Enfin ! La ville ! Obi-Wan soupire de soulagement. Leur périple dans le désert se termine ! L'adolescent peut apercevoir des maisons à la blancheur étincelante dans tous les sens. C'est plus grand qu'il ne l'espérait.
« Vous voyez, c'était la bonne direction ! » Signale Padmé.
« En effet. Je n'aurais pas dû douter, majesté. »
La fillette sourit avec fierté. Ce n'est pas difficile de comprendre qu'elle craignait aussi de s'être trompée de chemin. Le jeune homme est conscient qu'ils ont surtout eu de la chance. Réussir à s'orienter correctement sur une planète inconnue n'est pas un mince exploit. Ce qui reste de voyage semble plus confortable, maintenant que leur angoisse s'est calmée. Obi-Wan remarque que des gens s'affairent. Il y a de l'activité et de nombreux vaisseaux sont posés dans le désert. Qu'est-ce qui se passe ? Un groupe de femmes hisse une banderole couverte de hiéroglyphes colorés. La petite pose sa main sur son front pour se protéger du soleil, avant de dire :
« C'est écrit : 'Célébrons l'anniversaire du grand Jabba !' »
« Hé bien, quel timing ! Cet évènement pourrait nous servir. »
Padmé se garde de répondre. Elle semble inquiète. L'adolescent s'en rend compte et lui demande :
« Quelque chose ne va pas ? »
« Non... ce n'est rien. Juste une sensation bizarre. »
Obi-Wan a aussi une étrange impression. Quelque chose l'attire dans cette ville. Ils atteignent la périphérie et entrent dans la cité. Les habitants sont bien trop préoccupés par les décorations pour faire attention à deux voyageurs. Le jeune homme observe subrepticement les gardes qui patrouillent dans la rue. Ils portent tous l'armure dorée des cohortes mandreloukh, les esclaves-légionnaires Hutt. Une lanière de cuir avec un écusson tombe de leur épaule droite : ce sont les armoiries du propriétaire. Le jeune homme estime la présence d'une douzaine de clans. Il s'approche de la fillette et chuchote :
« Nous devrions faire profil bas. »
« Ce serait judicieux, effectivement. » Répond-elle.
Le Jedi retire discrètement le sabre-lumière à sa ceinture pour le camoufler dans une poche spéciale de son vêtement. La rue principale est bondée. Il y a des marchands partout, qui discutent bruyamment et hurlent des prix. Le lieu est protégé du soleil par des voilures multicolores. Une douce odeur d'épices, de viande grillée et de thé embaume l'endroit. Les yeux de Padmé se remplissent d'étoiles : ce spectacle la fascine ! Quatre mandreloukhs armés de blasters en os descendent l'avenue. Les Hutt ont la sombre habitude de construire des armes avec les restes de leurs adversaires. Un esclave de haute qualité, tel que l'excellent artisan ou l'artiste talentueux, se fera arracher toutes ses dents avant d'être vendu. Ils s'en servent comme monnaie d'échange pour les faveurs.
« Je reviens ! » S'exclame la fillette.
Elle disparaît avant qu'Obi-Wan ne puisse réagir. Le jeune homme n'a donc pas d'autre choix que d'attendre. Il s'écarte de la foule et s'installe contre un mur en examinant les étals. Il y a de tout : nourriture, outils, droïdes, vêtements, etc. L'hygiène laisse à désirer. La viande traîne dans le sable ! Les légumes sont abandonnés dans un liquide nauséabond. C'est immonde. Le plus surprenant, c'est que des gens achètent tous ces produits sans hésiter ! Le Jedi ne serait pas surpris de découvrir que les centres médicaux font fortune sur cette planète. L'adolescent se demande soudain si ça ne serait pas plus simple de louer un vaisseau. Il suffirait de trouver un pilote acceptant de faire le voyage jusqu'à Coruscant. Non, c'est une idée stupide... Qui-Gon a certainement une bonne raison de ne pas retenir cette solution.
Le ton se lève dans la foule. C'est un humanoïde bleu couvert de poils, qui se dispute avec une masse tentaculaire orange. Ils en viennent aux mains. Les voilà qui se battent comme des chiffonniers en se jetant à terre. Un groupe approche pour hurler des encouragements. Quelqu'un commence même à proposer des paris ! Un vieil homme sort son instrument de musique et se met à en jouer avec quelques camarades, chantant par-dessus les cris. Une dizaine d'enfants dévalent l'avenue en bousculant tout sur leur passage. Ils renversent des cages, permettant aux animaux de s'enfuir. Un camelot aboie immédiatement dans la direction des gamins, mais c'est peine perdue. Ils sont déjà loin. Le rude gaillard ne peut que courir après sa marchandise. On tire sur l'habit d'Obi-Wan : c'est Padmé !
