Explications du Chapitre:
-(*) Edom est l'ancien nom, hébraïque mais utilisé par d'autres civilisations, de la Mer Rouge, située à l'Est du continent Égyptien.
-Une référence à une tribu du peuple de Mâ ayant traverser pacifiquement les terres égyptiennes pour s'installer près de la ville de Per Bastet est faîtes dans ce chapitre. Cet évènement s'est réellement passé, toutefois les dates historiques ne correspondent sûrement pas à celles de ma fiction. :)
-Anhour est la déesse de la guerre dans la mythologie égyptienne. Quant à Anubis, il est le gardien des portes du royaume des morts. Recevoir sa protection signifie ne pas se faire tuer au combat.
« Redresse la tête. C'est ça, comme cela. Et marche un peu plus lentement, n'oublie pas que tout ce que tu foule de tes pieds t'appartient. »
« Ça ne risque pas d'être vrai… »
« Cesse de grommeler de la sorte et concentre-toi un peu ! »
Poussant un soupir de fatigue, Heba renvoya un regard agacé au grand vizir qui venait de lui adresser la parole et s'arrêta brusquement dans son élan, s'adossant nonchalamment au chambranle des larges portes dorées avant de croiser les bras sur sa poitrine, faisant la moue.
« J'en ai assez ! Je refuse de continuer cette comédie plus longtemps ! »
« Eh bien, le voilà le ton qui sied à ton rang ! »
Le garçon s'irrita un peu plus à la remarque du gardien sacré tandis que le souverain à ses côtés esquissait un léger sourire, presque comme en accord avec son cousin.
Décidément, ils se liguent tous contre moi… pensa-t-il en mordant l'intérieur de sa joue, contrarié.
« Il suffit, Seth. Laisse-le donc en paix. Shimon, pourquoi ne pas faire une pause ? »
« Comme il vous plaira, Ô Pharaon. »
Tout en observant le vieil homme s'installait sur une des chaises de la table du Conseil et savourait une gorgée d'une infusion de Karkadeh, l'adolescent se tourna à demi vers le jeune roi et son prêtre, pinçant ses lèvres d'anticipation.
« Qu'arrivera-t-il une fois que Son Altesse sera découverte ? »
« Si cela te concernait, il y a longtemps que tu aurais été informé ! » répliqua le porteur de la baguette du millénium avec condescendance.
« Non… » sermonna Atem en posant une main sur l'épaule de son aîné. « Puisqu'il est le complice de nos actions prochaines, j'estime qu'il a le droit de savoir. De toute manière, ce n'est pas comme si je pouvais lui cacher quoique ce soit… » précisa-t-il en offrant un sourire de connivence à son double qui s'empressa de sourire avec douceur en retour.
Puis, se décalant du mur contre lequel il était adossé, celui-ci s'avança vers le centre de la pièce, attentif.
« J'ignore encore quels sont les motifs, ou même l'implication du roi de Mâ… »
« Il y a plus d'une raison pour vouloir attenter à la vie d'un autre monarque. » indiqua simplement le conseiller alors que Seth se joignait à lui autour de la table.
« Mais Hussein n'a pas assez de courage pour commettre un coup d'état ou quoi que ce soit d'autre contre un royaume aussi grand et puissant que l'Égypte. » continua ce dernier, balayant l'air de sa main avec désinvolture.
« Cela signifie qu'il cherche à m'atteindre soit pour un motif personnel, une quelconque offense que moi ou mon père aurions commise à son égard… » expliqua dans un premier temps le pharaon avant de se faire subitement coupé par l'ancien porteur de la clé du millénium.
« Ce qui n'est jamais arriver. » commenta-t-il, sûr de lui, sa voix légèrement perçante prouvant son mécontentement face à de telles accusations.
« Soit que quelqu'un d'autre tire les ficelles avec l'intention évidente de se servir du roi Hussein comme d'un pion, voire comme d'un bouc émissaire. » reprit le souverain, plus sérieusement.
