Clic. Clic. Clic.
Qu'est-ce qui se passe ? Obi-Wan a été propulsé contre un obstacle à toute vitesse. Son dos lui fait mal. La pièce a pour unique éclairage l'alerte visuelle du couloir. Elle émet un désagréable bleu vif. La porte s'est bloquée. Un tremblement angoissant fait craquer la structure. Le padawan essaye de se relever, mais réalise qu'il est accroché au sol par un système de sécurité, une ceinture mécanique qui attrape et immobilise ce qui n'est pas attaché en cas d'urgence. Il se décroche et comprend que la gravité artificielle ne fonctionne plus.
Clic. Clic. Clic.
D'où vient ce bruit ? On dirait une agrafeuse magnétique. Le jeune homme se hisse sur la porte pour sortir, puis se laisse flotter librement dans le vaisseau. Cet appareil est immense pour un simple « yacht ». La lumière de l'alarme signale une défaillance catastrophique. Ce n'est pas surprenant, aucun appareil ne perd sa gravité artificielle. Si vos pieds ne touchent pas le sol, c'est que tout le reste des systèmes sont morts ou mourants. C'est mauvais signe. Pas de gravité, ça veut donc dire plus de modules de sauvetage. C'est un miracle de la Force d'avoir survécu !
Clic. Clic. Clic.
Le son vient du couloir. L'adolescent se propulse. Il découvre Jar Jar Binks, qui se déplace avec dextérité et agrafe des objets sur les murs pour boucher des fuites. Obi-Wan approche du gungan et demande :
« Qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Noussa touchés par grosse explosion. Noussa dériver dans l'espace. C'est tout ce que missa savoir. »
« Tu bouches ces fuites ? »
« Missa travailler dans sous-marin, missa connaître la procédure ! Boucher fuite. Survivre. »
« Vous utilisez des sous-marins ? »
Le padawan ne parvient pas à cacher sa surprise. Il s'attendait à ce qu'une espèce qui vit sous l'eau puisse se déplacer sans risque dans l'océan.
« Pourquoi tussa surpris ? Noussa gungans venir des cavernes-mondes, dans profondeurs. Beaucoup d'oxygène là-dessous. »
« Ah, oui. » Répond-il avec une assurance feinte, pour se donner un air moins bête.
Pourquoi n'a-t-il pas tout de suite pensé à ça ? C'est pourtant évident qu'une créature humanoïde ne peut pas vivre constamment sous l'eau. Jar Jar fait preuve d'un sens de l'initiative louable. Obi-Wan n'ose pas lui révéler que l'espace, ce n'est pas un océan. La différence de pression est considérablement plus faible entre le vide spatial et l'atmosphère d'une planète comme Naboo, qu'entre sa surface et son fond marin. Les fuites ne sont pas si dangereuses. D'ailleurs, l'aérateur fonctionne ! C'est une bonne chose, ça signifie que le générateur atmosphérique marche aussi. Il faudra des années pour que le vaisseau épuise ses réserves d'oxydaarak, le matériau qui sert à produire l'air.
Obi-Wan ne s'attarde pas. Il veut savoir ce qui est arrivé à Qui-Gon. Un astrodroïde roule sur le mur. L'engin doit être en train de vérifier les dégâts. Le jeune homme observe son passage, puis reprend sa route jusqu'au poste de pilotage. Un peu de vapeur s'échappe d'une conduite. De la vaisselle de luxe s'est fracassée contre le plafond et flotte en lambeau. La lumière bleue de l'alarme s'éteint, remplacée par un éclairage blanc. C'est mieux. La vibration s'aggrave. Quelque chose de dangereux est en train de se produire dans la salle des machines.
Le jeune homme empoigne la commande de l'élévateur. Rien ne se passe. Tant pis, il grimpe en utilisant l'échelle. La cabine est plongée dans la pénombre. Un petit droïde s'affaire à réparer une console. Obi-Wan atteint Qui-Gon Jinn et le secoue pour qu'il se réveille. Le chevalier semble assommé. Que faire ? L'adolescent se tourne vers la fillette, qui s'agite un peu, et la pousse légèrement. Celle-ci ouvre les yeux et hurle sous l'effet de la surprise :
« Ah ! »
« Vous allez bien ? » Demande le padawan.
« Oui... ça... où sommes nous ? »
« Je l'ignore et, sincèrement, j'espérais que vous le sauriez... »
Padmé pose ses mains sur la console de contrôle. Sans effet. La petite hésite, puis se tourne et remarque qu'un droïde travaille sur le panneau qu'elle voulait justement utiliser. La pauvre commence à paniquer :
« Je... je ne sais pas ce qu'il faut faire ! J'ai juste des bases en pilotage ! » S'écrie-t-elle.
