Précisions: Ces pages ne sont que quelques extraits jetés sur le papier d'une histoire qui n'est pas encore écrite.
Le prologue est en ligne et la suite est en cours (Livre 2 entièrement publié et Livre 3 en cours de publication). Plus d'explications et warnings sur la page de profil.
Bonne lecture
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Severus sentait monter la nausée, un vague sentiment de mal-être et de vertige qui l'envahissait peu à peu et contre lequel il savait ne pas pouvoir lutter. Il s'éloigna de quelques pas et s'adossa contre un mur, tentant de mettre un peu de distance entre lui et ces maudites potions. Quelques gouttes de sueur perlèrent à son front tandis que la migraine gagnait du terrain. Il avait l'impression que quelqu'un avait posé sur sa tête un casque trop petit qui lui enserrait et lui comprimait le crâne, et qu'à l'intérieur, quelque chose bouillonnait sans cesse, occupant toute la place, gonflant de plus en plus jusqu'à manquer d'espace. Une douleur pulsatile résonnait dans ses tempes, brouillant sa vue d'arcs lumineux et de taches sombres. Il ferma les yeux pour contrer le flou de sa vision, mais aussitôt perdus ses repères visuels, il se sentit vaciller, pris dans un vertige impressionnant, comme si le plancher se soulevait et que le monde tournoyait autour de lui.
Du coin de l'œil, Harry aperçut son professeur chanceler et se rattraper à une étagère d'une main tremblante. Son visage défait et encore plus pâle que d'habitude ne laissait aucun doute sur la nature de son malaise. Il se leva et tapota négligemment son chaudron de sa baguette, captant l'attention des élèves.
– Fin du cours, annonça-t-il. Éteignez vos feux et rangez vos ingrédients. Vous reprendrez demain...
Agréablement surpris, les Serdaigle ne se firent pas prier, ramassèrent leurs affaires dans un brouhaha indescriptible et s'éparpillèrent dans le couloir en quelques instants. Mal à l'aise et hésitant, un élève de première année s'attardait, semblant sur le point de poser une question. Harry lui lança un regard menaçant – ce n'était pas le moment – et il finit par s'enfuir pour rejoindre ses camarades.
Harry le regarda disparaître dans le labyrinthe des anciens cachots tout en réfléchissant. Les crises de Severus devenaient quasi systématiques et semblaient de plus en plus violentes. La migraine montait en lui toujours plus vite et toujours plus intense, comme si chaque crise le rendait plus réactif encore aux émanations des potions. Et il n'arrivait pas à trouver quel était exactement le produit responsable ! Il avait beau tenter toutes les expériences possibles et imaginables, refaire tous les mélanges improbables qu'auraient pu faire les élèves... il ne trouvait toujours pas le déclencheur.
Lorsqu'il se retourna, Severus tremblait de tous ses membres, livide, sur le point de s'évanouir. Harry se précipita et fut à peine assez rapide pour réceptionner le maître de potions qui s'effondra dans ses bras comme une poupée de chiffons. Il tenta de résister et finit par céder lui aussi sous le poids de son mentor, finissant tous deux au sol, meurtris et douloureux.
Il fallut quelques instants à Harry pour reprendre ses esprits et cesser de voir tourbillonner des étoiles devant ses yeux. Peu à peu, la douleur vive qu'il ressentait dans la jambe gauche et dans le crâne se mua en une pulsation plus sourde et plus supportable. Dans sa chute, ses réflexes avaient joué, il avait réussi à saisir son professeur par les épaules, enveloppant sa tête de son autre bras et le protégeant. Encore sous le coup de l'adrénaline et de sa frayeur, il appuya son front contre le front de Severus, partagé entre le soulagement et l'inquiétude, poussa un soupir tremblant puis il se força à desserrer son étreinte, abandonnant à regret la tiédeur de son corps.
Harry recula légèrement pour parvenir à s'adosser à l'armoire d'ingrédients à potions et remit sa jambe douloureuse dans une position plus normale. Ses battements cardiaques semblaient ne pas vouloir se calmer, tout son corps était noué, crispé, tétanisé par cette énième crise dont il avait évité de justesse des conséquences plus graves. Il posa sa tête en arrière sur le bois tiède, soufflant un bon coup et essayant de détendre ses muscles. Il se sentait vide. Épuisé. La vigilance constante dont il devait faire preuve ne se relâchait que dans ces moments-là, après la crise, quand il savait Severus prit dans cette période de latence dont il mettait plusieurs heures à remonter la pente.
