes, presque dans une tentative de le protéger des paroles froides du grand prêtre.

« Il semble évident que nous ne pourrons pas accomplir notre plan si nous continuons à entrer en conflit de cette façon. » expliqua avec bienveillance Shada, cherchant à calmer les tensions. « Seth… tu sais aussi bien que nous tous qu'il serait totalement insensé de porter des accusions envers Son Excellence, à moins d'avoir de solides preuves… et il n'en n'est rien. Autrement dit, nous devons révéler ses manigances cachées aux yeux de tous par d'autres moyens. »

« Et si nous nous trompons ? Et si le roi Hussein est innocent de tout crime ? » demanda Seth, bien qu'il ne croyait pas lui-même en ces mots.

« Je ne me tiendrais pas devant vous avec cette idée en tête si je n'étais pas sûr de moi. » dévoila Atem, le regard confiant. Et tous les prêtres, Aknadin exclus, hochèrent la tête de manière convaincue.

« Si mon frère était là… Il serait scandalisé de ce que tu t'apprêtes à faire. » dévoila avec colère le porteur de l'œil du millénium, poussant son fils et le grand vizir à réagir d'instinct.

« Père ! »

« Aknadin ! »

« Eh bien soit… » soupira le souverain en haussant les épaules avec désinvolture. « Que je devienne une déception pour mon père qui m'observe depuis le Royaume des Morts. Si Horus et Osiris me soutiennent, alors je n'ai que faire de l'opinion des non-vivants. »

Faisant un pas en arrière, Heba ferma les yeux, un long frisson d'angoisse parcourant sa colonne vertébrale.

Quelle était cette sensation si familière qu'il ressentait à l'instant ? Cet air de défi qui planait dans la pièce, comme autrefois, lorsqu'il s'était tenu face au pharaon, profanant de ses pieds la tombe de son père… Ce visage… Ces cheveux mi-longs blancs presque gris et ses yeux lavande emplit de haine…

Qui était cet homme qu'il discernait à présent plus clairement dans son esprit ? Celui qui hantait ses rêves chaque nuit, le menant vers une vérité qu'on cherchait désespérément à effacer des mémoires.

Comme si, à nouveau, le Jeu des Ombres reprenait…