L'ex-futur Roi de Norvège

Sur le rempart est, Loth et Arthur ont une discussion franche sur la situation dans laquelle le Roi d'Orcanie se trouve. Arthur insiste pour qu'il le rejoigne à Kaamelott. Un chapitre qui traite, en vrac, de l'acte manqué de Loth pour le trône de Norvège, de la première rencontre entre Loth et Anna, de la mort de Loth l'ancien, d'Excalibur, etc. Arthur casse un peu de l'ambiance, mais il a le droit : il est Roi de Bretagne après tout.


Vexée et humiliée par l'accès de colère de Loth, Ygerne de Tintagel était repartie au petit matin accompagnée d'une grosse partie de l'armée de Kaamelott. Arthur avait gardé une dizaine de soldats avec lui. L'air était soudainement beaucoup plus respirable.

C'était l'heure de la « discussion franche » dont Arthur avait parlé la veille. En général, les chefs d'État profitaient d'une balade à l'extérieur ou d'une partie de chasse pour se parler seul à seul.

Adémar de Klanach, exaspéré de voir Loth faire fi de ses conseils médicaux, avait formellement interdit à ce dernier de sortir du château pour la journée. Un endroit calme où s'entretenir en toute discrétion au sein du château ? Loth avait spontanément proposé le rempart est, un endroit paisible où il aimait passer du temps.


Arthur Pendragon regardait son vassal se déplacer péniblement pour s'asseoir sur un fauteuil apporté spécifiquement pour leur entretien. L'homme se déplaçait avec raideur, respirait difficilement et était tellement exténué et aminci qu'il semblait avoir vieilli de dix ans.

« Pas terrible cette potion de soin », songea Arthur. D'habitude, elles requinquaient un homme mortellement blessé en quelques secondes. Sur le champ de bataille, c'était un avantage considérable. Arthur se nota mentalement de remonter les bretelles de Merlin sur la qualité décroissante de ses potions à son retour à Kaamelott.

Arthur regardait sa demi-sœur Anna aider Loth à s'installer avec toutes les précautions du monde : un coussin par-ci, un verre d'eau par-là, un réajustement de fourrure sur les épaules, etc. Le Roi d'Orcanie était étrangement couvé par son épouse.

« Mon amie, pouvez-vous nous apporter du vin ainsi que mon épée ? Je l'ai oubliée dans notre chambre », lui demanda Loth d'une voix douce.


Anna avait accompagné Loth sur le rempart en prenant mille et une précautions pour l'installer au mieux.

Sa confession de la veille lui avait apporté une sérénité qu'elle n'avait pas ressentie depuis des années. Anna avait été rassurée de voir que le regard que son mari lui portait n'avait pas changé. Ils avaient beaucoup de choses à se dire et de temps à rattraper. Chaque chose en son temps.

Anna savait que les deux rois devaient rester seuls lors de cet entretien. Par cette demande, Loth lui indiquait le plus diplomatiquement possible qu'il était bien installé et qu'elle pouvait les laisser seuls le temps de la discussion. Pourquoi devait-elle lui apporter son épée ? Elle n'en avait pas la moindre idée.

À la demande de son mari, elle s'éclipsa. N'ayant qu'une confiance toute relative en Arthur, elle décida de se placer près d'une meurtrière pour surveiller discrètement la conversation. Elle exigea qu'un serviteur qui passait dans le couloir lui apporte les objets demandés.


Arthur s'était approché des remparts pour contempler les vagues qui s'écrasaient contre les rochers. Loth, assis sur le fauteuil, semblait satisfait de voir que l'endroit convenait à son suzerain.

« C'est très beau ! » s'exclama Arthur en regardant le paysage qui s'offrait à lui.

« Oui, j'aime beaucoup cet endroit. Le bruit de la mer. Les vagues. Les embruns. C'est… apaisant. »

« Sans doute votre sang scandinave qui parle ! Corrigez-moi si je me trompe, mais vous n'avez pas failli devenir Roi de Norvège ?* Par votre mère ? »

Arthur avait décidé de commencer la conversation sur une digression, dans le but de mettre son vassal à l'aise. Loth saisit la perche qu'il lui tendait.

