Disclaimer : Le monde de Teen Wolf appartient à Jeff Davis.
Note : Bonsoir !
J'ai hésité à le poster de manière indépendante parce qu'il est long (9 pages word) et que je le trouve assez réussi. Mais il a été commencé en voyage alors sa place est ici. En espérant que vous l'aimerez autant que j'ai aimé l'écrire !
Nélia, je suis sûre qu'il va te plaire !
PiccolinaSandra : (j'espère que tu passeras par ici) J'aurais adoré répondre à chacune de tes reviews. Chacune m'a fait sourire et m'a mis du baume au cœur. Je te fais donc le condensé de mes réponses
Ta réponse sur les ligaments croisés m'a fait beaucoup rire et m'a appris quelque chose. Du coup, j'en ai conclu que ça pouvait être censé par rapport à Newt !
Non, je n'ai pas pour vocation de devenir écrivaine. Je n'en ai ni le talent, ni la patience. Ça reste mon petit plaisir honteux.
Je ne suis pas si je suis heureuse ou navrée pour les larmes que je t'ai fait verser. J'espère t'avoir fait sourire aussi !
Le terme « divine » (et savoir que tu ne le réserves habituellement qu'à Mylène Farmer) m'a fait rougir et m'a donné le sourire pour la journée ! (toute cette soirée aussi, j'ai relu la review pour y répondre ^^)
J'espère que cette histoire te plaira aussi !
Sterekement vôtre,
Inspiration : Pinterest "The phone rings. The voice on the other end says « We need you again. » then hangs up. "
Commencée le : Mercredi 21 février 2018
Terminée le : Lundi 12 mars 18
Le téléphone sonne. La voix à l'autre bout lui dit "On a encore besoin de toi." et raccroche.
Stiles soupire. Il a pris sa retraite. Il ne veut pas y retourner. Il a tourné une page quand il est parti et il n'a aucune envie de s'en mêler à nouveau. Mais certaine fois, le choix n'est pas donné. Il regarde autour de lui. Son appartement est petit, blanc et pas tant meublé que ça, mais c'est chez lui. Ça lui a déjà pris assez de temps pour l'accepter comme sa maison. Avant, sa maison, c'était là où était sa meute. Mais c'est une conséquence qu'il a accepté de subir quand il est parti.
Il soupire à nouveau, et va jusqu'à sa chambre pour attraper le sac sous le lit. Il le remplit : des vêtements, pratiques et passe-partout, une trousse de toilette, un Beretta, des munitions et un couteau de chasse. Il se regarde dans le miroir : jean noir, tee-shirt blanc. Pas besoin de se changer. Il met son gilet rouge, pour la blague. Attrape sa paire de Rangers qu'il lasse large. Il met son ordinateur et le chargeur et ferme son sac. Il est prêt. Presque 5 ans qu'il habite ici, et il ne lui aura fallu que 10 minutes pour être prêt à partir. Ça a quelque chose de déprimant. Il ne peut s'empêcher de se regarder à nouveau dans le miroir. Cherche les changements physiques, se demande si la Meute le trouvera changé. Se demande s'il a changé.
Il aimerait dire que oui. Mais il a suffi qu'ils appellent pour qu'il mette dans son sac toute sa vie.
Il attrape les clefs de la Jeep – Roscoe a rendu l'âme et il n'a pas pu se résoudre à acheter une autre marque – et vérifie qu'il n'oublie rien dans l'appartement. Aucune nourriture ne traîne sur la table et il sait pertinemment que son réfrigérateur est vide. Alors sans plus attendre, il rejoint son passé.
oOo
Rien n'a changé et pourtant tout est différent. Beacon Hills est exactement comme dans ses souvenirs. Les mêmes routes, les mêmes maisons, la même forêt. Même des années après, il pourrait s'y diriger les yeux fermés. Il sait où ils sont. C'est instinctif. Alors il respire un grand coup et essaye d'arrêter les pensées qui menacent de faire exploser son cerveau.
