Sans fin, les appels triomphant du public résonnaient jusqu'aux lieux les plus reculés du palace. Seule preuve de l'agitation qui régnait à l'extérieur, totalement ignorant de la tempête qui était sur le point de se soulever, retentissant comme un écho lointain, ils étaient le signe que, pour l'instant, tout se dérouler comme il l'avait prévu.

Atem ferma les paupières une seconde, laissant un frisson l'envahir des pieds à la tête alors qu'il s'imprégnait de ce son tonitruant.

« Tout va bien, Majesté ? »

« Oui… Je n'avais pas participé à ce genre de réjouissances depuis longtemps. C'est une honte que je ne puisse même pas y assister. »

« Eh bien, si nous nous dépêchons, il y aura peut-être moyen que vous échangiez de place à nouveau avec l'actuel Pharaon… ? »

« Pourquoi pas… Encore faudrait-il que cet homme de main se montre. »

Plissant les yeux, le souverain se pencha légèrement en avant, se dégageant du recoin où lui, une dizaine de soldats de la garde royale et Mahad, se tenaient cachés, prêt à intervenir.

« Tu es sûre de tes informations ? »

« Oui. Il n'y aucun doute sur le fait qu'il se présentera. »

« M'assassiner à la vue de tout le monde, c'est un peu exagéré, même de la part d'Hussein. »

« Son plan est loin d'être dénué de sens. Il a su parer à l'avance chaque contrainte qu'il pourrait trouver sur son chemin. »

« Je peux me moquer de lui autant de fois qu'il me plaira, je suis forcé de reconnaître qu'il reste un fin stratège. Il n'est pas devenu chef de guerre pour rien, après tout. Toutefois, je ne suis pas du genre à sous-estimer mes adversaires, cette fois, il est tombé sur plus fort que lui ! »

Alors qu'il allait ajouter quelque chose de plus, une main se posa brusquement sur sa bouche tout en l'attirant en arrière, l'empêchant de continuer plus loin son discours. Tournant la tête sur le côté, le jeune roi observa son magicien avec curiosité, celui-ci posant un doigt sur ses lèvres pour intimer le silence avant d'indiquer les grandes portes de la salle tandis que les battants de ces dernières s'ouvraient lentement.

Deux hommes émergèrent soudain de l'ombre, se dirigeant discrètement vers la terrasse et se stoppant juste à l'entrée de celle-ci. S'installant un genou à terre, le plus vieux des deux étrangers se plaça à une certaine distance du bord et tendit la main vers son assistant sans même le regarder, concentré sur sa cible.

Assise à quelques mètres sous lui sur son trône d'or et d'argent, elle observait innocemment les Grands Jeux, ne se doutant pas une seconde du destin qui serait très prochainement le siens.

Attrapant le sac en peau de chèvre qui pendait à son épaule, le second homme le déposa sur le sol, l'ouvrant avec rapidité pour y choisir, d'une main experte, un grand arc rond en bois aux extrémités aplaties qu'il offrit à son complice.

Aussi silencieux que la mort qu'ils apportaient avec eux, les deux assassins se mouvaient en concordance avec l'autre, comme s'ils n'étaient qu'un, se connaissant depuis assez longtemps pour savoir ce dont l'un avait besoin sans avoir à prononcer la moindre parole.

Le premier homme attrapa l'arc, ainsi qu'une flèche disposée dans le carquois pendu sur son dos, et se mit à tendre la corde de deux doigts à hauteur de son œil droit, tirant avec force, dirigeant son arc avec précision.

Un bruit étouffé lui parvint au niveau de son oreille gauche, et avec un instinct presque animal, il lâcha son matériel pour se retourner d'un coup sur lui-même, serrant fermement une dague entre ses mains. Il soupira en sentant la lame d'un sabre contre sa gorge, examinant son assistant retenu par trois gardes, l'un deux ayant couvert sa bouche pour l'empêcher de prévenir son partenaire, et lâcha pour la seconde fois son arme, levant les mains en l'air en signe d'abandon.

« Fin de partie, Khnurn. » lança une voix au loin, son détenteur se rapprochant de lui sans toutefois se faire complètement voir.

