Derek déteste le mois de septembre. Il sait que Stiles est heureux de partir et il sait qu'il reviendra, et il est content pour lui vraiment, mais Derek déteste le mois de septembre. Il regarde Stiles courir dans tout l'appartement en prenant au passage les affaires dont il a besoin pour partir et les jeter dans sa valise en un tas chiffonné. Quand Stiles a fini et s'apprête à fermer sa valise, Derek retire trois t-shirts du haut de la pile froissée et les remplace par trois autres soigneusement pliés. Il les lisse et les aplatit bien sur le dessus avant de rabattre le couvercle de la valise et de la fermer. Il se tourne vers Stiles et lève la tête, sans parvenir à sourire. Le sourire de Stiles est triste lorsqu'il s'approche pour le prendre dans ses bras. Il sait combien c'est dur pour Derek de ne pas être avec lui, d'être seul tous les jours. Il a sa pépinière pour s'occuper bien-sûr, mais personne pour se blottir avec lui dans le canapé ou pour lui rappeler que des gens l'aiment lorsqu'il se réveille de ses cauchemars. Personne pour lui rappeler qu'en réalité, il n'est plus seul.

La première fois que Derek avait appelé Stiles après que celui-ci soit parti pour l'université, il sortait d'un cauchemar et avait besoin d'entendre Stiles avant de se rendormir, sous peine de faire un autre cauchemar. Il était 4h du matin heure californienne, c'est-à-dire 7h du matin heure new-yorkaise. Stiles était parti depuis une semaine et se préparait pour ses cours, ce qui veut dire qu'il n'avait qu'un temps limité à consacrer à Derek avant de devoir raccrocher pour partir. Raccrocher après trente minutes de conversation téléphonique avec un Stiles pressé angoissé par sa première semaine de cours ne l'avait pas aidé à se rendormir.

La deuxième fois que Derek avait appelé, il voulait juste parler à son amoureux sans panique dans la voix, prendre de ses nouvelles, discuter de tout et de rien comme s'ils étaient ensemble. Mais ils n'étaient pas ensemble, ils n'étaient même pas dans le même état. Derek avait attendu la fin de la journée et avait appelé Stiles juste avant d'aller au lit, pour être sûr qu'il ne soit pas en cours ou avec ses amis, pour ne pas le déranger. Il était 23h à Beacon-Hills, soit 1h du matin à New-York. Stiles dormait et Derek le réveillait. Il décrocha tout de même et ils échangèrent quelques mots mais bien vite il apparut que Stiles était épuisé et à deux doigts de se rendormir. Après ça Derek ne rappela plus et laissa à Stiles le soin de l'appeler quand il était disponible. Stiles était parti depuis deux semaines.

Mais parfois Stiles n'appelait pas. Derek travaillait dans sa pépinière mais il s'interrompait régulièrement pour consulter son téléphone et attendre quelques instants un appel de Stiles qui ne venait pas. Derek passait sa pause du midi à regarder son téléphone et ne retournait au travail qu'à la dernière seconde, allant parfois jusqu'à s'octroyer cinq minutes de retard. Mais Stiles n'appelait pas de la journée et Derek se résolvait à ne pas aller au lit lorsqu'il était 2h du matin, préférant prendre un livre pour s'installer au salon et éviter les cauchemars.

Stiles appelait toujours le lendemain mais Derek entendait à sa voix qu'il était fatigué. Ils s'excusaient tous les deux de ne pas avoir appelé l'autre la veille mais Stiles finissait toujours par prendre le manquement sur lui, arguant qu'il savait pourquoi Derek n'appelait pas. Et c'était vrai : Stiles savait que Derek ne voulait pas que ses sentiments fassent culpabiliser Stiles d'être parti loin pour ses études.

Mais Stiles avait aussi des sentiments. Il ne culpabilisait pas d'être parti loin, non. Stiles adorait ses études, il savait où il allait et il avait rencontré de chouettes personnes. Ça ne voulait pas dire que partir n'était pas difficile.

