Ce que Jamie est prête à faire pour ceux qu'elle aime
Jamie avait un mauvais pressentiment. Pourtant, elle n'était pas du genre à voir le verre à moitié vide ou à être superstitieuse. Mais son instinct de louve ne cessait de lui chuchoter que les choses étaient trop calmes, que quelque chose de terrible allait avoir lieu. La jeune femme faisait de son mieux pour éviter de se faire du souci et pouvoir se consacrer aux derniers préparatifs de son mariage.
La louve jouait avec Avalon dans leur jardin quand Lydia arriva. La rousse était magnifique, comme toujours. Ce jour là, elle portait une robe bleue à manches longues qui lui arrivait au dessus des genoux avec des bottins à talons noirs. Ses cheveux flamboyants ondulaient doucement autour de son visage et son maquillage était discret. Lydia avait beaucoup changé durant l'année et demie écoulée. Elle avait laissé tomber son masque de jeune fille superficielle et tête de linotte pour être pleinement elle même, c'est à dire une jeune femme extrêmement intelligente et courageuse. L'attaque de Peter qui l'avait laissé pour morte sur le terrain de lacrosse l'avait également profondément métamorphosé. Elle avait découvert l'existence du monde surnaturel et, quelque temps plus tard, qu'elle possédait elle même des capacités extraordinaires. Après plusieurs mois de recherches dans les livres de mythologies et dans les archives des Argent, ils avaient finalement découvert que la rousse était une Banshee, une messagère de la mort.
Jamie sourit en voyant son amie s'approcher pendant qu'Avalon sautillait sur les genoux de sa mère, tout aussi heureuse de voir la rousse. La petite vouait une adoration sans borne à Lydia. Mais alors qu'Ava tendant ses petits bras vers la jeune femme, la louve perdit son sourire en avisant le regard vide de son amie. Jamie ne l'avait jamais vu ainsi, mais sa cousine, Allison, oui. Et la dernière fois que la Banshee s'était comportée ainsi, elle avait ramené Peter, l'oncle de Derek et le père de Tara, à la vie. La louve se tendit quand Lydia s'agenouilla devant elles et caressa le visage de sa fille. Jamie avait envie d'attirer son bébé plus près d'elle, pour que la rousse arrête de la toucher. Lydia leva ses yeux vides vers la louve et murmura d'une voix rauque qui lui fila la chaire de poule :
- Elle vient pour elle. Elle vient pour mettre fin à la gangrène de votre lignée.
La seconde suivante, la vie sembla remplir à nouveau ses yeux pour leur rendre cet éclair d'intelligence qui lui était propre et qui faisait d'elle celle qu'elle était. Quand ses magnifiques yeux verts se posèrent sur Ava, qui cherchait par tous les moyens à échapper à sa mère pour rejoindre la Banshee, et Jamie, qui la regardait avec inquiétude, ils se remplirent d'incompréhension et d'une légère touche de panique.
- Comment… Comment je suis arrivée ici ?
- Je ne sais pas, Lyd's, lui répondit la louve d'un ton doux. Tu nous as juste dis quelque chose.
- Quoi ? Qu'est ce que j'ai dis ?
- Lydia…
- S'il te plait…
- Tu as dit qu'elle venait pour Ava. Qu'elle venait pour mettre fin à la gangrène de notre lignée.
- Elle ? Qui ça elle ?
- Aucune idée.
Et c'était ça qui était le plus inquiétant. Parce que même si Lydia l'avait prévenu qu'une menace planait sur sa fille, elle ne savait pas qui était cette menace.
-ooOoo-
L'incertitude.
Jamie avait toujours détesté l'incertitude. Mais Derek la détestait encore plus.
A partir du moment où la jeune femme lui avait parlé de l'avertissement de la Banshee, l'Alpha était passé en mode surprotecteur avec leur fille à un tel point que la petite ne pouvait pas mettre le nez dehors sans supervision.
Et quand Jamie parlait de supervision, c'était la présence de l'Alpha. En clair, Avalon ne pouvait aller nulle part sans son père.
Le problème était que Derek était très occupé avec les Bêtas et qu'il ne pouvait pas emmener leur fille avec lui lors des entrainements ou des patrouilles. Résultat, Ava tournait en rond dans la maison et elle commençait à montrer des signes de frustrations qui rendaient Jamie nerveuse. La fillette n'avait pas encore montrer des signes de lycanthropie, mais avec deux parents loups garous, il était possible d'affirmer sans se tromper qu'elle en était une également. Et l'enfermement à long terme n'était jamais très conseillé pour les louveteaux.
