Le palais est plongé dans le noir. Dehors, les soldats droïdes tuent tous ceux qui ont le malheur de passer devant eux. La capitale est en flamme. Les rues sont jonchées de cadavres. Quelques miliciens courageux se battent encore pour protéger le pont rouge. Il faut traverser l'édifice pour pénétrer dans l'université, le seul endroit qui peut supporter un bombardement grâce à son générateur de bouclier. Ces pauvres volontaires n'ont pas la moindre chance, mais la poignée de minutes qu'ils gagnent vont permettre à des gens de se mettre à l'abri. Dès qu'ils seront débordés, un officier fera sauter le viaduc. Pas un combattant ne survivra, mais leur sacrifice aura transformé l'école en refuge.
« Vite ! Apportez des tables, des chaises, n'importe quelle armoire et bouchez-moi cette entrée ! »
Le père de la reine hurle ses ordres, tandis que la monarque tente vainement de signaler la reddition de Naboo sur toutes les fréquences. Rien à faire. Les droïdes ne s'arrêtent pas. Padmé n'ose plus regarder dehors. Il ne faut surtout pas se laisser distraire par la lueur terrifiante qui vient de l'autre côté du fleuve Detomini. Les chasseurs de la fédération ont anéanti la force aérienne nubienne. Les rares airspeeders de combat dont disposait la planète sont en train de brûler dans les rues. Les gardes du palais s'affairent à barricader les fenêtres avec tout ce qu'ils peuvent trouver.
Un tremblement sourd s'élève. On dirait une sorte de marche. Le gros de l'armée fédérale arrive certainement en ville. Des milliers de droïdes humanoïdes, avec leurs terrifiants yeux rouges, viennent remplacer leurs cousins arachnides. Il est plus simple d'occuper un endroit conçu pour des humains avec des robots ayant une forme humaine.
« Ils... ils refusent de répondre ! Ils demandent notre capitulation mais nous ignorent quand on l'offre ! Qu'est-ce qu'on doit faire ? » Tempête Padmé, impuissante. Son père approche et l'attrape par les épaules :
« C'est trop tard, ma petite reine ! Il faut trouver un moyen de sortir d'ici. Le yacht royal est au spatioport de l'université. Si on parvient à le rejoindre, nous pourrons chercher des secours. »
« Et les autres ? Nous n'allons pas laisser tous ces gens se faire tuer ! »
« Il n'y a rien qu'on puisse faire pour eux dans notre état ! La garde du palais ne compte qu'une quarantaine de miliciens, nous ne résisterons pas. Notre seul espoir, c'est la fuite ! »
La reine Amidala grogne, attrape un verre et le balance sur un tableau en hurlant.
« On doit partir demander de l'aide. » Concède-t-elle enfin, après avoir pris une minute pour se calmer.
« Tu vois ? C'est la seule solution. Si on rejoint Coruscant, nous sauverons Naboo ! »
Un tir de blaster traverse la pièce et brise une statue.
« Monsieur ! Le pont n'a pas explosé ! Les droïdes passent ! »
Le père de Padmé n'hésite pas. Il fonce d'un bond vers le fond de la pièce et fait signe à deux de ses hommes de venir l'aider :
« Détachez-moi cette dalle, vite ! On devrait atteindre le tunnel de livraison. »
Un second rayon énergétique entre. Il vient du couloir, cette fois. Les gardes ripostent. Un échange de tirs illumine la salle. Une colonnade éclate sous le coup d'un impact. Les hommes parviennent à retirer la dalle. Ils s'affairent ensuite à soulever les grilles d'aération une par une. Elles pèsent leur poids. Il faut s'y mettre à quatre pour en enlever ne serait-ce qu'une. Plusieurs conseillers ont pris les armes et défendent vaillamment la porte. Le plus âgé essaye tant bien que mal d'aider à barricader la dernière fenêtre. Une décharge de plasma touche un milicien à la poitrine. Le pauvre s'écroule sans dire un mot.
« Plus vite ! » Hurle le père de Padmé. Son visage est couvert de suie.
Un tremblement intense se fait sentir. Les bombardiers droïdes sont en train de détruire le spatioport principal. Ils coupent toute solution d'évacuation pour les civils. Un tel massacre ne pourra jamais être justifié. Pourquoi ? Quelle folie s'est emparée de la Fédération du Commerce ? Les gardes s'attaquent maintenant à l'ultime grille, qu'ils tentent de découper avec leurs blasters pour gagner du temps.
« Monsieur ! Des droïdes viennent d'atteindre la chambre de cristal ! Ils sont juste en face de la porte ! »
Les tirs gagnent en intensité. Un chasseur orbital nubien passe au-dessus du palais. Un pilote survivant ? Il fonce à la rencontre d'un bombardier fédéral et l'abat. Malheureusement, l'appareil est détruit avant de pouvoir faire plus de dommages.
« La grille est ouverte ! On y va les gars, allez, allez, allez ! »
Tout le monde descend dans le tunnel. On peut entendre l'alerte sonore qui résonne. Une lumière rouge clignote. La poussière se détache des murs à chaque explosion. Des petits chariots automatisés transportent les marchandises entre l'université et l'entrepôt royal. Quatre droïdes de protocole sont installés sur l'un d'eux. Ils observent en silence avec des yeux vides. Le dernier garde traverse le trou et pose un détonateur thermique.