« L'ennemi de mon ennemi est mon allié… » murmura dans un souffle l'adolescent, s'attirant le regard surprit du prêtre et du conseiller.
« Te voilà devenu grand stratège, à présent !? » questionna avec moquerie le porteur de la baguette, relevant un sourcil.
« Tu ne crois pas si bien dire ! » déclara le jeune roi avec aplomb. « Heba n'a vraiment rien à envier au Général Neheb, soyez-en certain ! »
« Ne le prends pas mal, Cher Cousin, mais tu ne penses pas que tu le places sur un trop haut piédestal ? »
« Tu ne devrais pas tant le sous-estimer, Seth. » relata Atem, amusé, s'empêchant à peine de rire aux éclats alors qu'il prenait appui sur le dossier de la chaise qui lui été réservait autour de la table du Conseil. « J'ai pu remarquer à plusieurs reprises que son esprit est d'une rare vivacité. »
« Vraiment… ? » articula avec une lenteur exagérée le gardien sacré, pas le moins du monde impressionné par les dires du souverain.
« Eh bien, je t'en prie Heba, montre-leur de quoi tu es capable… » énonça le pharaon tout en tentant du mieux qu'il pouvait de masquer son hilarité.
« J-Je… C'est-à-dire que… »
« A-t'on vraiment le temps pour ça ? » émit Shimon, semblant ennuyé par la tournure des évènements.
Les voilà repartis pour un tour… se complaint-il mentalement, n'étant pas un admirateur de ce jeu du chat et de la souris auquel se livrait à de nombreuses reprises le pharaon et son cousin.
« Allons, Shimon, n'es-tu pas curieux ? Dis-nous donc… Ô grand stratège du village d'Aldawminu, qui aurait le plus d'intérêt à se servir de son Excellence comme d'un vulgaire pantin ? » ordonna Seth, un ricanement dédaigneux franchissant ses lèvres.
« C-Ce n'est pas que je connaisse qu-quoi que ce soit à la politique… » balbutia avec hésitation le garçon, intimidé.
« Ça, je n'en doute pas… » soupira le vieil homme, désabusé.
« M-Mais vu la situation actuelle du pays… la-la seule à qui profiterai un tel acte serait la reine Katimala… »
Surprenant le prêtre et le conseiller par sa logique implacable, qui se penchèrent en avant pour écouter un peu plus attentivement, Heba continua sa tirade :
« J-J'imagine qu'une alliance temporaire entre Mâ et Kerma permettrait d'affaiblir les troupes du Pharaon… E-Et s'ils arrivaient à leurs fins, se partager l'Égypte en deux ne serait pas bien compliquer. Après tout, les Nubiens cherchent à nous envahir depuis des siècles, et les Mâchaouach n'ont jamais cachés leur désires d'agrandir leur contrée par l'invasion de terres ennemies. »
S'esclaffant soudainement d'un rire cristallin, Atem s'écroula sur son trône, ravi par le visage qu'abordaient maintenant le grand vizir et le porteur de la baguette du millénium, complètement interloqués, leurs pupilles observant de manière absente son double.
« C'est un véritable puits de connaissances, n'est-ce pas Shimon ? »
« Sans aucun doute, Votre Majesté… » admit le vieil homme, toujours interdit.
« Je vous l'avais bien dit. Sachant cela, il n'y a plus rien d'étonnant à ce que j'ai tant de mal à gagner lorsque je joue contre lui. »
« Ça n'a rien de facile pour moi non plus… ! » dévoila Heba, offrant un sourire timide au souverain qui le lui rendit immédiatement, répondant avec dérision :
« J'espère bien, sinon cela ne serait plus aussi distrayant ! »
Fermant les yeux une seconde, le grand prêtre sacré souffla et, secouant la tête de droite à gauche comme en signe de défaite, se releva prestement avant de poser à son tour une main sur l'épaule de l'adolescent qui sursauta brusquement à ce geste.
