Arrivée au Ministère

Les Sombrals volaient toujours, en forme de V. Le sang avait séché et la plaie s'était refermée.

Cela fait maintenant plusieurs heures que nous volons, survolons les vallées, les collines, toutes ces maisons, de simples points lumineux en dessous de nous. Tout est si beau, si simple, vu d'ici.

Si on ne porte pas attention aux nombreux feux et aux quelques ruines aperçues, on peut presque croire que la guerre n'a jamais eu lieu. Les villes sont calmes, endormies. Le paysage est serein et avenant. Comme avant.

Sauf qu'avant, je croyais que le monde m'appartenait. Et maintenant, j'ai la certitude que rien ne m'appartient. C'est fou ce qu'une opinion peut changer en quelques années seulement.

Je pose ma main droite à plat sur la peau souple du Sombral. Je sens les muscles se tendre, se détendre. Je caresse l'animal avec douceur, et il secoue sa tête en guise de remerciement.

Je me suis déjà fait blesser pas un hippogriffe. Je voulais que Hagrid soit viré, mais cela n'a pas fonctionné, loin de là. Mais je c'était tout de même la première fois que voyais un animal magique d'aussi près.

Je suis resté au lit un mois et demi derrière, certes, mais cela a été une grande première pour moi. J'ai agi ainsi par simple manque d'amour, du côté de mon père. Pour qu'il soit enfin fier de moi.

Même si j'en parle, personne ne me croira. J'ai toujours été perçu comme un gosse de riche, un enfant pourri gâté.

C'était d'ailleurs le cas, jusqu'à mes douze ans. Cette année là, j'ai compris tout ce qui se passait autour de moi, ce qu'étaient les mangemorts, et, surtout, ce qu'était leur vision du monde. Cette année où j'ai encore été porté coupable de la réussite de Potter.

Les points lumineux en dessous de moi deviennent de plus en plus nombreux et je devine que nous nous rapprochons fortement du Ministère.

Je ne veux pas y aller.

Je ne veux pas voir le regard des gens, posé sur moi comme un animal de foire.

Je ne veux pas voir ma sentence décidée comme une vente aux enchères. Celui qui propose la punition la plus lourde gagne.

Je ne veux pas voir la fureur dans les yeux de mon père et cette nostalgie triste dans ceux de ma mère.

Je ne veux pas savoir ce que le magenmagot va décider. Pour mes parents. Pour moi.

Je ne veux pas.

Mais les Sombrals avancent toujours, leur peau noire se fondant dans la nuit comme un étoile au milieu des autres.

Je voudrais bien être comme les autres. Me fondre dans la masse. Juste une fois.

Mais je m'appelle Draco Malfoy. Je suis un mangemort. Un traître. Je suis un Serpentard. Je suis odieux, vicieux, égoïste.

Je suis celui que je ne suis pas.

Celui que seule ma mère connait. Si mon père avait ouvert les yeux, peut-être l'aurait il aperçu, caché, tapi au fond de moi, réclamant de l'amour à qui voulait l'entendre.

Peut-être.

Au loin, très loin, j'aperçois un tour. La plus haute du paysage. Celle qui dépasse et illumine tout ce qui l'entoure tant elle est lumineuse. C'est un phare à Aurors. Un phare pour ceux qui nous emmènent.

C'est le Ministère de la Magie.

Et nous nous rapprochons. Vite, très vite, trop vite pour moi.

Je ne suis pas prêt. Pas encore.

Je regarde ma mère. Elle se tient droite, fière. Ses cheveux blonds volent autour d'elle comme un étendard. Son visage exprime un mélange de fierté, de méprid et d'ennui profond.

Elle croise mon regard, et le sien, dur, s'adoucit. Ses yeux parlent d'eux mêmes.

"Ne t'inquiète pas, Draco. Nous arrivons bientôt. Tout va bien se passer. Garde la tête haute, et n'oublie pas que tu es un Malfoy. N'oublie pas non plus d'être toi-même."

Je vois la douleur qu'il y a au fond de son regard, et je me mords la lèvre pour ne pas pleurer.

Je l'admire. Elle arrive toujours à me faire passer en priorité. Avant ses problèmes à elle. Avant sa douleur, son désespoir à elle.

Elle souffre. Elle est faible. Et je ne peux même pas la prendre dans mes bras pour la réconforter.

Je sens le goût métallique du sang emplir mon palais, et je déserre les dents.

La tour se rapproche toujours. Nous serons arrivés dans quelques secondes.

L'animal prend un virage serré et je manque de tomber. Mes réflexes d'attrapeur me sauvent la vie. Je vois ma mère basculer, puis être rattrapée de justesse par l'Auror assis devant elle.

Son visage exprime clairement qu'il aurait préféré la laisser tomber mais que quelque chose l'en empêchait.

Je serre les poings pour m'exorter au calme. Écraser la tête de cet abruti contre le bitume ne serait pas la meilleure des idées avant mon procès.

Le Sombral continue de tournoyer autour de l'immense bâtiment, puis plonge soudainement, droit vers le sol.

Je ne crie pas, me contentant de me cramponner tant bien que mal à la peau glissante de l'animal sur lequel je suis. Je suis à présent à trois mètres de la route pavée qui s'étend en dessous.

Après un autre virage, nos montures et nous arrivons dans une sorte de garage à animaux magiques, à accès libre. Je doute que l'accès ne soit vraiment pas régulé, mais je suis étonné de voir le nombre de sorciers qui se déplacent grâce à ces êtres, pratiquement inconnus pour moi il y a quatre ou cinq ans à peine.

L'Auror qui se charge de moi tire violemment sur les menottes pour me faire descendre. Cela rouvre la plaie, qui se remet à saigner. Tant mieux. Cela démontrera les méthodes de transport plus qu'inconfortables.

Voyant que je ne descends toujours pas, il tire à nouveau, encore plus fort. Surpris, je tombe en arrière, et m'étale sur le sol froid et sale.

Je grimace. Je suis tombé sur mon bras droit, et ce dernier est extrêmement douloureux. En tentant de ne pas le bouger, je me relève, toujours la tête haute.

L'Auror s'est mis derrière moi et a dirigé sa baguette vers moi. Je sais qu'au moindre geste brusque, il n'hésitera pas à me jeter un sort.

Mon père, ma mère et moi traversons donc les dédales de couloirs du Ministère.

Un pas après l'autre. Ne pas regarder le sol. Garder la tête haute, encore et encore.

Les employés que nous croisons nous regardent de travers. Certains veulent notre mort, ça se voit dans leurs yeux et dans leur body language.

Je tente d'ignorer les insultes, les croche-pieds, les photos, les micros, les questions des journalistes et autres. Mais c'est dur.

De temps en temps, des Aurors se joignaient au cortège pour tenir les avis extérieurs, la presse, le plus loin possible de nous.

Après des minutes qui me semblèrent être des heures, nous arrivâmes dans une salle circulaire et richement décorée. Tous les gens présents se turent en nous voyant entrer.

La salle du magenmagot.

Que l'audience commence !