La voiture le mène jusqu'à la lisière de la forêt. Devant lui se dresse plusieurs maisons, qui entourent une bâtisse que l'on pourrait qualifier de manoir. L'herbe est verte, le soleil s'est invité au voyage et il n'y a pas un bruit aux alentours. Il ouvre le coffre, récupère son sac qu'il enfile sur une épaule et claque le haillon du coffre, sachant pertinemment que si le bruit de la voiture ne les a pas alertés, le bruit de la porte finira d'annoncer son arrivée.
Il ne sait pas comment il va être reçu et malgré lui, ses paumes s'humidifient, il sent son cœur accélérer. Il s'arrête un instant sur le chemin menant au bâtiment principal. Il respire un grand coup, se calme. Il a grandi. Il n'est plus ce Stiles de 18 ans, qui ne sait pas trop quoi faire de ses bras trop grands et de son cerveau trop rapide. Alors il essuie ses mains sur son jean, laisse son cœur ralentir et repart d'un pas plus assuré. Ils ont demandé son aide. Il n'est pas un étranger. Il n'est pas un voleur. Il est un homme qui revient vers son passé et il n'a pas à avoir honte de ce qu'il a fait. Il le referait aujourd'hui s'il le devait.
Ses pieds l'ont mené devant la porte. Il fut un temps où il ne tapait pas contre le bois mais aujourd'hui, il est comme un invité dans ce qui a été un temps sa propre demeure.
Avant que ses phalanges ne rencontrent le chêne, le battant s'ouvre, laissant apparaître un Scott plus âgé. Rapidement, les détails s'inscrivent sur sa rétine. Légèrement plus musclé, une fine barbe sur ses joues – il ne s'est pas rasé ce matin -, la même coupe qu'avant, et surtout, un sourire hésitant. Celui qui dit « Je suis tellement heureux de te revoir mais je ne suis pas sûr d'avoir le droit de te le dire ». Alors presque malgré lui, Stiles le prend dans ses bras et savoure le contact de la peau chaude et de ce corps qui n'a pas tant changé malgré les années. Scott finit par le lâcher et par faire un pas de côté, pour qu'il puisse entrer.
Il entre timidement dans la grande entrée. A première vue, rien n'a changé. Il y a toujours un tas de manteaux désordonnés sur la patère, la commode à chaussures déborde, la lampe moche est posée dessus, seul chose que Derek ait réussi à sauver de l'incendie. Mais quand il regarde de plus près, les photos sur les murs ont changé. De nouvelles têtes sont apparues, les protagonistes ont vieilli, les couples se sont séparés, une bouille de bébé est apparu. Toute une vie qui a continué à avancer quand il avait le dos tourné. Il ne peut s'empêcher d'avoir un pincement au cœur, avant de se rappeler que c'est lui qui a décidé de quitter tout ça.
Il suit Scott au salon et sait qu'il y trouvera la Meute au grand complet. Il inspire, laisse son cœur se calmer et grave sur son visage un air impassible, tout en sachant qu'il ne peut tenir l'illusion qu'un certain temps.
Trois canapés délimitant l'espace entourent une télévision qui marche en bruit de fond. Dos à lui, les cheveux blonds d'Erica, posées contre l'épaule de Boyd. Les cheveux bouclés d'Isaac. Sur le canapé qui fait face à l'écran, Allison sourit à Mason. Liam, à côté de lui, tient sur ses genoux, un bébé qui rit en regardant les yeux du loup changer de couleur. Sur le canapé qui lui fait face, Lydia est majestueuse dans sa robe rose pâle même si son visage est départi de sourire. A sa droite, une place vide, sûrement laissée vacante par Scott. Le coude posé sur l'accoudoir, Derek garde un air impassible sur son visage, le même que sur celui de Stiles, qui lui donne l'air antipathique. Ils se taisent, tournent la tête pour le regarder et le jeune homme sait que le combat va débuter. Dans sa poitrine, le lien s'est reformé.
