Anakin a les mains plongées dans le moteur du landspeeder. Le vacarme des combats l'empêche de penser clairement. En apparence, rien ne cloche... impossible de déterminer d'où vient ce problème ! Le garçon rebranche les câbles un par un, dans l'espoir que ça résoudra la situation. Bon sang, les diodes s'allument sans indiquer la moindre défaillance ! Il tape du pied sur le tableau de bord et hurle avec rage :
« Démarre, allez ! »
Les robots avancent en riant. La reine Amidala empoigne le pistolet qu'Anakin lui avait emprunté et tire en direction du bruit. La petite ne sait plus où elle se trouve et, dans sa panique, attaque sans réfléchir. Le gamin ne peut s'empêcher de remarquer que cette fillette se débrouille : cinq droïdes ont été décapités ! Elle vise le cou, une bande de métal que seul un excellent tireur réussirait à toucher.
Jar Jar Binks fonce sur une dizaine d'assaillants, sans hésitation. Il brise chacun d'eux avec un simple tuyaux. Le gungan a une musculature prodigieuse. On ne l'imaginerait pas capable d'une telle démonstration, compte tenu de sa maigreur. La preuve, s'il en fallait une, qu'une personne intelligente doit savoir respecter les espèces inconnues. Cela dit, le fait que ces soldats synthétiques soient dans un état lamentable facilite les choses. Le garçon ne doit pas se laisser distraire par ses compagnons. La situation est critique, il faut réparer ce speeder ! Le voilà donc qui commence à démonter l'alimentation pour accéder au cœur du mécanisme, un travail déjà difficile dans de bonnes conditions.
Soudain, des impacts de blaster touchent une portière. Padmé hurle. Jar Jar se retourne par réflexe puis s'élance vers une plaque en métal, l'arrache du sable et la lance en direction du véhicule pour en faire une couverture de fortune. Le gungan n'a malheureusement plus le temps de défendre sa propre vie : il se retrouve projeté au sol par deux droïdes. Heureusement, un flash bleu pulvérise ses adversaires avant qu'ils ne l'achèvent. C'est Obi-Wan. L'adolescent démembre tout ce qui bouge sur son passage sans stratégie, guidé par une rage incontrôlable. Il massacre les robots par légions et se rapproche petit à petit d'un collecteur.
Les sphères géantes rugissent et dévorent des falaises pour produire leurs automates par centaines. Elles transforment les rares plantes en circuits ou en câbles. Leur programme doit avoir gravement souffert, puisque le résultat est affreux : ces « droïdes », si on peut encore les nommer ainsi, ressemblent à des araignées en pierre qui peinent à bouger. Anakin se dit qu'ils sont chanceux, finalement, le garçonnet ayant entendu de la bouche des autres esclaves qu'un cuirassé fédéral transporte jusqu'à soixante collecteurs.
Obi-Wan crie des absurdités incompréhensibles, tandis que son corps... se couvre d'étincelles ? Des nuages assombrissent les cieux. Le gamin est médusé : un orage ? En cette période de l'année ? Par quel miracle ? L'obscurité rend sa réparation plus ardue. Il allume une lampe, l'attache et s'enfonce dans la machinerie. Jar Jar Binks lutte avec férocité alors que ses ennemis s'éloignent. Ils ne le craignent pas, évidemment, leur intérêt se reporte simplement vers Obi-Wan Kenobi. Le gungan ne peut nier que le jeune homme devient terrifiant. Qu'est-ce qui lui arrive ? Pourquoi rugit-il avec autant de colère ? Ce n'est pas l'attitude du combattant en mission, mais d'un tueur assoiffé de sang !
Le plus proche des collecteurs tourne son attention sur l'adolescent : trois yeux rouges apparaissent à sa surface, ses armes grésillent. L'engin n'a néanmoins pas l'occasion de tirer, puisqu'une tornade le soulève et l'écrase lourdement à terre. La sphère mécanique tente de s'éloigner mais un second tourbillon l'aspire, puis un troisième... à la fin, ils sont comme les cinq doigts d'une main ! Jar Jar s'écroule à genoux : c'est... une intervention divine ! Les dieux viennent le secourir ! Il murmure frénétiquement des prières.