La frustration de Jamie avait atteint son sommet quand Derek ne pouvant pas être présent, avait décrété qu'Ava n'irait pas à un rendez vous médical.
- Derek, grogna la jeune femme. C'est un rendez vous médical de routine.
- Alors elle n'a pas besoin de s'y rendre absolument maintenant.
- Je l'emmène chez Deaton pour qu'il l'examine avec Mélissa et je la ramène à la maison.
- Pourquoi Deaton et Mélissa ne viennent pas ici ?
- Parce que Deaton ne peut pas fermer la clinique vétérinaire à tout bout de champ et que Mélissa veut utiliser la radio de la clinique vétérinaire pour faire des radios de contrôle étant donné qu'elle grandit plus vite que la moyenne.
C'était un constat qu'ils avaient fait récemment, et qui concernait également Kyle.
Les deux petits louveteaux étaient bien plus matures que leur âge. Ils commençaient déjà à babiller et à se déplacer en prenant appui sur des meubles alors qu'ils n'avaient même pas encore un an. Mélissa et Deaton avaient conseillé de faire un suivi complet de leur évolution, pour s'assurer que cette croissance accélérée ne provoquerait pas des problèmes plus importants sur le long terme.
Même si la visite médicale de Kyle n'avait montré aucun problème, et que cela serait probablement également le cas avec Ava, Jamie ne pouvait s'empêcher d'être inquiète et avait besoin d'être rassurée. Le fait que Derek ne veuille pas laisser leur fille se rendre à ce rendez vous la rendait presque hystérique.
- Derek, j'ai besoin qu'elle aille à cette visite. Cette histoire de croissance accélérée m'empêche de dormir la nuit.
- Ça peut attendre quelques jours de plus.
- NON ! Ça suffit maintenant ! Elle ira à cette visite, que tu le veuilles ou non, parce que je suis tout à faire capable de prendre soin de mon enfant !
- C'est également mon enfant et il est hors de question que je l'expose au danger !
- Parce que tu crois que je veux qu'elle soit en danger ?! Tu as l'air d'oublier que je suis sa mère et que je ne laisserai rien lui arriver !
- Je suis l'Alpha et je ne reviendrai pas sur ma décision.
L'intonation de sa voix était remplie de son autorité de chef de meute et menaçait de lui faire plier l'échine.
Mais Jamie refusa de lâcher prise.
- A cet instant présent, tu n'es pas mon Alpha et je ne suis pas ta Bêta ! Je suis la mère de ta fille ! Accorde moi au moins assez de confiance pour protéger notre enfant !
- Il n'en est pas question. Et ce n'est pas parce que je ne te fais pas confiance. Loin de là. Mais si quelqu'un cherche à s'en prendre à Ava, il cherchera d'abord à s'en prendre à toi. Et si je ne suis pas là pour vous protéger, je ne me le pardonnerai jamais.
- Tu as gagné. Je ne l'emmènerai nul part. Mais si cette croissance rapide lui provoque des problèmes à l'avenir et que nous l'avons vu trop tard parce que tu as fais de l'excès de zèle, c'est moi, qui ne te le pardonnerai jamais. (Le fusilla du regard, elle fit un pas en arrière). Puisque tu ne fais confiance qu'en toi même pour la protéger, occupes toi d'elle, j'ai besoin de prendre l'air.
Tournant les talons, la jeune femme sortit de la maison et s'enfonça dans les bois, mettant le plus de distance possible entre elle et Derek.
-ooOoo-
Jamie avait fini par revenir à la maison en début de soirée. Elle s'était calmée, mais elle était toujours en colère contre Derek. La seule différence, c'était qu'elle avait eu assez de temps pour le cacher derrière un visage de façade.
Quand elle entra dans le salon, elle trouva son fiancé et sa fille dans le canapé, cette dernière assise sur les genoux de son père à regarder avec une certaine fascination les images de La Petite Sirène de Disney en train de défiler sur l'écran. Elle aurait bien fait une remarque acerbe sur le fait que Ava devrait déjà se trouver au lit et qu'ils avaient été d'accord pour ne pas l'habituer aux écrans, mais elle fit comme si de rien était et se rendit dans la cuisine pour se faire un sandwich. Elle avait sauté le déjeuné et mourrait de faim.
La jeune femme se tendit en entendant Derek entrer dans la pièce. En regardant par dessus son épaule, elle vit qu'il avait déposé la petite dans son parc, de manière à ce qu'elle reste seule, mais en toute sécurité, le temps qu'il lui dise ce qu'il avait à lui dire. La louve n'était pas certaine d'être vraiment disposée à l'écouter, mais elle n'avait jamais été aussi obtus que lui.
