Un vent fort souffle sur les sables. L'air est sec. Obi-Wan empile des morceaux de métal à l'extérieur du vaisseau depuis déjà une heure. C'est sa première fois sur une planète désertique, sont-elles toutes si infernales ? Il n'y a que des dunes à perte de vue. Cet endroit est-il seulement habité? On en douterait presque, mais la jeune Amidala parle d'une ville à quelques heures de marche.
« Missa poser ça ici ? » Demande Jar Jar Binks.
« Oui, c'est parfait. » Répond l'adolescent, sans vraiment regarder.
Le gungan est visiblement mal à l'aise. Une telle sécheresse doit être cauchemardesque pour une créature amphibie. Il part régulièrement s'immerger dans l'une des salles de bain mais c'est sans espoir : sa peau se déshydrate dans l'instant. Pourtant rien à faire, le gars veut absolument se rendre utile. Une noble intention, mais est-ce réellement nécessaire d'en faire autant pour sortir de simples déchets ?
« Jar Jar, vous n'aviez pas besoin de venir m'aider pour si peu. »
« Voussa pas avoir d'inquiétude. Missa pas fatigué ! » Il offre un magnifique sourire, mais la souffrance se lit sur son visage.
Pourquoi Qui-Gon a-t-il insisté pour qu'Obi-Wan réunisse ce qui reste des droïdes cassés dehors ? Le padawan soupçonne qu'il s'agit d'une ruse, qui laisse à son maître le temps de réfléchir. Il s'est enfermé dans l'infirmerie. Son état doit être préoccupant.
Padmé descend la rampe d'accès et s'éloigne un peu. Elle tient une boîte en bois avec deux poignées métalliques dans ses mains. La petite dirige la chose vers le vaisseau et tire sur une gâchette, puis la dépose et en extirpe une plaquette dorée. Un holoscope ? Obi-Wan n'avait jamais vu d'holoscope en bois avant. L'appareil sert à prendre des clichés en trois dimensions, qui révèlent les moindres détails de l'extérieur comme de l'intérieur des objets. Un engin tellement précis qu'il immortalise jusqu'à la moindre vis. L'outil est bien pratique, mais ne fonctionne pas si sa cible est couverte par un bouclier déflecteur.
La fillette observe la lamelle d'or à l'ombre, puis la range dans sa ceinture. Elle empoigne ensuite la boîte et retourne à bord. On remarque que ses yeux sont très rouges. Le jeune homme l'a entendue pleurer un peu avant de commencer son travail. La petite s'était enfermée dans l'une des chambres. Puisse-t-elle trouver du réconfort dans la Force.
Le padawan est surtout inquiet pour son maître. Qui-Gon semble gravement blessé. Pouvait-on espérer mieux ? Le Jedi a touché l'illumination du doigt et l'adolescent sait que ce genre de « miracle » coûte toujours quelque chose, mais quoi ? L'intéressé sort justement au même moment et prend une longue inspiration. Son visage est plus livide que d'habitude ? Non, Obi-Wan s'imagine juste des choses. Padmé le suit comme son ombre. L'homme se retourne, remarque la gamine et lui sourit. Le chevalier fait ensuite signe à tout le monde d'approcher, puis leur dit :
« Notre vaisseau ne redécollera plus. Les moteurs ont lâché. »
« Qu'est-ce que nous allons faire, alors ? » Demande la fillette.
« La solution logique consisterait à trouver quelqu'un pour réparer. Nous pourrions le financer en vendant une partie du mobilier, mais j'imagine que vous comprenez tous pourquoi cette option n'est plus envisageable. »
En effet, pas besoin d'expliquer davantage. La raison est évidente pour tout le monde. Il faudrait au moins deux mois pour remettre un tel vaisseau en état de voyager. Ce n'est pas un modèle commercial. Les pièces ont été construites sur-mesure. Rien n'est standardisé. Le seul fait de démonter les moteurs prendrait une bonne semaine, en partant du principe que le mécanicien soit vraiment doué. Les nubiens ne vont certainement pas pouvoir attendre aussi longtemps.
« Notre meilleure option est la plus radicale. Nous allons vendre ce vaisseau et en acheter un autre. Un yacht de cette qualité, même gravement endommagé, vaut une fortune. Tous les concessionnaires nous proposerons au moins un appareil d'occasion en échange. »
« Je ne suis pas certaine d'apprécier l'idée de vendre un trésor royal... mais j'imagine que nous n'avons pas le choix, n'est-ce pas ? » Réagit Padmé.
Qui-Gon ne répond pas immédiatement. La voix de la reine est devenue lugubre. Ce véhicule n'a aucune importance pour elle. Au mieux, c'était un outil pratique. Seulement voilà, c'est un emblème du savoir-faire et de la fierté des nubiens. Au moment où la civilisation nubienne est au bord de l'anéantissement, vendre un tel symbole est lourd de sens. La situation est catastrophique à ce point.
« Non, majesté. Nous n'avons pas de meilleur moyen. J'en suis navré. »
« J'en suis navrée aussi... » Termine-t-elle sèchement.