« Ma réputation me précède à ce que je vois ! » s'écria l'assassin en haussant les épaules avec désinvolture, semblant amusé par la situation.

« Silence, mercenaire ! Tu vas nous dire qui sont tes commanditaires et avouer tes crimes au nom du Pharaon. » indiqua Mahad en appuyant un peu plus la lame sur la gorge de l'archer.

« Ou sinon ? » demanda Khnurn, relevant un sourcil. « Si vous êtes ici, c'est que vous savez déjà qui sont mes commanditaires. Et je ne suis qu'un mercenaire, je ne me soumets qu'à l'argent. Je n'ai que faire de l'autorité du Pharaon. »

« Alors, tu n'as que faire de mourir également, je suppose ? » questionna la voix au visage inconnu, monotone.

« Mourir ? Mais le Royaume des Morts est bien trop accueillant pour moi ! » déclara l'assassin, hilare.

« Ton cœur est aussi noir que ton âme, j'ignore s'il y a seulement quelque chose à sauver chez toi. » souffla la voix de l'ombre, semblant accablée.

« Épargnez-vous des efforts. J'ai entendu parler de vos procès du millénium. Une de mes connaissances y a fait face récemment, et étrangement, il est devenu aussi doux qu'agneau. Envolé sa haine pour le roi fantoche assis là-bas… Je ne serais pas si facilement manipulable… »

Fantoche ?!

Atem se recula d'un pas en fronçant les sourcils, déconcerté. Alors maintenant, il était un roi fantoche ?! Tout juste bon à garder le trône pour le véritable successeur ?!

« Jabare… » émit Mahad alors que son souverain grinçait des dents derrière lui, indubitablement en colère.

« Je vois que vous vous en souvenez ! » énonça Khnurn, surprit. « Vous n'êtes pas si hautain qu'il n'y parait. Enfin, je doute que ce soit le cas du petit roi. »

« De quoi ?! » aboya la voix inconnue en se rapprochant avant de se faire subitement arrêter par le prêtre, celui-ci laissant les soldats de la garde se saisir du mercenaire pour tenter de calmer le pharaon.

« Il est inutile d'avoir des états d'âme pour un mourant. »

Un mourant ? répéta mentalement le porteur de l'anneau du millénium, intrigué. Nous avons stoppé Khnurn, nous avons…

Sa réflexion prit brusquement fin comme il saisissait les derniers mots de l'assassin. Écarquillant les yeux, il observa le jeune roi, comprenant à la réaction semblable à la sienne qu'arborait maintenant le souverain, qu'ils étaient arrivés à la même conclusion.

« Un troisième homme de main ! » relata le magicien en se tournant vers l'archer.

« Trop tard. » dévoila le mercenaire, offrant un sourire macabre à ses spectateurs tout en se dégageant de l'emprise des soldats pour se laisser basculer en arrière, tombant dans le vide sans réfléchir.

« KHNURN ! » cria le second homme qui l'accompagnait, désemparé.

« Heba ! » s'écria à son tour le pharaon en se précipitant vers la sortie.

« Majesté ! » appela le prêtre en courant à sa suite, inquiet. « Atem ! »

##########

Couvrant son front de sa main, Heba se cacha du soleil éblouissant de ce début d'après-midi, commençant lentement mais surement à ne plus pouvoir supporter ce déchaînement d'agressivité. Il n'avait jamais aimé la violence, et devoir supporter ces combats, heureusement qui n'étaient pas à mort, en plus de la foule bien trop agitée pour ce genre de chose, ne lui plaisait guère.

Quelque chose lui fit bizarrement froncer les sourcils, et un long frisson d'angoisse lui traversa l'échine comme un rire sinistre résonna en lui. Il voulut se tourner pour observer derrière lui, mais se fit brusquement sermonner par le porteur de la baguette du millénium posté tout près.

« Concentre-toi un peu ! » chuchota Seth d'un ton réprobateur tout en continuant à arbitrer les affrontements en compagnie de Shada.

Un bruit sourd retentit une nouvelle fois derrière lui, et il se figea d'un coup, portant au loin un étrange regard absent.