Derek s'appuya contre le plan de travail et l'observa se faire son sandwich, comme si c'était la chose la plus extraordinaire qu'il n'ait jamais vu. Il finit par se mettre à parler quand elle mordit dedans.
Le bougre avait attendu qu'elle ait la bouche pleine pour qu'elle ne puisse pas lui couper la parole.
- Je sais parfaitement que ma réaction est irrationnelle. Mais vous êtes ce qui compte le plus pour moi et je suis un Alpha. Vous protéger est ancré dans mes cellules jusqu'au plus profond de moi et je ne peux pas faire autrement. (Jamie mâchait furieusement pour essayer d'avaler rapidement sa bouchée et pouvoir lui répondre, mais il reprit la parole). Même si je suis un connard, je suis prêt à faire un compromis. (Jamie, toujours la bouche pleine, haussa un sourcil). Emmène la voir Deaton et Mélissa à la clinique. Faites les examens et assurez vous qu'elle va bien. Mais je veux que tu me tiennes au courant. Un message quand tu pars d'ici, quand tu arrives là bas, quand tu repars et que tu es rentrée. Si je t'appelle et que tu ne me réponds pas, je considérerai que vous avez eu un problème et je lancerai la meute à votre recherche. (La jeune femme réussit enfin à avaler). Est ce que c'est d'accord pour toi ?
- Légèrement excessif, mais d'accord. Je peux faire ça. (Posant son sandwich sur son assiette, elle s'approcha de lui et glissa ses bras autour de sa nuque). Merci.
- Je suis désolé d'être aussi difficile.
- Je peux faire avec. Je veux juste que notre fille aille bien et soit en bonne santé.
- Je sais et c'est ce que je veux aussi.
Considérant que le problème était réglé, Jamie se hissa sur la pointe des pieds et posa ses lèvres contre les siennes. Ce n'était pas la première fois qu'ils se disputaient, mais c'était la première fois que la jeune femme lui tenait tête ainsi et qu'il acceptait de céder du terrain.
Derek était un Alpha puissant. En tant que louve, Jamie était déjà très dominante et maintenant qu'elle partageait une partie de son autorité, elle était devenue bien plus têtue. Elle savait que ce ne serait pas leur dernière dispute, parce qu'ils n'étaient pas du genre à faire des compromis, ni l'un ni l'autre. Mais si son Alpha était prêt à prendre sur lui pour qu'elle puisse faire ce qui lui tenait à cœur, la jeune femme était certaine qu'elle pourrait en faire de même, à l'avenir.
-ooOoo-
Ava était sanglée dans son siège auto et Jamie était au volant. Derek les avait regardé quitté la maison en faisant les cent pas comme un lion en cage.
La jeune femme savait qu'il était inquiet, mais il n'avait aucune raison. Elle avait pris son 4x4, qui était blindé et capable de résister à un char d'assaut.
Avalon babillait en serrant sa peluche préférée contre elle et Jamie souriait.
La visite chez Deaton se passa comme dans un rêve. Pendant une grande partie de la consultation, la jeune femme avait l'impression d'être enveloppée de coton et d'avoir les oreilles qui bourdonnaient. Elle ne réalisa qu'elle ne retenait sa respiration que quand Mélissa lui annonça que sa fille allait bien et que ses poumons la brulèrent à cause de l'afflux soudain d'oxygène.
Jamie savait qu'elle s'inquiétait qu'Ava puisse allait mal mais elle n'avait pas vraiment réalisé à quel point cela la terrorisait !
Elle reprit la route de la maison après avoir envoyé un message à Derek pour lui annoncer que tout allait bien et le sourire qu'elle avait menaçait de lui fendre le visage en deux. Ava continuait de raconter tout et n'importe quoi dans son langage bien à elle et la louve se disait que rien ne pouvait plus l'inquiéter à présent.
Son sourire se fana quand elle remarqua deux SUV garés en travers de la route, lui barrant le passage. Des SUV noirs aux vitres teintées et munis de pare buffles. Jamie n'avait pas besoin de regarder les hommes qui se tenaient derrière pour savoir à qui ils appartenaient.
Des chasseurs.
Si elle avait été toute seule dans cette voiture, elle aurait rit de voir sa mère se tenir au milieu de la route comme une conquérante. Sauf qu'Avalon était là et qu'elle ne pouvait pas se permettre de mettre sa fille en danger.
Elle arrêta la voiture à deux mètres du barrage improvisé et attrapa son téléphone. Elle appuya sur la touche raccourcie pour appeler Derek et comptait les sonneries tout en observa sa mère s'approcher à pas lents.
