L'action commence au début du Livre V. Le reste de la fanfiction n'est que le fruit de mes divagations. Je spoile un détail du film Premier volet. Cette fanfiction contient et contiendra des thèmes adultes. J'espère avoir été fidèle à la série. Les commentaires (bons ou mauvais) sont appréciés. En attendant, bonne lecture à tous !


Dans une salle de Kaamelott, le Roi Arthur recevait ses vassaux renégats arrivés sans invitation : le Roi Loth, le Seigneur Galessin, le Seigneur Dagonet et Gauvain, fils de Loth et neveu d'Arthur.

Pour mettre un coup de pression à cette mauvaise troupe, le Roi Arthur les avait reçus en pyjama et en plein repas. Mauvaise foi, tirades interminables, citations latines hasardeuses… les échanges promettaient d'être intéressants à défaut d'être reposants.

« Non ! C'est moi qui y suis pour quelque chose. Le coup d'État, c'est moi ! Le clan séparatiste, c'est moi ! Et d'une manière générale, j'ai un lien plus ou moins direct avec tout ce qui se manigance de vicelard en Bretagne depuis ces trente dernières années. Ça, tout le monde le sait. Ce qu'on sait moins, en revanche, c'est la raison qui me pousse à faire tout ça » déclama Loth.

Si le but de Loth était de sauver sa peau, se mettre en avant pour porter le chapeau dans cette situation était une manœuvre pour le moins risquée. Le Roi Loth le savait : c'était l'heure de jouer son va-tout et de se montrer convaincant. Arthur le regardait d'un air circonspect.

« Hum… Oui, je vous écoute. Qu'est-ce qui vous pousse à faire tout ça ? »

« L'amour ! » dit Loth d'un air convaincu et résolu. Un ange passa dans la pièce.

« L'amour ?! » répondit le roi Arthur d'un air incrédule.

« Que je porte à ma femme ! À votre sœur ! » répondit Loth le plus naturellement du monde.

« Demi-sœur », corrigea Arthur.

« Personne ne vous déteste plus qu'elle dans tout le Royaume, Sire. Et moi, pauvre fou d'amour, esclave de ses yeux, je ne cherche qu'à contenter ses désirs de vengeance. Me commanderait-elle de venir attaquer vos armées, seul contre un million, je le ferai sans réfléchir ! »

L'assistance écoutait en silence l'argumentaire du Roi Loth. Dagonet jeta un coup d'œil interrogateur vers le Roi Arthur. Nouveau silence. Loth changea brusquement de ton.

« Alors, quand cette salope a su que Lancelot organisait une armée séparatiste, elle m'a ordonné de m'associer à lui et de lui filer du pognon. Et moi, pauvre bête dressée, je me suis lâchement exécuté. Missa brevis et spiritus maxima. Ça ne veut rien dire, mais je suis très en colère contre moi-même ! »


Dans la carriole qui le ramenait en Orcanie, le Roi Loth faisait semblant d'être assoupi. Il faisait froid, le voyage était terriblement long et inconfortable et, après des heures à défendre sa position auprès du Roi Arthur pour tenter de sauver sa peau, il avait besoin de silence et d'introspection.

En face de lui dans la carriole, il devinait le regard fidèle et un peu perdu de son vassal Galessin. Ce crétin de Dagonet, qui avait failli les faire tuer en prenant la parole de manière inconsidérée, devait arborer son air vide et interrogateur. Son fils, Gauvain, était resté à Kaamelott pour y fonder son nouveau clan et sa vie n'était pas en danger pour le moment.

Tout en fermant les yeux et en laissant son menton reposer dans le creux de sa main gauche, Loth réfléchissait et s'étonnait lui-même. Son plan avait fonctionné ! Débarquer de nulle part à l'improviste, endosser personnellement la responsabilité de la trahison (Arthur n'était pas idiot, il n'aurait jamais pu croire que Galessin ou Dagonet puisse être à l'origine d'un coup tordu pareil), puis mettre en avant son amour pour sa femme comme motif de sa trahison avait été un coup de génie ! En effet, le Roi Arthur n'aurait jamais osé s'attaquer à sa sœur (pardon, demi-sœur) par peur de la désapprobation de sa mère, Ygerne de Tintagel.

Loth, en revanche, était passé à un cheveu de l'exécution sommaire pour haute trahison. S'il s'était trouvé à la place d'Arthur, les vassaux renégats auraient été criblés de flèches avant même d'avoir eu le temps de prononcer le mot « Putsch ». La mansuétude du Roi à son égard le laissait circonspect.

Sa diatribe sur l'amour avait-elle fait mouche ? En y réfléchissant, Arthur avait surtout fait le choix du statu quo. Des vassaux importants torturés et exécutés, cela faisait toujours un peu tache dans la gestion d'un royaume.

D'un point de vue politique, Arthur avait fait le bon choix : il avait évité de faire bouger les lignes politiques (Gauvain à la tête du Royaume d'Orcanie ?! Le jeune homme savait tout juste tirer son épée de son fourreau sans se blesser !) tout en montrant les muscles à ses vassaux pour les recadrer.