Le cri d'une servante se fit entendre et l'assistance devint subitement silencieuse alors que débarquer Mahad au beau milieu de l'arène, le pharaon à ses côtés.

« Qu'est-ce que… » hoqueta Shimon, choqué tandis que le roi de Mâ se relevait de son siège, à la fois surpris et en colère, ses protestations n'ayant pas le temps de franchir ses lèvres que le souverain égyptien se mettait à hurler à l'autre bout de la cour.

« SHADA ! » interpella avec urgence ce dernier en pointant un doigt vers l'adolescent assis au loin, trop loin de lui.

Mais avant même que le gardien sacré n'est pu réagir, un homme encapuchonné se rapprocha du trône par-derrière, le transperçant de son épée.

« HEBA ! »

Soudain, une lumière dorée se répandit à l'endroit même où se tenait le garçon, de plus en plus aveuglante, avant de s'amenuir lentement pour dévoiler une large flaque de sang dévalant goutte à goutte les marches où se trouver auparavant la plupart des nobles du palais.

Non…

Se précipitant vers celle-ci, le pharaon et ses prêtres se stoppèrent brusquement alors que la lueur du puzzle du millénium disparaissait, Heba se tenant debout face à eux, sain et sauf, un air étonné figé sur le visage tandis que, derrière le siège royal, se dessiner les cadavres sans vie de Khnurn et du troisième homme, sa propre lame plantée dans son estomac.

« Comment est-ce possible… ? » souffla Isis, surprise, sa main venant toucher son collier de manière protectrice.

Secouant la tête pour clarifier ses pensées, le souverain attrapa l'adolescent par le bras, le ramenant d'un geste vif contre lui tandis que Karim s'accroupissait près du corps pour le découvrir.

« Son nom est Akh… J'ai entendu parler de lui… Il est surnommé le tueur fantôme, car ses cibles ne le voient jamais venir. »

Se tournant vers le roi de Mâ, le garçon toujours amorphe fermement enserré entre ses bras, le jeune roi ordonna sans hésitation à l'adresse de ses soldats.

« Arrêtez le traître et ses partisans ! »

Accourant pour se saisir du monarque et de ses courtisans, la garde royale le retint fortement alors qu'il tentait de s'en prendre au pharaon, la rage le faisant trembler de tous ses membres.

« Sale gamin ! Comment oses-tu ?! M'arrêter ? Moi, le souverain de Mâ ?! Tu le payeras ! »

« Mais j'ai preuves et témoins pour confirmer mes dires. » décréta Atem, un sourire sans joie étirant les recoins de sa bouche. « Au nom du peuple d'Égypte, je vous accuse de conspiration ! »

« Conspiration ?! De quel droit ?! J'ordonne de voir quelles preuves tu prétends détenir ! »

« Soyez sans crainte… Altesse… Vous les verraient… » indiqua le souverain avant de balancer une main en l'air en direction du palace. « Conduisez-les aux geôles! »

« Maudit ! Sois maudit Atem ! » cria Hussein, se débattant tel un démon entre les mains des gardes qui avançaient vers les prisons au sous-sol.

##########

« Est-ce que ça va… ? »

Son énième question resta toutefois une fois de plus sans réponse et le pharaon soupira de dépit en se laissant retomber sur la chaise entourant la table en ivoire de ses appartements.

Depuis plus d'une heure qu'il se trouvait là, son partenaire n'avait pas prononcé la moindre parole, comme paralysé sur son siège, face à celui du souverain.

Atem porta un regard vers le balcon, se demandant mentalement si ses prêtres avaient réussi à enfin calmer l'agitation qui avait suivi l'incident et la capture du monarque Mâchaouach.

Le fait que depuis le début des Grands Jeux, le pharaon n'était qu'une doublure, le saut dans le vide qu'avait fait le mercenaire avant de s'écraser au sol, la tentative d'assassinat, et surtout l'accusation contre Hussein… tout ceci n'avait provoqué qu'un énorme chaos qu'il avait pourtant tenté d'éviter à tout prix.

S'il n'y avait pas eu ce Akh...