L'Alpha répondit à la quatrième sonnerie.
- Déjà rentrées ? demanda – t – il un sourire dans la voix.
- Ma mère va nous enlever, dit elle sans prendre la peine de le ménager.
- Quoi ?
- Elle a posé un barrage sur la route du retour et elle va nous enlever. Si je me défends, elle fera du mal à Ava. Je ne sais pas combien de temps elle compte nous retenir avant de nous tuer ni combien de temps elle compte me garder en vie. Il faut que tu nous retrouves rapidement.
- Jamie…
- Il faut que je raccroche… Je t'aime.
La jeune femme raccrocha au moment où Charisma arrivait à côté de la porte du conducteur. Elle ouvrit la porte au moment où la louve retirait sa ceinture de sécurité et levait les mains en signe de reddition.
- Je suis presque déçue, dit sa mère en faisant une petite moue. Je m'attendais à un peu plus de résistance.
- Je ne suis pas idiote et l'électricité fait mal.
- Tu es une bonne fille. (Elle pointa son fusil à canon scié sur sa poitrine). Descends.
Jamie se glissa hors du fauteuil et se colla contre la voiture. Elle se tendit en entendant la portière arrière droite s'ouvrir et quand Ava se mit à pleurer.
En tournant la tête vers la gauche, la jeune femme avisa sa fille dans les bras d'un type au crane rasé et aux biceps deux fois plus larges que son bébé. Sans même qu'elle ne s'en rende compte, ses yeux étaient devenus jaunes et elle grognait. Le canon de l'arme de Charisma s'enfonça dans son sternum et elle montra les crocs.
- Donne lui la petite, dit elle à son homme.
- Pourquoi est ce que je ferai ça ? grogna – t – il. C'est une otage.
- Parce que je te le demande, pour commencer, répondit elle en le fusilla du regard. Et ensuite parce qu'elle sera bien plus coopérative si ses instincts maternels ne lui hurlent pas de t'arracher la gorge.
- Qu'elle essaye, ricana – t – il. Bon sang, marmonna – t – il. Elle ne peut pas s'arrêter de brailler deux secondes ?
- Elle ne braillait pas avant que vous posiez vos sales mains sur elle, grogna Jamie. C'est un bébé et vous lui faites peur. Donnez la moi.
- Je n'obéis pas à tes ordres.
- Mais tu obéis aux miens, répondit Charisma. Donne lui sa fille que nous nous tirions d'ici avant que Derek Hale ne rapplique. Elle l'a appelé en nous voyant.
Le chasseur au cerveau d'huitre lui tendit sa fille comme si elle puait la mort et Jamie s'empressa de la serrer contre elle. Quand Ava croisa son regard de louve, elle s'arrêta immédiatement de pleurer et glissa son visage contre le cou de sa mère.
En regardant sa propre mère, Jamie surprit le regard qu'elle posait sur sa fille. Il y avait comme de la nostalgie au fond de ses yeux mais la louve était presque certaine d'avoir rêvée.
Jamie se retrouva assise sur la banquette arrière et alors qu'elle verrouillait ses bras autour de sa fille, elle sentit quelque chose la piquer dans le cou.
Avant même d'avoir compris qu'on venait de lui injecter de l'aconit, elle sombrait.
-ooOoo-
Quand elle reprit connaissance, sa bouche était pâteuse et sa tête lui faisait un mal de chien. Jamie était allongée sur un sol bétonné et légèrement humide et elle ne portait plus ses chaussures. Son manteau et ses vêtements avaient également disparu, la laissant en sous vêtements.
La première chose qu'elle remarqua en se réveillant totalement, c'était qu'Avalon n'était pas avec elle. Il était évident que Charisma n'allait pas l'enfermer avec elle. Mais ne pas savoir où se trouvait sa fille la rongeait de l'intérieur. Sa louve était déchainée et Jamie l'aurait bien laissé aux commandes mais il lui restait encore assez d'aconit pour qu'elle reste encore impuissante plusieurs minutes.
Forçant ses muscles lourds à bouger, elle réussit à se redresser en position assise, tout en repoussant la nausée qui menaçait de la faire vomir.
Elle n'avait aucune idée des projets de sa mère la concernant, mais il n'était pas question que qui ce soit ne fasse du mal à sa fille.
Se mettant à quatre pattes, Jamie réussit à se redresser. Prenant appui au mur crasseux, elle put se remettre debout. La climatisation était en marche et poussait à fond. Elle avait suivi une grande partie de l'entrainement de chasseuse avant de devenir un loup garou et elle connaissait cette technique d'interrogatoire. Débarrasser le suspect de ses vêtements pour le mettre mal à l'aise et lui donner froid pour le mettre dans une situation inconfortable.