Baissant les yeux, il contempla pensivement le visage inconscient qui reposait sur ses cuisses, pâle mais plus détendu maintenant. Rarement, il avait tenu ce visage aimé si près du sien, presque à portée de ses lèvres, de son désir de l'embrasser, de baiser les paupières de ses yeux clos, de sentir son souffle sur sa joue. Quelque chose de puissant se serra dans son ventre. Tout ce qu'il avait toujours souhaité était là, si près que c'était un crève-cœur de ne pas céder à la tentation. Severus totalement abandonné, dans ses bras, entre ses mains, il pouvait enfin le tenir et le serrer contre lui, sentir sa chaleur douce, l'odeur de sa peau, percevoir les battements de son cœur et la respiration paisible qui soulevait régulièrement sa poitrine... Harry leva le bras et approcha une main hésitante de son visage, la peau si pâle semblait douce et tiède, accueillante. Du bout des doigts, il osa enfin la caresser, lentement, le long de la joue, comme on caresse un tissu précieux et fragile à la fois. Un geste inédit et inespéré, si futile et si essentiel. Il avait tant rêvé ce premier acte de tendresse, tant imaginé le lieu, le moment, la position où il aurait pu pour la première fois toucher cette peau qui l'attirait comme un aimant, suivre les courbes de ce visage qu'il regardait comme un trésor, si beau, si paisible, si confiant.
Dans le silence de la classe de potions désertée, Harry se prit à rêver d'autres moments, d'autres instants de vie où ils pourraient partager ces mêmes gestes de tendresse... Avoir une vraie relation, former un couple uni et amoureux, partager un quotidien fait de toutes petites choses, d'une main qui glisse tendrement sur une épaule, d'un baiser déposé dans le cou, de pouvoir toucher cette peau, sa peau, aussi souvent qu'il en aurait envie. Ils seraient un jour sur une plage déserte avec l'océan roulant à leurs pieds, un ciel limpide pour tout horizon. Harry serait assis sur un sable si fin qu'il lui coulerait entre les doigts comme de l'eau, Severus allongé à ses côtés, la tête posée sur le coussin confortable de ses cuisses, les yeux clos pour se protéger des rayons éblouissants du soleil. Harry lève la main pour faire de l'ombre à son amant et croiser enfin le regard qu'il chérit. Un sourire doux et sincère s'étire lentement sur les lèvres fines qu'il aime tant baiser. Autre instant, autre lieu... une petite maison nichée au cœur de la campagne. Près de la cheminée rougeoyante, un canapé moelleux dans lequel Harry se prélasse avec un bon livre depuis qu'il est rentré du travail. D'un geste distrait, il caresse les cheveux si sombres de Severus, la tête posée sur ses cuisses jusqu'à ce que celui-ci ne lui enlève doucement le livre qu'il tient entre ses mains. Son regard réclame de l'attention et de l'amour, et pas un geste mécanique... Harry esquisse un sourire et passe un doigt délicat sur ce visage qu'il ne se lasse pas de regarder, années après années. Autre moment fugace... comme chaque matin, dans le même lit tiède, Harry se réveille aux côtés de son amant qu'il devine dans la pénombre de leur chambre. Severus dort encore, d'un sommeil serein, ses cheveux auréolent son visage pâle et apaisé. Il contemple avec le même émerveillement, sans cesse renouvelé, l'homme qui partage sa vie, la finesse et la régularité de ses traits, ses lèvres douces capables de l'aimer et de le chérir, les paupières closes sur son regard tendre. Harry passe une main caressante sur ce visage et glisse ses doigts dans la masse de cheveux sombres, l'attirant légèrement vers lui afin de poser ses lèvres sur celles de son amant.
Harry interrompit son geste à quelques centimètres du visage de Severus. Même s'il en rêvait depuis des semaines et des mois, il n'avait pas le droit de profiter ainsi de l'inconscience de son professeur pour assouvir ses désirs. Il se redressa en soupirant, son ventre noué d'un renoncement déchirant. Il n'aurait peut-être plus jamais une pareille occasion... Il enlaça à nouveau Severus, glissa une main dans ses cheveux et l'attira vers lui, posant sa joue sur le front frais du maître de potions. Il n'y avait rien à redire à la tendresse. Et de toute façon, Severus ne s'en souviendrait pas et serait encore inconscient une heure ou deux...
ooOOoo
Sans savoir pourquoi, il se figea un bref instant, la main sur la poignée de la porte du Maître des Potions. Il avait perçu un vague bruit dans ces lieux habituellement silencieux. Après une courte attente, une voix masculine se fit entendre :
– Endoloris !
suivie d'un gémissement rauque et étouffé.