Il regarde les visages et se demande qui lancera l'offensive. Il est entre les 3 canapés, cachant la télévision, et même le bébé semble se rendre compte que quelque chose a changé puisqu'il arrête de rire. Mais finalement, Erica se lève et le serre dans ses bras. Il lui rend son étreinte, parce que Catwoman lui a manqué. Boyd hoche la tête en sa direction et Isaac lui fait un clin d'œil, auquel il répond par un sourire. Liam et Mason ne bougent pas, mais ils semblent heureux de le voir là. Allison prend le bébé dans ses bras et l'amène vers lui, quand Erica défait son étreinte. Elle murmure, d'une voix douce :
- Corben, voilà ton parrain. Stiles, voici Corben.
Et alors qu'il s'est promis de ne rien ressentir, il ne peut que s'émerveiller devant ce garçon qui a déjà le sourire de Scott mais les traits d'Allison. Il le prend dans ses bras et frotte son nez contre la tête de ce bébé. Il est honoré du rôle que ses amis lui ont donné. Il serre l'enfant contre lui, et Allison retourne s'asseoir, laissant la prunelle de ses yeux dans les bras d'un homme qu'elle n'a pas vu depuis des années, parce que rien ne peut pas atténuer la confiance qu'elle a en lui. Il ressent la chaleur de l'enfant, le poids contre lui et il s'accroche à ça pour ne pas sombrer. Dans son cœur, il sent ce nouveau membre qui prend doucement sa place, il se rend compte qu'il était déjà là mais qu'il avait refusé de le ressentir. Il s'excuse intérieurement auprès de ce louveteau pour ne pas lui avoir donné la place qui lui était dû.
Et c'est ainsi, Corben lové contre lui, qu'il fait face à ceux qui ne veulent pas le voir ici.
Lydia regarde devant elle, comme s'il n'existe pas. Il est tenté de le croire, mais il voit le sourire qu'elle s'empresse de faire disparaitre à la vision du bébé dans ses bras.
Derek le fixe, dans chacun de ses mouvements, peut-être craint-il qu'il disparaisse à nouveau. Mais son regard n'est pas chaleureux. On a l'impression qu'il guette un ennemi qu'il est obligé d'accepter sur son territoire. Et ça fait mal à Stiles d'avoir perdu cette confiance.
- Lydia. Derek.
Les deux hochent la tête, dans un parfait synchronisme, et Stiles se demande ce qui a pu les rapprocher autant, eux qui ne pouvaient pas se supporter quelques années auparavant. Il se rend compte qu'il se laisse submerger par le sentimentalisme et il se l'est interdit. Alors, il oublie le poids chaud dans ses bras et redevient le soldat qu'il a appris à être. Et cela commence par leur rappeler qu'il est là parce qu'ils l'ont demandé.
- Vous m'avez appelé. Je suis là. Que se passe-t'il ?
Sa voix est grave, posée. C'est celle de l'homme en mission. C'est ce que ce voyage est : une mission. Il s'en ira par la suite, sans un regard.
Il se tourne vers Scott. C'est de l'alpha qu'il veut les informations.
- Des chasseurs sont entrés sur notre territoire.
Ironique, Stiles jette un coup d'œil à Allison.
- Et t'as peur de tomber amoureux à nouveau ?
La brune lui tire la langue, Scott lève les yeux au ciel. Derrière lui, un grognement retentit. Presque dix ans plus tard, l'évocation de Kate Argent continue de faire grincer des dents.
- Ils ne … respectent pas le code.
- Alors que les Argent, instigateur de ce code, en étaient de grands adeptes.
Il hausse un sourcil devant les regards noirs.
- Pardonnez-moi mais ce n'est pas la première fois que des chasseurs sont présents, et navré de briser vos rêves, mais sans doute pas la dernière. En quoi est-ce différent des autres fois ? Et en quoi cela nécessite mon intervention ?
- Crois-moi, si on avait pu se passer de ta venue, on l'aurait fait.
Voilà les premiers mots qu'il prononce à son encontre. La colère de le voir là. Stiles ne relève pas. Il peut commencer un débat d'orgueil mais il n'a pas le temps. Plus vite il règle cette histoire, plus vite il pourra rentrer dans son appartement vide, dans sa vie vide de sens.
- Habituellement, je ne t'aurais pas appelé pour des chasseurs, en effet. Mais ils ont essayé de s'en prendre à Corben.