Deux coups contre les portes retentirent, et Seth entra dans la pièce, se dirigeant automatiquement vers l'adolescent muet.

« Comment cela se passe-t-il, au-dehors ? »

« Shimon a fait une annonce. Il n'a pas donné de détails précis, mais je pense que ça suffira à calmer les esprits. Isis et Karim veillent à ce que tout le monde sortent du palais sans encombre. Et mon père surveille les prisonniers. »

« Bien. »

« Il n'a toujours rien dit ? » s'enquit le porteur de la baguette en examinant le garçon, préoccupé.

« Non. » déclara avec exaspération le jeune roi, à court de solution.

Se retournant vers ce dernier, Seth fronça les sourcils avec agacement, déclarant de but en blanc :

« Ce qui me surprend le plus, c'est que le puzzle du millénium l'ait protégé ! Je ne dis pas que c'est une mauvaise chose, au contraire. Mais il s'agit de l'item sacré des Pharaons. Il n'est censé réagir qu'à ton contact, alors pourquoi… ? »

« Je l'ignore, Seth… Je l'ignore sincèrement… » répondit Atem en secouant la tête de droite à gauche, perdu. « Depuis le jour où je l'ai rencontré, Heba reste le plus grand mystère qui soit. »

« Il y a une raison à toute chose. Ce n'est pas par hasard que les Dieux ont fait que vos routes se soient croisées, mais il existe trop de questions l'entourant pour qu'elles puissent toutes avoir une réponse. »

Posant délicatement une main sur sa joue, Seth s'accroupit devant l'adolescent, fronçant les sourcils avec inquiétude.

« Qui est ton protecteur divin… ? » articula-t-il dans un souffle.

« Hassan… » annonça subitement celui-ci, surprenant le pharaon et son cousin.

« Heba ! » lança le souverain avec soulagement en se relevant pour se diriger vers son double.

Clignant plusieurs fois des yeux, comme sortant d'un profond sommeil, Heba se redressa sur sa chaise, légèrement confus.

«Qu'est-ce que tu viens de dire… ? » questionna Seth en se remettant debout, intrigué.

« … »

« Tu as dit qu'Hassan t'avait protégé ! D'où connais-tu ce nom !? »

« Ne sois pas aussi brusque ! » sermonna le jeune roi en se tournant vers son cousin.

« Hassan me l'a dit. » se contenta d'indiquer le garçon, ne se formalisant pas du ton du prêtre auquel il était maintenant parfaitement habitué.

« Hassan est mort… » décréta Atem, semblant aussi confus que son partenaire de jeu. « Il est mort en me protégeant de cet homme dont je t'ai parlé il y a un moment. Celui qui cherchait à se venger de mon père. »

« Tu lui as raconté cette histoire ?! » demanda le gardien sacré, outré.

« Ce n'est pas si grave, Seth. » débita le pharaon, balayant l'air de sa main tout en restant concentrer sur son double.

« Je trouve que si, au contraire ! » rétorqua Seth, agacé.

Levant les yeux au ciel, Atem soupira à nouveau, et se relevant à son tour, croisa les bras sur sa poitrine en énonçant avec calme.

« Que veux-tu y faire, à présent ? »

Observant le souverain d'un regard en biais, Seth souffla et les deux cousins se tournèrent d'un même mouvement vers l'adolescent.

« Tu es sûr de ce que tu racontes ? » demanda le prêtre, voulant être certain.

« Oui. » divulgua Heba, catégorique, en attrapant le puzzle entre ses mains pour le retirer de son cou. « Hassan m'a protégé. »

« Alors, tu es aussi digne que moi de le porter. » dévoila le jeune roi, souriant avec douceur tout en posant ses mains sur celles de son double pour tenir lui aussi l'item sacré.

##########

Les flammes des torches disposées aux quatre coins des murs vacillaient légèrement sous les courants d'air qui traversaient le couloir de la prison.

S'adossant nonchalamment au chambranle de la cellule, Atem pencha la tête sur le côté, ses pupilles pourpre fixés sur le dernier assassin encore en vie qui se tenait à genoux face aux membres de la cour du roi de Mâ, le corps parcourut de spasmes dus à la froideur des lieux.