C'est terrible à quel point cette pauvre enfant semble être au bord des larmes à chaque instant. Jar Jar pose sa main sur son épaule :
« Voussa pas avoir peur ! Nubiens reconstruiront vite plus beau, plus rapide ! »
Elle sourit. Son visage exprime une bonté rare. La petite devrait être en colère, mais on ne voit pas le moindre ressentiment dans ses yeux. Une telle innocence est magnifique à observer. L'adolescent se reprend et demande :
« Vous irez négocier la vente auprès d'un marchand en ville, maître ? »
« Malheureusement, je ne pourrais pas marcher plus de quelques minutes dans ce désert. C'est toi qui va devoir t'en charger, Obi-Wan. »
« Moi ? Mais... mais je n'ai jamais négocié de vente, maître ! »
« Il faut une première fois pour tout. Nous sommes sur une planète sauvage, mon jeune padawan, quelqu'un doit rester pour protéger la seule richesse que nous avons. Je peux répondre à n'importe quelle menace, même dans un tel état. »
« Je pourrais... »
« Non, Obi-Wan ! C'est un ordre ! Tu obéis ! »
Le jeune homme se tait. Ce sera la première fois de sa vie qu'il va devoir agir sans quelqu'un pour le guider. Que faire s'il prend une mauvaise décision ?
« J'irais avec lui. » Ajoute Padmé.
« Ce n'est pas recommandé, votre altesse. Vous devriez... »
« Avec tout mon respect, seigneur-chevalier, je sais communiquer dans douze langues... dont le Hutt. Est-ce qu'Obi-Wan sait parler le Hutt ? » Interrompt-elle.
« C'est-à-dire... pour être honnête... non. » Répond l'intéressé.
« J'ai aussi une formation de diplomate, avec comme spécialité les protocoles de la négociation commerciale. Obi-Wan est-il formé à la négociation commerciale ? »
« Techniquement... oui... enfin... plus ou moins... » Bafouille une nouvelle fois le padawan.
« C'est donc décidé. » Termine-t-elle.
Alors qu'il s'attendait à ce que Qui-Gon résiste, celui-ci acquiesce au contraire d'un simple hochement de tête. Le gungan avance et s'exclame fièrement :
« Missa venir aussi ! »
« Non, vous restez. » Grogne le chevalier.
« Missa capable de... »
« Est-ce que j'ai réellement besoin de vous expliquer, cher ami gungan, pourquoi marcher plusieurs heures dans un désert est une très mauvaise idée pour vous ? »
Jar Jar Binks se fige. Il répond finalement, dans un soupir :
« Missa rester ici. »
Son visage gêné est amusant. Padmé ricane. Ils prennent une demi-heure pour préparer un sac chacun. Par sécurité, il vaut mieux prendre le nécessaire pour manger, boire et dormir plusieurs jours. Il y a deux semaines à peine, la fillette se disait que ce n'était pas bien grave que les landspeeders du yacht partent tous à l'inspection en même temps. Aujourd'hui, elle regrette de ne pas en avoir. Ce voyage serait moins dangereux avec un véhicule. Alors que le jeune homme boucle enfin son sac, Qui-Gon lui lance un sec :
« Obi-Wan ! »
Il se retourne et s'apprête à répondre, mais son maître continue :
« Ton sabre-lumière ! »
Le jeune homme approche, détache l'objet de sa ceinture et le met dans la main du chevalier. L'engin lévite et éclate. Les pièces bougent, puis se réassemblent. Enfin, le sabre-lumière redescend dans la paume de Qui-Gon, qui l'inspecte minutieusement. Il l'allume. La lame rugit et se tortille, puis s'éteint. Le Jedi rend l'outil à son padawan :
« Désormais, ce n'est plus un sabre-lumière d'entraînement, mais une arme. Tu devras le traiter comme tel. »
« Oui, maître. »
« Répète après-moi : il n'y a pas d'émotion, il y a la paix. Il n'y a pas d'ignorance, il y a la connaissance. Il n'y a pas de passion, il y a la sérénité. Il n'y a pas de chaos, il y a l'harmonie. Il n'y a pas la mort, il y a la Force. »
Obi-Wan s'exécute sans discussion. Il connaît le code du Jedi par cœur. Tout le monde dans la galaxie pourrait réciter ces quelques mots de tête sans effort. Pourtant, ils ont soudain un poids différent.
« Très bien, Obi-Wan. Jusqu'à ce que nous retournions sur Coruscant, tu n'es plus un padawan mais un chevalier qui a prêté serment, c'est bien compris ? »
« Oui... maître. » Répond-il, abasourdi.
« Cette mission repose sur tes épaules. Tu n'as plus besoin de retenir tes coups ou d'attendre mon autorisation pour employer la Force. Maintenant, en route ! »
La fillette est prête. Elle vérifie discrètement son pistolet blaster. Le chargeur contient suffisamment de gaz pour quelques tirs. Il reste à espérer que les gens d'ici n'auront pas de problème avec le fait qu'une fille de douze ans se balade armée. Cela dit, il ne faut pas s'inquiéter pour ça en territoire Hutt. Obi-Wan vient à ses côtés. Il essaye de camoufler son angoisse. Les deux font simplement signe et se mettent en route sans un mot.
Qui-Gon Jinn observe le duo qui s'éloigne, tandis que Jar Jar Binks vient s'installer auprès de lui :
« Eussa très jeunes. Voussa savoir ce que voussa faire ? »
« Tout se passera bien. La Force est avec eux. »