Elle est au bord des larmes. Tout ce qui s'est passé jusque-là lui revient en pleine figure. Obi-Wan saisit sa main sans hésiter et la regarde droit dans les yeux :
« Tout ira bien. On s'en sortira. Peu importe les difficultés à venir, la Force sera toujours avec nous. Respirez. Calmez-vous. »
L'enfant ferme les yeux et respire profondément. La voix du jeune homme parvient à la détendre et à lui faire oublier, l'espace d'un instant, qu'elle est complètement brisée. Les Jedis ont ce talent. Ils savent lire dans l'âme des gens et utiliser leurs puissants pouvoirs pour y apporter un peu de paix. Obi-Wan se concentre. Il ressent toute la souffrance dans l'esprit de cette petite et essaye de la remplacer par du réconfort. Ce n'est pas la première fois qu'il fait ça. Le padawan est plutôt doué pour manipuler les émotions. C'est probablement pour ça que Qui-Gon est son évaluateur. L'Ordre a sélectionné un opposant féroce à cette technique, pour bien lui faire comprendre qu'un tel don ne doit être utilisé que s'il n'y a pas d'autres choix.
Aujourd'hui, c'est sans importance. Cette fille vient de perdre ses parents. L'adolescent peut sentir qu'elle n'a jamais été seule de sa vie. Il y a toujours eu quelqu'un pour l'accompagner et guider son intelligence. Désormais, la petite est perdue. Que doit-elle faire ? Où faut-il aller ?
« Concentrez-vous sur ma voix. Laissez toutes vos émotions s'écouler hors de votre esprit. La Force vous protégera, car nous ne faisons qu'un avec la Force. » Continue-t-il.
Une douce chaleur grandit dans le cœur de la fillette. Un puissant courage. Elle expire et regarde Obi-Wan. Au final, s'apitoyer sur son propre sort ne servira à rien :
« Je vais bien... ça va. » Dit-elle en détachant sa ceinture.
La petite repousse légèrement le jeune homme et se met à flotter. Il n'y a rien à l'extérieur, pas même la lueur d'une étoile. Quel est cet endroit ? Pendant combien de temps ont-ils dérivé dans l'hyperespace ? Elle se tourne vers Obi-Wan et dit :
« On doit descendre à la salle des machines, il faut redémarrer le réacteur. C'est la procédure en cas de catastrophe. »
« Alors, allons-y. » Répond le padawan.
L'adolescent se propulse avec ses jambes jusqu'à l'échelle et l'utilise pour descendre. Padmé le suit de près. La petite a du mal à bouger en apesanteur. C'est sa première fois. Obi-Wan se souvient des cessions d'entraînement au sabre-lumière en gravité zéro. Qui-Gon faisait un piètre professeur. Il est toujours trop sévère ou trop gentil, mais le jeune homme a tout de même compris le nécessaire. Un chevalier potentiel reçoit une attention minutieuse. L'Ordre lui a offert une instruction d'élite dans presque tous les domaines. Il s'avère compétent en physique, chimie, mathématique et histoire moderne.
Cependant, tous les appelés ne réussissent pas. Ceux qui échouent servent le plus souvent en tant que subordonnés dans les milliers de temples que compte la galaxie ou, plus rarement, comme prêtres de la Force. L'Ordre vous aidera à trouver votre place, même en cas d'échec, car telle est la voie du Jedi. Obi-Wan a atteint le prestigieux rang de padawan, ce qui le place au-dessus de ses camarades de classe. Tout le monde sait qu'un enfant sur mille devient padawan et, après une sévère évaluation de terrain, un dixième seulement de ces élus aura l'honneur de prêter le serment du chevalier. Les autres finiront gardiens des sanctuaires, membres de la cohorte prétorienne, licteurs ou aumôniers dans la flotte républicaine.
Un gros tremblement se fait sentir, tandis que les portes s'ouvrent et se ferment sans raison. L'éclairage s'affole. L'alarme se met à hurler. Une voix monotone annonce :
« Attention. Attention. Déséquilibre catastrophique du réacteur. Rupture dans le confinement du noyau hyperspatial. Détonation dans T moins 8 kebreks. »
Les deux se regardent mutuellement, puis foncent à toute allure vers la salle des machines. Soudain, quelque chose explose. Une cloison vient d'éclater, libérant une colonne de flammes blanches qui commencent à dévorer le bois des meubles. Les portes se figent. L'aération crache bruyamment de la fumée rose. Le vaisseau tombe en morceaux !
Lorsqu'ils arrivent à la salle des machines, c'est pour assister à un spectacle cauchemardesque : tout est en feu ! Un brasier vert et rouge, qui signifie que du liquide de refroidissement sert de combustible. Sans gravité artificielle, chaque foyer ressemble à une boule de feu qui grandit à mesure qu'il est alimenté en oxygène. Padmé n'arrive plus à avancer. Il fait trop chaud. Elle a peur. Le réacteur est en train d'être dévoré par ce bûcher. Au fond de la pièce, un astrodroïde s'affaire désespérément à démonter l'un de ses collègues pour souder ses composants électroniques sur le système anti-incendie.