Sans réfléchir plus avant, Harry ouvrit brutalement la porte, la faisant claquer contre le mur de pierre. Il saisit sa baguette et lança le premier sort qui lui vint à l'esprit :
– Expedimenta !
Il ne fut cependant pas assez rapide pour surprendre l'homme en face de lui qui se retourna brusquement. Un coup violent dans son bras dévia la trajectoire du sortilège qui frappa une série de chaudrons rangés sur une étagère au fond de la salle des potions, les figeant dans leur chute.
Décontenancé, Harry mit un moment à reprendre ses esprits. Le danger qu'il avait perçu, son irruption soudaine... Il lui fallu quelques instants pour comprendre la scène saisissante qui s'étalait sous ses yeux et reconnaître les personnes qui la composaient.
Face à lui se tenait le tant redouté professeur Rogue, sans doute l'un des sorciers les plus puissants du monde après la disparition de Dumbledore et de Voldemort, ancien Mangemort et ancien directeur de Poudlard, la terreur des cachots... le professeur Rogue les yeux clos, à demi nu, écartelé, les poignets attachés par deux anneaux de métal scellés dans le mur. Sur son torse si étrangement blanc, Harry pouvait voir les nombreuses cicatrices qui témoignaient de sa vie tumultueuse, de fines lignes pâles qu'il aurait aimé suivre du doigt, les toutes dernières récoltées lors de la Grande Bataille encore rosées et légèrement saillantes. Ses cheveux d'un noir de jais tombaient en cascade le long de son visage penché, ne dévoilant que des paupières fermées et un front perlant de sueur. Il paraissait comme absent, ou inconscient.
– Et bien, Monsieur Potter ?! claqua une voix sèche. N'avez-vous pas l'impression de déranger ?
Ces mots comme un claquement de fouet tirèrent Harry de sa contemplation muette et il tourna le regard vers un Lord Malfoy plus qu'agacé par cette intrusion.
– Mais... Vous..., balbutia-t-il. Que faites-vous ? Vous le torturez !
En disant cela, il sentit son cœur se déchirer dans sa poitrine, torturé lui-même de la souffrance qu'il imaginait chez son professeur. Il leva à nouveau sa baguette, plein d'une rage à peine contenue mêlée d'une douleur insurmontable.
– Monsieur Potter ! gronda à nouveau Lucius Malfoy. Vous vous méprenez sur toute la ligne et je vous prierais de bien vouloir sortir !
Et pourtant, il avait bien entendu un sortilège impardonnable. Lancé par cet homme au regard d'acier qui le regardait de haut avec suffisance et colère. Peu à peu, une vérité sourde et implacable se fit jour dans son esprit.
– Vous êtes venu pour vous venger ! Vous voulez le tuer !...
Abandonnant un instant toute sa superbe, Lord Malfoy partit d'un grand rire clair et cristallin, tout en s'approchant de Severus Rogue, toujours prisonnier de ses attaches et sans réaction. Il passa une main délicate sur son visage impassible, s'attardant d'un doigt sur ses lèvres entrouvertes, puis la glissa sur sa gorge dans un geste étrangement tendre et possessif à la fois.
Harry se sentit rougir, sans bien savoir pourquoi. Il ne comprenait rien à ce qui se passait entre les deux hommes, mais il sentait confusément que sa réaction n'était pas appropriée, qu'il avait manqué une information cruciale ou que sa naïveté lui bandait les yeux.
– Pour tout vous dire, Monsieur Potter, reprit Lord Malfoy en souriant, je serais absolument incapable de faire le moindre mal à notre ami ici présent. Rien qu'il n'ait souhaité, tout du moins...
D'un geste gracieux, il dessinait avec sa baguette des arabesques sur le torse dénudé du professeur de potions et Harry pouvait voir un mince filament de lumière verte sortir de la baguette et courir sur la peau frissonnante, laissant après son passage une légère traînée rouge. Sans plus lui prêter aucune attention, tout attentif aux réactions de Rogue, la main gracieuse descendait peu à peu vers le bas-ventre du professeur, projetant un éclair de plus en plus lumineux vers les formes arrogantes comprimées sous le cuir de son pantalon. Un grondement profond et rauque montait de la gorge de Severus à mesure que la lumière s'intensifiait, pour s'achever brusquement sur un gémissement de plaisir et de frustration mêlés lorsque Lucius interrompit son geste.