« Ouh là, c'est vieux, tout ça ! Oui, j'aurais pu. Il aurait fallu que je me marie avec une obscure cousine. Elle n'était pas laide, loin de là. Mais j'ai… trébuché entre temps », conclut-il mystérieusement.

« Trébuché ? »

« Sur votre sœur. Enfin sur votre demi-sœur. Plus exactement, sur un portrait de votre demi-sœur envoyé par votre mère qui cherchait des prétendants. Je me souviens avoir contemplé son portrait pendant trois jours sans bouger. Au bout du quatrième jour, j'ai pris mon armure, mon épée et mon cheval pour filer jusqu'à Tintagel. Je suis arrivé là-bas sale et hagard. »

Loth marqua une pause et ferma les yeux. Il s'en souvenait comme si c'était hier.

« Je n'avais rien mangé depuis des jours. À mon arrivée à Tintagel, j'ai croisé le regard de votre sœur depuis une fenêtre. J'ai été… comme foudroyé… J'ai fait ma demande auprès de votre mère dans la foulée, à son plus grand ravissement. J'étais jeune. J'étais déjà con… »

Un sourire nostalgique plaqué sur son visage, il poursuivit.

« Inutile de vous dire que mon père était furieux. Je venais de foutre en l'air tous ses rêves de grandeur par procuration. Passer à côté du trône de Norvège pour, je le cite, "une gourgandine bretonne de seconde zone à demi orpheline", ça l'avait bien mis en rogne. J'ai pris quelques coups de fouet et de poing. C'était une belle ordure celui-là… Je suis bien content qu'il soit mort. »

Loth ouvrit soudainement les yeux : son regard s'était durci. Arthur garda le silence : il savait que Loth avait tué son père. L'expression « belle ordure » pour désigner ce dernier était un euphémisme. Tyrannique, génocidaire, tortionnaire, tueur de paysans et violeur de paysannes à ses heures perdues, Loth l'ancien avait mérité son sort. Personne ne l'avait pleuré et il se murmurait même que Loth « le jeune » avait rendu service à la contrée.

Arthur décida d'entrer dans le vif du sujet.

« Bon… Loth. Parlons peu, mais parlons bien. C'est quoi ce bordel ? » demanda Arthur.

« Ce… bordel ? » répondit l'intéressé, surpris par le tour soudain que prenait la conversation.

« Loth, arrêtez de me prendre pour un con. Ma sœur m'a tout raconté. Dans son message. »

Loth nota mentalement l'abandon du « demi » auquel Arthur, à l'instar d'Anna, tenait tant d'habitude. Il commençait à se sentir mal. Il avait oublié le fameux message que sa femme avait promis d'envoyer à son frère. Elle l'avait bien envoyé et Arthur savait pratiquement tout : toute sa ligne de défense s'effondrait.

« Elle vous a TOUT raconté ? » demanda-t-il.

« Presque tout. Bon, il doit bien rester quelques zones d'ombre, mais je pense avoir une bonne vision d'ensemble du cirque qui se joue ici... »

Loth ne put retenir une grimace. Poser des questions précises au Roi pour déterminer exactement ce qu'il savait reviendrait à se trahir. Il décida d'aller droit au but.

« Qu'est-ce qu'il faudrait que je fasse pour que vous détruisiez ce message et que vous en oubliez le contenu ? » demanda Loth d'un air grave.

Arthur éclata d'un rire franc. L'homme n'était pas tombé dans son piège d'aller à la pêche aux informations et il avait toujours de la répartie.

« Pourquoi vouloir détruire ce message ? Des aveux écrits sont un formidable moyen de pression contre votre femme. »

« Je… n'ai pas besoin de moyen de pression contre ma femme », répliqua son vassal en baissant les yeux.

Arthur n'était pas sûr de bien comprendre cette réponse. Il décida de revenir au sujet principal.

« Ce que vous pouvez faire pour moi ? Rejoignez-moi à Kaamelott pour devenir mon chevalier dans la quête du Graal, comme je vous l'ai déjà proposé officiellement. »

Loth semblait réfléchir à sa proposition. Arthur reprit d'un ton légèrement agacé.