« Désigne-moi l'homme qui a commandité mon assassinat. » ordonna d'une voix calme le pharaon à l'adresse du mercenaire.

« … »

« Ton complice l'a dit lui-même, la loyauté n'était pas son fort du moment que sa bourse était pleine, alors crache le morceau. » continua-t-il, impassible.

« Je ne dirais rien. Vous avez tué mon frère ! » s'exclama finalement avec colère l'assistant, offrant un regard noir au souverain.

Croisant les bras sur sa poitrine, le jeune roi plissa les yeux et se redressa pour venir s'accroupir face à l'assassin, attrapant son menton entre ses doigts avant de rétorquer :

« Ton frère s'est tué lui-même en te laissant derrière lui. Il ne mérite pas ton dévouement. »

« … »

Ne recevant toujours qu'un silence en réponse à ses questions, Atem se releva pour se diriger vers la sortie, indiquant une dernière fois :

« Tu tiens sincèrement à payer pour ses crimes ? Tu veux être celui qui passera devant Osiris en ayant ses péchés comptés comme les tiens ? » lança-t-il en levant une main en l'air, signifiant aux gardes qu'il en avait terminé et qu'ils pouvaient ramener l'homme dans sa cellule. « Très bien… Libre à toi de faire ce choix. »

Semblant réfléchir un moment, le mercenaire se débattu d'un coup entre les bras des soldats, s'écriant avec précipitation :

« Attendez ! Attendez ! »

Relevant une nouvelle main en l'air, le jeune roi stoppa la course des gardes, faisant face au prisonnier pour demander encore une fois :

« Alors ? »

« C'est cet homme-là… » désigna l'assistant en pointant de ses mains menottées un noble aux cheveux mi-longs noir et aux yeux bleus pâle.

« Le Grand Intendant Salem… ? » déclara avec étonnement Karim, jusque-là resté silencieux aux côtés de Mahad et Aknadin.

« Mensonge que cela ! » s'exclama le roi Mâchaouach avec véhémence avant de se retrouver subitement incapable de parler, devenu complètement amorphe.

« Mon oncle ! » interpella Atem en posant un regard furieux vers le prêtre alors que l'assassin ressortait avec lenteur de la geôle pour rejoindre sa propre cellule. « Je n'ai pas autorisé ce genre de conduite ! »

Grinçant des dents sous l'agacement, Aknadin ferma les paupières en se reculant d'un pas, stoppant ainsi le pouvoir que son œil du millénium exerçait sur le roi déchu.

Mahad sortit à son tour de l'ombre, posant une main sur l'épaule du prêtre pour l'apaiser, et décréta face à Hussein et ses courtisans :

« Il est inutile de nier. J'ai assisté à l'échange. »

Reprenant lentement conscience, le monarque fronça les sourcils avec curiosité et le pharaon se mit à sourire de manière entendue, reprenant place contre le chambranle de la prison pour expliquer, amusé.

« Avoir eu de simples doutes n'aurait pas suffi à vous mettre au pied du mur, alors j'ai dû user de stratagèmes. Il se trouve que mon chef de la garde royale et grand prêtre de la cour, ici présent, est également un puissant magicien ayant sous sa tutelle une toute aussi puissante apprentie particulièrement douée avec les sorts d'illusions. »

Ne voyant pas où voulait en venir le souverain, Hussein fronça un peu plus les sourcils en se raidissant légèrement.

« La conversation que vous avez surprise entre le Général Neheb et son commandant à propos de Per Bastet… » précisa le jeune roi en reprenant un air sérieux, ses traits tendus crispant son visage de part en part. « Tout n'était qu'une mise en scène. Un vulgaire écran de fumée magique pour vous pousser dans vos retranchements. »

La seconde tentative du roi de Mâ de s'en prendre au souverain ne fut stoppée que par les fers qui le retenaient au mur juste derrière lui, les bracelets lui éraflant les poignets tandis qu'il grognait avec hargne, insultant ouvertement le pharaon.