« Reprenons ton apprentissage. Je ne voudrais pas qu'il t'arrive quelque chose parce que je ne t'aurais pas assez bien enseigné comment agir. Moi vivant, je ne salirai pas mon nom d'une telle faute. »
Partageant un tendre sourire avec son conseiller, Atem hocha la tête avec bienveillance à l'adresse de son partenaire de jeu, laissant celui-ci aux mains expertes de son cousin.
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Une pluie d'étoiles voletait à travers les cieux, parcourant des milliers de kilomètres pour allait finalement s'écraser quelque part au fin fond des dunes de sable ou des oasis au eaux profondes, laissant derrière elle des traînées de poussière scintillantes, gris argent sur un fond bleu marine infini.
Atem observait cette vue étoilée sans vraiment la voir, à moitié plongé dans ses pensées. Il y avait trop choses à prendre compte, trop de risques à calculer, pour pouvoir correctement s'extasier devant le miracle des puissances divines s'affrontant l'une contre l'autre.
Poussant un soupir, il se laissa tomber sur les marches du palais, portant un regard fatigué sur l'ensemble de la cour vide à cette heure. Tout le monde profitait du spectacle dans les jardins royaux, festoyant tout en écoutant les conteurs déblatéraient leurs inepties fantaisistes.
Il n'avait aucune envie de participer à ces idioties. Il était un Dieu parmi les Hommes et un Homme parmi les Dieux, ses préoccupations comme ses intérêts différés du reste du commun des mortels. Pour lui, pharaon à la tête d'un pays plus vaste encore que la mer d'Édom (*), chaque jour était un combat. Bien plus encore lorsque l'on était un jeune homme d'à peine seize ans.
« Atem. »
La voix qui résonna derrière lui était à la fois douce et ferme, une pointe d'inquiètude la faisant vibrer dans les aigüe.
Se retournant lentement, le souverain sourit à la jeune femme se tenant à présent face à lui, ses courbes fines cachant la silhouette timide de Mana, celle-ci s'agrippant aux pans de la robe de la prêtresse telle une enfant apeurée.
« Isis. »
« Tu ne veux pas nous rejoindre ? » murmura la magicienne, faisant preuve d'une rare retenue.
« Malheureusement, je connais tous ces vieux contes par cœur. Ça ne m'intéresse pas de les entendre à nouveau. Et je peux tout aussi bien admirer les cieux d'ici. »
« Même s'il semble que vous n'ayez aucun intérêt pour ceux-ci ? »
Surplombant le jeune roi de son ombre invisible en cette heure tardive, Isis délaissa la fillette, préférant relever les yeux vers la pluie d'étoiles filantes, les mains jointes tout contre sa poitrine.
« Il est parfois bon de faire le vide dans son esprit, de ne plus penser à rien… »
« Je suivrais ce conseil une fois que tous nos problèmes auront trouvés leurs résolutions. »
« Il y aura toujours un conflit à régler, un complot à déjouer… » précisa la jeune femme en fermant les paupières. « Il sera impossible de continuer à le faire si vous vous épuisez à la tâche. »
« Isis à raison ! Viens t'amuser avec nous ! » s'écria la petite prêtresse en devenir, soudain plus enjouée.
« Nous avons des invités, Mana ! Je ne saurais être aussi indiscipliné que je le suis habituellement… » répliqua le pharaon, ennuyé.
« Contentez-vous d'apprécier le spectacle comme vous l'auriez fait si vous aviez été seul. » émit la porteuse du collier du millénium, souriant tendrement au souverain qui se releva, époussetant ses vêtements tout en répondant :
« Je veux bien essayer. »
Puis s'arrêtant brusquement dans son élan alors qu'il rejoignait la magicienne toujours immobile près de l'entrée du palace, il s'écria avec enthousiasme :
« C'est ça ! »
« Mon Pharaon ? » lança Isis avec étonnement.
