Une fois en DM sur Twitter avec Aerandir Linaewen, j'avais évoqué l'idée d'un crossover. Vous vous en doutez, j'ai été soutenue dans cette entreprise, sinon on en serait pas là aujourd'hui. Sous forme de plusieurs one-shots, ces histoires sans queues ni tête ne se suivent pas. Considérez les comme des tranches de vies éparses. Que ce soit le capitaine ou bien le chef Autobot, aucun des deux n'avait envie de se retrouver là. Rebi par contre apprécie. Optimus Prime est dans sa version Bayverse (= films de Michael Bay), c'est à dire la version « donne-moi ta tête ».
Situez Optimus entre le quatrième film et le cinquième, pour le contexte du « pourquoi qu'il est gelé ? » cherchez « Optimus Prime sucks at space travel » sur youtube.
Il appartient à Hasbro et Paramount.
Pour Harlock c'est 84. Tous les gens non cybertroniens appartient à Leiji Matsumoto.


1. Contact

— Alors là... » souffla Harlock

Il en avait vu des choses bizarres. Bizarres autant qu'étranges. Mais ça, jamais. Portant sa main droite à sa ceinture, là où se trouvait son Cosmodragon, il tendit sa main gauche, signalant à l'individu lui faisant face de faire attention à ses gestes.
Enfin, ça c'était en théorie... En pratique, un flingue immense rouge bardé de flammes bleues était pointé sur lui. Inspectant l'arme de son œil valide, il en déduit rapidement que l'engin devait faire facilement deux fois sa taille.

Le pirate ne se démonta pas pour autant.

—Lâchez votre arme.

Son interlocuteur, suspicieux, finit par obtempérer, non sans quelques grognements au passage. Qu'est-ce qu'il faisait là déjà ? Il parcourait son environnement des yeux, sans que quoique ce soit ne lui semble familier, puis ses yeux se posèrent sur le pirate : balafré, borgne, drapé dans une cape noire, des têtes de mort éparpillées sur sa combinaison. Il ressemblait à tout sauf à l'idée qu'il se faisait d'un astronaute.
Là, il avait besoin d'une pause, sinon son processeur allait griller.

— Pourquoi suis-je ici ?

Harlock nota que le géant qui se tenait en face de lui avait eu une réaction défensive qui était somme toute, logique. S'imaginant à sa place, il réalisa qu'il n'aurait certainement pas fait mieux, mais se garda de le souligner à haute voix. Prenant cette fois-ci plus de temps pour détailler du regard le colosse de métal, il joua mentalement au jeu des devinettes afin de déterminer ce qu'il était. Pas un humanoïde déjà, il était bien trop grand. Beaucoup trop grand. Il devait mesurer au bas mot une bonne dizaine de mètres. Par chance il pouvait se tenir debout dans le hangar à spacewolves. S'il n'était pas humanoïde, bien que partageant des traits communs au niveau de la silhouette, qu'est-ce qu'il était ? Il ne ressemblait pas non plus à quelconque robot agissant selon un programme téléchargé. Non, ça n'était pas un humain qui l'avait fait, il pourrait parier son vaisseau sur ce fait.

Ce qui dérangeait le pirate présentement n'était ni la taille, ni les couleurs, ni la grosse voix de l'être robotique, mais plutôt l'expression faciale qu'il arborait : un mélange de « je vais te broyer de ma main » et « une réponse, de préférence qui arrive vite ». Pourtant le ton avec lequel le cybertronien avait posé sa question était incroyablement calme, si on occultait sa voix de baryton.

— Vous êtes à bord de l'Arcadia, mon vaisseau. Je suis le capitaine Harlock. Vous dériviez dans l'espace, gelé. Nous avons intercepté votre message. Vous parliez de « laisser la planète Terre en paix » et que vous « veniez vers quelqu'un ».

« Ah » pensa le robot, don't les optiques d'un bleu électrique laissaient transparaître que, de toute évidence, tout ne s'était pas déroulé comme prévu.
Il devinait qu'il avait du se mettre en stase lorsque son système de navigation avait gelé, suivi de près par chacun de ses composants. Bon ,Harlock avait une tête un peu moins sympathique que les humains qu'il avait l'habitude de fréquenter, mais s'il était sur ce vaisseau, en vie, c'est que l'humain ne lui voulait pas trop de mal. Surtout qu'en général, à bord des vaisseaux, un équipage était présent. Il se conforta dans l'idée qu'il n'était pas en danger immédiat, contrairement à ce qu'il risquait s'il était sur Terre à ce moment précis. Pour être honnête, au bout de quatre millions d'années d'existence, se retrouver sur un vaisseau spatial commandé par un humain n'était pas la chose la plus bizarre qui lui soit arrivée. Pourtant, de ce qu'il savait, les humains ne voyageaient pas des masses en vaisseau, où alors ça aussi il était en train de le découvrir ? Se recentrant sur Harlock, il baissa légèrement la garde, sans toutefois se sentit pleinement en confiance. Après tout, ces dernières années les humains n'avaient eu de cesse de le traquer, lui et les siens... Il posa un genou à terre pour essayer du mieux qu'il le pouvait, de se mettre à la hauteur du capitaine.