D'avoir trop vécu avec des loups a modifié son comportement. Il grogne littéralement. C'est moins impressionnant que lorsque c'est le loup né mais le son prend vie dans sa gorge et résonne dans ses oreilles. Aucun loup ne moufte. Le bébé dans ses bras le regarde, étonné.
Voilà, ils y sont. Les années ont passé mais Stiles n'a pas changé. Aussi loup que sa Meute, il se battra pour faire comprendre à ces ennemis que l'on ne s'en prend pas à un bébé, à un louveteau, à son filleul. Il fait deux pas vers Scott, lui rend Corben après avoir embrassé le haut de sa tête. Et il se tourne vers la seule personne capable de lui dire tout ce qu'il a besoin de savoir. La seule personne à qui il ne veut pas parler. Derek.
oOo
Malgré lui, le lien dans sa poitrine se reforme. Il sent la joie et l'inquiétude de chaque membre de la Meute, il sent le ressentiment de Lydia et la colère froide de Derek. C'est étrange de ressentir des sentiments qui ne sont pas les siens. La première fois, cela avait failli le rendre fou. Mais c'est comme le vélo, ça ne s'oublie pas. Il sait comment faire la part entre les différentes émotions, comprend à qui elles appartiennent. Mais il ne s'attarde pas là-dessus. S'il se concentre trop sur la peine de Lydia, il ira la consoler. Cela signifie s'impliquer, à nouveau. Il se l'est interdit. Alors il reste à la surface de la peine et se force à ne pas s'y intéresser.
Il ne s'en sert même pas pour trouver Derek. Il s'assoit sur les marches, devant la maison et attend que le loup revienne de sa balade. Il a quitté le salon juste après que Stiles l'ait regardé. Même sans super-pouvoirs, il sait qu'il a besoin de prendre l'air. On le force à sortir de son espace de confort. Stiles a le temps. Il attend.
En fait, ce n'est pas vrai. Il n'a pas le temps. Mais il peut le prendre pour Derek. Et il savoure de sentir la chaleur du soleil californien sur sa peau. Il se crispe quand il sent une présence derrière lui.
- Tu pourrais profiter de ce soleil toute l'année.
- On en a déjà discuté Isaac.
- Je sais. Et je comprends ton départ. Mais ça ne signifie pas que tu ne me manques pas. Et que tu ne manques pas à cette meute.
Isaac s'assied à côté de lui, épaule contre épaule. Toujours ce besoin de contact, spécialité lupine. Ils ne disent rien. Boucle d'Or sait. Ils en ont parlé. Stiles a tenu à leur expliquer, refusant de partir comme un voleur. Il y a ceux qui ont compris, qui ont été désolés. Et ceux qui se sont drapés dans leur colère.
Erica sort de la bâtisse, s'assoit de l'autre côté. Prends sa main et joue avec ses doigts. Pas un mot. Juste profiter de la présence de l'autre, qu'on sait déjà sur le départ.
Petit à petit, chaque membre arrive. Boyd, aux côtés d'Erica, comme toujours. Mason et Liam, assis devant lui, Corben sur les genoux. Allison a glissé ses jambes autour de ses hanches, et a posé sa tête contre sa nuque. Scott se tient un peu à l'écart. Ce n'est pas l'envie qui lui manque de les rejoindre mais il laisse ce moment à sa meute. Il sait qu'il aura son moment avec son meilleur ami.
Et pour la première fois depuis quatre ans, Stiles respire. L'angoisse qui tapisse toujours ses poumons a disparu. L'anxiété qui grignote son cerveau s'est arrêtée. La tension dans ses muscles se dissous. Son corps tout entier lui hurle qu'il est rentré à la maison. Seul son cœur chuchote qu'il n'est pas complet. Mais cela, il l'ignore. Stiles a l'habitude, Stiles sait comment faire. Il plante ses ongles dans son avant-bras et essaye d'oublier que n'importe quelle douleur ne vaudra jamais celle qui ronge son âme.
oOo
Derek finit par revenir de sa promenade. Il le sait avant qu'il ne franchisse le pas de la porte. Il le sait même avant qu'aucun membre de la meute ne le sache. Ca a toujours été comme ça. Malgré lui, il sait toujours où est Derek. Alors il n'est pas surpris quand il entre dans le salon. Il l'est un peu quand il se plante devant lui, semblant attendre quelque chose, ce même air impassible sur le visage.