Anakin parvient à découvrir l'origine de la panne : un simple composant dessoudé. Lorsqu'il sort sa tête, c'est pour assister à un spectacle apocalyptique : un collecteur fédéral est soulevé du ciel par une sorte de main tourbillonnante titanesque ! Il démarre immédiatement le landspeeder. Son véhicule réagit. Un ronronnement rassurant. Par malchance, la route est bloquée par des droïdes. Le gamin remarque un fusil de la fédération sur le capot. Il empoigne l'arme et mitraille sans viser pour dégager le chemin. Les robots bougent de façon à mieux boucher le passage, mais se gardent de riposter. Ils soulèvent juste des rochers, des débris et bâtissent une barricade.
La petite Padmé craque nerveusement. C'est trop ! Elle se jette sous une banquette, plaque les mains contre ses oreilles et pleure. Le garçon est impressionné qu'elle ait résisté aussi longtemps. En tant qu'esclave-né, on le tuerait s'il perdait la raison dans l'adversité, mais cette enfant arrive d'un autre monde. Elle n'a rien de différent des mômes qui sont capturés par les Hutts au quotidien. Combien d'entre-eux auraient eu le courage de prendre un pistolet pour combattre ? Il n'aime cependant pas du tout l'idée qu'elle ait de la peine et s'installe à ses côtés, ignorant quoi dire pour la rassurer.
« Noussa pas encore morts ! » S'écrie Jar Jar Binks, alors qu'il court en direction de la barricade.
Le gamin refuse de laisser un compagnon affronter un tel danger sans couvrir sa progression. Il tire. Le gungan semble exalté. Pour lui, une divinité vient de se joindre au combat. Pas question de faire mauvaise impression devant un dieu ! L'immense poigne tourbillonnante écrabouille le collecteur comme une boîte vide. Obi-Wan lévite au dessus du sable. Chaque fois qu'il tend une main, des éclairs volent pour anéantir des droïdes. La deuxième sphère préfère s'enfuir. Elle active son armement et, plutôt que d'attaquer le jeune homme, crache ses rayons multicolore vers Jar Jar Binks pour se creuser une sortie.
Les robots qui construisaient la barrière sont annihilés en un clin d'œil. Le gungan parvient à se camoufler in extremis derrière des rochers. La falaise explose. De la pierre gicle dans tous les sens. Il y a désormais assez de place pour permettre à l'énorme machine de passer. Obi-Wan éclate de rire. Le monde perd sa substance. Il ne reste qu'une colère infinie, un ouragan de haine. L'adolescent ne se souvient même plus de ce qui l'a amené ici. La foudre est un tambour battant, une invitation vers la nuit éternelle, où tout deviendra simple. Un soupir et il rejoindra les abysses.
L'attaque du collecteur fut si violente qu'une partie du sol s'est changée en lave. Jar Jar Binks n'a pas peur. Il a combattu devant le divin. Une glorieuse façon d'annoncer sa venue dans l'autre monde ! Le gungan offre un visage apaisé à Anakin. Le garçon saute hors du véhicule et mitraille la sphère. Une décision qu'il sait idiote. Bon sang, pourquoi avoir laissé sa fierté l'emporter maintenant ?
« Tussa fuir ! Missa pas important ! »
La sphère s'immobilise, ses armes ciblent Anakin. Jar Jar se jette en couverture face au garçon. C'est bien trop tard. Le colosse mécanique parviendrait à niveler une montagne. Son seul corps ne protégera rien. Un flash vert passe à cet instant précis. Le collecteur cesse de bouger. Les pattes tombent, puis la coquille. Qui-Gon Jinn se tient au debout, sabre-lumière à la main. Jar Jar Binks et Anakin n'en croient pas leurs yeux : comment est-il arrivé ici ? Dans quel véhicule ? Aurait-il couru ? Absurde ! Le chevalier marche en direction d'Obi-Wan.
Le jeune homme panique : quelqu'un s'approche en déchirant les ténèbres ! L'adolescent lui lance des éclairs, sans parvenir à l'arrêter. Finalement, l'inconnu se retrouve au contact et Obi-Wan reconnaît le visage de son maître. Celui-ci offre un magnifique sourire. Il n'y a aucun jugement dans son regard, pas même un reproche, juste sa bienveillance. Le chevalier se tourne vers une figure fantomatique, que le padawan a la sensation de découvrir pour la première fois : une ombre d'au-moins deux mètres. Elle le tient par la main... non, on dirait presque... qu'elle l'absorbe ! Il résiste, sans succès.