« Vous n'avez pas le choix de toute façon. Considérez ça comme des vacances de quelques mois ! »

Loth soupira et tourna son regard vers la mer.

« Où est le piège ? » demanda-t-il à Arthur.

« Y'en a pas. Je vais être honnête avec vous. À la base, c'était pour vous tenir à l'œil. Maintenant… c'est un peu pour vous surveiller, un peu pour vous laisser vous reposer et un peu pour vous… protéger. »

Arthur avait baissé la voix sur ce dernier mot. Loth écarquilla les yeux de stupéfaction. Que pouvait bien penser son suzerain de lui ? Loth s'apprêtait à protester, à hurler qu'il n'avait pas besoin de protection, que son mariage allait très bien… Mais plus il y réfléchissait et plus sa colère s'éteignait d'elle-même pour laisser place à du dépit. Oui, il était battu par sa femme depuis des années. Et oui, il avait failli mourir sous ses coups de poignard. Il était inutile de contester la vérité.

« Et puis… je ne vous cache pas que Kaamelott a terriblement besoin de chevaliers qui tiennent la route. Si vous savez lire un message, décrypter une carte et dégainer votre épée, vous êtes déjà plus efficace que bon nombre de mes chevaliers… » reprit Arthur.

Loth ne put s'empêcher d'éclater de rire.

« Dans ce cas, je pense que je devrais être à la hauteur. Oh, ma chère, vous êtes de retour ! », s'exclama le Roi d'Orcanie.


Anna revenait avec l'épée de Loth dans les mains. Derrière elle, un serviteur se chargeait d'apporter une amphore de vin et des verres.

Lorsque Loth avait évoqué sa chevauchée vers Tintagel, un souvenir ancien, mais précis, s'était soudainement imposé à Anna : un homme en armure d'apparat débarquant à l'improviste dans la cour du château de Tintagel sur un cheval aux naseaux fumants.

Interpellée par les larges épaules, l'attitude passionnée et les manières fougueuses, presque arrogantes, du cavalier qui trahissaient son jeune âge, Anna s'était penchée à sa fenêtre pour mieux observer ce singulier visiteur. Le cavalier, qui portait encore son casque, avait levé les yeux pour contempler le château. Leurs regards s'étaient croisés : Anna se souvenait des yeux bleus du cavalier, inhabituellement clairs dans la région de Tintagel.

Cette contemplation mutuelle s'était prolongée plus longtemps que la bienséance ne le permettait entre une jeune femme non mariée et un homme inconnu. Anna avait fini par rompre l'instant en se retirant à l'intérieur de sa chambre pour échapper à l'émoi nouveau qui s'était emparé d'elle. Le concentré soudain d'attention, de douceur et de passion qui brûlait dans les yeux de l'homme était trop intense pour une jeune femme effacée et mise à l'écart comme elle.

L'homme l'avait cherchée des yeux, puis était descendu de sa monture et avait filé à l'intérieur du château. Anna n'avait pas eu l'occasion de voir le visage de l'homme. Si elle avait conservé cet instant comme un souvenir à la fois agréable et troublant, Anna n'avait tiré aucune conclusion particulière de cette rencontre : les visiteurs inconnus étaient courants à Tintagel.

Quelques jours plus tard, sa mère l'informait avec ravissement qu'elle était désormais promise au futur Roi d'Orcanie. Anna avait toujours cru que son mariage avait été arrangé par sa mère pour se débarrasser d'elle tout au nord du pays. Comme sa mère lui parlait le moins possible et qu'il était d'usage que les futurs mariés ne se rencontrent pas avant la cérémonie, elle n'avait jamais fait le lien entre ce mystérieux chevalier et son mari. De son côté, Loth n'avait jamais évoqué son escapade jusqu'à Tintagel… jusqu'à aujourd'hui.

Anna fut d'abord accablée par la tristesse de ne comprendre que maintenant qu'elle et son mari avaient formé un lien avant même leur mariage. Cette peine disparut ensuite pour faire progressivement place au sentiment opposé : cet émoi qui l'avait saisie, alors toute jeune femme, en voyant ce mystérieux cavalier l'envahissait à nouveau. Pour une femme de son âge, mariée depuis plusieurs années et mère de quatre enfants, c'était à la fois gênant et terriblement plaisant de renouer avec cette sensation. Elle décida de réprimer cette émotion pour l'instant, mais se jura d'en parler à Loth le moment venu.