Lors de la manœuvre qui ne fit que renforcer l'impression de petitesse d'Harlock, ce dernier nota la présence de l'immense épée dans le dos du robot. Harlock se rappela que deux enfants étaient présents à bord et que c'était quand même pas mal que son invité ne l'ait pas dégainée.
L'immense tête aux optiques d'une couleur trop vive pour sa rétine, dotée d'un casque bleu (il aimait beaucoup le bleu apparemment) avec ce qui s'apparentait à des antennes, était beaucoup trop proche de la sienne pour qu'il apprécie. Bien que gardant une expression neutre, il espérait qu'il n'allait pas le bouffer tout cru.

— Mon nom est Optimus Prime, je suis un organisme robotique autonome de la planète Cybertron. A l'origine, j'étais justement en route pour la rejoindre, au départ de la Terre. Je constate que les évènements ont pris une tournure, je le crains, déplaisante.

« Et que franchement, j'aurais pu quand même prendre en compte que partir tout seul dans l'espace, quand on est typiquement d'une constitution qui ne supporte pas les températures extrêmes, n'était pas l'idée la plus brillante que j'ai eue » ajouta-t-il mentalement, sans pour autant admettre complètement qu'il avait merdé. Et en beauté.

Harlock comprit sans effort que le voyageur extraterrestre n'avait aucune intention de nuire à qui que ce soit. De toute manière, vu la proximité de l'immense tête, l'alien aurait eu mille occasion de le réduire en bouillie.
Le borgne allait ajouter quelque chose lorsque des petits pas rapides se firent entendre.

—Ah, Rebi... souffla le pirate

« AH, REBI. »
Harlock commença à paniquer. Il craignait autant les réactions d'Optimus (c'est quand même bien d'avoir un nom à mettre sur un être haut comme un immeuble) que celles de la petite fille.

Optimus plissa ses optiques. Ses senseurs ne lui indiquèrent aucun danger imminent, ni quelque chose de grand. Les portes automatiques du hangar s'ouvrirent, laissant apparaître une fillette blonde, qui semblait beaucoup trop jeune selon Prime pour être à bord d'un vaisseau spatial.

Bien sûr que la gamine avait remarqué le géant, et bien sûr qu'elle était là pour ça aussi, Tadashi avait certainement raconté à la petite comment l'Arcadia avait récupéré un robot géant gelé en déroute totale.

— Rebi, tu devrais retourner avec Tadashi ou ton grand-père, c'est dangereux pour toi ici, ordonna aussi gentiment que possible mais fermement, le pirate à la petite fille

Optimus réalisa rapidement qu'elle n'allait pas vraiment prendre en compte ce que le capitaine disait. Non, elle n'en avait certainement rien à faire.

— Tadashi m'a dit qu'on avait trouvé un grand monsieur tout en métal dans l'espace, et qu'il était gelé. Je venais voir s'il avait toujours froid, déclara Rebi, manifestement très investie dans l'aide sociale aux robots géants congelés

Harlock savait en son for intérieur que c'était inutile d'insister.
Par contre, ça ,Optimus ne l'avait pas vu venir. Si lui était coutumier des humains, il s'attendait à un peu plus qu'une décontraction totale de la part de la petite Rebi. Machinalement, il se recula un peu, craignant que le moindre mouvement un tant soit peu brutal n'ait des répercussions dramatiques sur la toute petite humaine qui lui faisait face. Si elle mesurait la moitié d'un de ses doigts, c'était déjà un exploit.
Rebi pencha sa tête sur le côté détaillant Optimus des pieds à la tête. Ce dernier craint qu'elle ne se blesse à la nuque tellement elle rejeta sa tête en arrière pour le regarder. Il devina aussi, à en croire l'immense sourire qui finit par se dessiner sur les lèvres de la fillette, qu'il était devenu quelque chose de génial pour ses yeux d'enfants, là ou le capitaine voyait un danger plus qu'autre chose.

— T'es réveillé monsieur le géant ? Tu n'as plus froid ? Je m'appelle Rebi, j'habite ici avec mon grand-père qui est le docteur. Et toi, tu t'appelles comment ?

Harlock n'avait pas du tout apprécié la familiarité avec laquelle la petite s'était adressée à Optimus. Après tout, c'est pas parce qu'il s'était présenté qu'il était devenu quelqu'un de rassurant qu'il choisirait comme nounou pour Rebi, bien qu'il admette que les batailles spatiales à grand coups de canons pulsars n'étaient pas non plus très indiquées dans l'éducation d'une enfant. Mais il ne pouvait gérer qu'une catastrophe à la fois.
Plus que méfiant quant à la réaction de l'alien qui arborait des flammes qu'Harlock considérait comme une faute de goût, il remarqua cependant qu'Optimus hésitait entre « qu'est-ce que c'est que ce merdier » et « j'ai trop peur de te briser en mille morceaux si je bouge » comme expression à plaquer sur son visage.