« Je sais comment forcer la main d'Hussein ! »
« Vous voulez dire, pour le pousser à vous attaquer ? »
« Oui. Et je vais avoir besoin de toi, Mana… »
« De moi ? »
Partageant un regard surprit, la prêtresse et la jeune fille retournèrent celui-ci vers le souverain, comme cherchant à lire en lui.
Un sourire sombre étirant ses lèvres, Atem semblait à nouveau perdu dans ses pensées, le pharaon cédant la place au roi des jeux, sa stratégie déjà au point dans son esprit.
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« Il aurait été malvenu de notre part de ne pas vous souhaiter un bon retour parmi votre patrie sans un grand festin. »
« Votre Grandeur, je suis honoré… »
Courbant à peine la tête en signe de reconnaissance, Hussein salua le jeune roi lui faisant face, installé confortablement sur son trône.
« L'Égypte se targue de son sens de l'hospitalité. Je commettrais un affront envers mon pays si je ne respectais pas ses traditions. » répondit Atem, amusé. « Aussi, j'ai également fait préparer des Jeux pour nous divertir et nous ouvrir l'appétit. »
« Majesté, vous êtes trop bon. »
« Ne soyez pas ridicule. C'est la moindre des choses que je puisse faire pour remercier notre allié Mâchaouach. Vous avez fait un long trajet pour venir nous voir, et tout ça pour une simple visite diplomatique. »
« Ma foi… Si vous insistez tant… J'ai hâte d'admirer vos efforts. »
« Et j'ai hâte de vous impressionner par ceux-ci, Altesse. »
« Nous verrons cela. »
Terminant sa phrase d'un petit rire, Hussein se courba une nouvelle fois et prit congé, retournant vers les appartements lui étant attribués.
Quelque chose l'interpella toutefois et il se stoppa au beau milieu du couloir, tendant l'oreille alors que deux hommes approchaient.
« Les garnisons sont-elles installées ? » demanda le plus grand des deux, un plastron de cuir recouvrant sa courte tunique grenat et son caftan sertit de filaments d'or.
« Oui, mon Général. » affirma le second homme, une armure de bronze accrochée à la poitrine.
« Bien. Sont-elles informées de la situation ? »
« Oui. Dès que sa Majesté en donnera l'ordre, les troupes assiègeront la ville. »
« C'est excellent. Faites-en sorte que le messager se tienne prêt. »
« Oui, Général Neheb ! »
« Per Bastet sera bientôt débarrassée de ses envahisseurs… »
D'un signe vif de la main, Hussein invita ses courtisans à reprendre la marche, pressant le pas pour ne pas croiser les deux soldats qui commençaient lentement à les atteindre.
Plissant les yeux, le roi de Mâ se tourna quelque peu dans leur direction, les observant discrètement tout en continuant à s'éloigner, une colère sourde déformant les traits de son visage.
« Votre Excellence… » murmura l'un des suivants du monarque avec une certaine nervosité. « Per Bastet n'est-il pas le nom de la cité où s'est installée la Tribu de l'Ouest ? »
« Si ! Elle a franchi pacifiquement les Terres Égyptiennes ! Comment ce gamin ose-t-il s'attaquer au peuple Mâchaouach ?! » répliqua avec rage le roi de Mâ, furieux. « Il va me le payer ! Salem, commence les préparatifs ! »
« Oui, Altesse. »
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« Bien, je crois que tu es fin prêt, maintenant. »
Se décalant de quelques pas en arrière, le pharaon admira son double d'un air satisfait.
Habillé d'une tunique couleur vanille, un Shendyt bleu cobalt enserrant sa taille et une cape indigo recouvrant ses épaules, Heba se tourna avec lenteur vers le miroir à sa droite, observant son reflet et celui du pharaon vêtus des mêmes vêtements que lui.