Stiles comprend que le loup a eu le temps de s'apaiser, juste assez pour travailler avec lui. Pour pouvoir protéger le louveteau, parce que c'est leur seule priorité et l'unique chose sur laquelle ils s'accorderont toujours. Alors il donne Corben à Erica et se lève pour suivre le loup.
Ils vont dans le bureau, et Derek commence à lui expliquer. Pas un mot plus haut que l'autre, son intonation est militaire, dénuée de sentiments. Stiles répond de la même manière. On dirait 2 étrangers, malgré la chaleur dans leur poitrine.
Stiles met un plan en place, approuvé par Derek. C'est pour ça qu'on l'a appelé. Pour les plans tordus mais toujours brillants qu'il crée. Et surtout, pour la possibilité de se présenter chez les chasseurs et de se faire passer pour un humain un peu trop curieux, ou un chasseur un peu trop solitaire. Le fait de ne pas être un loup lui permet d'être n'importe qui.
C'est d'ailleurs la première étape du plan, expliquent-ils à la Meute. Ca fait grogner tout le monde, personne n'est ravi de voir Stiles en première ligne. Ca fait même grogner Derek, bien qu'il le masque.
Ils savent ce que leurs ennemis diront. Non, ils ne s'arrêteront pas sous prétexte qu'un énergumène les aura menacés. Alors il pourra leur prouver pourquoi on le craint. La suite est à base de course poursuite qui donne l'impression aux chasseurs d'avoir le dessus, mais qui les mène dans un piège. Un bain de sang.
Scott a perdu cette importance de donner une deuxième chance à ses ennemis. D'autant plus qu'ils menacent son fils. Ils périront tous. La mise en garde de Stiles serait leur seule chance. Alors il approuve le plan. Appelle Mélissa pour mettre le louveteau en sécurité. Et annonce que ce soir, ils partent en chasse.
Malgré le sous-entendu morbide, la Meute est impatiente. Ils aiment courir ensemble. Et le sentiment d'union qu'ils ressentent lorsqu'ils chassent, n'est pas entaché par le risque d'en voir un blessé. Ou pire.
C'est cela que craint Stiles. Que leur amour de la chasse leur fasse perdre de vue le danger. Et qu'au lieu de fêter la victoire, il enterre leurs morts.
Il laisse son regard survoler son ancienne famille. Sans qu'il n'y réfléchisse, ses yeux trouvent ceux de Derek. Et il observe dans les prunelles bleues la même crainte qui l'étreint. Il a perdu trop de gens. Il sait que c'est de l'inconscience que vient la mort. Il a peur. Quel homme sage.
oOo
La rencontre avec les chasseurs se passe comme prévu. Ils lui rient au nez, parlent imprudemment à un homme qui a survécu à pire qu'à une horde d'idiots. Ils ne savent pas que dans l'ombre, les bêtes attendent leur heure.
Bien sûr qu'ils ne sont pas impressionnés par Stiles. Il est là, jean abîmé et sweat rouge, il a l'air d'un éternel adolescent. Peut-être qu'il ne voulait pas être pris au sérieux. Peut-être qu'il voulait voir ses chasseurs morts, pour avoir osé menacer son filleul. Il manque d'être repéré quand un sourire mauvais perce ses lèvres. Il voit un des hommes qui se tient à l'arrière, se raidir, se demandant sûrement s'ils ne sont pas en train de le sous-estimer. Mais il reprend son rôle de niais, et le chasseur se tranquillise. Que devraient-ils craindre d'un idiot ?
oOo
L'APOCALYPSE. A-t-il envie de hurler. Voilà ce qu'ils devraient craindre. Il est dans la forêt, posté en haut d'un arbre, la crosse froide du pistolet dans sa paume. Allison est avec son arc, environ 70 mètres plus loin. Lydia est cachée parmi les arbres à l'opposé de lui. Entre eux, des loups embusqués. Et les chasseurs courent vers eux. Malgré lui, il est touché par l'instinct de la chasse de la Meute. Et il peut voir au sourire tordu d'Allison qu'il n'est pas le seul. Les hommes arrivent, pistent les indices qu'ils ont laissés pour eux. Il est le premier à attaquer. Son coup de feu annonce à la Meute que le festin commence. La tête du chef éclate sous l'impact de la balle.