« Un Jedi. Décidément, les surprises s'enchaînent ! »
« Partez ! » Ordonne sèchement Qui-Gon au spectre.
« Ho ? Ne voulez... »
« Je me fous de savoir ce que vous êtes : retournez dans la nuit ! Libérez mon subordonné ! »
« Le libérer ? Cessez de jouer à l'ignorant, chevalier ! Vous devriez pourtant savoir qu'un tel déchaînement puissance ne peut venir que de lui. J'ai simplement ouvert une porte. Votre disciple a choisi lui-même de la franchir vers les ténèbres. Il appartient à l'obscurité. »
Qui-Gon touche l'apparition et se retrouve catapulté au milieu d'une salle gigantesque, aux murs d'obsidienne brillante. Un trône est installé au centre, en évidence, tandis que six silhouettes observent. Leurs visages semblent cachés sous des capuchons. Une longue draperie rougeoyante tombe du plafond. Elle est couverte par des glyphes à la signification mystérieuse.
Le fantôme se métamorphose en un humanoïde blanc à quatre bras, au visage insectoïde. Ses yeux sont jaunes. Les mandibules sur son visage se détachent, révélant une bouche humaine et un sourire étrangement amical. Voici sa véritable forme, sans rien pour la dissimuler. Le chevalier se rend compte qu'il tient en fait la main d'Obi-Wan et, plus spécifiquement, une vibrolame que l'adolescent serre entre ses doigts. C'est de cet objet que vient la corruption !
« Mes respects, noble invité. C'est surprenant... je ressens une magnifique noirceur dans votre aura ! J'ignore ce que vous avez pu faire, mais ça devait être grandiose. »
« Silence ! »
Le grand ricane, avant de chuchoter à l'oreille du maître :
« Puisque vous êtes familier avec l'obscurité, vous savez donc déjà qu'elle n'intervient jamais gratuitement. Obi-Wan a contracté une dette envers la Force. Aucun padawan ne saurait la payer, faute à votre enseignement. Je peux... »
« Notre enseignement n'est pas en cause. Interrompt-il, avant d'enchaîner :
« Le pouvoir dévore ses enfants, voilà tout. Qu'allez-vous lui apprendre qui l'aidera à maintenir les ténèbres sous contrôle ? Qu'il peut sacrifier sa propre essence en échange d'une liberté temporaire, sous conditions ? Non, je refuse de voir mon apprenti devenir un prisonnier du côté obscur. Je paierais sa dette ! »
« Admirable mais stupide, la définition même du Jedi. »
Qui-Gon saisit la fumée noire entre ses doigts : les ténèbres se détachent du jeune homme et sautent sur lui comme un feu sauvage. Elles consument sa « lumière », son âme. Le pauvre grogne, mais ne lâche pas son padawan. L'humanoïde blanc semble déçu. Il tend sa paume pour saisir l'adolescent. Elle traverse sa tête, arrachant un fil translucide au passage. Le chevalier attrape son sabre-lumière et tranche la vibrolame. L'obscurité explose, recouvrant tout, mais laisse finalement sa place au désert. Le ciel s'éclaircit, tandis qu'Obi-Wan s'effondre dans l'inconscience. Qui-Gon retient son disciple avant qu'il ne tombe. Jar Jar Binks fait bruyamment signe à distance :
« Qui-Gon notre sauveur ! Missa heureux ! Missa heureux ! »
Anakin paraît estomaqué. Pourquoi le ciel redevient clair ? Qu'est-ce qui se passe ? Le Jedi retourne la politesse au gungan avec un merveilleux sourire. Son visage rayonne. Pourtant, il ferme sa tunique pour qu'on ne puisse pas remarquer sa peau couverte de brûlures. Ce que la Force donne, elle peut aussi le reprendre. Peu importe, cette décision n'a pas été en vain : Obi-Wan Kenobi est libéré du côté obscur. Sa dette a été remboursée. Le maître s'avère conscient du prix à payer dans cette transaction : son âme est irrémédiablement déchirée. Il ne lui reste que quelques mois à vivre.