Sauf que James était une louve garou. Les loups garous, par leur nature, n'étaient pas particulièrement pudiques, même si elle n'aimait pas réellement être à moitié nue dans un endroit qu'elle ne connaissait pas. Et surtout, elle n'aimait pas ne pas savoir où se trouvait sa fille.
L'aconit mettait bien trop de temps à quitter son organisme. Attrapant le petit doigt de sa main gauche, elle prit une grande inspiration avant de le tordre violemment, le brisant.
Forcer la guérison aiderait son organisme à évacuer le poison.
Alors qu'elle sentait son os se ressouder, elle pouvait aussi sentir l'aconit qui était évacué par son métabolisme, lui rendant sa force. Faisant rouler ses épaules, elle sentit ses muscles se dénouer et elle s'approcha de l'énorme porte blindée qui lui bloquait l'accès à la sortie.
La jeune femme ne savait pas exactement quel était le plan de Charisma exactement, mais Jamie savait que si elle la laissait prendre la main, elle ne reverrait jamais Avalon.
Elle se mit à tambouriner à la porte, y formant des bosses.
Jamie ne s'arrêta que quand la porte s'ouvrit brusquement, laissant apparaître l'énorme type qui avait sorti Ava de sa voiture. Il était encore plus laid vu de près, mais la louve tint sa langue, ne voulant pas risquer de mettre sa fille plus en danger qu'elle ne l'était déjà.
- Charisma veut te voir, dit il de sa voix rauque.
- Où est ma fille ?
- C'est vraiment dommage qu'une fille avec un pedigree comme le tien soit un monstre.
- Tu m'as pris pour une chienne ?
- C'est ce que tu es, n'est ce pas ? La petite chienne de Derek Hale.
- C'est toujours mieux d'être la petite chienne de Derek Hale plutôt que celle de Charisma Argent.
Pour être honnête, elle ne vit pas le coup venir. L'énorme point du type atterrit en plein milieu de son visage. Il fallait bien avouer que le type avait une sacrée force. Elle sentit son nez se briser et si elle n'avait pas été une loup garou, il était fort probable qu'elle se serait fait le coup du lapin. La jeune femme porta la main à son nez et toucha le sang qui en coulait. Elle eut un petit rire nasillard et regarda le chasseur avec un sourire narquois.
- Tu cognes comme une gonzesse.
Jamie était prête à parier qu'il lui aurait collé un deuxième coup de poing si un autre homme n'était pas apparu derrière lui.
- Charisma t'a interdit de lever la main sur elle. Ou même de t'approcher d'elle. Qu'est ce que tu fous là, Dick ?
- Oui, dit Jamie en gardant son sourire. Qu'est ce que tu fais là, Dick ?
La manière dont elle accentua son prénom semblait le mettre vraiment en colère. Heureusement pour Jamie, l'autre gars semblait en avoir assez du comportement de son collègue et le contourna pour attraper le bras de la jeune femme. Il la poussa devant lui pour la faire sortir de la pièce. Ils longèrent un couloir étroit et humide, puis montèrent des escaliers pour finir par déboucher dans une grande pièce qui semblait étrangement lumineuse. Et familière.
Jamie avait été persuadée qu'elle devait se trouver dans un bunker ou en sous sol. Mais elle se trouvait bien au dessus du sol. En faite, elle se trouvait dans le salon de la maison dans laquelle elle avait grandi. Elle n'était même pas au courant qu'il y avait des pièces en sous sol dans cette fichue baraque.
Mais elle n'eut pas le temps de s'appesantir sur le fait qu'elle ne connaissait visiblement pas très bien la maison dans laquelle elle avait vécu une grande partie de sa vie. Parce qu'elle se retrouvait face à sa mère, assise dans le fauteuil que son mari occupait en temps normal, Ava dans les bras.
Voir sa mère totalement psychopathe tenir sa petite fille dans les bras lui donner envie de lui arracher la gorge. Sauf que si elle bougeait, Jamie savait que sa mère ferait du mal à son bébé. Alors, elle prenait son mal en patience et attendait le bon moment.
Avalon pleurnichait plus qu'elle ne pleurait, comme si elle sentait qu'il se passait quelque chose de pas normal. Les instincts de la louve lui hurlaient de foncer dans le tas et de récupérer son louveteau le plus rapidement possible.