« Petit vermisseau insignifiant ! Sale chien ! »

« Une fois que vous êtes tombé dans mon piège, j'ai patiemment attendu que vous ordonniez à l'un de vos larbins de trouver quelqu'un d'assez compétent pour faire à votre place la sale besogne. » poursuivie Atem sans se préoccuper de l'attitude du monarque, laissant Mahad enchaîner.

« J'ai suivi Salem jusqu'au marché, et ai assisté à la transaction entre lui et Khnurn. Puis, j'ai espionné les deux frères dans le but de connaître les moindres détails de leur plan d'action. »

« Mais vous avez été plus prévoyant qu'on ne l'avait cru, et vous avez engagé un troisième homme de main, censé s'occuper du travail si les deux autres se retrouvaient dans l'impossibilité d'accomplir leur tâche. » relata Karim en rejoignant ses confrères. « Et le suicide de Khnurn n'était qu'un message signalant à Akh que c'était à lui d'agir. »

« Vous êtes encore plus fourbe que vous ne le laissez paraître, Altesse. » annonça le jeune roi avec un petit rire.

« Et vous, gamin sans expérience, vous vous êtes échiné à trouver la parfaite doublure ! » répliqua Hussein, crachant ces mots comme s'il s'agissait d'un venin capable d'atteindre le souverain.

« Le gamin sans expérience n'a même pas eu à s'échiner, si vous voulez tout savoir. » dévoila Atem, un sourire emplit de mépris accroché aux lèvres. « Il est venu à moi, il y a des semaines de cela. »

« Qu'allez-vous faire de nous, à présent ? » maugréa le monarque en tirant sur ses chaînes, tel en signe de protestation.

« Rien. » révéla le pharaon en haussant les épaules, comme n'en ayant rien à faire.

« Comment ?! »

« Enfin, cela dépend uniquement de vous, bien sûr… » assura le souverain en se rapprochant du Mâchaouach.

« Que voulez-vous ? »

« Des réponses. Je n'ai nulle envie de conquérir vos terres, nul besoin de m'emparer de votre cité, et nul désire d'assujettir vos sujets. Mais à compter de ce jour, le royaume Mâchaouach se retrouve sous la domination de l'Égypte sacrée. Et vous n'aurait certainement pas votre mot à dire si vous ne voulez pas vous retrouver impliqué dans une guerre que vous n'aurait aucune possibilité de gagner. »

Restant silencieux quelques secondes, Hussein posa son regard bleu-vert sur chacun de ses courtisans. Puis, hochant la tête avec réluctance, il accepta l'accord et s'installa sur la planche de bois suspendue derrière lui, attendant avec patience les questions du pharaon.

« Corrigez-moi si je me trompe, mais votre première tentative sur ma personne, et qui s'est également soldée par un échec, n'était pas due à un motif personnel cette fois ? »

« Non, j'agissais en accord avec les décrets d'une alliance récemment consommée. »

« Consommée ? » répéta Mahad, perplexe, et Aknadin se contenta de balancer une main dans les airs, renseignant simplement :

« Katimala n'a aucune mœurs. »

Soupirant en détournant les yeux, Atem se re-concentra sur son interrogatoire, continuant sur sa lancée.

« Et que cherche-t-elle donc à faire en s'en prenant si virulemment à moi ? »

« Ce que la Nubie veut depuis des siècles. S'emparer du territoire égyptien et de ses ressources. »

« Évidemment… » souffla-t-il en fermant les paupières, laissant reposer sa tête contre la pierre froide.

« Sais-tu ce que cela veut dire ? » questionna le porteur de l'œil du millénium en se tournant vers son neveu.

« Que nous venons officiellement d'entrer en guerre… »

.

À suivre…


Partie Deux: Chaînes-d'Or-et-Couronne-de-Sable-Guerre-(Monstres)

Merci d'avoir suivie la première partie de cette fiction. J'espère sincèrement qu'elle est à votre convenance. Rendez-vous pour la prochaine, Guerre (Monstres). La date de publication est toutefois incertaine. Je commencerai à l'écrire certainement après que j'aurais terminé de publier ma fanfic Zoku Touken Ranbu Hanamaru.

Merci ! A tès vite ! XOXOXO