Anna s'efforçait aussi de réprimer le tourbillon d'émotions qu'elle ressentait après avoir entendu cette conversation riche en révélations : le fait que son mari ait « trébuché » sur son portrait, son abandon du trône de Norvège pour se marier avec elle contre l'avis de son père, le fait qu'il allait partir pour Kaamelott pendant plusieurs mois (années ?) et qu'il veuille détruire son message pour la protéger, etc. En l'état actuel, elle ne savait que faire de toutes ces nouvelles informations. Elle savait simplement qu'elle n'avait pas tellement le choix et qu'elle devrait s'adapter aux circonstances.

En se présentant face à Loth et Arthur, Anna tentait d'arborer l'expression la plus neutre possible. Cependant, son trouble devait se lire sur son visage. Arthur croisa le regard de sa demi-sœur. Elle sut qu'il savait qu'elle avait tout écouté. Il semblait avoir prévu cette éventualité, voire même l'avoir espéré.


Le serviteur servit trois verres, puis quitta le rempart pour les laisser seuls. Anna s'approcha de son mari, toujours assis dans son fauteuil, pour lui remettre son épée.

« Sire, je peux vous demander une faveur ? » demanda Loth à Arthur.

« Allez-y. Si ça ne me plaît pas, je vous le dirai », répondit Arthur en haussant les épaules.

« C'est bien Excalibur que vous avez à vos côtés ? Pourrais-je la tenir quelques instants ? » lui demanda Loth en pointant du doigt l'épée qu'Arthur portait à sa ceinture.

Décontenancé par cette requête, Arthur évalua rapidement le danger. Même s'il était diminué par ses blessures et plus âgé qu'Arthur, Loth restait costaud, formé aux armes et apte à utiliser la magie. L'hypothèse que son vassal dissimule sa guérison pour préparer un coup tordu lui effleura l'esprit.

Anna était un danger potentiel (Loth en avait d'ailleurs fait les frais), mais elle n'avait suivi aucune formation militaire. De constitution mince et délicate, elle semblait éprouver quelques difficultés à soulever l'épée longue qu'elle tendait à son mari.

Après quelques secondes de réflexion, Arthur conclut qu'il ne risqua pas grand-chose. Si cela tournait mal, il pouvait toujours désarmer ses adversaires en appelant Excalibur à lui. Sa méfiance passagère devait néanmoins se lire son visage.

« Je vois que vous évaluez le danger. Je ne peux pas vous en vouloir de vous montrer prudent. C'est pourquoi je vous confie mon épée, en gage de bonne volonté », ajouta Loth.

Anna semblait aussi surprise qu'Arthur de la tournure des événements : il ne semblait pas s'agir d'un coup monté en commun. Elle se tourna vers son demi-frère pour lui confier la belle épée longue finement ouvragée qu'elle avait apportée.

Arthur tira Excalibur de son fourreau. Comme à son habitude, l'épée flamboyait entre ses mains. Le couple ne put s'empêcher d'admirer la lueur de l'épée. Arthur tendit Excalibur à Loth et saisit l'épée de Loth qu'Anna lui tendait, dans une étrange passation de pouvoirs triangulaire consentie par tous les acteurs de la scène.

La lame légendaire s'éteignit dès que la main d'Arthur quitta son pommeau. L'épée, cruelle maîtresse d'acier, n'offrait ses bénédictions qu'à l'élu et rejetait les autres prétendants. Loth fixait la lame redevenue ordinaire entre ses mains.

« Rien. Sans surprise… Bien sûr », déclara Loth d'une voix blanche. Il n'était ni déçu, ni triste : il constatait un simple état de fait.

« Tenez, ma chère. Peut-être aurez-vous plus de succès que moi ? N'oubliez pas de la rendre à votre demi-frère ensuite», déclara-t-il en tendant l'épée à Anna avec un sourire.

Anna jeta un regard inquiet à Arthur pour lui demander tacitement sa permission. Arthur lui donna son assentiment en haussant les épaules.


