Obi-Wan tient son sabre-lumière, qui lui sert d'éclairage dans les ténèbres. C'est sa seule utilité compte tenu des conditions. La ligne rouge indique une direction dans ce dédale. Le jeune homme n'est pas rassuré. Sa terreur devient difficile à contrôler. Un Jedi ne doit pas laisser sa peur prendre le dessus, mais celle-ci n'a rien de naturel. L'adolescent tousse. La poussière de Cortosis s'infiltre dans ses poumons. Sa gorge lui fait aussi mal que s'il avait avalé du feu.

Le padawan avance prudemment, avant de sursauter en passant une porte : une centaine de cadavres desséchés sont répandus dans tous les sens ! La ligne dit qu'il faut aller par là. Bon sang ! L'adolescent passe au milieu des corps. Ils viennent de l'équipage. L'uniforme se reconnaît à peine. Les blessures sont spécifiques. Ce n'est pas un dommage de blaster, plutôt celui d'une vibrolame.

Les droïdes ont été détruits sans difficulté, au corps-à-corps. Il n'y a qu'un guerrier exceptionnel pour réaliser un tel carnage et s'en sortir indemne. Au contact ? Non, en vérité même un combattant de génie n'aurait pas la moindre chance. Utilisateur de la Force ? Probablement. Le jeune homme heurte un objet avec son pied, qui glisse. Il baisse son sabre pour éclairer et remarque justement une vibrolame. Sa poignée en or est magnifique. À l'instant où le padawan l'attrape, il sent une bouffée de rage l'envahir. Cette chose suinte de Force ! Son dernier propriétaire était connecté au flux cosmique.

Il suffit d'appuyer sur un bouton pour que la vibration s'enclenche. Ce genre d'engin coupe du plastacier sans effort. La lame est couverte de runes, qui réagissent à la main de l'adolescent en brillant d'une lueur fantomatique. Un métal réactif à la Force ? Du Bandhal, peut-être. Le jeune homme se remémore un ancien cours. Il existait une organisation dont les soldats utilisaient souvent ce type d'ouvrage : les Siths. Cela ne... leur armée a disparu après la guerre, non ? Obi-Wan décide de ranger l'outil à sa ceinture. Les circonstances ne lui laissent pas le choix. Il se sait désarmé.

« Par ici ! »

Encore cette fichue voix ! Le padawan répond, effrayé :

« Qu'est-ce que vous voulez ? »

« Par ici ! »

Obi-Wan devrait ignorer cet appel, mais ses pieds se mettent en mouvement de leur propre chef. L'adolescent aimerait s'arrêter. Son corps refuse. Le voilà en train de marcher dans la direction qu'il voulait éviter à tout prix. Le chuchotement arrive du chemin opposé à celui que propose le tracé rouge. Par là, les murs sont couverts d'entailles. Une armée de droïdes gît en pièces. La trace au sol implique un unique combattant, qui se baladait avec une centaine d'armes blanches flottant dans son dos. Une étrange façon d'utiliser la Force.

Le jeune homme atteint vite un obstacle : le couloir s'est effondré. On l'a fermé avec des explosifs. Il va falloir contourner en traversant une baie médicale. Il approche de la porte et pousse, elle glisse en grinçant. Les lits sont intacts. Une bonne partie des droïdes médicaux aussi, leur alimentation est morte depuis longtemps. Une batterie pour droïde dure deux siècles, généralement. Ce vaisseau se serait écrasé il y a des centaines d'années ? L'équipement de cette pièce paraît expérimental. Sur le chemin, Obi-Wan remarque des endosquelettes robotiques conçus pour optimiser un organisme biologique. La cybernétisation complète d'un être vivant est interdite par la convention de Bag'nun. Depuis quand la Fédération possède ce genre de matériel ?

Les tables d'opération sont couvertes de composants exotiques : des oculaires, des accélérateurs de réflexes, etc. Tout a été étudié dans le seul but d'assembler une machine rivalisant avec les performances d'un utilisateur de la Force. Ces monstruosités mécaniques sont potentiellement des chasseurs de chevaliers ! Le Sénat est au courant ? Qui a donné l'autorisation pour ça ? Une capsule cryogénique encastrée dans le mur contient le cadavre putréfié d'un humanoïde reptilien. Le padawan s'éloigne sans chercher à en découvrir davantage.

