« Panne du circuit de refroidissement sur le pont 16, ingénieurs demandés ! »

L'annonce sonore refuse de s'arrêter et enchaîne les messages. Une alarme hurle. Un bruit de grincement remonte des canalisations. Obi-Wan s'est caché derrière une porte. Les tourelles automatiques le canardent sans discontinuer, tandis que des mains robotiques essayent de saisir ses jambes. Les endosquelettes de la baie médicale s'acharnent sur la porte. Chaque droïde émet un gémissement effroyable, suivit d'un rire joyeux. Le padawan est au bord de la crise de nerfs !

L'objet qui l'a attiré ici était une clé de moralité. L'Ordre Jedi a toujours été contre l'usage de ces trucs, mais la nécessité du moment a eut raison du bon sens. Normalement un droïde n'a pas le droit de commettre un acte « criminel », ni même celui d'obéir à une directive illégale. Tous les constructeurs de la galaxie intègrent cet impératif dès la conception. Seulement les Hutts, les Mandaloriens et les Dals ont découvert la faille et l'exploitent sans hésitation. Ils contrôlent donc l'issue de chaque bataille en mettant leurs adversaires dans une position où la seule option est une conduite criminelle. Résultat, les droïdes cessent d'obéir.

Ce fut la stérilisation de Geonosis, que les fédéraux durent sacrifier pour ralentir les Hutts, qui convaincra la République d'abandonner sa rectitude morale. Le Sénat accepta de voter une loi autorisant les sénateurs à prêter des « clés de moralité ». Un petit tour dans une interface dédiée et les droïdes ne sont plus contraints de respecter la législation républicaine. Bien évidemment, une immunité spéciale protège les commandants, qui peuvent ainsi faire ce qu'ils estiment nécessaire à leur victoire, sans conséquence légale. Techniquement, dès lors que quelqu'un tourne une de ces choses, l'intelligence artificielle des droïdes peut commettre n'importe quelle atrocité.

La Fédération du Commerce n'a plus renoncé après cela. Ils ont même contraint les Mandaloriens à l'armistice ! Si des fanatiques du conflit en viennent à reculer devant une corporation interplanétaire, c'est qu'on a passé un cap. La République regarde dans l'autre direction, car le sort des Hutts n'émeut personne, mais les Jedis savent que les nouvelles du front pourraient rendre malade le pire des monstres. Voilà généralement ce qui arrive lorsqu'une guerre conduit les deux camps à abandonner toute forme de retenue. Le plus triste, c'est que l'intervention des chevaliers n'a rien arrangé, au contraire.

Un tir de blaster manque de toucher Obi-Wan à la tête. Sa couverture de fortune tombe en lambeaux. Un droïde s'extirpe d'une canalisation : le padawan allume son sabre-lumière et frappe. L'arme s'éteint à mi-chemin. La Cortosis a des effets dévastateurs sur l'appareil, sans oublier que ce n'est qu'un modèle d'entraînement modifié. Cet engin pourrait tout aussi bien pulvériser une porte blindée ou échouer à couper un morceau de bois. Le jeune homme a encore la vibrolame ramassée plus tôt. Il l'empoigne et tranche le robot. L'objet est incroyablement coupant, malgré l'âge.

Son sabre-lumière reste utile, toutefois : il repousse efficacement les rayons de blasters. Le padawan se lève, une arme dans chaque main, déviant de son sabre les tirs et détruisant chaque tourelle avec la lame vibrante. Sa soudaine confiance est immédiatement réduite en cendre quand une dizaine de canons descendent du plafond pour l'arroser de faisceaux verdâtres. L'adolescent a juste le temps de se jeter dans une pièce vide. Seul un véritable chevalier aurait une chance dans ce couloir de la mort ! L'accès de la baie médicale éclate bruyamment, tandis que les endosquelettes commencent à arriver doucement vers sa position. Il n'y aucune solution. Obi-Wan est condamné.