« On y va ! »
Lorsqu'ils sont assez loin, quelqu'un fait exploser la charge. Celle-ci brise le tunnel et élimine tout risque d'être poursuivit par ce chemin. Padmé remarque que des gardes manquent à l'appel. Il y a eu des morts ? Le groupe parvient à atteindre les sous-sols de l'université. La grande porte métallique s'ouvre, révélant des milliers de rescapés effrayés. Ils sont entassés les uns sur les autres. La petite reconnaît cet endroit. C'est le hall des trophées. Elle pense soudainement à sa mère, qui devrait être ici. C'est une enseignante. Pourtant, impossible de la voir dans cette masse de gens. Que lui est-il arrivée ?
Des miliciens s'affairent. Ils ont déjà barricadé les portes qui mènent au rez-de-chaussée. On peut entendre un violent affrontement à l'extérieur. Ceux qui sont restés en arrière pour retenir les fédéraux savent qu'ils ne survivront pas.
Les étudiants sont terrifiés. Ils viennent de milliers de systèmes, quelques-uns appartiennent même à la noblesse ! Que diront les rois d'Alderaan, d'Antarii IV et d'Hosnian Prime quand ils apprendront que leurs enfants ont été menacés par la fédération ? Les sportifs de l'équipe d'athlétisme portent des blasters. Ils surveillent les portes. Le père de Padmé fend la foule pour rejoindre le général Parillo, qui dirige la milice nubienne. L'homme est pendu à son communicateur et hurle ses ordres sans discontinuer. Les deux discutent un instant.
Le général jette un coup d'œil vers la reine et lui fait une révérence en souriant. La jeune Amidala baisse les yeux. Aujourd'hui, elle ne se sent pas différente d'une citoyenne ordinaire. Un pistolet blaster traîne sur le sol. Il a une magnifique crosse en bois. C'est un modèle de compétition, pour le tir sportif. La petite l'observe, puis l'empoigne et le range à sa ceinture. Son père revient :
« Parillo est d'accord avec nous. Il faut fuir. Le yacht royal est bien assez grand pour prendre des réfugiés. Toi et les étudiants pourriez rejoindre Coruscant en une journée de voyage. Les citoyens tiendront cette pièce aussi longtemps qu'il faudra pour vous évacuer, mais... »
« Mais il va falloir traverser les chasseurs de la fédération, n'est-ce pas ? »
« Ma petite reine... » Reprend-il dans un soupir, avant de continuer :
« Nos appareils sont détruits. Les miliciens essayent d'organiser une diversion, mais on ne sait pas s'ils vont réussir. Notre destin dépend de la Force, désormais. »
Une détonation ! Les droïdes ont réussi à se trouver un chemin dans l'université. Le père de Padmé fonce vers l'équipe d'athlétisme, déjà dépassée, pour aider du mieux qu'il peut. Ses hommes suivent de près. Un combat s'engage. Les étudiants paniquent. Tous ceux qui peuvent vont se battre. Un serviteur gungan attrape une chaise et frappe un droïde, Padmé pointe son pistolet blaster et l'achève avant qu'il ne puisse se relever. Le général s'écrie :
« Au spatioport, maintenant ! »
Les enseignants s'agitent pour guider tant bien que mal une cohorte de jeunes terrifiés en direction des escaliers. S'ils ne peuvent pas évacuer avec un vaisseau, il n'y aura aucune issue pour eux en bas. Dès que cette salle tombera, l'astroport deviendra leur prison. Padmé ne suit pas la foule. La reine attend que son père vienne. Elle reste donc en arrière et abat les robots qui approchent. Son service citoyen dans la milice aura été utile. Une barricade éclate, libérant la voie pour un énorme monstre mécanique, qui crache immédiatement une salve de rayons argentés. Les gens sont tués par dizaines sur le coup. Le général arrache un blaster lourd de son support et ouvre le feu. L'engin repousse aisément cette attaque avec son bouclier déflecteur.
« Foutez le camp ! Que la Force soit avec vous ! » Lance Parillo, tandis qu'il canarde l'abomination en métal.
Des droïdes humanoïdes se faufilent entre les pattes du monstre et rejoignent la bataille. Le père de Padmé recule. Ses hommes sont morts. Il remarque que sa fille est encore là et lui empoigne le bras pour l'emporter dans les escaliers. Ils dévalent les marches quatre à quatre et arrivent en bas. Une porte coupe-feu invite sur un long couloir de marbre blanc. Soudain, l'homme se crispe. Un coup de blaster lui a traversé l'épaule. Il tousse bruyamment, regarde sa fille dans les yeux et sourit. Il pousse l'enfant de l'autre côté de l'accès :
« Fuis ! » Dit-il en appuyant sur la commande de verrouillage, s'enfermant au passage.
« Papa ! Non ! » Hurle la petite, en vain.
Padmé entend quelques tirs, qui cessent rapidement. Elle reste un moment sans bouger, incapable de pleurer ou de crier, puis se relève dès que les droïdes commencent à découper le métal de la porte. Il faut avancer, survivre.