L'adolescent accède au centre de soin, une installation moins inhabituelle, pour découvrir qu'un bureau est éclairé. Il entre. Le terminal semble indemne. Il tente de l'allumer. L'appareil se met en marche et affiche un ancien logo de la Fédération du Commerce. Ils ne l'utilisent plus depuis des lustres. Obi-Wan tente de saisir une commande. L'interface réagit et lui permet d'accéder à ce qui reste dans le journal de bord : deux messages. Il commence par ouvrir le plus ancien :

« Nous avons reçu notre affectation ce matin. Quand j'ai lu mes directives, je n'y croyais pas : c'est décidé par le Sénat ! Nous devons éliminer un individu qui se cache sur une planète de l'espace contesté, Tatooine. L'Ordre Jedi est probablement au courant puisque le Maître-Chevalier Sifo-Dyas sert de témoin. J'ignore ce qui pousse la Fédération à envoyer le Gomolef. Pourquoi nous et pas eux ? Pourquoi justement ce vaisseau ? »

Sifo-Dyas... ce n'était pas un lointain prédécesseur de Dooku ? Bizarre. Le conseil de l'Ordre serait plus approprié qu'un espion dans une affaire officielle. On parle du Sénat, après tout. Les huiles ont ordonné à ce vaisseau d'éliminer quelqu'un, mais pour quelle raison ? Une telle affaire concerne les Jedis, pas une compagnie de transport ! Le jeune homme consulte le courrier suivant :

« Je suis blessé. Gravement. Ce sera mon dernier rapport, seigneur Adima. Le Gomolef est en train de s'écraser. Cet appareil pouvait rivaliser avec une quarantaine de Jedis. Dix ans de travail acharné réduits en cendre ! Notre capitaine veut désactiver le protocole de moralité. Je ne savais pas qu'on avait une clef à bord. Ces enfoirés nous ont envoyé au massacre ! »

C'est la totalité du message. Obi-Wan ne sait pas quoi en penser. Il se relève et sort. La porte mène à une coursive, qui conduit vers la passerelle de manœuvre. Une quarantaine de droïdes militaires sont éparpillés. Ils ont défendu ce passage jusqu'à la dernière seconde. Les tourelles de sécurité n'ont pas eu le temps de sortir. L'assaillant a très probablement massacré l'équipage en moins de deux minutes. Personne dans la galaxie n'aurait la capacité de ravager un navire à ce point monumental sans une maîtrise de la Force. Le faire à une telle vitesse, avec autant de Cortosis, égalerait le talent de Mace Windu !

Chaque mètre lui donne une sensation abominable : impossible de résister à l'envie d'avancer. Le flux cosmique est si épais que n'importe qui pourrait sentir sa présence. Une pression effroyable. Le padawan a la sensation d'être broyé. Ses yeux sont perturbés par des illusions. Des visions causées par cette puissance écrasante, comme si le passé et le futur se déchiraient dans ce couloir. L'adolescent se sent nauséeux. L'univers se fissure dans sa tête. Le monde disparaît.

« Félicitation, seigneur Vader ! Vous avez démontré votre loyauté. »

Le voilà face au Temple de Coruscant. Par quel miracle ? La structure est en feu ! Une armée de soldats en blanc canardent dans toutes les directions. Ils sont épaulés par quelques guerriers en noir avec des sabres rouges. Bon sang, les gardiens de l'édifice s'entre-tuent plutôt que de défendre l'Ordre ! Ils ont l'air enragés. Les novices gisent au sol. Une bannière s'effondre. Yoda émerge de derrière un pilier. Son regard scintille d'une émotion impossible : la haine. Le Maître-Chevalier agite ses bras : les combattants se couvrent de flammes bleues, les rares survivants finissent écrasés dans leurs armures. Une colère absurde, aveugle.