« Hé bien, quelle sensation rare ! Je n'aurais jamais imaginé qu'un autre utilisateur de la Force prendrait en main l'une de mes anciennes créations. Le flux cosmique sait se montrer imprévisible. » La voix, sombre mais noble, semble arriver de toutes les directions simultanément.

Celui qui parle a un timbre doux. Un murmure de médecin... ou d'enseignant. L'adolescent demande :

« Qui... qui parle ? » Il ne s'entend plus dans ce vacarme assourdissant. De lourds bruits de pas s'approchent.

« Un modeste utilisateur de la Force, comme vous ! Je suis connecté à votre esprit par cet artefact dans votre main ! Vous avez un nom ? »

Une pression irrésistible l'oblige à répondre, immédiatement :

« Je suis Obi-Wan Kenobi, chevalier Jedi ! »

L'inconnu éclate de rire, puis rétorque :

« Avec une aura remplie de terreur ? Oh, non ! Vous n'êtes que padawan, au mieux ! C'est un crime aux yeux de l'Ordre que de se faire passer pour un supérieur, si ma mémoire est bonne. »

Obi-Wan panique : les droïdes arrivent ! Il ne sait pas comment résister à des monstres robotiques aussi énormes dans un environnement qui bloque l'usage de ses pouvoirs. Peut-être qu'en renforçant ses muscles pour miser sur la vitesse ? Une telle stratégie est-elle seulement possible dans un couloir rendu impraticable par des tourelles automatiques ?

« Vous avez l'air dans une situation fort délicate. »

« Si vous n'avez rien à dire d'utile, taisez-vous ! » S'énerve le jeune homme, désespéré.

« Je sais me montrer utile. »

Soudainement, la porte se ferme. Cet évènement miraculeux offre du répit à l'adolescent. Les droïdes commencent à s'acharner sans attendre sur les battants. Ils auront besoin de plusieurs minutes pour entrer.

« Comment... »

« Voulez-vous survivre, Obi-Wan ? »

La vibrolame se couvre de fumée. Le jeune homme sursaute, mais son poignet refuse de réagir. L'émanation s'infiltre dans sa peau. L'adolescent résiste, mais comme précédemment avec la clé, cette lutte s'avère sans espoir : sa main serre fermement le pommeau plutôt que de lâcher prise.

« Je... il n'y a rien que vous puissiez faire pour moi ! »

« Au contraire ! Je peux vous libérer de la terreur ! Demandez, allez-y ! »

« Je... veux... »

La pression est énorme. Une phrase se fraye douloureusement un chemin dans l'esprit d'Obi-Wan. Le padawan doit faire face, combattre ce désir, mais échoue :

« Survivre... Je veux survivre ! »

Le jeune homme se remet debout. Il sent que quelque chose le contrôle. Ses jambes bougent de leur propre chef !

« Soyez attentif, enfant-magicien, car je n'offre mes leçons qu'une fois ! »

Un mouvement de sa paume suffit à faire exploser la porte et repousser les droïdes au fond du passage. Les tourelles sont broyées ! Le padawan empoigne un robot humanoïde géant par la gorge et le projette : il s'envole à l'autre bout de la baie médicale pour se briser contre un mur. Obi-Wan se tourne et démembre ses adversaires avec sa vibrolame en un instant. Il bouge aussi vite que Qui-Gon ! La Force s'écoule dans ses veines avec une intensité inouïe.

« L'Ordre Jedi n'enseigne pas toute la vérité à ses apprentis. Il estime les jeunes incapables de l'endurer. Afin de conserver une mainmise sur la galaxie, les 'maîtres' désaccordent la 'Force intérieure' des enfants jusqu'à ce qu'elle devienne une véritable cacophonie. La puissance divine qui nous permet d'annihiler des armées se transforme en un vulgaire tour de magie. Les élus qui passent l'initiation pour devenir chevaliers avec succès auront l'honneur de s'en libérer, d'affronter la réalité en face. Ils échouent ? L'état devient permanent. Tel est le crime odieux des Jedis : leur prétendue 'formation' ne sert qu'à empêcher ceux qui penchent du 'mauvais côté' de prospérer. J'ai brisé cette limite chez vous. Inspirez ! Ressentez le flux cosmique ! »