Jamie posa son regard sur Charisma et remarqua que la main qui ne tenait pas la petite s'amusait à faire tournoyer une dague chinoise autour de son index. La lumière qui s'accrochait à la lame la rendait mal à l'aise et elle pouvait sentir ses yeux devenir jaune, sa louve particulièrement nerveuse à l'idée de voir un objet aussi dangereux aussi près de son petit.
- On dirait que tu ne sais pas te contrôler, fit remarquer Charisma en observant les yeux de sa fille.
- Je me contrôle parfaitement… quand personne ne menace ma fille.
- J'ai été blessée que tu refuses de me voir le jour de ton accouchement.
- Pour te blesser, il aurait fallu que j'ai une quelconque importance pour toi. Tu me l'as avoué toi-même, tu n'as jamais voulu avoir d'enfant. Tu ne m'as gardé que parce que Gérard t'y a obligé.
- Mais je t'ai élevé, donné une maison, habillé et nourri. J'ai pris soin de toi.
- Tu me hais. Tu as fais de ma vie un enfer. Tu m'as fais croire que ton amour se méritait. Sauf que tu ne peux pas éprouver d'amour. Tu es morte de l'intérieur. (La voix de Jamie était devenue rauque et grondante, signe que sa louve prenait le dessus). Tu as toujours voulu me tuer. Fais ce que tu veux de moi, mais laisse ma fille tranquille.
Charisma ne répondit pas. Elle se contenta de faire un signe de tête vers ses sbires pour leur donner l'ordre de sortir. Jamie pouvait sentir que celui qui avait empêché Dick de lui cogner dessus était réticent à l'idée de les laisser toutes les deux. Peut être s'imaginait-il que la jeune femme avait la possibilité de retourner la tête de sa mère pour la convaincre de les relâcher.
S'il pensait cela, c'était qu'il ne connaissait pas Charisma.
Car personne ne haïssait plus Jamie Argent que la femme qui l'avait mise au monde.
Une fois entre elles, le silence devint si pesant que la louve avait l'impression qu'une chape de plomb lui pesait sur les épaules.
Charisma rangea sa dague dans sa botte et alla poser Avalon sur une couverture où se trouvaient des jouets. Se mettant sur le qui vive, Jamie recula légèrement sa jambe droite et porta son poids dessus, se mettant en position de défense. Mais alors qu'elle s'attendait à ce que sa mère se lance dans un long discours sur ses motivations, elle se contenta d'attraper l'arme qui était dans son dos et la pointa sur la tête d'Ava.
Au même moment, des bruits de bagarres retentirent à l'extérieur, offrant à la jeune femme l'opportunité qu'il lui fallait. Se transformant totalement, Jamie se précipita vers sa mère. Elle rugit quand une balle lui traversa l'épaule, mais ne s'arrêta pas pour autant. Elle se jeta sur Charisma, attrapant la main qui tenait le pistolet et la poussa en l'air, déviant la balle qui aurait irrémédiablement mit fin à la vie de sa fille.
Retroussant les lèvres sur ses crocs, elle se jeta dans une lutte acharnée contre sa mère.
Jamie savait que cela risquait d'arriver un jour ou l'autre.
Qu'elle devrait défendre sa vie, et celle d'Ava, contre Charisma. Mais là, c'était différent.
C'était Ava ou Charisma. Jamie ne pouvait pas se défiler.
Même si elle se battait, elle savait que quelqu'un était entrain dans la maison, quelqu'un dont l'odeur lui était familière.
Préférant se concentrer sur l'ennemi qui était le danger le plus immédiat, Jamie cogna contre sa mère avec toute sa force. Elles se retrouvèrent au sol, luttant et grognant.
Charisma réussit à repousser Jamie et se saisit de la dague qui se trouvait dans sa botte. Alors que la louve se mettait en position accroupie, ses griffes cliquetant sur le parquet, pendant que la chasseuse se mettait à ramper en direction de Avalon qui s'était mise à pleurer. Se propulsant en avant, elle se jeta sur elle, griffant ses jambes et son torse, enfonçant ses griffes aussi profondément qu'elle le pouvait. Rugissant et grognant, elle s'assit sur le ventre de sa mère et trancha les veines de son poignet, faisant couler le sang. Hurlant de douleur, Charisma lâcha son arme, que la jeune femme s'empressa de se saisir. Jamie posa sa main sur la gorge de la femme qui l'avait mise au monde et abattit la dague dans sa gorge.
La chasseuse se mit à gémir et à s'étouffer, le sang lui coula par la bouche autant que par la plaie. Jamie se pencha sur le visage qui avait été le modèle pour le sien et parla de sa voix de louve :
- A partir de maintenant, ma fille pourra vivre sans avoir peur de la menace que tu représentes. A partir de maintenant, je pourrai enfin vivre ma propre vie.