– Sois patient, mon amour, murmura-t-il en lui redressant le menton du bout de sa baguette et en embrassant rapidement ses lèvres pleines. Je m'occupe de Monsieur Potter et je reviens.
Ces mots agirent comme un réveil brutal sur Rogue et il ouvrit brusquement des yeux d'un noir d'encre, fusillant son élève d'un regard acéré et furieux, et laissant échapper un grondement qui n'avait plus rien d'un râle de plaisir. Aussitôt, Lucius Malefoy prit Harry par le coude et le fit pénétrer dans la pièce avoisinante qui se trouvait être le salon des appartements privés du professeur.
Harry ne savait plus où se mettre, la honte lui rougissait la peau jusqu'au bout des ongles. Il avait finalement vu l'érection conséquente de son professeur, et sa méprise lui sautait maintenant aux yeux. Il aurait voulu être n'importe où ailleurs, même dans la tanière d'une dragonne qui couvait ses œufs plutôt que d'affronter la situation qu'il comprenait peu à peu.
Lucius Malfoy s'était tranquillement assis dans un fauteuil de cuir sombre, près de la cheminée, et d'un léger mouvement du poignet, il fit apparaître une bulle de silence autour d'eux. Sur ses lèvres fines dansait toujours un léger sourire, amusé et moqueur. Il semblait jubiler de l'inconfort dans lequel se trouvait Harry et prenait un plaisir cynique à le laisser se déliter sur place.
– Et bien, Monsieur Potter ? fit-il enfin. Que nous vaut l'honneur de votre visite malvenue ?
Harry s'étrangla un instant, il ne savait plus quoi dire.
– Que... Que faisiez-vous ? J'ai entendu...
– Ce que nous faisions ne vous regarde aucunement, Monsieur Potter...
– J'ai entendu que vous lanciez un Doloris..., reprit Harry dans un souffle.
Lucius Malfoy le fixait d'un air amusé et impatient à la fois.
– Monsieur Potter, je ne ferais pas de mal à Severus qui ne lui fasse quelque bien...
La façon qu'il avait de le regarder mettait Harry mal à l'aise, comme un enfant pris en faute à qui on explique posément son erreur. Il n'avait pas envie d'entendre certaines choses, il en avait vu bien assez ! Mais il avait pourtant bien entendu un sortilège impardonnable.
– Un Doloris ! murmura-t-il.
– Il est des plaisirs que vous semblez ignorer, Monsieur Potter..., glissa la voix suave de Lucius. Quoique je doute même que vous connaissiez quoi que ce soit aux plaisirs de la chair !
Harry rougit à nouveau furieusement bien malgré lui alors que se faisait jour dans son esprit l'utilisation que l'on pouvait faire d'un doloris mineur. Le souvenir de l'érection conséquente, bien que contenue, de Rogue lui revint en mémoire tandis qu'une chaleur furieuse irradiait son bas-ventre. Il rougit encore davantage si cela était possible.
– Il n'est pas dans son état normal ! Vous abusez de lui !
– Il n'a pas bu, Monsieur Potter ! Et c'est lui qui m'a demandé de venir ! Bien que je ne me sois pas fait prié, ajouta Lucius avec un sourire jubilatoire. Mais ces petites séances le mettent toujours dans un état second...
Harry eut brusquement l'envie furieuse de se boucher les oreilles, mais c'était peine perdue : son cerveau lui imposait malgré tout des images mentales qu'il s'efforçait de chasser avec véhémence : les anneaux de métal emprisonnant les poignets graciles de Severus, les fines lignes rosées qu'avait dessinées sur sa peau la baguette de Lucius, les cicatrices pâles qu'il aurait tant aimé toucher, l'érection généreuse qui avait vibré sous un arc électrique bleuté...
– Vous profitez de la situation ! s'étrangla Harry.
Lucius pencha la tête de côté, l'observant attentivement.
– Seriez-vous jaloux, Monsieur Potter ? fit-il doucement avant de partir d'un grand rire clair.
Harry hésitait entre une colère sourde et une furieuse envie de fondre en larmes. Il était jaloux, oui ! Il avait tant rêvé de faire sien le maître de potions, de l'aimer, de le chérir, et voilà qu'arrivait ce grand aristocrate fier, tout en cuir et en soie, drapé dans sa cape comme dans sa morgue, lui procurant des plaisirs auxquels il n'aurait même pas songé, des plaisirs qui sentaient le souffre et le sperme, la sueur et la douleur. Et tout cela sous son nez depuis...