L'apocalypse.
oOo
La Meute est au complet à la maison. Les blessures ont été soignées. Corben est resté chez Melissa, l'heure étant trop tardive pour aller le récupérer. Ils ont brûlé les corps. Le moment est à la joie et à l'allégresse. Et Stiles ne sait pas s'il doit rester.
La mission est terminée. Il s'est promis de ne rester que le temps de régler le problème. Chose faite. Il peut récupérer son sac, le mettre dans sa voiture et être chez lui dans quelques heures.
Mais quelque chose le retient ici. Le sentiment de paix. D'appartenir à quelque chose. Ça ne lui ait pas arrivé depuis si longtemps qu'il voudrait pouvoir savourer encore un moment. Les questions, les doutes, l'empêchent de profiter du moment comme il se doit. Il devrait se gorger de ces bons sentiments et s'en aller.
Il sort sur la terrasse et referme la porte-fenêtre derrière lui. Une demande tacite, bien qu'inutile pour qu'on le laisse en paix. Il est assis sur une chaise de jardin et contemple l'orée de la forêt. Ses yeux ne font que regarder. Le soldat en lui ne peut s'empêcher d'analyser. De s'assurer qu'il n'y a personne d'embusqué. Personne pour s'en prendre aux siens.
La porte s'ouvre et il sait qui le rejoint. Il a peur des mots qu'on pourrait lui adresser, alors il attaque le premier.
- Je vais bientôt m'en aller.
Surtout ne crois pas que je regrette (même si ça m'arrive parfois). Surtout ne crains pas que je reste (même si j'aimerais que tu me le demandes.)
- Toujours aussi prompt à t'en aller.
Bien sûr, faites confiance à Derek Hale pour dire blanc quand on lui dit noir. Stiles ne peut s'empêcher de soupirer. S'il avait dit vouloir rester, Derek lui aurait ordonné de partir.
- Tu m'en veux toujours.
Pas une question. Stiles peut sentir dans sa poitrine la lame froide du ressentiment. Derek ne lui a pas pardonné, malgré le temps passé.
- Tu es parti.
Et soudainement, il est énervé. Il a essayé de faire ça bien. Il les a réuni, leur a expliqué, leur a dit des choses intimes qu'il aurait aimé garder pour lui. Pour leur faire comprendre. Pour leur dire « non, je ne pars pas à cause de vous, mais pour moi ». Pour ne pas s'en aller comme un voleur.
Mais il a échoué quelque part. Parce que Derek lui en veut toujours, malgré ses mots, malgré ses excuses. Et Stiles est fatigué de ce procès permanent. Fatigué de devoir se justifier.
- Je ne suis pas un loup.
C'est par ces mots qu'il avait commencé son explication des années auparavant.
- Tu ne peux pas m'en vouloir d'avoir voulu faire ma vie loin du surnaturel Derek. Je n'appartiens pas à ce monde, tu me l'as répété tellement de fois. Moi, le faible humain. J'ai essayé. Tellement fort. Je me suis formé auprès de Chris pour que tu me juges aptes à pouvoir me battre. J'ai fait mes preuves. Mais tu n'as jamais accepté que je sois à vos côtés. J'aurais dû faire quoi ? Rester, vous regardez agir ? Peut-être voir l'un de vous mourir ? Tu n'es pas juste Derek. Tu me demandais de rester avec vous, mais me refusais le droit d'être l'un des vôtres.
- Alors tu es parti.
- Je me suis protégé. C'est ce que tu as toujours voulu, ce que tu as toujours demandé : que je dégage du paysage.
- Tu nous as quittés !
- Je n'avais pas ma place là !