Elle se redressa et se remit sur ses pieds, sa peau recouverte du sang de sa mère, uniquement vêtue de ses sous vêtements, sa louve de nouveau en contrôle.
Jamie tourna la tête et avisa le Shérif Stilinski qui l'observait, l'arme à la main, pointée vers le sol et les yeux écarquillaient. C'était à ce moment là qu'elle réalisa qu'il l'avait vu transformé.
- Shérif… murmura-t-elle.
- Je ne sais pas ce que je viens de voir, répondit il sur le même ton. Mais tu ferais mieux de prendre Ava et de t'en aller.
- Qu'est ce que vous allez raconter ?
- Je ne sais même pas ce qui se passe. Mais ce dont je suis certain, c'est que je viens de voir ta mère essayer de tuer ta fille. Je vais vous sortir d'ici.
- Merci Shérif.
La jeune femme se précipita vers Ava et la prit dans ses bras, la serrant contre sa poitrine. Pour la première fois depuis le moment où elle avait vu les SUV lui barrer la route, elle respira enfin complètement. La petite fille s'arrêta immédiatement de pleurer dès l'instant où elle se retrouva dans les bras de sa mère et nicha sa tête contre le cou de la jeune femme.
Alors que Jamie s'apprêtait à sortir, le Shérif Stilinski l'arrêta.
- Tu ne peux pas sortir dans cette tenue. (Il retira sa veste). Tiens.
- Merci.
En prenant soin de ne pas lâcher sa fille, Jamie glissa ses bras dans la veste bien trop grande pour elle et qui lui arrivait à mi-cuisse. Quand elles sortirent de la maison, le soleil l'éblouit et la fit plisser les yeux. Elle se tendit légèrement en sentant la main du père de Stiles se poser sur son épaule et crut qu'elle allait se mettre à pleurer quand elle entendit la voix de Derek.
- Jamie !
- Derek !
Elle n'eut pas le temps de le chercher du regard que l'Alpha était déjà là, les serrant contre lui. Glissant le bras qui ne tenait pas Ava autour de sa taille, elle le serra contre elle, inspirant à fond pour se gorger de son odeur réconfortante.
Jamie était blottie contre lui, son visage enfouit contre son torse et elle eut à peine conscience que Derek discutait avec le Shérif à voix basse.
- Elles n'ont rien et Charisma est morte.
- Merci de les avoir sorti de là, Shérif.
- Quand Stiles a essayé de me raconter, j'ai cru que mon fils était devenu fou. (Il poussa un soupir à fendre l'âme). Je dois bien avouer que je ne sais toujours pas très bien quoi penser de tout cela. Pour l'instant, rentrez chez vous et cherchez une histoire plausible à raconter. Je vais faire mon rapport en gardant sous silence tout ce qui n'est pas… commun, va-t-on dire.
- Merci beaucoup, Shérif Stilinski, murmura Jamie.
Le Shérif eut un petit sourire et pressa l'épaule de la jeune femme avant de caresser la joue potelée de Ava.
- Je t'ai connu alors que tu portais encore des petites couettes, James. Quoi qu'il se soit passé dans ta vie pour que tu sois celle que tu es maintenant, ça ne change absolument rien pour moi.
Jamie avait envie de pleurer, alors elle se serra un peu plus contre Derek et le laissa les guider vers sa voiture pour qu'il les raccompagne à la maison.
Elle en avait enfin terminé avec sa mère.
-ooOoo-
Sur le moment, elle avait été soulagée…
Charisma n'était plus là pour faire peser une menace continue sur la vie d'Ava et c'était un soulagement.
Et ensuite, elle avait réalisé…
Elle avait tué sa mère.
La réalité lui était tombée dessus deux jours après les faits, quand, en lisant le journal, elle avait vu la rubrique nécrologique consacrée à Charisma Argent Davenport.
Charisma Davenport, née Argent, est décédée voici deux jours, des suites d'une violente agression à son domicile.
Elle laisse derrière elle un mari, ainsi que trois enfants, dont deux encore très jeunes et une petite fille.
Nous déplorons tous le décès de cette femme qui était un pilier de la communauté et qui oeuvrait pour des associations caricatives et les conseils d'administrations de nombreuses entreprises.
Les obsèques auront lieu demain, au cimetière de Beacon Hills, en présence de sa famille et de ses proches.
Sa mère, la femme qui l'avait mise au monde, était morte. Et elle était son bourreau.