– Asseyez-vous, Monsieur Potter, reprit Lucius d'une voix plus posée. Je crois que nous avons besoin de parler...
Harry se laissa tomber dans un fauteuil, pas tant pour l'invitation de Lord Malfoy que parce qu'il ne tenait plus debout, les jambes prises d'un tremblement de colère et de frustration incontrôlable.
– Je sais que Severus ne va pas bien, Monsieur Potter, et je sais aussi ce que vous faites pour lui...
Lucius le regardait avec bienveillance à présent, et sa voix était dénuée de toute moquerie et de tout mépris.
– Je sais aussi pourquoi vous le faites... Même si Severus ne partage pas vos sentiments.
Cela tomba comme un couperet dans le cœur de Harry, comme la confirmation douloureuse de ce qu'il pensait depuis des semaines. Rogue avait dû se confier à Lord Malfoy, lui raconter ses tentatives, ses attentions pleines d'espoir, son abnégation. Ils avaient dû rire, certainement, de son innocence et de ses efforts voués à l'échec, tout en s'envoyant en l'air tous les deux. Comme la situation était risible et humiliante !
– Voyez-vous, nous sommes presque sur un pied d'égalité, Monsieur Potter, reprit Lucius doucement, même si j'ai une petite longueur d'avance sur vous. Severus et moi partageons une sorte de relation depuis des années, plus ou moins proche, plus ou moins lointaine, selon nos obligations mutuelles et surtout, le besoin de rester cachés.
Lucius s'enfonça un peu plus profondément dans le fauteuil, laissant échapper un soupir de résignation, son regard disparaissant dans les brumes de souvenirs amers.
– Et puis, de temps en temps, reprit-il, quelques... moments... de ce genre. Parce qu'il en ressent le besoin, parce que ça lui fait du bien, contrairement à ce que vous pensez. Ça l'apaise... Mais vous savez comme moi que depuis quelques mois, et malgré ce que nous pouvons lui apporter l'un et l'autre, Severus ne va pas bien... Hélas, je suis loin. Et pas toujours aussi disponible et aussi présent que je voudrais bien l'être. C'est une véritable torture, savez-vous, que de ne pas pouvoir veiller sur lui comme il le faudrait. De ne pas pouvoir faire plus. Heureusement, vous êtes sur place, au plus près de lui... Au final, nous nous inquiétons tous les deux pour Severus, Monsieur Potter... Et pour sensiblement les mêmes raisons.
Harry ne savait plus quoi penser, sa jalousie s'était évaporée en un tour de main, laissant place à un pincement douloureux dans la poitrine. Il comprenait la mélancolie et les regrets de Malfoy, il ressentait les mêmes au plus profond de lui, l'amour qui le submergeait, cette impossibilité de le vivre, et puis cette inquiétude latente et la douleur du renoncement. Se contenter d'être là et de soutenir Severus alors que, tout comme Lucius, il rêvait de bien plus. Et contrairement à l'aristocrate, la souffrance de tout donner sans rien recevoir en retour, un amour en sens unique, plein d'abnégation et de douleur.
– Nous aimons le même homme, murmura Harry pensivement.
– Et nous essayons tous les deux, chacun à notre manière, de faire en sorte qu'il aille mieux, ajouta Lucius d'une voix douce. Nous ne sommes pas ennemis, Monsieur Potter.
Harry leva la tête et opina lentement.
ooOOoo
– Donnez-moi une raison de vivre, Potter ! lança hargneusement Rogue.
La colère dans sa voix surprit Harry et l'attrista profondément. Il avait tant fait, autant qu'il avait pu, et ce n'était jamais assez. Il n'était sans doute pas la bonne personne pour pouvoir aider le maître de potions. La douleur et la résignation lui nouèrent les entrailles, loin tout au fond, recouvrant l'endroit où naissaient ses sentiments épuisés.
– Je ne sais que vous dire, Professeur... Si ce n'est que Lucius vous espère et vous attend.
Il avait répondu sans rancune et sans amertume, baissant la tête pour cacher son visage défait. Il était juste profondément triste et fatigué. Il se retourna et se dirigea vers la porte sans un regard pour Rogue, désireux d'abréger une énième dispute.
– Et vous, Harry ? fit derrière lui une voix adoucie.
