Padmé fonce dans le couloir qui mène à l'astroport universitaire. Les statues en marbre et autres tableaux de maître donnent un côté surréaliste à sa fuite. La lumière clignote. Le sol tremble régulièrement. Derrière, la petite peut entendre des hurlements d'horreur. Ce sont les droïdes. Ils enregistrent les cris de leurs victimes pour les diffuser aux survivants. Une technique de guerre psychologique efficace contre les armées des Hutt, majoritairement composées d'esclaves.

Chaque fois qu'elle le peut, Padmé ferme une porte coupe-feu pour ralentir ses poursuivants. Elle est consciente que cette stratégie l'enferme de plus en plus. Seulement, ce n'est pas non plus comme s'il était possible de revenir en arrière. Cet astroport appartient en vérité au palais, qui le partage avec le club aérospatial de Naboo, l'institut responsable de la formation des pilotes. Le talent naturel de la reine Amidala lui a permis d'étudier un peu le pilotage. Elle pourrait emmener son vaisseau d'un point A au point B, à condition d'être aidée par un astrodroïde.

Quand un monarque est élu, la corporation de l'étoile verte met à sa disposition un yacht, afin qu'il puisse se rendre sur Coruscant en urgence. Ils appellent ça un « yacht », mais c'est en vérité un navire de croisière, conçu pour servir d'ambassadeur à la marque. Le souverain nubien devient ainsi une sorte de publicité ambulante. Chaque fois qu'il voyage, les ventes explosent. La reine arrive enfin devant l'accès du spatioport. Sa porte coupe-feu est déjà verrouillée. Elle déclenche l'ouverture.

C'est étrange. Le dock est plein d'étudiants paniqués. Il devrait y avoir plus de bruit, non ? Lorsque la lourde plaque métallique s'est élevée à mi-chemin, le visage de la fillette se couvre d'horreur : un vaisseau de transport fédéral est à quai. Les civils sont tous morts. Des droïdes patrouillent. Ils ont massacré tout le monde ! La petite tombe à genoux. C'était la seule issue. L'unique moyen de fuir est par l'escalier qu'elle vient de descendre ou en sautant de la falaise dans le vide. Padmé entend déjà ses poursuivants qui essayent de se frayer un chemin derrière. Le yacht royal est là, mais gardé par des dizaines de robots aux yeux rouges.

Le dock de l'université n'est pas conçu pour être défendable, mais élégant. Il n'y a aucun couvert, pas une conduite de service, rien. Si vous voulez entrer dans un vaisseau, c'est en passant bien en vue de tout le monde. Pour la première fois de sa vie, la petite regrette que Naboo ne soit pas aussi paranoïaque que Corellia. Un nubien qui envie un corellien, c'est une première ! La reine ne sait plus quoi faire. Ses connaissances lui sont inutiles dans une situation pareille. Peut-être qu'en utilisant... non. C'est trop bien gardé. Il n'y a aucune solution. Un arachnide a remarqué l'ouverture de la porte, il approche du couloir pour vérifier. Les autres suivent. C'est terminé...

Soudain, une lueur verte passe devant ses yeux. Un homme est debout au milieu des cadavres. D'où peut-il bien sortir ? Les droïdes se figent. Ils se tournent vers lui et le mettent en joug. Quelque chose fait hésiter leur programmation : comment est-il arrivé là ? Qui est-ce ? Le personnage observe les corps à ses pieds. Tous ces visages sont pétrifiés de terreur. On voit des jeunes, des vieillards, des gungans. Quelques-uns ont essayé de défendre leurs semblables. Le visage de l'homme se fige dans une expression neutre. En un claquement de doigt, tous les robots sont pulvérisés par une tornade de flash verts. Le transport de la fédération est découpé jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. C'est un Jedi ! Padmé sent son courage lui revenir. Le chevalier se fige au centre de la salle. Les morceaux de droïdes n'ont même pas eu le temps de retomber. Il éteint son sabre-lumière et le remet à sa ceinture.

Quelqu'un s'arrête devant la petite. C'est un adolescent. Il porte la même tenue. Un deuxième Jedi ?

« Vous allez bien ? » Demande-t-il doucement.

« Oui... ça va... il faut... il faut qu'on parte, vite ! Nous devons aller chercher de l'aide ! »

Le premier Jedi revient :

« Ce vaisseau peut voler ? » Questionne-t-il en désignant le yacht.

« Oui, normalement il est prêt au départ. »

« Alors allons-nous-en ! »

Le chevalier disparaît comme par magie. Il est déjà à l'intérieur de l'appareil ?

« Excusez mon Maître. Ce massacre le met en colère. » Justifie le plus jeune en aidant la fillette à se relever.

Un gungan approche, mais s'arrête devant la montagne de cadavres :

« Eussa monstres ! Eussa payer très cher ! » Dit-il en frappant avec rage la tête d'un droïde.

« Mon nom est Obi-Wan Kenobi. Mon maître se nomme Qui-Gon Jinn et voici notre ami gungan, Jar Jar Binks. » Continue le Jedi.

