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Le rideau du dernier compartiment est baissé. De ses doigts abîmés par le temps, elle frappe trois coups à la porte.

"Friandises ?"

Personne ne lui répond.

Personne ne lui répond et pourtant, ce compartiment n'est pas vide. Elle l'entend à peine, mais ses oreilles fatiguées parviennent à reconnaitre le bruit d'une respiration.

Une respiration saccadée et angoissée. Entrecoupée de sanglots étouffés.

"Il y a quelqu'un ?"

Le compartiment lui répond d'un silence soudain qu'elle trouve plus inquiétant encore.

Lentement, elle fait coulisser la porte.

Il se tient au milieu de la cabine. Il a revêtu son uniforme mais sa cravate est défaite. Elle pend négligemment autour de son cou.

Ses yeux sont gonflés. Rougeâtres.

"Vous rentrez souvent dans les compartiments sans frapper ? Un rideau baissé, c'est trop compliqué à déchiffrer ?"

Sa voix tremble légèrement mais il a la même verve que son père. La même froideur que sa mère.

"Tout va bien, mon garçon ?"

"Qu'est-ce que ça peut vous faire ?"

"Je peux peut-être vous aider."

Son rire est bien trop sinistre pour un adolescent.

"M'aider ? Comment ? A coup de dragées surprises ? Foutez-moi la paix."

Celui qui s'échappe de sa bouche est plus doux. Réconfortant, elle espère.

"Non, mon garçon... Mais ça, par contre."

Parcourant du regard la myriade de confiseries recouvrant son chariot, elle saisit la seule friandise à laquelle aucun enfant n'a jamais su dire non.

"Aucun maux ne peut résister aux Chocogrenouilles… Surtout si celles-ci sont partagées avec un ami."

Elle lui tend les chocolats mais ils ne quittent pas ses doigts. Il se contente de les fixer, d'un regard aussi sombre que brisé.

"Je n'ai pas besoin de votre aide. Je n'ai pas besoin qu'on m'aide."

Ses yeux s'embuent.

"Personne ne peut m'aider."

Il claque la porte.

"Personne."