N'était-ce pas là une farce des Dieux ? Si cela ne faisait pas plusieurs semaines qu'il côtoyait le souverain, il croirait à un mauvais rêve.
Bien sûr, la ressemblance qu'ils partageaient l'avait frappé à la seconde où ils s'étaient rencontrés. Et, le temps passant, il avait fini par s'y habituer.
Mais aujourd'hui, habillés de manière exacte comme ils l'étaient, cette ressemblance venait à nouveau le perturber.
Qu'elle était donc la raison d'un tel miracle? Comment deux êtres aussi différents pouvaient-ils partager le même visage et les mêmes passions ?
Les fils du destin s'étaient entremêlés. Tant et si bien, qu'à présent, les rôles s'inversaient.
« Par Osiris, si je ne vous connaissais pas depuis votre naissance, je penserais facilement qu'il s'agit de votre frère jumeau. »
Débitant ces paroles, Mahad s'avança vers les deux jeunes hommes, ajoutant son reflet aux autres dans la glace.
« Il y a de quoi s'interroger, en effet. » énonça Shada, tout aussi choqué que le magicien.
« Comme si le Pharaon s'était réincarné une nouvelle fois dans le monde des Hommes… »
Tournant la tête d'un mouvement vif vers le porteur de la balance du millénium, Heba médita sur ses paroles, comme si elles n'étaient pas totalement dénuées de sens…
Deux vies pour un même destin. lui chuchota une petite voix au fond de son esprit, et il se secoua avec force pour la faire taire.
« Il manque une dernière chose. » déclara Atem en attrapant les épaules de son partenaire de jeu pour le retourner vers lui.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda le garçon, perplexe.
« Ceci. » dévoila le jeune roi en attrapant le puzzle du millénium pendant à son cou pour le tendre à l'adolescent.
« Mais je ne peux pas porter ça, enfin ! » s'exclama ce dernier, paniqué.
« Tu n'as pas le choix. » intervint Mahad avant que son souverain n'est à le faire.
Examinant l'objet avec attention, Heba le récupéra entre ses mains avec délicatesse pour le porter à son propre cou, un brin anxieux.
« C-Comme ceci ? » balbutia-t-il, inquiet.
« Oui. Ne t'en fais pas autant, tout ira bien. » releta Atem en souriant doucement pour rassurer le garçon. « Je te fais confiance, Heba. Je sais que tu en prendras soin… »
« Souviens-toi que nul n'avait porté cet item avant le Pharaon Atem et son père. Tu dois le chérir au prix de ta vie. »
« Mahad ! » s'écria le jeune roi en fronçant les sourcils, se retournant brusquement vers son prêtre et fidèle ami.
« Ne me dîtes pas que vous ne feriez pas la même chose ? » ajouta Karim, un sourire taquin étirant les coins de sa bouche.
Se renfrognant légèrement, comme si on lui avait rappelé un vieux souvenir désagréable, le souverain haussa les épaules avec désinvolture, annonçant nonchalamment :
« C'est ma responsabilité, pas la sienne. »
« Eh bien, il semble que cela va très bientôt le devenir… » se contenta de répondre le porteur de la clé du millénium en s'approchant à son tour. « N'est-ce pas, Pharaon Atem ? » lança-t-il à l'adresse de l'adolescent qui releva soudainement les yeux vers son alter ego, interdit.
« Te voilà devenu Roi d'Égypte, Heba. » conclua le souverain en ancrant ses pupilles pourpre dans celles de son double, une détermination sans faille les habitant.
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Poussière ambrée se faufilant dans l'air à travers le souffle du vent, le sable chaud semblait frémir au rythme de la tension qui grimpait. Une foule à sa droite et sa gauche avait envahi la cour du palace, le peuple de Khemet s'étant rassemblé en large comité pour les Grands Jeux.