Même si Charisma avait probablement mérité le titre de pire mère de l'année, Jamie ne pouvait pas s'empêcher de se laisser écraser par une culpabilité indésirée. Elle avait tué sa mère. Elle était coupable de matricide et elle n'arrivait pas à passer outre, même si la jeune femme était certaine que Charisma n'aurait pas été prise d'autant de remords si elle avait réussi à les tuer, elle et Ava.
Elle n'avait pas poussé le vice jusqu'à aller à l'enterrement, mais la déprime la faisait ployer et lui provoquer des crises d'angoisses. La jeune femme ne supportait plus l'idée de laisser sortir sa fille sans elle ou sans Derek et avait l'impression que sa poitrine s'écrasait dès que Avalon n'était plus dans son champ de vision.
Elle resta dans cet état d'esprit durant près d'un mois. Avec le mariage à préparer, et qui avait donc pris du retard.
Derek ne savait plus vraiment quoi faire pour la sortir de l'état dans lequel elle se trouvait et il finit par être obligé de sortir l'artillerie lourde.
Jamie était dans sa chambre, assise en tailleur sur son lit, Avalon assise sur ses genoux à jouer quand elle avait vu Chris Argent toquer à la porte avant d'entrer dans la pièce.
Instinctivement, elle avait resserré ses bras autour de sa fille et ses yeux étaient devenus jaunes.
- Qu'est ce que tu fais ici ? grogna-t-elle.
- Je suis juste venu discuter, répondit il en levant les mains en signe de paix. (Il s'approcha doucement jusqu'à pouvoir s'asseoir aux pieds du lit). Je me fais du souci pour toi et je voulais savoir comment tu allais. (Jamie se contenta de hausser les épaules avant de poser son menton sur le haut de crâne d'Ava). Tu n'as rien fait de mal, James.
- J'ai tué ma mère.
- Tu as défendu ta fille.
- Et j'ai tué ma mère.
- Tu ne comprends pas… Tu n'as pas tué ta mère parce que tu t'es réveillée un matin avec l'envie soudaine de mettre fin à sa vie. Tu l'as tué, parce que c'était elle ou Ava. Tu as eu le comportement d'une mère, le comportement que ma sœur n'a jamais été capable d'avoir, ni avec toi, ni avec aucun de ses autres enfants.
- Elle me haïssait.
- Ce n'était pas toi qu'elle haïssait, c'était elle. Charisma n'a jamais été capable de s'aimer et de s'accepter. Elle n'était jamais assez bien, assez douée, assez tout. Mais toi, tu l'étais. Tu l'es. Tu es belle, tu es amoureuse, tu es une mère formidable. Tu es tout ce qu'elle n'a jamais réussi à être. C'était pour ça qu'elle te haïssait. Pas uniquement parce que tu étais un loup-garou. Même si ça n'a pas du aider. (Il s'approcha un peu plus et caressa la joue d'Ava du bout de l'index). Voilà ce que tu vas faire… Tu vas sortir de ce lit, t'habiller et aller préparer ton mariage.
- Je ne peux pas laisser Avalon toute seule.
- Je vais m'en occuper. Allison veut emmener Kyle au parc et nous allons l'accompagner.
- Mais si quelqu'un…
- Personne ne lui fera du mal. N'oublie pas que je suis le chef de famille en attendant qu'Allison prenne la relève. Plus personne n'outrepassera mes ordres dorénavant.
- Pourquoi est ce que tu fais tout ça pour moi ? Je suis un loup garou…
- Mais tu es, et tu seras toujours, ma nièce avant tout.
- Merci.
Glissant ses bras autour de la nuque de Chris, elle le serra contre elle. Il caressa son dos et avant de la lâcher, lui murmura :
- Elle ne t'a pas laissé le choix, Jamie. Ava comptait sur toi pour la protéger et tu as fait ce qu'il fallait. Ne te torture pas avec ça.
- Merci, Oncle Chris.
Il l'embrassa sur la joue avant de s'écarter et de tendre les bras avec Ava.
- Cette petite princesse va aller faire un tour au parc avec Oncle Chris. Allez, viens.
Jamie le laissa emmener sa fille en refoulant l'envie puissante qui la tenaillait de lui arracher les mains pour lui reprendre l'enfant.
Et alors qu'elle entendait Chris installer Ava dans sa voiture, la jeune femme réalisa que tout allait bien se passer maintenant.
Pour sa fille, Jamie était prête à se battre contre sa mère.
Pour Ava, elle était prête à tuer sa propre mère.
Prochain chapitre : Le Mariage
Note de l'auteure : n'hésitez pas à laisser une review pour donner votre avis !
Les auteurs de ne perçoivent aucun salaire pour leurs écrits, vos avis sont nos seules rémunérations !