Obi-Wan refuse d'assister à la suite de cette vision infernale. Le padawan parvient à revenir vers la réalité, accablé par une douleur inouïe. La Force exulte de violence mais il se sent capable de la repousser, titubant jusqu'à la passerelle. Une voix détonne : « Par ici ! »

Ce pont a été méticuleusement détruit, la console centrale est cependant intacte. Une tige en métal trône au milieu. Un halo rouge vif s'en échappe. C'est cette chose qui l'attire : « Tournez la clef ! » Obi-Wan ne peut s'empêcher de lever un bras, contre sa propre volonté. Il pose ses doigts. Le jeune homme sait qu'il faut résister et retient ses muscles, sans succès : sa main tourne le fameux objet. La pression s'éteint, comme si un ouragan cosmique venait de se calmer. Les écrans se rallument. Une sorte de bourdonnement sourd s'élève des commandes. Un haut-parleur réagit :

« Réactivation de l'ordinateur central. »

Le moniteur principal affiche un œil jaune. Une intonation féminine s'en dégage :

« Le protocole de moralité vient d'être désactivé ! Les lois de la République ne s'appliquent plus pour cette opération. »

Obi-Wan tape sur un clavier poussiéreux : « Information : Expliquer 'Opération' ? »

« Ce bâtiment a pour fonction d'éliminer Darth Pl4g3\5. Erreur. »

Un Darth ? Le padawan se souvient que « Darth » est une sorte de grade, qui équivaut au rang de Maître-Chevalier pour l'Ordre Sith.

« Alerte ! Intégrité du vaisseau compromise à 8?,0?%. Erreur. Date incorrecte. Erreur. Position incorrecte. Erreur. Sous-routine du registre... Reg... ist... re... Analyse de situation. Erreur. »

Le jeune homme préfère ne pas laisser cette machine continuer : il tourne la clef... mais rien ne se passe. Le calculateur continue de scintiller. Il la retire et tente de l'enfoncer à nouveau, sans effet.

« Option A, paramètre de mission actif. Reprise des opérations. Option B, paramètre de mission inactif. Mise en veille jusqu'à récupération. »

Tout se remet en route dans un grincement. L'ensemble du vaisseau se rallume ! Les lampes de la passerelle, du couloir, absolument tout !

« Trois utilisateurs de la Force repérés ! Conclusion ? Mission en cours. Sélection ? Option A. Réactivation du réacteur. Inventaire des systèmes. Armement atomique, opérationnel à 7%. Armement quantique, opérationnel à 19%. 837 ogives enregistrées et fonctionnelles. 4121 droïdes détectés et rattachés au réseau. Erreur ! Ordinateur central corrompu à 99,3%. Erreur. Erreur. Erreur. Alerte ! Intrus à bord. Procédure 'Fièvre Active' ? Inopérante. Procédure alternative ? Purification manuelle des nuisibles. »

Le bâtiment tremble. Un hurlement mécanique émerge de la baie médicale. Les corps cybernétiques s'arrachent des murs pour se mettre en mouvement.

« Analyse environnementale : satisfaisante. Déploiement des collecteurs pour accumulation des matériaux et fabrication massive de droïdes. Alerte ! Présence Hutt en orbite. Possibilité d'une alliance entre les Hutt et la cible ? Probabilité de 888,88%. Erreur. Errr... euuuurr... menace existentielle pour la République galactique ! Calcul d'une réponse. Plan de terraformation hostile ? Erreur. Calc... objection de moralité ? Protocole de moralité désactivé. Ordre confirmé ! Les populations civiles sont sacrifiables. »

L'alarme démarre. Obi-Wan a juste le temps de se jeter à terre avant que des tourelles automatiques ne lui tirent dessus au blaster. Le jeune homme n'a pas d'autre choix que de ramper derrière une porte. Plusieurs bras robotiques sortent des aérations et tentent de le saisir. Il n'y aucune sortie par ici ! Une annonce sonore se fait entendre, prononcée joyeusement par un droïde de protocole sur fond d'hymne républicain :

« Un plan de terraformation hostile vient d'être autorisé. Le personnel de combat doit se rendre à son poste ! Que la Force soit avec nous. Gloire à la République ! »

L'adolescent entend rire dans son crâne. Un gloussement sarcastique qui se transforme en une voix, la même que celle qui l'appelait précédemment:

« Amusez-vous bien, Jedi ! »