Anna savait qu'elle n'était pas l'élue et que l'épée ne réagirait pas à son contact : durant son enfance, elle avait déjà touché Excalibur à l'occasion d'une excursion au rocher avec son demi-frère. L'épée ne l'avait pas jugée digne.

Elle posa néanmoins sa main sur le pommeau de l'épée que son mari lui tendait. L'épée brilla d'une faible lueur. De surprise, elle lâcha la poignée. L'épée redevint grise et ordinaire.


Loth n'en revenait pas. Sa femme était élue !

« C'est incroyable ! Vous êtes… aussi l'élue ! Allez-y, retouchez l'épée ! » l'encouragea-t-il d'une voix enthousiaste.

Anna reprit l'épée en utilisant ses deux mains cette fois. La lueur réapparut brièvement. Quand Loth lâcha la poignée, la lueur disparut. Anna tenait désormais une bête épée longue.

Loth fronça les sourcils tout en jetant un regard incrédule à Arthur. Il se leva du fauteuil et entreprit de poser à nouveau sa main sur le pommeau. L'épée légendaire se mit à luire faiblement.

Anna et Loth contemplaient la lame enflammée qu'ils tenaient entre leurs mains. Les quatre mains posées sur l'épée, ils se regardèrent mutuellement, puis jetèrent un regard d'incompréhension à Arthur.


Dépité, Arthur assistait à la scène. Il était indéniable qu'Excalibur brillait faiblement entre les mains du couple. La lueur était plus faible que celle qui enflammait l'épée quand il la tenait… mais quand même. C'était vexant.

C'était la première fois que l'épée réagissait à deux personnes au lieu d'une. Il faut dire qu'il laissait rarement son épée légendaire entre les mains de personnes étrangères. S'agissait-il d'un signe du destin ? Il faudrait qu'il en parle à la Dame du Lac à l'occasion.

Excalibur lui avait déjà fait des « infidélités » : Arthur se souvenait avec amertume que l'épée brillait très intensément entre les mains de Perceval. Il fallait bien sûr que cela tombe sur le couple royal orcanien renégat formé par Loth et Anna. La tuile.

Il n'avait pas besoin d'une autre crise de légitimité en ce moment. Arthur décida de réaffirmer rapidement son autorité pour éviter que la situation ne dégénère.

« Intéressant…», déclara Arthur d'une voix blanche.

Avec un sourire crispé, il s'approcha d'Anna et de Loth et reprit Excalibur des mains du couple, toujours trop stupéfait pour bouger ou prendre la parole. Arthur replaça la lame légendaire dans son fourreau et redonna à Loth son épée personnelle.

« Ne vous emballez pas, vous deux ! Que les choses soient claires entre nous. Le Roi de Bretagne, c'est moi ! Si cette info vient à circuler, vous aurez des problèmes. Je pense que je me suis bien fait comprendre ? » déclara Arthur d'une voix maîtrisée, mais où la menace était très claire.

« Vous aurez des problèmes… c'est une formulation un peu molle quand même… » songea Arthur, qui aurait voulu se montrer plus assertif dans ses menaces.

Anna et Loth acquiescèrent vaguement, comme si Arthur venait de prononcer une banalité qui ne les concernait pas vraiment, puis se tournèrent l'un vers l'autre. Ils se dévisageaient comme s'ils se rencontraient pour la première fois. Arthur assistait à la scène sans trop savoir quoi en penser. Il avait presque l'impression de gêner, d'être de trop. Connaissant la propension naturelle de Loth à fomenter et à préparer des coups d'État, Arthur décida qu'il fallait couper court à toute réflexion en ce sens.

« Loth ! » s'exclama Arthur d'une voix forte. Surpris, l'intéressé tourna la tête vers Arthur.

« Faites vos bagages. Nous partons d'ici quelques heures pour Kaamelott. D'ici là, je vous laisse faire… ce que vous avez à faire. » déclara Arthur en quittant le rempart et en laissant Loth et Anna un peu désemparés par l'ampleur des préparatifs et les adieux à venir.

*Dans certaines déclinaisons de la légende arthurienne, Loth est bien Roi de Norvège.