Le trône royal se dressait de toute sa splendeur au-dessus des marches où s'était agglutinés tous les courtisans du palais, un voile de satin l'entourant élégamment ; Juste assez fin pour observer les Jeux, et juste assez épais pour que personne ne puisse émettre de doute en l'examinant d'un peu trop près.
Si personne ne cherche à saluer Atem. pensa le garçon en fermant les yeux, empêchant un soupir de franchir ses lèvres.
Il n'avait vraiment pas le droit à l'erreur. Il était le pharaon Atem, ou tout du moins, il devait être assez convainquant pour le faire croire.
Se tournant vers le vizir se tenant debout tout près de lui, Heba hocha la tête, marquant ainsi le début de l'événement.
« Bienvenu ! Bienvenu ! Aujourd'hui, en l'honneur de notre invité, Son Excellence Hussein Amaal Naji al-Ajdābī, sont organisés les Grands Jeux de Khemet ! »
Une salve d'applaudissements s'abattit autour de l'arène, faisant presque trembler le sol, et Heba se retint difficilement aux accoudoirs de son siège pour éviter d'être assommer par le bruit assourdissant venant de tous les côtés.
« Nos guerriers les plus féroces venus de toutes les contrées du pays se sont rassemblés ici en ce jour pour nous éblouir de leurs exploits ! Faîtes-leur honneur ! »
Détournant les yeux des combattants se présentant au public pour les reportaient sur le monarque installé à sa gauche, l'adolescent se mit à l'étudier avec minutie tandis que celui-ci se délectait des louanges qui étaient faites.
Ses longs cheveux châtain clair tressés brillaient avec éclat sous le soleil éblouissant de cet après-midi, prenant une étrange couleur rouge-sang. Un bandeau de cuir enserrait son front au-dessus de ses yeux bleu-verts, de multiples plumes blanches et noires accrochées maladroitement à celui-ci menaçant de s'envoler à chaque bourrasque de sable qui se levait.
Une large barbe, elle aussi tressée, se déployait sur tout le contour du bas de son visage, des perles d'ivoire et de jade la décorant ici et là.
Il était vêtu d'une fine tunique en peau d'antilope teinte et aux imprimés tribales descendant jusqu'à ses mollets, des bracelets et autres colliers de pierres précieuses complétant d'alourdir sa tenue.
Enfin, de longs tatouages noirs de jais à base de rosaces, carrés, cercles et croissants de lune recouvraient ses bras de toutes parts. Ses ongles, peignés dans une couleur orangé, donnant à l'ancien chef de guerre devenu roi une allure presque surnaturelle.
Soudain, comme sentant son regard, le roi de Mâ se tourna également vers le garçon, lui offrant un sourire sensiblement plein de mépris, que ce dernier préféra ignorer pour se re-concentrer sur le discours d'ouverture prononcé par Seth.
« Sans plus attendre, que le premier combat débute ! Fiers challenger, puisse Anhour vous prêtez sa force et Anubis vous protégez ! »
Rapidement, le calme se fit, et sous l'unique son des tambours battant, deux hommes en simple pagne blanc se firent face, se saluant respectueusement.
Shimon porta un regard en biais au "pharaon" et Heba inspira à pleins poumons, fixant ses pupilles améthyste sur l'arène avant de légèrement lever une main en l'air.
Exactement comme on l'a répété une bonne douzaine de fois ces deux derniers jours.
D'un mouvement vif, sa main s'abaissa vers le sol, tranchante, et l'assaut commença, les lames des épées se heurtant sous les acclamations bruyantes de la foule.
Se penchant discrètement au rebord de la fenêtre, au premier étage du palais, Mahad fronça les sourcils, agrippant avec fermeté son anneau du millénium.
« C'est l'heure. Êtes-vous prêt, mon roi ? » lança-t-il en ancrant son regard à celui du souverain, posté non loin.
« Que la partie commence ! » déclara Atem, un sourire extatique fendant sa bouche en deux.