La première fois que Stiles n'avait pas appelé, il n'avait pas dormi de la nuit. Septembre était toujours intense parce ses professeurs voulaient être sûrs que leurs étudiants avaient révisé durant l'été, Stiles avait donc travaillé dur toute la journée sur un de ses devoirs de révisions et ses amis de l'université avaient estimé qu'il était temps pour lui de se détendre. Stiles pourrait appeler son amoureux en rentrant. Ils l'avaient emmené dans le bar près de l'université et ils avaient bu tous ensemble, dans la joie et la bonne humeur, sans voir le temps passer. Un des amis de Stiles avait amené un nouveau gars, Isaac. Derek l'aurait adoré, avait pensé Stiles. Mais Derek ne rencontrerait pas Isaac parce que Derek était à plus de 4600 km de lui, tout seul parce que ses seuls proches étaient tous à l'université. Stiles avait senti une boule se former dans sa gorge et le besoin irrépressible d'appeler Derek. Il s'était excusé auprès de ses amis, arguant qu'il était fatigué, et il était parti. Il avait été surpris par l'air frais de la nuit et le vent qui s'était levé. Il s'était dépêché de rentrer à son dortoir et avait attrapé son téléphone pour appeler Derek. Les chiffres digitaux affichaient 5h du matin heure new-yorkaise, soit 2h du matin en Californie. Derek devait dormir depuis longtemps, avait pensé Stiles. Il s'était mis dans son lit avec son téléphone qu'il avait serré contre lui et avait pleuré tout son saoul avant de prendre son ordinateur et de finir son devoir. Il avait ensuite mis une alarme à 15h pour appeler Derek sur son temps de déjeuner et s'était occupé en attendant. Ils avaient discuté 30 minutes avant que Stiles ne prétexte devoir partir précipitamment pour ses cours. Il n'avait pas voulu que Derek l'entende pleurer au téléphone parce qu'il lui manquait. On était samedi, Stiles était parti depuis une semaine et demi.

La deuxième fois que Stiles n'avait pas appelé, il avait brillamment réussi une présentation orale et avait obtenu les félicitations de son professeur. En sortant de cours, il bondissait presque de joie et de hâte d'appeler Derek pour partager avec lui un moment heureux. Il avait monté les quelques marches du perron du dortoir en sautillant et son téléphone était tombé de la poche de son chino. Il l'avait vu face contre terre, il avait su que l'écran serait cassé. Il avait espéré que son téléphone serait encore utilisable. En vain. Il s'était effondré devant les portes de son dortoir. Isaac était arrivé à ce moment-là et avait rapidement compris la situation. Il avait pris Stiles dans ses bras et l'avait réconforté puis il l'avait emmené au magasin d'informatique en ville, celui ouvert 24/24 et Stiles s'était acheté un téléphone à bas prix, sans écran tactile. Son oral avait eu lieu sur le dernier créneau horaire de la journée de cours. Le temps de changer de téléphone, il n'était resté que peu de temps pour Stiles avant la fermeture du self, il s'était donc précipité pour prendre un plat à emporter puis il avait couru jusqu'à la BU pour rendre ses ouvrages empruntés pour ne pas avoir de pénalités à cause des retards. En entrant dans sa chambre, il s'était effondré sur son lit et endormi aussi sec en se disant qu'il appellerait Derek dans un instant. Il avait été réveillé en sursaut par son alarme, réalisant avec horreur qu'il avait dormi toute la nuit sans appeler Derek. Stiles était parti depuis moins de trois semaines.

La troisième fois qu'il n'avait pas appelé, Stiles avait eu une meilleure raison. La frénésie de septembre s'était calmée et la fin du mois était enfin là. Aucun devoir n'était dû avant trois semaines, courant octobre. Stiles pouvait enfin profiter de son week-end pour se relaxer et voir son amoureux. Il avait pris sa jeep dès la fin des cours. Il avait préparé ses affaires la veille pour pouvoir partir au plus tôt, bien qu'il sache que Derek serait de toute façon sur place avant lui. Cet homme avait une camaro et savait la conduire.

Il était impossible pour Stiles de faire les 42h de route entre New-York et Beacon-Hills pour un week-end alors Derek et lui se retrouvaient dans un hôtel à mi-distance. Derek arrivait toujours en avance et faisait couler un bain pour Stiles en arrivant. Il réservait toujours une suite dans un hôtel magnifique parce qu'il voulait profiter à fond de ses instants avec Stiles. Après ce week-end ils iraient bien. Septembre était toujours le plus dur parce qu'il arrivait après deux mois passés presque constamment ensemble, Stiles reprenait sur les chapeaux de roue à l'université et Derek faisait toujours davantage de cauchemars le mois de l'incendie qui avait anéanti sa famille. Le reste de l'année était mieux, Derek avait davantage de choses à faire pendant les fêtes d'abord puis avec les beaux jours ensuite, et Stiles avait de vraies vacances sans travail universitaire. Et puis cette année était la dernière. Stiles reviendrait bientôt à la maison, avec Derek, et commencerait son nouveau travail. Ils survivront cette dernière à distance et ils iront bien.