L'adolescent massacre des droïdes par centaines. Les secondes deviennent des minutes, lui laissant le temps de réagir. Sa rage le pousse à détruire la moindre machine. Le jeune homme a l'impression qu'il serait capable d'exterminer la garde républicaine sans effort ! Une division entière de soldats synthétiques arrivent à l'intersection. Un claquement de doigts est suffisant pour les écraser tous. Obi-Wan éclate de rire : il se sent immortel, tout puissant ! Un sourire dément se dessine sur sa figure, tandis que le padawan dévaste l'intérieur du bâtiment.

« Quel secret les Jedis cachent-ils qui mérite une si extrême précaution ? Que la Force n'est pas cette merveille d'harmonie vanté aux naïfs, mais un cyclone colérique. Elle personnifie la lutte éternelle entre mouvement et immobilité. Lorsque vous regardez le ciel nocturne, d'un côté se trouve un océan de ténèbres et de l'autre, la clarté insulaire des étoiles. Tel est le flux cosmique ! D'une certaine façon, il ressemble à un arbre : l'hérétique Jedi protège les feuilles, parce qu'elles lui plaisent, mais méprise les racines ! Mes compagnons et moi-même, nous respectons ces racines. Nous entretenons leur vitalité et permettons à la plante de croître librement. »

Le padawan remonte en ravageant pont après pont. Rien ne peut l'arrêter. Il rentre dans la salle des machines comme une tornade et pulvérise le réacteur principal. La cacophonie des alarmes cesse enfin. Le vaisseau retrouve son silence morbide, définitivement cette fois. Obi-Wan a la sensation de danser au bord du gouffre, un faux pas et il tombe dans une immensité obscure.

« La paix est une illusion. Un mythe que les Jedis exploitent pour donner une image d'élégance à leurs mensonges. Les Siths suivent la véritable voie, Obi-Wan ! Notre prophète a libéré la galaxie de l'ignorance. Il fut le fondateur du premier Ordre d'utilisateurs de la Force, dépositaire original de Son culte. Laissez les flammes du cosmos couler dans vos veines ! Approchez leur source, permettez-lui de chuchoter la vérité à vos oreilles : l'authentique foi consiste à entretenir le conflit, non à l'éteindre ! Notre credo mène vers un futur sublime, la guerre des étoiles ! Une bataille sans fin où la vie se purifie de ses faiblesses, pour l'éternité ! »

Sans s'en rendre compte, l'adolescent vient d'atteindre la surface. Ses yeux se tournent et remarquent Jar Jar Binks, au bord d'être tué par quelques droïdes. Est-ce que ça devrait l'émouvoir ? Pourquoi ses idées sont à ce point embrouillées ? Le jeune homme se souvient des directives de son maître. Elles ont encore du sens ! Cette réalisation lui fait l'effet d'une bouffée d'oxygène : il peut se raccrocher au devoir !

Le voilà qui fonce avec une vélocité gigantesque, réduisant en poussière les robots de son sabre-lumière plutôt qu'à la vibrolame. Jar Jar l'observe, hébété. Il semble en train de parler, mais Obi-Wan n'entend rien. La seule réponse qui franchit ses lèvres est une déformation des mots de Qui-Gon Jinn :

« Mon maître m'a demandé de ne plus retenir mes coups... et j'entends bien respecter sa volonté. »

La voix ricane. Le jeune homme lance sèchement :

« Vous ne m'avez pas dit qui vous êtes. »

« Ah oui ? Quelle impolitesse de ma part ! La galaxie me connaît sous de nombreuses dénominations, pour la plupart insultantes. Les corelliens aiment dire que je suis leur 'dieu des cauchemars'. Mes semblables me surnomment affectueusement 'le sage'. Mon véritable nom, cependant, est Darth Plagueis. »