En effet, Loth n'était pas complètement tiré d'affaire… « Et si un jour, vous voyez un régiment de Kaamelott qui se pointe vous chercher, c'est que je me serai décidé ». Quel salopard, cet Arthur ! C'était une menace de mort pure et simple qu'il faisait peser sur lui… et sa femme ? En songeant à sa femme, le cœur de Loth s'alourdit et ses traits se tordirent.

Sa femme, Anna d'Orcanie (anciennement de Tintagel), possédait une beauté froide : des traits réguliers et fins, de grands yeux marron aux longs cils, de longs cheveux noirs soyeux, une silhouette gracile, une peau blanche et douce… Il en était tombé amoureux dès le premier regard et, en dépit des années, elle lui plaisait toujours autant. La réciproque n'était pas vraie : elle l'avait toujours trouvé laid et repoussant et ne s'était jamais gênée pour le lui signifier.

Sa femme, Anna d'Orcanie, possédait un cœur froid : une voix cassante, une mémoire précise pour ressasser des souvenirs gênants ou blessants, une intelligence piquante pour sortir le bon mot susceptible de heurter son mari au moment le plus opportun, une attitude sèche et hargneuse... Véritable incarnation de la violence froide et rugueuse, Anna était la digne reine de l'Orcanie, son pays d'adoption.

Au fil des années, sa femme avait accouché de quatre fils. Loth en était-il le véritable père ? Le doute qui planait sur sa paternité avait créé une distance entre eux qu'il était désormais trop tard pour combler. « Quatre enfants, c'est bien suffisant pour assurer votre succession. Vous devrez vous en contenter. » avait-elle déclaré. Malgré les tentatives de Loth d'être créatif et patient dans ses approches, Anna refusait désormais de partager le lit conjugal et s'était installée dans une autre chambre du château.

Il arrivait bien des « accidents » (comprenez, des nuits où Loth se risquait à se présenter devant sa femme et où cette dernière ne lui cassait rien sur la tête ou ne lui transperçait pas une partie du corps au hasard), mais le plaisir qu'elle ressentait laissait place au dégoût et à la honte. Bien qu'aucun de ses espions n'ait jamais pu le confirmer, Loth se savait cocu : l'attitude de sa femme ne laissait aucun doute sur le sujet.

Au grand désespoir de Loth, son mariage restait froid et sans amour. Les injonctions à se taire, les humiliations diverses et variées, les coups et les violences étaient son quotidien : tentative de castration à coup d'eau bouillante (cette soupière, il l'avait décidément sentie passer !), gifles, griffures, coups au moyen d'objets contondants ou tranchants (son tibia gauche se souvenait parfaitement du coup d'amphore reçu à l'occasion d'une remarque anodine qu'il avait fait sur la coiffure de sa femme), etc. L'abstinence imposée et les tromperies de sa femme ne faisaient que s'ajouter à ce tableau déjà bien chargé.

Comment expliquer qu'un homme d'une telle importance (il s'agissait d'un Roi magicien, vassal de premier plan du Roi Arthur après tout !) gardait auprès de lui une épouse aussi revêche, violente, froide et distante ? Tintagel n'était qu'une baronnie perdue sans la moindre importance stratégique que les troupes orcaniennes auraient pu raser en quelques heures sans trop d'effort. Pour son entourage (et le reste du monde d'ailleurs), le Roi Loth était soit fou, soit résigné, soit idiot, soit les trois à la fois.

Bien peu de gens soupçonnaient la triste vérité : Loth était véritablement amoureux de sa femme. L'amour et l'admiration qu'il ressentait envers elle étaient malheureusement plus forts que son désir de préserver sa propre dignité et son intégrité physique et mentale. Cette vérité perçait souvent dans ses discours, mais il parvenait à cacher très vite sa tristesse et sa mélancolie derrière un ton ironique, cynique et décalé. L'âme humaine est une mécanique complexe et il y a de nombreuses choses qu'on ne peut s'avouer à soi-même.

« Sire, ne faudrait-il pas envoyer un cavalier en éclaireur pour prévenir votre épouse de notre retour ?»

Le Seigneur Galessin venait de briser le silence qui régnait dans la carriole. Loth, sortant de la torpeur de sa réflexion, ouvrit les yeux.

« Non. Ma survie ne l'intéresse pas. Je pense même qu'elle sera désagréablement surprise de me revoir en vie. Laissons-la se réjouir de ma mort potentielle avant mon retour. »

Loth poussa un long soupir. L'Orcanie et son roi allaient clairement devoir se faire oublier quelque temps et Loth allait devoir annoncer à sa femme son bannissement du Royaume de Logres.

Le temps qu'Arthur décide de sa punition, Loth était assigné à résidence et une épée de Damoclès planait au-dessus de lui. De bonnes soirées en perspective…