— Je m'appelle Optimus Prime. Et non je n'ai plus froid., hésita-t-il, réalisant à quel point la situation était irréelle et qu'il ne devrait techniquement pas se retrouver dans cette position

Mais Harlock ignorait encore à quel point Optimus avait le même talent que lui pour se mettre dans des situations improbables. Il sentit aussi que l'alien commençait à se questionner sur la normalité de ce qui se passait.
Et le sourire de Rebi s'élargit encore.

— T'as l'air gentil, Optimus, comme le capitaine. J'espère qu'on sera copains tous les deux !

Optimus toisa Harlock, comme pour lui signifier que c'était grave. Oui c'était grave que la petite fille ait compris plus vite que le pirate qu'il n'était pas une menace. Il mis ça sur le compte de l'innocence qui était le privilège de l'enfance.
Rebi se rapprocha encore plus, ne laissant que peu de marge de manœuvre à Optimus qui voulait éviter à tout prix le moindre contact avec l'enfant qui était somme toute, bien trop fragile physiquement pour qu'il ose respirer à proximité d'elle, si tant est qu'il lui eût été possible de respirer. « Elle se serait bien entendu avec Bumblebee s'il avait là » se dit Prime, regrettant plus que jamais l'absence de Bee.

— Tu peux me prendre dans ta main ? demanda spontanément Rebi

Optimus cligna des yeux deux fois. Harlock réagit exactement de la même façon.

— Pardon ? demanda Optimus, espérant avoir entendu totalement autre chose, priant pour que cette situation soit fictive

— Je veux que tu me prennes dans ta main, ça doit être génial d'être aussi grand que toi !

Elle insistait en plus. Bien que ça ne soit pas la chose la plus étrange qu'il ait eue à faire, et bien que ça ne serait pas la première fois qu'il prendrait un humain dans sa main, la situation le déboussolait un peu. Certainement la congélation, se persuada-t-il.

— Je ne suis pas sûr que ça soit une bonne idée, répondit-il simplement, sentant peser sur lui le regard d'Harlock qui lui disait de faire attention sinon il allait le poursuivre dans les flammes de l'enfer
— De toute façon tu vas pas me faire de mal hein ?

Non, ce n'était absolument pas son intention, mais la différence de taille était quand même assez importante pour qu'Optimus mesure les risques que Rebi encourait.
Prime implora Harlock du regard de l'aider. Contrairement à ce que laissait penser la présence de l'immense épée ainsi que du bouclier, il n'allait pas résister longtemps aux supplications de la petite humaine.
La notion de danger étant écartée, Harlock avait bien envie de laisser le plaisir à Optimus de se dépatouiller avec la gamine. Puis c'était lui de toute façon qui récolterait les demandes incessantes de Rebi, sachant pertinemment qu'il finirait par demander lui-même au robot d'accéder à sa requête.
Prime comprit qu'il n'aurait aucun soutien de la part du balafré. Après tout, s'il
faisait bien attention ça passerait.

— Non, il est vrai que je ne te ferai aucun mal.

Avec une prudence qu'il ne se connaissait pas, il tendit sa main vers Rebi qui s'empressa d'y grimper. Remontant son immense main métallique puis se relevant, faisant attention à ne pas trop secouer la petite, il porta la main à hauteur de son visage.

Toute une série de questions traversa l'esprit d'Harlock : et s'il la faisait tomber ? Et s'il la jetait contre le mur ?
C'est sûr que la fillette devait se croire dans un parc d'attraction, elle ne se méfiait absolument pas. Force est de constater que, non, elle n'était pas réellement en danger. Mais il fallait quand même qu'il discute avec elle du fait que non, on ne demande aux robots géants s'ils peuvent jouer les manèges à sensations. Apparemment, le nouvel ami de Rebi ne semblait pas non plus entrain de souffrir le martyr.
Surveillant attentivement la petite tête blonde qui appréciait grandement ce qui se passait, Harlock laissa la pression redescendre.

— Hé capitaine, t'es d'accord qu'Optimus reste avec nous ?

Il arqua son seul sourcil visible : quoi ?
Puis il se prit la vérité en pleine face. Non seulement le Doc allait le tuer pour avoir laissé Rebi escalader un robot géant extraterrestre peint avec des flammes, mais en plus l'alien en question surveillait mieux que lui la fillette qui vivait sur son propre vaisseau.
Puis en passant, il serait sympathique que Rebi touche à nouveau le sol, non qu'il déteste l'idée qu'elle fasse un tour de manège, mais il apprécierait grandement que le nouveau meilleur ami de la petite lui restitue ladite petite.

Parce qu'aucun des trois n'avait l'air d'être pressé de couper court.
Parce qu'importe ce que le Doc dirait.
Parce que les robots géants n'étaient pas des monstres.
Parce que Rebi souriait.