Il se lève en hurlant ces mots. Il avait cherché cette place pendant des mois. Qui être dans la Meute, quel rôle s'attribuer. Stiles n'avait jamais été à sa place. Mais quand cette histoire avait commencé, il avait espéré enfin appartenir à quelque chose. Il a dû se rendre compte que non, ce n'était pas encore cette fois qu'il trouverait son rôle à jouer. Et pour se protéger de la déception, il est parti. Bien sûr, il ne peut pas dire ça à Derek. Mais s'entendre être traité de lâche, alors que tout ce qu'on voulait, c'est être accepté, c'est injuste.
Le masque de Derek tombe. L'impassibilité disparait et la tristesse qui inonde son cœur s'affiche maintenant sur ses traits.
- Tu nous as quittés.
Et Stiles entend enfin. Le loup ne lui en veut pas de les avoir quittés. Il lui en veut de l'avoir quitté.
- Derek.
Il cherche ses mots, son esprit patine et malgré toutes les pensées qui noient son cerveau, il n'y a pas une parole qu'il arrive à prononcer.
- Je ne t'ai pas quitté. Nous n'étions rien Derek, et nous ne nous sommes fait aucune promesse. On se tournait vaguement autour. Il n'y avait rien ici qui me retenait.
- On aurait pu être plus.
- Quand ? Ca faisait des mois Derek. Ce n'était que des sous-entendus et des regards. Ce n'était rien. Rien qui ne m'assure pas que tu arrives un jour avec une jolie blonde au bras. Tu n'as pas le droit de m'en vouloir.
Le loup baisse la tête, honteux, coupable. Il le sait. C'est ça qui le brise le plus. Voir partir Stiles a été un crève-cœur. Mais savoir que lui, aurait pu le faire rester était encore pire. Il en avait, des excuses pour ne surtout rien dire, ne surtout rien faire.
- Reste, s'il te plait. Je sais que je t'ai refusé toute place. Reste. Prends celle à ma droite. Deviens ce que tu as toujours été destiné à être : un protecteur. S'il te plait. Ne t'en va pas. Pas encore.
Stiles est tenté de dire oui. De lui sauter dans les bras. De l'embrasser. De l'aimer, enfin. Et malgré son cœur qui crie, il dit.
- J'ai une vie, ailleurs. Pourquoi devrais-je tout abandonner ?
- Alors je viendrais. Si tu me le permets, je viendrais.
- Et la Meute ?
- Ma Meute, c'est toi. Si tu me laisses venir, je partirais avec toi.
Et la douleur qui noie son cœur disparait. Des années qu'il veut entendre ces mots. Oh, il aimerait lui dire d'aller se faire voir. Qu'il n'est pas un chien qu'on siffle. Mais il a trop attendu son histoire d'amour épique. L'orgueil leur a déjà fait perdre beaucoup trop de temps. Alors il fait un pas vers Derek et ce dernier relève la tête, plein d'espoir.
- Je veux un rendez-vous. Je veux que l'on se rencontre pour la première fois. Je veux apprendre à te connaître, autour d'un verre ou d'un repas, sans Meute. Je veux m'angoisser pour notre premier rendez-vous et me demander si tu m'embrasseras sur le pas de la porte.
- Pas avant le troisième rendez-vous.
- Tu es certain qu'il y en aura un deuxième ?
Et Derek sourit mystérieusement. Il tourne le dos à Stiles et rentre rejoindre les autres.
Le brun ferme les yeux. La douleur ne ronge plus sa poitrine. Il ne sent plus cette colère froide. Derek s'apaise. Et lui ne se crispe plus de douleur. Il sent les liens de la Meute. Il sent la joie d'être ensemble. Il sent l'amour et l'amitié. Et pour la première de sa vie, Stiles sait que ces sentiments lui sont autant dédiés qu'ils le sont aux autres. Pour la première, il appartient à un tout. Il inspire et il laisse la magie pulser dans ses veines.
Il va bien. Sa famille va bien. Il est enfin à sa place.
oOo
Voilà ! J'espère que ça vous a plu !
Merci pour tous vos commentaires, ça me fait sourire de manière idiote et ensoleille mes journées !
Bonne semaine à vous,
Sterekement vôtre,
Math'