Il se figea, la main sur la poignée de la porte, sonné. Il avait tant rêvé d'entendre cette voix prononcer son prénom avec une telle douceur, presque de la tendresse, tant rêvé qu'il se soucie de lui...
– Je ne vous attends plus, Severus... J'ai abandonné cet espoir il y a bien longtemps.
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Harry quitta Poudlard dans la foulée, sans attendre les notes de ses Aspics. Il lirait bien assez tôt la publication des résultats dans la Gazette du Sorcier. Il griffonna un mot qu'il laissa sur la table de la Salle Commune, à l'attention de Draco, de Neville et de Luna. Ses quelques affaires fourrées en vrac dans sa malle, pêle-mêle de vêtements, de livres et de quelques souvenirs qui résumaient en peu de choses une vie mouvementée, il fit irruption dans le bureau de Minerva MacGonagall, essoufflé et des larmes plein les yeux pour lui demander l'accès au réseau de cheminette. Aussitôt qu'elle eut accepté, il disparut dans une gerbe de flammes vertes qui crépitaient encore lorsque Rogue pénétra à son tour dans le bureau.
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Sa première destination fut la Roumanie. Harry exerça quelques temps ses talents de soigneur auprès des créatures magiques aux côtés de Charlie Weasley. Les dragons le fascinaient, ces créatures puissantes, magnifiques, qui imposaient leurs conditions par leur dangerosité. Il fallait être toujours sur ses gardes, anticiper le moindre geste, la moindre réaction, ne jamais faillir. C'était une exigence permanente, bien au delà de ce qu'il se croyait capable de supporter, mais il lui fallait cela pour le tirer en avant, pour le faire tenir debout. La nécessité perpétuelle de ressentir quelque chose de réel, quelque chose de fort, presque douloureux, qui écraserait la souffrance qu'il ressentait au fond de lui.
Il s'astreignit au travail, bien plus que nul autre, jusqu'à l'épuisement salutaire qui l'empêchait de penser, jusqu'à repousser les limites de la fatigue, évitant le plus possible un sommeil qu'il savait peuplé de rêves amers et de souvenirs douloureux. Il ne mangeait que pour ne pas tomber d'inanition, il entraînait son corps comme une machine de compétition, aiguisant ses réflexes face aux animaux les plus dangereux, ne comptant que sur son instinct et non plus sur sa raison, jusqu'à ce que Charlie ne le prenne à part un soir.
– Ça ne peut pas continuer comme ça, Harry ! lui dit-il d'une voix inquiète. Tu te mets en danger !
– Je sais ce que je fais !
Il lisait une inquiétude sincère dans les yeux de Charlie, une attention bienveillante qu'il n'avait vu personne manifester envers lui depuis bien longtemps. Charlie était son ami, il partageait tout avec lui : le travail, la même fascination pour les dragons, la vie quotidienne dans une petite maison en lisière de l'élevage, les soirées d'ivresse après le boulot, les rires et les chagrins, la solitude... Ils partageaient même quelquefois un lit quand le besoin de tendresse était trop fort, mais ça ne durait jamais plus de quelques heures. Charlie savait tout de lui, excepté les raisons qui l'avaient poussé à quitter précipitamment Poudlard.
– Ça va trop loin ! Tu prends trop de risques avec les dragons ! Tu vas finir par être blessé, ou même te faire tuer !
Harry haussa les épaules. Rien de tout cela ne lui faisait peur. Il était tellement au-delà... Mais il sentait confusément le besoin de toujours plus, toujours plus de risques, toujours plus de dangers, toujours plus de sueur, d'adrénaline, de frayeur, pour toucher du doigt encore et encore ce point d'équilibre où tout peut basculer. Pour retrouver cette sensation toujours plus grande, toujours plus forte, de ce qui pouvait le vaincre, ou l'écraser, retrouver encore cette façon de se faire du mal, pour ressentir enfin quelque chose, avoir peur, frôler la limite ou souffrir pour se prouver qu'il était encore vivant. Se prouver que quelque part, au fond, quelque chose pouvait encore l'atteindre.
– Le patron ne veut plus de ce cirque, Harry ! Il veut te virer...
– Qu'il ne se donne pas cette peine, je vais partir.
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Si cette ébauche vous a plu, n'hésitez pas à laisser un commentaire, mais surtout à lire la suite: le Livre 2 (publié) et Livre 3 (en cours de publication)...
Au plaisir
La vieille aux chats