« Vous attendez quelqu'un, preux chevalier ? »
Le jeune homme ricane :
« Oui ! Une fillette qui fait votre taille et a tendance à me laisser de côté. »
« Quelle gamine sans éducation ! Cela dit, vous ne pensez pas qu'elle a une justification pour agir ainsi ? Moi je le crois. »
« Je suis curieux de connaître votre opinion, alors. »
« Les gens répondent plus amicalement à ses questions quand elle n'est pas accompagnée d'un jeune homme, certes séduisant, mais tout de même plutôt menaçant. »
« C'est... c'est juste... »
« Vous voyez ? Les mômes de notre époque savent ce qu'ils font ! »
L'adolescent ne peut que rire, encore une fois.
« Alors, qu'avez-vous découvert ? »
« Des banalités, surtout. Cette ville s'appelle Mos Espa. C'est ce qui se rapproche le plus d'une capitale planétaire. Il y a des concessionnaires au nord, mais... »
« Mais ? »
« Nous allons avoir du mal à trouver ce qu'on cherche. L'anniversaire de Jabba est une aubaine pour les commerçants. Ils ont tous vendu leurs stocks ! »
« C'est problématique... »
« Soyons optimistes, il reste peut-être quelque chose ! »
« J'imagine que nous n'avons pas de meilleure option, alors allons-y. » Soupire Obi-Wan.
Les deux se remettent en mouvement, cette fois en direction du nord. Ils passent devant le temple local du culte de la Force. La structure est en décrépitude. Elle semble avoir été abandonnée depuis des décennies. Tout est saccagé ! Même les saintes fresques sont dans un état lamentable ! Que s'est-il passé ? Qu'est-il arrivé au prêtre ? Ils atteignent ensuite une grande place couverte par un immense attroupement. Une odeur de charogne remonte. Le jeune homme se couvre le nez avec un mouchoir pour s'en protéger. Une estrade en métal a été érigée en toute hâte devant de nombreuses cages. Les badauds se pressent par dizaines. Une voix grave s'élève au-dessus d'eux :
« Acheteurs, approchez ! Venez tous admirer les dernières captures de notre merveilleux Jabba ! »
Le responsable est une créature couverte d'écorce. Ses membres inférieurs sont semblables à ceux d'un crabe. Il est habillé d'un costume arc-en-ciel et lève ses long bras vers les cages en présentant... des esclaves ! Il y en a des centaines ! Quelques-uns sont de jeunes enfants venant de la bordure extérieure. Seulement, on peut surtout voir des uniformes de la marine républicaine. Un équipage militaire ! Le capitaine, un barbu, est couvert de blessures suintantes. Ses dents lui ont été soutirées. Sur sa gauche, on remarque une femme ayant le bras droit sectionné au niveau du coude. Ce qui reste est gangrené. Les autres prisonniers sont à peine en meilleure forme. Ils ont été torturés ?
« Ne vous fiez pas à leur apparence malheureuse ! Envoyez donc tous ces braves dans un centre médical et ils auront assez d'endurance pour vous servir durant des décennies ! Admirez leur robustesse ! Regardez ces femmes qui feraient de superbes servantes ! Ou même ces enfants avec leurs mains agiles ! Allons, allons, n'avez-vous pas besoin de toutes ces mains pour accomplir vos tâches délicates ? Alors n'hésitez plus ! Pour célébrer l'anniversaire de notre bienfaiteur, chaque esclave acheté viendra avec un deuxième, offert par la maison ! »
Un brouhaha s'empare de la foule et certains hurlent déjà des propositions. Les enchères commencent. Un spectacle honteux. Obi-Wan serre ses poings. Il avance vers l'estrade avec détermination, mais est arrêté dans son élan par Padmé. La petite ne le regarde pas, mais on devine aisément son expression. L'adolescent observe le public qui se presse pour arracher les esclaves des cages et se les disputer comme des sacs de grains. Le sang du jeune homme se met à bouillir, mais il préfère reprendre sa route, laissant juste quelques larmes couler le long de ses joues. Il y a trop en jeu. La mission passe avant tout.