« Je suis la reine de Naboo, Padmé Amidala. » Répond-elle.

La petite soupire et termine par un sec :

« Partons ! »

Ils se dirigent jusqu'au yacht, un magnifique appareil à la coque d'argent. Une œuvre d'art. Si on en juge par la façon dont ses réacteurs sont positionnés, c'est probablement ce véhicule qui a inspiré le célèbre NB-127, réputé comme étant le vaisseau de plaisance le plus rapide du marché. La reine monte à bord et grimpe jusqu'au cockpit en utilisant l'élévateur. Qui-Gon est déjà aux commandes mais ne parvient pas à faire démarrer les moteurs. Quelque chose bloque cette machine au sol. Padmé s'installe sans dire un mot sur le siège à côté et entre son mot de passe dans l'ordinateur de contrôle. Plusieurs astrodroïdes sortent du sol et se positionnent aux postes clés. Le véhicule démarre :

« Diagnostique en cours. Tous les systèmes sont opérationnels. Bienvenue à bord, votre altesse ! » S'exclame une voix robotique.

« Maître, nous sommes tous montés ! On peut décoller ! » Lance Obi-Wan depuis l'étage du dessous.

« Vous êtes ? » Demande Qui-Gon à la petite fille, surpris.

« Padmé Amidala, reine de Naboo. »

Le chevalier l'observe, pensif, puis répond :

« Je suis navré pour ce qui arrive à votre planète, majesté. La fédération joue un jeu dangereux. Mettons-y un terme. »

Le visage de la fillette est aussi dur que du fer. Elle refuse de penser aux évènements, car sinon le souvenir de ses parents va remonter à la surface et son courage s'éteindra. Elle saisit les coordonnées dans l'astronavigateur et pousse la manette des gaz. Une alerte s'enclenche :

« Départ vers Coruscant enregistré. »

Le yacht décolle. Il n'y a plus de chasseurs dans le ciel. Les véhicules au sol ne tirent pas. Le chemin semble complètement dégagé. Comment est-ce possible ? Ce serait grâce aux Jedis ?

« N'ayez crainte, votre altesse. J'ai libéré le passage. » Confirme Qui-Gon Jinn.

« J'aurais préféré que vous veniez à notre aide plus tôt. » Répond-elle avec ressentiment.

Le chevalier reste silencieux. Il vaut mieux ne rien dire. Leur yacht entre vite en orbite. Le cuirassé de la fédération remarque leur passage et se met en position de tir. Une alarme démarre :

« Attention, notre appareil est pris pour cible ! » L'ordinateur parle avec une voix bien trop joyeuse, compte tenu de la situation.

Les turboblasters du vaisseau fédéral ouvrent le feu. Qui-Gon empoigne la barre devant son fauteuil :

« Passez les commandes en manuel, vite ! »

Padmé s'exécute et en profite pour préchauffer l'hyperdrive. Le Jedi hurle :

« Accrochez-vous, ça va secouer ! »

Il s'engage dans une manœuvre évasive et parvient à éviter la majorité des rayons. Quelques-uns touchent cependant les déflecteurs en occasionnant d'affreux soubresauts. La jauge indique que chaque impact leur coûte presque 30% du bouclier. Un coup au mauvais endroit et ce sera terminé pour eux. Qui-Gon tire sur la barre et met les moteurs à pleine puissance en marche arrière : le yacht se retourne et fait face au cuirassé. Le chevalier ferme son poing et concentre toute la Force cosmique qu'il peut autour de sa main :

« La Force est avec moi, et je suis avec la Force. » Chuchote-t-il, encore et encore, avant de pointer sa paume sur l'adversaire.

Une onde de choc s'échappe et avale les tirs, qui repartent au vaisseau fédéral et frappent ses réacteurs. L'impact est si violent que l'appareil adverse se retourne et s'éteint. Un de ses moteurs éclate. Qui-Gon s'est vidé de toute endurance. C'était trop, trop vite. Juste avant que ses yeux se ferment, il découvre avec horreur qu'un rayon a échappé à la vague. Le yacht est frappé de plein fouet ! La gravité artificielle s'éteint. Une alarme stridente se fait entendre :

« Alerte ! Alerte ! Perte des boucliers déflecteurs. Moteurs A et C, détruits. Moteurs B et D, endommagés. Gravité artificielle, déconnectée. Astronavigation, détruite. Convertisseur inertiel, endommagé. »

Padmé est seule. Le chevalier vient de s'évanouir. Les lumières réapparaissent sur le cuirassé. Il ne va pas tarder à faire feu. Il faut partir, immédiatement. Sans astronavigation, ce sera un voyage à l'aveugle dans la galaxie. Peu importe. C'est ça ou la mort. Avec de la chance, ils seront aspirés par la gravitation d'une étoile et sortiront automatiquement d'hyperespace.

« Que la Force soit avec nous. » Murmure doucement la petite fille, avant d'empoigner la manette de l'hyperdrive et de pousser aussi fort que possible.

Le système s'active. La lumière devient brillante.