Obi-Wan n'hésite pas. Il se jette devant cet enfer et ouvre la trappe qui contient le matériel de secours. L'adolescent sort un bâton de Saata et le met en marche. Une pression sur la commande provoque une puissante impulsion sonique qui peut étouffer n'importe quelle flamme. Il vise et pousse le bouton. Une partie de la salle s'éteint d'un coup. Malheureusement, l'incendie reprend immédiatement. Le réacteur l'alimente. L'ordinateur est devenu fou ! Le jeune homme se tourne et découvre que toute chance de fuir disparaît. Un autre feu bouche déjà l'entrée !
« Comment on redémarre le réacteur ? » Hurle le padawan à la petite fille.
La fillette peine à respirer, mais rassemble son courage et répond :
« La manette de commande au milieu du pupitre de contrôle ! Vous la tirez deux fois dans votre direction ! »
Obi-Wan s'enfonce dans la salle, utilisant son bâton à la fois pour se propulser et éloigner le feu chimique. Celui-ci revient sans cesse, de plus en plus violent. Un mur se casse, crachant un incontrôlable brasier blanc. Rien à faire, ce bâton ne suffira pas. Plus le choix. L'adolescent approche de la console au mépris de sa propre sécurité, centimètre par centimètre. Soudain, tout s'éteint à sa gauche. Un coup d'œil dans son dos lui permet d'entrapercevoir la silhouette de Jar Jar Binks, un autre bâton de Saata à la main. Il aide de son mieux depuis l'extérieur. Enfin, la console ! Le jeune homme empoigne le levier du centre. C'est brûlant, mais peu importe. Il tire une première fois. Le pupitre s'éclaire.
L'astrodroïde termine juste à l'instant son travail. Le système anti-incendie se réactive. Les flammes s'éteignent. Malheureusement, le pauvre robot est trop endommagé pour continuer et se fige pour de bon. Obi-Wan rabat une seconde fois la manette vers lui. Toutes les lumières et les alarmes se taisent.
« Redémarrage du réacteur ! » S'exclame une voix robotique.
L'éclairage revient peu à peu. La fumée est avalée par le système d'aération. Le tremblement s'arrête enfin. Tout redevient calme. Jar Jar entre dans la salle et vérifie que c'est bien terminé :
« Voussa pas blessé ? » Demande le gungan.
« Non, je vais bien. » Répond Obi-Wan avec un grand sourire.
« Missa rassuré. »
« Rééquilibrage du réacteur en cours. Régénération de confinement du noyau hyperspatial. Gravité artificielle, réactivée. Attention ! Multiples avaries détectées ! » Continue la voix synthétique.
Tout le monde chute délicatement vers le sol. La pesanteur est revenue ! Deux astrodroïdes entrent dans la pièce et commencent à évaluer les dommages. Ils se mettent au travail, réparant ce qui peut l'être avec les moyens du bord. Le padawan sort et remarque que Padmé est encore prostrée au sol. Il se met à genoux, pose sa main sur son visage et lui dit :
« Nous sommes sauvés. Il n'y a plus rien à craindre. »
La fillette le regarde avec des yeux humides, tremblante. Il y a des gens qui passent leur vie entière sans connaître le tiers des horreurs que cette petite a été obligée de subir en une seule journée. Elle se relève :
« Retournons au poste de pilotage. Nous devons découvrir où on est ! » Dit-elle en essayant vainement de camoufler qu'elle est au bord de faire un malaise.
Le vaisseau est dans un état catastrophique. Presque toutes les cloisons ont éclaté. Le sol en marbre s'est fissuré. Par chance, l'élévateur fonctionne encore et permet d'atteindre le cockpit sans être obligé de monter à l'échelle. Qui-Gon est assis sur le côté d'un siège, ses deux mains plaquées contre sa figure. Obi-Wan fonce vers son maître :
« Maître ! Vous allez bien ? » Demande-t-il.
« Oui... j'ai la sensation d'avoir été frappé à la tête par toute une armée. Qu'est-ce qui s'est passé ? Où sommes nous ? »
« Notre vaisseau a été touché par quelque chose. Pratiquement plus rien ne marche. J'ignore où nous sommes... »
« La fédération allait nous anéantir. Je n'ai pas eu le choix. J'ai poussé la commande de l'hyperespace mais... l'astronavigation ne fonctionnait plus. » Précise Padmé.
Qui-Gon se masse les tempes, puis répond :
« C'était la meilleure chose à faire. Vous n'aviez pas le choix. Seulement... »
« Nous sommes perdus dans la galaxie. » Coupe Obi-Wan.
« Malheureusement le temps nous est compté. Chaque minute, des gens meurent. Il faut trouver une solution. » Termine Qui-Gon.
